LIVRE V
» souffrir et entreprendre pour lui? Si son désir » est si ardent pour venir en nous^ quel doit être M le nôtre pour le recevoir »?
La première chose qu'il faisoit j^artout où il s'arrétoit, c'e'toit d'aller à Féglise du lieu pour y adorer notre Seigneur. Son sentiment étoit que nous devions lui rendre ce devoir dans tous les endroits où nous pouvons le visiter, non-seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour tous ceux qui les habitoient ; la plupart ne songeant presque jamais à lui offrir les hommages qui lui sont dus dans son auguste sacrement. Quand il passoit devant un village, ou qu'il apercevoit un clocher , il feisoit réciter à tous ceux qui raccorapagnoient, Tantum ergo Sacramentmn , etc. ; et s'unissant à toutes les louanges que Jésus-Christ rend continuellement à son Père : « Ah ! disoit-il, )) ne laissons pas notre Seigneur rendre seul » gloire à Dieu dans les tabernacles où le relient » son amour pour nous. N'est-il pas juste de satis- » faire aux désirs de ce cher Fils, qui, non con- )i tent de louer son Père éternel en sa propre . » -personne, souhaite multiplier ses louanges, en » le glorifiant dans tous ses membres? Ce désir* » d'ailleurs nous est trop proûtablc pour n'y pas » condescendre de tout notre cœur. Dans cette » vue unissons-nous à lui, et demeurons en lui » dans un grand repos intérieur, acquiesçant avec » simplicité à ce qu'il veut opérer en nous, sans » même vouloir découvrir ce qui est en lui; mais' )) nous contentant de dire, Ainsi soit-il; selon ce )) que nous lisons dans l'Apocalypse : Adorave^' » runt Deiim . dicenles : Amen ».
^10 VIE I^E M. OLIEn.
Après qu'il avoit adoré le très-saint sacrement, lorsqu'il entroit dans les villages ou dans les villes, sa coutume étoit encore de saluer les anges qui en éloient les protecteurs. Il se recommandoit à leurs prières ; lorsqu'il devoit y travailler , il se donnoit à eux pour obtenir plus facilement , par leur cre'dit, le don de s'insinuer dans les cœurs qu'il vouloit gagner à Dieu. Il ne perdoit pas une seule occasion , dans ses voyages , de rendre au prochain quelque service corporel ou spirituel. Lorsqu'il étoit appelé dans quelque monastère de religieuses, il s'y rendoit aussitôt, écoutant toutes celles qui le consultoient avec une bonté toujours égale, et comme s'il n'eût pas eu d'autre ministère à remplir. S'il rencontroit quelque pauvre sur le chemin, après lui avoir fait une aumône, il lui parloit de Dieu et de son salut, avec toute l'affection d'un père. Les gens de la campagne qui se trouvoient sur son passage, les maîtres et maîtresses des auberges où il logeoit , les enfans et les domestiques, tous se ressentoient de son zèle et de sa charité. C'éloit surtout avec les curés et autres prêtres des paroisses, qu'il aimoit à s'entretenir. Après avoir gagné leur cœur par son affabilité , il ranimoit en eux l'esprit ecclésiastique , et leur inspiroit des sentimens dignes de la sainteté de leur vocation j il leur faisoit estimer et goûter les œuvres du saint ministère, et leur rappeloit que les prêtres sont les images vivantes de Jésus-Christ dans son Eglise. Il saisissoit enfin toutes les occasions qui se présentoient de faire quelque bien ; de sorte que son \oyage, depuis qu'il quitta Paris jusqu'à son retour^ fut comme une mission continuelle.
presque jamais interrompue. Dès le matin il y consacrait iiAe>i|eiire entière, selon le règlement qp!^k>^éit0^ fÊmÊitiài «irfm'd âuttoit observer ft cenxqàPvoyagi0<Meiimf<^mi.t^^ cheval; pour ne pas trop retarder sa -marche ^ ensuite il ^dtoit son office , etflnsoit tO«i ki exerdces de pi^té qiû4ai élmeait '^d^^ iAnIré temps* Il en donnoit bien peu i'Ia tëctâitioti ; en-* core le plus souvent ce n'étoit que pour parler de choses^ «aiilles et édifiantes. Pendant qu'il logea
beares sonnèrent ; n'ayant entefidil que les cinq derniers coups, il crut être à cinq heures du matin; il se lève^mapitM^^^eut réveiller un dé ceux de la compagnie quiNrttirtHstidaaB la même
chambre : celui-ci, qui ne s'étoit pas encore en-* .Hicuridi f lui fit remarquer son erreur. Il descend pour s'informer de Fbeure qu'il étoit; ayant reconnu sa méprise, il remonte sur^^le^-^ebamp *, et lui dit de continuer son repos : pour lui il se mit en oraison, et y passa la plus grande partie de la Buit} ee qui loi est arrivé plus d'une fois en d'att<« très cireonstaneM.
Pendant tout son voyage , on admira souvent î«squ'o^il portoit Thumilité. Il se iàisoit le servi*^ teur des autteai il les réireilloit le matm^ poirtoie derrière lui > dur son dbeval, èe qui él^it à lent^ usage, prévenoit tous leurs besoins, leur rèndoit eiÉa toutefMQKteade bons offices, et les bumilioit eA ipidque< toute par eoil émptéàéetHtM 'k lei assister en toute rencontre. Au de Samt^
Ckude^ ç^ip^ç on passoit par une montagne
2ia VIE DE M. OLIER.
fort rude, un clieval s'étant déferre, celui qui le montoit en descendit aussitôt , de peur qu'il rie se blessât. M. Olier fut aussi prompt à mettre pied à terre, et l'obligea de changer avec lui j celui-ci, après avoir résisté d'abord par respect , céda par obéissance , et ne put rempécher de faire à pied le reste du chemin, jusqu'au premier village, éloigné de cinq quarts de lieue. Ce ne fut pas même assez; comme le cheval couroit risque de se faire quelque plaie, il prit la peine d'envelopper son pied avec un gant fort épais, et le conduisit ainsi lui-même, comme s'il eût été le valet delà compagnie. Il arriva au lieu du repos accablé de fatigue et tout baigné de sueur, u Comme je lui représentois , dit M. de Bretonvilliers, qu'il devoit s'épargner davantage; Vous » le savez , me répondit-il , ma vocation est de. i) vivre dans une servitude continuelle , nonw seulement à l'égard de Dieu, mais encore à » l'égard des hommes ».
Cet esprit de dépendance lui faisoit demander conseil à M. de Bretonvilliers dans les petites choses comme dans les grandes; et celui-ci, presque affligé de cette déférence , qui lui paroissoit excessive et comme déplacée, lui ajant demandé une fois pourquoi il consulloit ainsi un homme qui avoit beaucoup plus besoin d'apprendre et de recevoir des conseils, qu'il n'éloit capable d'en, donner, voici la réponse qu'il lui fit. u Agissez, » mon cher enfant, avec simplicité, et dites-moi » tout naïvement ce que vous pensez; car, si » j'étois seul avec Jean, (c'étoit son domesti- » que) je lui demanderois son avis, et je ferois