‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 73 sur 205 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

^) réprimer continuellement les inclinations de la » nature qui se recherche en tout, mais que le » vrai chrétien ne se lasse jamais d'attaquer et de » combattre. Désire-t-elle des choses honnêtes et » nécessaires , .il rompt ce motif et rectifie celte » intention, les désirant, non pour se satisfaire, w mais pour plaire à Dieu. Souhaite-t-elle des >) choses inutiles et superflues, il les retranche » absolument. Ainsi, sous l'empire de Jésus- » Christ et de sa grâce , la nature est toujours .») captive et la chair toujours crucifiée. : » Ces prêtres n'agiront donc jamais pour euxj » jamais ils ne se rechercheront dans leurs » œuvres , s'il plaît à Dieu leur en donner la grâce. I) Ils ne chercheront et ne regarderont que lui en » toutes choses ; pratique dont ils tâcheront de )) faire l'essai pendant un an, après lequel cha- )) cun laissera à juger à son directeur s'il est en N état d'en faire le vœu. C'est une chose de mer- M veilleuse perfection et de grande importance, » de n'agir jamais pour soi, mais pour Dieu on » Jésus-Christ; ce qui est néanmoins une partie » de la vocation des chrétiens, puisque le de- M voir des membres est d'établir dans leur cœur )) la vie de leur chef, de former en eux ses sen- » timens et ses inclinations, d'imiter ses moeurs » et SCS vertus , d'agir dans le même esprit f en )) sorte qu'ils aient la même aversion et la même )) horreur du monde , la même estime des mépris, » la même soif de la confusion, de la pauvreté, » des souffrances , les mêmes inclinations , les » mêmes intentions de glorifier Dieu: car voilà » proprement la vie d'hostie spirituelle. C'est

j^g VIE DE M. OLIER.

» aussi ce que disoit saint Paul aux Colossiens (0 : » Je travaille incessamment^ non par mes forces, , o rnais par la sagesse de Jésus - Christ qui }) agit en moi , a corriger et a instruire tous les » hommes dans la sagesse de Dieu, pour les » lui présenter parfaits en Jésus-Christ, Ce qui » ne veut dire autre chose qu'établir en chacun » de nous les mouvemens, les inclinations, les » senliniens de Jésus-Christ notre Seigneur , non- i }) seulement dans une chose, mais dans toutes.

» Notre Seigneur ne doit pas avoir moins de » pouvoir- en nous, que le vieil homme j et son » esprit ne doit pas produire de moindres effets » que notre concupiscence : or les désirs de cette j) vie sont si ardens, qu^elle ne dit jamais, C'est , » assez. L'avare par exemple, nedit jamais. C'est; » assez de richesses ; le voluptueux , C'est assez de . î) plaisirs ; l'ambitieux , C'est assez de gloire. Telle w fut la passion d'Alexandre, qui pleuroit de ce » que le monde étoit trop petit pour satisfaire le » désir qu'il avoit d'étendre ses conquêtes. Ainsi )) tous les désirs de l'homme charnel vont presque! » jusqu'à l'infini, tout fini et borné qu'il est en\. » lui-même. Pourquoi ayant les inclinations de » Jésus- Christ en nous, et de son esprit qui les » répand dans nos ames , ne soufï'rirons-nous pas » quelque sorte d'excès ? Pourquoi n^aurons-nous » pas des désirs infinis de la pauvreté ? pourquoi » n'aurons-nous pas une faim et une soif insa- -. >; tiablcs des mépris et des rebuts? pourquoi )> n'aurons-nous pas des dispositions toutes semblables à l'égard des souflVances ? Car voilà les ^

C») Coloss. I. a8.

LIVnE IV.

» désirs du nouvel homme , formé par l'esprit de

» Dieu ; comme ceuî des honneurs , des plaisirs

il et des richesses , sont les désirs du vieil liomme

» et de la concupiscence. Nous n'avons qu'Adara

» pour père et pour auteur de ces derniers désirs.

)) L'auteur des premiers est Jésus -Christ notre

)) maître, qui nous fait part de ses inclinations,

w et fait passer en nous ses mouvemens, quand j

» nous voulons le laisser faire. 11 me semble donc

» qu'il faut s'abandonner entièrement à son es^

» prit, et le laisser agir en nous, pour nous por-»

)) ter à tout ce qu'il voudra, et jusqu'où il vou-

» dra , ne mettant point d'obstacle ni de bornes

>) à ses divines impressions ».

Tels furent les sentiniens héroïques que Dieu mit dans l'ame de son serviteur, avant de consommer les grands desseins qu'il avoit sur lui , et auxquels il le préparoit depuis lon^-temps. Il Féclaira dès-lors sur les épreuves rigoureusi^s où il devoit mettre bientôt sa vertu , et lui fit connoître que dans peu il auroit à souffrir une cruelle per* sécution. Autant de fois que M. Olier vit la verge avec laquelle notre Seigneur devoit le frapper j, il la baisa humblement en esprit, et adora ses décrets éternels, s'abandonnant sans réserve à toutes les peines qu'il plairoit à la justice divîne de lui faire endurer dans cette vie , pourvu qu'elle fut satisfaite de sa soumission, et qu'après avoir été puni dans les jours de sa juste cocèr*», il Irou^ vât grâce pour lui et pour son peuple , devant lé trône de sa miséricorde.

^ Peu de jourâ après qu'il avoit été mis en pos- jj ^J^*

pre-

i8q vie de m. olier.

pare îi une session de sa cure, Dieu lui avoit fait connoître grande crow. quedans trois ans ilenseroit Bonteusement chasse, et qu'il falloit de bonne heure se préparer à celte croix. Avant qu'elle arrivât, deux personnes fort intérieures , que Dieu favorisoit de ses plus intimes communications, d'après une révélatioa particulière , en avoicnt parlé à M. de Bretonvil- » liers, « et de temps en temps, ajoute celui-ci,

» dans ses Mémoires , M. Olier nous disoit : Pré^ » pavons-nous a ce que Dieu nous réserve , et » demandons beaucoup son Saint-Esprit , afin de ' » supporter saintement la croix qiûil nous a pro- • » mise. Nous eu étions tellement certains , cou- » tin^je-t-il, parlant de trois ou quatre prêtres » avec qui il étoit fort lié, que nous nous en en- » tretenions assez souvent, quoique nous ignoras- >) sions la manière dont elle devoit lui arriver. » Plusieurs fois nous lui avons entendu dire : De » bon cœur, mon Dieu, de bon cœur; je ne suis » pas digne de cette grâce : non , je ne mérite » pas cette miséricorde avec laquelle vous vou- » lez me traiter, par le grand désir que vous » avez de faire du bien au plus ingrat des hommes, )) Chaque jour il s'offroit avec Jésus-Christ par » avance , embrassant la croix qui lui étoit desti- » née, et se regardant comme une hostie qui ne » devoit plus vivre que dans l'esprit et la vue de » son sacrifice, en attendant le moment de s'im-^ » moler réellement entre ses mains quand il lui » plairoit : car il étoit toujours dans l'attente de » cette visite, qu'il préféroil aux plus douces fa- » veurs du ciel; parce que dans celles-ci il ne.

cure.

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