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fait à Vaugîrard parvint aux oreilles de ce ministre, il jugea que les ecclésiastiques qui le coraposoient éloient ceux dont le P. de Condreii lui avoit parle , sans les vouloir désigner personne 1lement. Il résolut aussitôt de les appeler auprès de lui, pour les placer (lans la suite selon ses vues , et pour former un séminaire d'évéques dont il avoit tracé le plan. Dans ce dessein, il donna ordre à la duchesse d'Aiguillon , sa nièce, d'aller trouver M. Olier et les prêtres de sa compagnie , à Vaugirard j de leur témoigner l'estime qu'il faisoit de leurs p< rsonnes et du genre de vie qu'ils venoient d'embrasser; d'ajouter qu'il étoit fort édiCé de leur retraite, mais qu'il vouloit être pour quelque chose dans leur établissement ; que sachant combien ils étoient mal logés , il leur offroit sa maison de Rucil pour en faire une solitude, où ils continueroient tous leurs exercices avec une liberté entière, promettant d'appuyer leur entreprise de tout son crédit , et de la faire goûter au Roi dont la protection leur étoit assurée. Une offre aussi généreuse étoit digne de la religion du cardinal et de sa grandeur d'ame. Elle fut reçue de M. Olier et des compagnons de sa retraite, avec autant de respect que de reconnoissance; mais ils prièrent la duchesse d^Aigùillon de lui représenter qu'ils étoient venus à Vaugirard pour y vivre dans la solitude ; qu'il leur seroit bien difficile, pour ne pas dire impossible j de suivre leur attrait dans la maison et dans la compagnie d'un premier ministre ; qu'ils se trouvoient inGniraent honorés d'une proposition aussi inattendue; qu'ils ne savoient enfin par où ils
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avoient pu mériter une telle faveur; mais qu'ils supplioicnt très-luimblemcnt Son Eminence de les laisser dans le lieu qu'ils occupoient, précisément parce qu'il éloit pauvre et caché.
Ce refus , loin d'offenser le cardinal et de lui déplaire, ne fit qu'augmenter son estime et sa vénération pour M. Olier et ses prêtres. Le bruit s'en répandit parmi les seigneurs : la plupart l'admirèrent; mais quelques-uns de ceux que l'ambition auroit pu conduire àRueil, si la maison du premier ministre avoit été convertie en un séminaire d'évéques, firent plus. M. de Gondrin, neveu de M. de Bcllegarde, archevêque de Sens , auquel il succéda dans la suite , vint à Yaugirard, et demanda d'y être reçu. Sa grande piété, bien plus que sa naissance, lui gagna aussitôt tous les sufiVages. U fut donc admis avec applaudissement. Son exemple fut bientôt suivi par M. de Poussé, qui, après avoir été plusieurs années directeur du séminaire de Paris sous M. Olier, gouverna pendant vingt ans la paroisse de Saint-Sulpice. M. d'Heurtevant, qui est mort supérieur du séminaire de Lyon, y entra aussi dans la même année, ainsi que M. de Cam- Liac, frère de M. du Fcrrier, et plusieurs autres.
mf'sure que la communauté naissante de M. Olier se multiplioit et s'enrichissoit de prêtres distingues par leurs vertus , il redoubloit ses . prières ot faisoit beaucoup prier pour attirer la bénédiction du ciel sur sa maison et sur tous ceux qui la composoient. En homme plein de défiance de lui -même, pour mieux assurer le succès de i'œuvre, il consultoit les personnes les plus éclai-
LiviLE iir. ii5 fpes et les pVs prudentes. Saint Vincenrde ï^aal^
ïe P. Hayneuve et le P. Saint-Jure , deux Jésuites pleins de l'esprit de saint Ignace , et dont les oa- Trages ont mérité. Testime nxiiverselle , étcoent <ïenx qui Tencourageoient à persévérer dans son dessein , quelques contradictions qu'il eut à essuyer de Ja part de plusieurs qui ne l'approavoient pas. Sa confiance jfui soutenue encore et fortifiée par les conseils d'un grand serviteur de Dieuj le P. Te' risse , supérieur général des jBénédictins de la congré^j^tion de Saint -Mau|^, fffà^êffi^ montré eti esp»^ ^ dix*^it mois 4i^îft qu'i)^^ p5i le conftQÎtre^ .avec o^dre 4e se jnettre sous sa direction^ ^v^.- v n^^^ Cependant le dessein «le M« (per ne tarda pas « être traversé et eoralbaittu par déï personnes «u plus grand poids. Sans parler des plaisanteries uouvtiie qu'on faisoit sur le lieu qu'il avoit choisi .pour couuadic }eter les iS^ademens de son séininairej parmi leé%l!idmajKi^ike¥'l^^ plus sensés , il s*en tvouvoit qui, tônt jaloux qu'ils étoient de voir son entre';» prise réussir , ne pouvoièat . goûter les Inoyens q.a'il plèinAll^^u^^ Ùsûi' très dispienl ^l^Ér^tit/ et débitoient partout, qu'il étoit contre le bon sens de laisser Ji ces missions dont les fruits avoieftt été i» abon»r ^ns^^poiîr tenier au hasard tune œhvre si incerf tauie, et pour s'opiniâtrer à reprendre un édifice dont les premières pierres s'étoient écroulées presque aussitôt qu'on les aviïiit^plojéeli. Xe ser*vit^ 4e j)iea écoutoit tout avec sa ti^alitiinUitë O^dklaire ; et content d'être devenu encore un ^ujet de risée , pourvu que les desseins de Jdbas-
lions.
Ïl6 VIE DE M. OLIER.
, Christ son maître s'accomplissent, il s*appuya uniquement sur lui, ne doutant pas qu'après lui avoir inspiré la bonne œuvre , il ne la conduisît à une heureuse fin , quand il en seroit temps , . et qu'il n'en tirât sa gloire.
^XVI. Comme il informoit un jour le P; Tërisse de courag'é par tout cc qui sc passoit , Cet auge de lumière le IcP. Térisse. confirma , lui et tous les ecclésiastiques de sa compagnie , dans la résolution qu'ils avoient prise , leur assurant avec toute la confiance et la formeté que donnent les lumières intérieures de l'Esprit c5aint , qu'ils faisoient la volonté de Dieu, et lesf V 'engageant de tout son pouvoir à ne point retourner en arrière. 11 leur fut aisé de reconnoître que c'éloit Dieu lui-même qui leur avoit parlé yv^.r) bouche 5 car à peine eurent-ils reçu cette
réponse, que tout hors d'eux-mêmes, ils se sentirent plus fortement portés que jamais à poursuivre leur établissement. Ce fut peu de jours après cette entrevue avec le P. Térisse, que, prenant avec lui deux de ses prêtres , M. Olier fit un pèlerinage à Montmartre, où ils s'offrirent et se dévouèrent à la très-sainte Trinité, pour la servir invariablement jusqu'à la mort, en travaillant à l'instruction des ecclésiastiques , selon les vues qui leur étoient manifestées par notre Seigneur, et en faisant tout ce qui dépendroit d'eux , pour former des prêtres selon le cœur de Dieu. Voici les termes dans lesquels ils firent cette consécration , tels que je les trouve dans les manuscrits de M. Olier. « Trois prêtres se trouvant j) appelés dans l'unité d'esprit au service de Dieu » et de sa très -sainte Eglise, pour lui former
» des ministres qui servent dignement son infi-
)) nie majesté , qui honorent son Fils Jésus^.
)) Christ , et qui aiment ses membres , oui cru
» qu'en l'honneur de la société divine des trois
» Personnes inséparables par l'unité de leur es- - '
» sence , ils dévoient s'unir avec promesse de ne
» se quitter jamais, ni de se départir du dcs-
» sein qu'il a plu à Dieu de leur faire connoî-
)) tre , et même de leur confirmer par plusieurs
Y> témoignages. Si quelqu'un d'eux se croit ap-
» pelé par la volonté de Dieu à le servir sépa-^^
« rément , il ne pourra le faire qu'avec le con**-
» sentement mutuel et l'agrément commun des
» autres. C'est ce qu'ils ont cru devoir promettre
h à Dieu, en la présence des trois martyrs saint
» Denis, saint Rustique et saint Eleuthère , pour
» se vouer et consacrer comme des hosties vi-,
» vantes, à l'honneur de la très-sainte Trinité,
V à la gloire de Jésus - Christ , et à l'utilité de
» son Eglise ».
^ Il n'y avoit pas encore quatre mois que M. Olier '^^^^ demeuroit à Yaugirard avec sa communauté, la cure de S. lorsque Dieu lui fit connoître que ce n'étoit point Sdpice. Le lieu où devoit se consommer l'établissement du séminaire. Car en éclairant les amcs privilégiées, il leur laisse toujours assez d'obscurités et d'incertitudes pour exercer leur foi : c'est de quoi cette histoire a fourni déjà plusieurs exem-5 pies 5 et ce que j'ai maintenant à raconter, en sera une nouvelle preuve. Pour qu'il parût mieux que l'entreprise étoit moins l'ouvrage des hommes^ que celui de sa droite. Dieu choisit et prépara ^ pn moyen qui n'étoit jamais venu en l'esprit d^
IIÔ VIE DE M. OLTEH.
M. Olier , mais qui lui ouvrit un vaste cliamp , et à la faveur duquel il put faire beaucoup plus encore qu'il navoit espéré. M. de Fiesque, alors curé de Saint-Sulpice de Paris, alfligé, pour ne pas dire rebuté des désordres de sa paroisse, et surtout des obstacles que mettoient plusieurs prêtres de son église à la réforme qu'il désiroit ardemment d'y introduire, conçut le dessein de quitter sa cure et de s'en' démettre en faveur de celui qui lui en paroîtioit le plus digne. Comme il avoit souvent entendu parler des vertus de M. Olier, de son grand zèle, et de ses lumières pour la conduite des âmes; qu'il savoit d'ailleurs que tous ses prêtres étoient animés de son esprit; et qu(î parmi eux, plusieurs, à son défaut, seroient capables de remplir dignement la place qu'il étoit résolu d'abaudonnrr ; la pensée lui vint de s'adresser à eux j)our trouver un successeur. Une prôcesfsron qu'il faisoitavec sa paroisse^ le jour de saint Marc, à l'église de Vaugirard, fut l'occasion dont il profita pour en faire la proposition. Entrant en conversation avec quelquesuns des prêtres de M. Olier, dont il suffisoit de voir le maintien et la modestie pour en concevoir la plus baute estime , il leur demanda si dans leur compagnie il ne s'en trouveroit pas un qui voulut accepter sa cure. L offre ne fut point accueillie. M. Olier étoit trop éloigné de toute entreprise d'éclat; et cbacun de ses prêtres redoutoit trop un fardeau si pesant, pour oser s'en charger. M. de Ficsque ne se rebuta proint. Il pressa beaucoup M. Olier de s'en occuper devant Dieu, et fil agir auprès de lui plusieurs per-