‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 95 sur 205 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

sasjosse et la bonté divine, que cenx même qui d'abord avoient blâme hautement l'entreprise, ne purent s'empêcher d'y applaudir, et d'y reconnoître le doigt de Dieu.

La majeure partie du bâtiment étant achevée XXIT au mois de septembre 16/18, on ieta les fonde- pose 1

11 1 11 T»r i-wi- 1 premier

mens de Ja chapelle. M. Ulier voulut en poser yyiene de 1 lui-même la première pierre , le jour de Toc- chapelle d tave de la Nativité de la sainte Vierge , qui devoit en t?lre la patronne. Il fit cette ce'rëmonie en son nom ; car il n'entreprenoit rien d'important , que sous ses auspices ; et il fit graver une médaille, qui d'une part rcpréscntoit le séminaire de Saint-Sulpicc avec l'image de Marie, et de l'autre portoit ces paroles : Fer ipsam , cum ipsa et in ipsa , omiiis œdijicatio constructa crescit in templum sanctum Domino. Les travaux furent interrompus quelque temps, et repris le jour de l'octave de la Purification, l'année suivante. En i65o, la fête de la Présentation de la sainte Vierge fut choisie pour la principale fcte du séminaire. On fit en ce jour la bénédiction de la chapelle , et la sainte messe y fut célébrée solennellement par le Nonce du Pape , connu ^depuis sous le nom du cardinal Bagui. Il bénit aussi toutes les chambres et toutes les salles. Après ^les vêpres, qui furent chantées avec la solennité convenable, Isaac Habert, évêque de Vâbres, prélat célèbre dans l'Eglise de France, y prêcha avec autant d'édification que de dignité. • ' ^ Entre plusieurs faveurs que reçut ce jour -la 'M. Olier, de l'auguste Reine du ciel, à qui il ve- 4Boit d'oHrir sa maison et tous ceux qui dévoient

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rhabiler, en voici une qu'il rapporte avec sa naïveté ordinaire en ces termes : « Le soir de lu » solennité', remerciant la f,'rande bonté de la très- » sainte Vierge , d avoir été présente à la céré- » monie^ et comme plusieurs me téoioignoient

i- » en avoir été touchés exlraordinairement, je lui

^ )) demandai ce qu'elle désiroit de moi, et ce que » je pourrois faire qui lui fût agréable. Prépa-- .» rez-moi des cœurs j me répondit-( lie j me fai- . » sant sentir que ce qui la salisferoit davantage, » ce seroit de voir des cœurs se donner et s'attiW » cher à son service ». ,

Le jour qu'il avoit fixé pour la féte principale du séminaire , il voulut le consacrer encore par une cérémonie qui de voit se renouveler tous les ans, et qui se pratique encore aujourd'hui par tous les ecclésiastiques qui y habitent. Elle consiste à répéter solennellement , entre les mains d'un évéque qui représente le pontife éternel^ la profession qu'ils ont faite en recevant la tonsure cléricale , et à se consacrer de nouveau , à l'exemple de la très-sainte Vierge se présentant au grand prêtre dans le temple de Jérusalem, au service» de Jésus - Christ, l'héritage des prêtres et des

p; .,dercs. Le vœu de M. Olier étoit qu'on entrât «alors dans les dispositions intérieures et exté-

' "rieures de la fille bien-aimée du Roi des rois,-' lorsqu'elle s'offrit à lui devant ie peuple d'Israël assemblé^ dispositions dont il eût voulu faire participans tous les ministres du sanctuaire, et plus particulièrement les pontifes du Seigneur qui possèdent la plénitude du sacerdoce. Il désiroit qu'en ce beau jour, auquel on se dispose en jeûnant

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la, veille, tous les prêtres de la communauté qui gouvernent la paroisse vinssent se réunir à ceux du séminaire; et que tous, dans un même esprit, lorS"»** qu'ils prononçoient ces paroles : Dominas pars hœ^

se dévouassent à notre Seigneur ' et à son Eglise, par le déppuillement du cœur le plus sincère et le renoncement le plus universel : qu'on se livrât à lui tout entier et pour toujours, sans jamais se reprendre pour soi-même; qu'on lui demandât au pied de lautel où on le clioisissoit pour son héritage, un esprit de mort â toutes les créatures, afin de ne plus vivre ni agir que pour sa gloire ; quVnfin , pour en devenir les dign* s ins» trumens, nous le fissions maître absolu de tout ce que nous sommes, et fussions prêts d'aller au bout du monde répandre notre sang pour lui et pour les a mes qu'il a rachetéq^s.

Quand les bâtimeus du séminaire furent entiè- XXIII. renient achevés, M. Oher, avant qu'on y logeât, eut le mouvement intérieur d'aller à Chartres séminaire à pour en offrir les clefs à la patronne de cette ville. Noire- Daiwe Il céda à son attrait, en faisant encore cette fois le pèlerinage qu'il avoit fait si souvent. Il y célébra la sainte messe dans la chapelle de la Mère de^ Dieu, et lui dédia l'œuvre qu'il venoit enfin de consommer sous ses auspices. Il avoit déjà fait présent à l'église de Chartres d'un riche ornement en son honneur ; pour décorer son image , il y laissa une robe de satin blanc toute brodée en or, qu'il lui offrit comme à l'Epouse du Père éternel.

Sa grande dévotion à la sainte Famille, lui fît, prendre pour les patron»? et protecteurs du sémiA,.*

VIE DE M. OLIEn.

iiaire, saint Joseph, et saint Jean, donnd pour fils par notre Seigneur à sa très - sainte mère. Aussi fil-il placer leurs statues aux deux côtés de celle de la sainte Vierge , dans la grande cour en face du portail , comme ou les voit encore aujourd'hui. Plus jaloux de ces ^sortes d'ornemens, que de ceux qui pouvoient donner de Féclat à Fédilice qu'il venoit de construire, il s'opposa au dessein de l'architecte, qui vouloit en décorer l'entrée par divers embellissemens , et par des colonnes travaillées avec art. 11 ordonna que tout fût disposé dans la forme la plus simple j et ses intentions furent remplies.

Il ne lui restoit plus qu'une chose à faire pour achever l'œuvre qu'il venoit d'exécuter si heureusement. G'étoit d'obtenir l'enregistrement des lettres-patentes accordées par le Roi, en i645. On ren<^a*^eoit à faire des*démarches pour mettre le premier président du Parlement dans ses intérêts. Il balança s'il prendroit ce parti. « J'élois » en peine, dit-il, si je devois prendre un pro- » tecteur visible de la maison , vu la protection » visible et efficace que nous ressentions tous les » jours de la part de la sainte Vierge ». Mais l'esprit de Dieu, qu'il consulta dans Foraison, le fit sortir de son incertitude en le portant intérieurement à suivre le conseil qu'on lui avoit donné et sur lequel il délibéroit depuis longtemps. Il alla donc, accompagné de quelques directeurs du séminaire, faire une visite au premier président , « rendant hommage , dans la » personne de ce grand magistrat, (ce sont ses >> expressions) à la puissance et à la grandeur de

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» Dieu même, dont les juges sontrles images sur

*) la terre » , et sanctifiant par les vues de foi qui

animoieut toutes ses œuvres, une action qui lui

avoit paru d'abord t^r trop de la prudence,

humaine. Le bon accueil qui lui fut fait, et les

zparques d'estime qu'il reçut , hâtèrent le succès

de ses démarches, pour Tenregistrement qu'il

dësiroit. On avoit eu jusqqe-là de grands obstacles

à vaincre : dès que le premier président eut

entendu M. Olier, les dispositions favorables qu'il

témoigna aux autres magistrats , jointes aux nio-i!

ti& sur lesquels il appuya son avis , firent oonisentir

sans peine ceux même qui avoient témoigné le

plus, d'oppojgilion ^ et les lettres-patentes furent

enregistrées.' -'i^-v^:- -v ■ ^: . . ?

On ne sait ce qui détermina, dam cette même XXXV.

année, Louis XIV à venir à Saint-Sulpice pour y

\ . . ^ f. . toaû XIV,

entendre le sermon, si ce n est que ce reu^eux qui vient en*

prince y fut attiré par l'odeur de sainteté que tendre à s. répandoit depuis plusieurs années, dans la ville ^■'^ih*» J«

*^ .* , ' sermon do

et à la Cour , la vie de M. Olier et des prêtres qui m. Jol/. composoient sa communauté. Quoi qu'il en soit, le jour de. Noël, Sa Majesté s'y rendit accompagnée'du duc d'Anjou, son frère, et du duo d'Orléans. Après avoir été haranguée à l'entrée par le serviteur de Dieu, elle alla se placer sous dais qu'on avoit dressé au milieu de la nef, et entendit prêcher M. Joly , prêtre de la communauté, qui fut depuis évêque d'Agen. Après le sermon, ce prince assista aux vêpres avec une . piété et une. modestie qui fut pour le peuple une seconde prédication^ non moins éloquente que la première.

2^0 VIE DE M. OLIRR.

La joie qu'avoil M. Olier de voir son séminaire achevé, et rétablissement de sa compagnie également agréable aux évéquos et aux premiers magislrals du royaume, n'étoit pas comparable à celle que lui donnoit Tédifice spirituel qui tous les jours prenoit de nouveaux accroissemens entre ses mains et celles de ses coopérateurs. Noire Soigneur en éloit la pierre angulaire, et la très -sainte Vierge s'en étoil montrée la protectrice. Sur des foudemens aussi solidt^s, il eut bientôt la consolation de voir s'élever une des communautés les plus fertiles en exc< 11 ns ouvriers pour l'Eglise. La ferveur y étoit si grande^, la fidélité aux exercices et aux règli s qui s^y pratiqnoient , règles tracées selon le plan du concile de Trente, y éloit si exemplaire, que le sé- ' minaire ne le cédoit en rien aux plus saintes maisons ecclésiastiques et religieuses de la capitale. La charité fraternelle sembloil y avoir fait sa demeure. On eût dit que tous ceux qui Thabitoiont n'avoient qu'un cœur et qu'une anie. Ghacuu des nouveaux membres qui venoient s'y incorporer en grand nombre, goùtoit une consolation singulière à vivre dans une société semblable à celle des premiers disciples du Sauveur. La mortification des sens et les austérités que l'esprit de pénitence y avoit introduites, s'y trouvoienl réunies avec une douceur et une affabilité qui charmoient tous les étrangers. On y observoit les saints canons avec une exactitude et une sévérité comparables à celles des plus beaux jours de l'Eglise. La pratique de Toraison et du recueillement y jjnetloil les prêtres qui aidoient à servir la paroisse,

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