‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 96 sur 205 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

en garde contre les dangers du ministère» Après avoir vaque aux fonctions extérieures , tous sa^

voient se retirer en Dieu , soit pour puiser la

science sacerdotale dans Petude des saintes lettres

et des antiquités ecclésiastiques ^ -soit pour se re^

nouveler dans l'esprit intérieur qui se perd si faei-

lement en .se répandant trop au dehors j comme

aussi, après avoir joui du repos de la solitude ,

Hs savoient se dévouer avec un zèle infatii^aUa

aux besoins des anies et aux travaux extérieurs.

Cette société naissante de ministres et d'élèves

du sanctuaire 9 gouvernée par h sagesse et sanc^

tifiée par les Vertus de M. Olier , étoit un spec-»

tacle aussi agréable qu'édifiant. Il étoit diniciie

de trouver une plus vive image du paradis ; tant

on y remarquoit de conformité avec la société

des saints. ' .

* Après les élablissemens de toute espèce et les j^P^Y'

travaux continuels qui avoient occupé M. Olier de- Enj™^,JJ*

puis qu'il a voit été chargé de la cure de. Saint- nwkn pa-

Sulpice , il voulut, au commencement de Tannée

r>J 1 ^ 1 y mission,doiit

lUDi, procurer un nouveau moyen de salut a elle relire son peuple , dont l'expérience lui avoit fait cou^ beaucoup de noitre les grands fruits^ en appelant dans sa-pa^ roisse une compagnie de missionnaires qui. fît pour elle ce qu'il avoit fait lui-m^me pour tant d'autres. Il ne connoissoit personne qui eut mieux le don d'annoncer la parole de Dieu et d'opérés de grandes conversions , que M. Eudes , institua» ' teur et supérieur général de la congrégation des Sudistes, à laquelle il a donné. son nom, U rin>«' Vita donc à venir, avec les compagnons or* dinaires de ses travaux évangéliques , Taidei; à

2^2 M. OLIEIt.

sauver le troupeau immense qu'il a voit sur les bras , et dont la sollicitude devenoit pour lui unpoids qui ctoit plus que jamais au-dessus de ses forces. M. Eudes reçut cette invitation avec toute la niodeslie d'un ministre de Jësus-Christ, qui , au milieu des plus grands succès , n'oublie jamais qu'il n'est qu'un serviteur inutile ; mais aussi avec* toute la bonne volonté qu'inspire la charité de Jésus-Christ et la confiance en sa grâce ; saintesmont jaloux de partager avec M. Olier les mérites et les fruits de la moisson qu'oflProit en tout temps le champ dont le père de famille lui avoit confié le soin. Celui-ci s'estimant fort heureux d'en avoir obtenu ce qu'il lui avoit demandé, fut jaloux à son tour de partager la récompense promise à celui qui loge chez lui les prophètes du Seigneur. Il ne voulut accepter les services que M. Eudes et sa compagnie de missionnaires consentoient à lui rendre, qu'à condition de les recevoir tous au presbytère. Ceux-ci se rendirent à ses offres, et par -là firent un double bien j car en même temps qu'ils répandirent la semence de la divine parole sur le peuple fidèle, avec 1^ plus grand succès, la sainteté de leur vie et de leur conversation fut pour les prêtres de la communauté une autre espèce de mission qui porta son fruit, comme la première. M. Olier eut la consolation de faire une abondante récolte. Ce fut peut-être aux bénédictions que Dieu versa alors sur sa paroisse , qu'il fut redevable de la victoire remportée enfin, vers cette même époque, par l'esprit de paix sur l'ange de Satan, qui, tous les jours, souilloit la terre du sang de ses victimes.

ttVBB V. -

La fureur des duels neloit pas uu vice.ren- ^^vi. fermé dans les bornes de sa paroisse : mais nulle

^. •! t ^ . . duels de sa

parc us n etoient aussi fréquens : et le mal y éloit paroisse, porté à un tel excès, que dans une semaine dix- . aept personnes avoient péri dans ces malheureux combats. Chaque meurtre qu*apprenoit M. Olier^ &isoit une plaie cruelle à son cœur. Inconsolable de ne pouvoir remédier à cette frénésie, après avoir tonné en chaire contre les maximes diaboliques qui Taccreditoient depuis long-temps, il r^Iamoit la sévérité des lois contre ceux qui la favorisoient, en coopérant à l'effusion du sang dé leurs frères. Plusiêur|4fe«euaB:qui a^ent péri •mfii;fiït^ de la sépulture

ecclésiastique , selon les décrets des saints canons. Mais comprenant que jamais il me rëussiroit à bannir ce d^rdre de sa paroisse , que par r«xem. pie et le crédit des grands, ce fut avec eux qu'il concerta les moyens de larréter. Il les visiU, dans le dessein de leur foire goAlwr les principes de la té^n sur te "fice^ qi^a s'agîssoit de de truire , «tHeleur feire entendre la voix même de la nature que la plupart, 4e4 hommes sembloient avoit etoufiee entiéremeiïi;;^ oiy^ ne suivre que la bru^ talitë de leur haine conitre leurs ennemis et le préjugé barbare du faux point d'honneur. Il fut «coûte, et u persuada. Plusieurs seigneurs se rendirent à la force de ses représentations , soit publiques, soit particulières, et firent ensemble '^^''^^laj/'^^ P^otestatiQn solenneUe de ne jainai^ don^ér nji accepter aucun défi, comme de tfépQUser jamais les querelles d'aucun ami résolu de venger une injure par Tépé^ Pour çendrc

TIB DE H* OLIBm»

hommage à la reli^ûoii en cette circonstance , avec tout l'édat que demandoit. la nature de la convention, et la qualité des personnes qui l'avoient souscrite, ils la prononcîrent authentiquement. le jour de la Pentecôte, dans la cliapclle du sémi^ . naire de SaintTSulpice.Eu voici les termes;

Déclaration publique et protestation solennelle de plusieurs gentilshommes y de refuser toutes sortes d'appels j et de ne se battre jamais en duel, pour quelque cause que ce puisse être, fiUte en i65i.

(c. Les soussignés font, par le présent écrit , dé^ » daration publique et protestation solennelle de » refuser toutes sortes d'appels, et de ne se battre ». Jamais en duel, pour quelque cause que ce )) puisse être, et de rendre toute sorte de té- » moignage de la détjBsUtion qu'ils font du due!, » comme d'une chose tout-à-fait contraire a la n raison., au bien et aux lois de l'Etat, et incompa- » tiUe avec le salut et k religion chrétienne 3 sans » pourtant renoncer an droit de repousser ipat *) toutes voies légitimes , les injures qui leur seront » fiûtes, autant que leur profession et leur naisn sance les y oblige; éUnt aussi toujours prêts

de leur part d'éclairer de bonne foi ceux qui ». croiroient avoir lieu de ressentiment contre eux , j> et de n'en donner, suj^t à personne ».

Les noms de ceux qui signèrent cet acte se voient dans Porigmal de ladite déclaration, qui fut autorisée et enregistrée au tribunal dés maréchaux de France. Us l'observèrent fidèlement , et leur exemple eut bientôt grand nombre d'imitateurs.-

Ce fut peu de temps après, que Louis XIV porta contre les doelf une déclaration qui guérit, du moins pour un temps , l'horrible épidémie dou^ on n'avoit pu encore arrêter les ravages, et qui = n'enlevoit tant d'enfans à FEglise, à l'Etat tant de • citoyens, que pour les faire tomber sous les coups de la justice divine. ' •

M, Olier, dont le zèle embra^soit toutes les bonnes œuvres qui s'ofFroient à lui , forma dans le même temps une société de gentilshommes^ dont la fin e'loit de travailler à la sanctification personnelle des sujets qui la composoient, et de contribuer à celle de toute la noblesse, selon les moyens que Dieu leur en donneroit ; comme aussi d'empêcher le mal et de procurer tout le , bien quils pourroient, soit dans leur profession, soit dans les autres , toutes les fois que cela ne pourroit se &ire que par eux. Leur but étoit encore , t(. de faire revivre en eux , par l'union la » plus sincère et la plus cordiale, l'esprit des pre-» » miers chrétiens ». Ils s'engagèrent à faire « une » profession publique, mais discrète, de renoncer » aux maximes du monde contraires à celles de » J'Ëvangile; menant toutefois , à l'extérieur une » yie commune, chacun selon ses obligations par* » ticulièrcs, eu égard à son e'tat, à sa condition et » À ses emplois »• Ils convinrent aussi d'honorer par une dévotion, particulière le mystère; de la passion de notre Seigneur; ce qui leur fit préndr^ le-, nom de Compagnie de la J^assijon, Celte dénomination de(voit les fiiire ressouvenir d être toujours (c prêts de condamner , à l'exemple de Jésus- » Christ , les maximes du monde , aux dépens D même de leur sang, afin de s'opposeravec force à

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» tous ceux qui , pour les soutenir , sont si prompts » à répandre le leur ». Ce sont les termes du rt'f^lcment qui fut dressé à ce dessein , et dont tous les articles, au nombre de ti'ente-six, ne respirent que piété et sagesse.

Un serviteur de Marie aussi zélé que M. Olier, ne pouvoit oublier les intérêts de celte Reine du ciel dans le pl^n de vie qu'il leur donna. Aussi la dévotion à la très-sainte Vierge leur étoit-elle particulièrement recommandée^ et les membres de la compagnie ne dévoient point m faire de » voyage, soit à l'armée, soit dans les provinces , )) sans aller, en partant de Paris, implorer son » assistance à Notre-Dame ». Ils dévoient y aller . encore à leur retour, pour la remercier des grâces et des faveurs qu'ils en avoient reçues. L'emploi principal et le plus ordinaire de la compagnie devoit être de ne rien négliger m pour abolir les » duels, les blasphèmes et les juremcns si com-r A muns dans leur profession ». On leur recommandoit encore de « fortifier les foibles contre » la bonté qui les empéclieroit de se déclarer » pour le service de Dieu » , surtout dans le commerce de la Cour, et contre la tyrannie du siècle, qui sembloit faire du libertinage une nécessité pour vivre et paroi tre, dans le monde. Les principaux membres de cette compagnie furent le baron de Renti , le duc de Liancourt y M. Dufour , M. Desgraves , M. d'Alzan , M. le vicomte de Montbas, maréchal-de-camp, M. de Bourdonnet, mestre>de-camp^ M. de Souville, et M. Duclusel.

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