‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 79 sur 205 · LIVRE V. ig · texte numérisé non relu

LIVRE V. ig

pour un temps. Mais comme il crut avoir assez de force pour faire le voyage qu'il avoit promis à Dieu , et que d'ailleurs on lui recommandoit l'exercice corporel, il profita de la conjoncture ^ et au lieu d'aller chercher du délassement dans quelque maison de campagne , il prit le parti de faire le voyage d'Anneci. Ce fut au mois de septembre 1647, q^'il l'entreprit. Le regrtt qu'il avoit de quitter son cher troupeau , fut tempéré par la joie qu'il goûtoit à se voir en pleine libt rlé, 'durant toute son absence , de jouir de la compagnie de son Dieu. 11 espéroit, avec les forces du corps, reprendre dans l'oraison , qui étoit son plus doux repos , toute la vigueur d'esprit nécessaire à un pasteur des ames. On verra bientôt que ce pèlerinage ne se fit point sans une providence particulière de Dieu qui avoit de nouvelles œuvres à exécuter par ses mains, et de nouvelles grâces à lui communiquer. ,

Avant de sortir de Paris , il alla prendre dans M. l'éi'lise de Notre-Dame , la bénédiction de notre ^1 * l'"^^® *

Y ^ ^ ^ Lhatillonsur

Seigneur et de sa très-sainte Mère^ puis il com- Seine, où il mença sa route par la Bourgogne. Il passa à Cha- reçoit des

•11 ^ • -Il MM 1 1 ï grâces par û-

tiilon 5 petite ville célèbre par le culte qu on y ^uiic rend à la très-sainte Vierge, et parles miracles qui s'y sont opérés en grand nombre. On assure qu'elle y favorisa saint Bernard de plusieurs grâces extraordinaires. M. Olier, instruit de cette tradition, fut a peine arrivé, qu'il se rendit à l'église où elle est spécialement honorée. Prosterné devant son image , il y demeura quelque / temps en oraison , lui demandant une participation de l'esprit et des dons qu'elle avoit obtenus

leres.

igS VIE DE H. OLIER.

autrefois au saint abbé de Clairvaux. Il en sortit si pe'nétré des impressions secrètes qu'il y a voit ressealies, et si profondément anéanti à ses yeux, que ne se croyant pas digne de célébrer le lendemain la sainte messe à Pautel consacré sous Tin vocation de Marie , il en choisit un autre , et laissa le premier à M. de Bretonvilliers qui Taccompagnoit. Il lui en fit l'ouverture au sortir de l'église. t)ans un sentiment tout semblable à celui que témoigna saint Pierre a notre Seigneur , lorsqu'il lui dit : RetircZ'-vous de moi 6 mon maître , et n'approchez pas d'un pécheur tel que je suis ^ il pensa qu'un serviteur si infidèle ne méritoit pas d'approcher d'un lieu aussi sacré. « Il faut , dit- il , î) le réserver a des amcs parfaitement pures et moins indignes que la mienne m. Dès le lendemain, Dieu récompensa son humilité. Il lui fit connoître que la sainte Vierge désiroit le voir offrir à l'autel où reposoit son image, et qu'elle le feroit entrer en participation de la vie intérieure de son Fils. Il obéit à cette inspiration , et dit la sainte messe à l'autel consacré sous son nom. La consolation et la joie qu'il éprouva furent si sensibles, qu'il fut aisé de s'en apercevoir. Jamais dans ses entretiens, et sur les traits de son visage , on ne vit plus éclater et l'on ne ressentit mieux de ces vives flammes qui partent d'un cœur tout brûlant du pur amour.

A celte première faveur, Dieu en ajouta deux autres. L'une regardoit M. de Bretonvilliers , que M. Olier chérissoit comme un père chérit son enfant : il ne cessoit de l'offrir à notre Seigneur, comme la personne du monde qui lui éloit

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