‹ Vie de M. Olier, curé de S. Sulpice, à ParisChapitre 98 sur 205 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Ift relique fut retirée du lieu ou elle repose

ordinairement , et mise à portée d*étre vue et honorée plus particulièrement. Il passa la nuit entière en oraison *deyant leisaint dépôt. Vers les cinq heures du matin , il se contenta d'aller prendre deux heures de repos dans une maison voisine. Depuis ce moment sou corps s'aiibiblit tellement, que peu de jours après il fut attaqué d'une violente fièvre y qui , devenant continue , donna les plus grandes inquiétudes. Le mal fut bientôt de nature à laisser peu d'espérance de le conserver. On lui administra les sacremens. Entrer les sentimens qu'il fit paroître , celui qu'on admira le plus en ce moment fut son pariait abandon entre les mains de Dieu. Il ne vouloit et ne désiroit autre chose que l'accomplissement de ses volontés" adorables, et de ses desseins éternels. « Vous seul, » ô moi} Jésus , au ciel et sur la terre » ; c'étoit le langage continuel de son cœur et de ses lèvres. Sa patience dans le cours de sa maladie fut inaltérable^ et la violence de la fièvre ne lui fit jamais perdre son égalité d'ame. Quelqu'un ,de ceux qui le visitoient lui témoignant compatir beàfucoup à ses souffrances, et faisant des vœux pour ^ guérison ; « Ah l j aime mieuz^ lui dit*il, l'état » où il plaît à Dieu de me mettre , que la plus* » forte santé ». Son indifférence pour la vie ou pour la mort lui faisoit répéter sans cesse : « Faites » de moi , ô mon Dieu , tout ce qu'il vous » plaira ». Dans cet esprit de rmgnatton^ il obéis* soit à ceux qui le gouvcrnoient dans sa maladie, comme à Dieu même ^ ne regardant que sa vo« lonté dans cellie des médedns qui ordonooient

25o VIE DE M. CLLIEH.

les remèdes^ oa des persoDnes qui les lai présen«* tbient.

, L'extrémité où le réduisit cette rechute , dont

I se clémct

la cure de ^ut beaucoup de peine à se relever, le dcter- Stapioe. mina k vemetire sa core entre les mains de l'abbé de Saint- Germain. II la possédoit depuis le lo août 1642. Ce fut le a8 juin i65a qu'il en fit 1« démission. Le choix de son sucoessenr tomba sai' M. de Bretonvtllters , selon ce que le serviteur dé Dieu lui-même avoit prédit; car, peu de temps après qft'il fut entré au séminaire , Tayant trouvé dans sa chambre au sortir de l'oraison, avec troi« on quatre ecclâiastiqnes, il dit tont haut, en lé montrant : f^oila mon successeur. Plusieurs fois, depuis cette époque, il Im «voit annoncé la méma dbose , quoique lêi cbeonstaaees, loin dé la fendra vraisemblable , la Hiiseul au contraire juger comme impossible. Cette conformité de l'événement avec b^^diotionr, ne fut pas la seule ch<»se extra or- ^qùbnâdmira pendant cette maladie. Unë jv personne de grande piété, étant en peine sur le l^v dangereux élat où il se trouvoit, il la fit prier do ^ Venir le voir. Elle fut fort surprise de l'entendra dire: « Ne craignez point pour ma santé; la sainte* i) Vierge m'a assuré que je n étois point à la fin v de ma carrière, et que Dieu me vouloit encore » pour quelque temps dans le monde. Mais une » autre chose qu'elle m'a découverte, c'est une 1) ikute dans laquelle vous êtes tombée^ en né n géant cette pratique qui vous étoit fort saln^ » taire, et qui étoit très-agréable à notre Seigneur ». Elle seule savoit l'omission que lui reprochoit M. Olier : k car elle m'a a^uré, dit M. de Breton-

LivRià Yi. a5i » villiers^ personne au monde ne. ponvoit en )» avoir connoissance ».

C'est encore d'après le témoignage de cet in^ lime ami et âMc;c^eur du servûear de Diea j qu'on a sa. que k trés-sainte Vierge avoit deinandé à son Fils sa guérison pour deux ^ins : la première^ afin qu'il continuât d'oûrir à Dieu le saint sacrifice selon toutes «es intentions^ car il avoit coutume depuis long* temps de s'unir au saint aulel à toutes les dispositions de Marie, sacrifiant notre Seigneur entr^ les mains du Péva éterjaely et de se f irnffrrmf r nef ntiHmsiitiWMr liiiff • tentions dans lesquelles elle désiroit qu'il célébrât: la seconde étoit de tr^y^iU^r au salut d'une personne qu'elle lui désigna, et dont elle Toôioîl qu'il prit un soin tout particnlier» La fièvre cessa peu de jours après qu'il eut reçu tous les sacreinens de l'Eglise , et on le vit bieiUûl; liors diei danger.

Bieu, qui récompense la patience de aes élus iv. dans les croix par de nouvelles croix, pour.aug- j^bif^^^ menter leurs mérites en les rendaot pins aem- Mut Us dou^ bkblesàsonFilSynerendità M. Olâer uiiepartie ^ ^ des forces qu'il avoit perdues dans sa rnakdie, P^*"** que pour l'aguerrir â de .nouveaux combats , ét l'éprouver encore par de non^dles sonflBcances..Bl res'sentit les douleurs de la pierre, qui devinrent Lientôt si aiguës , qu'aux efforts qu'il faisoit pour iioutenir son ^xmrage ^ on avoit peine à comprendre comment il pouvoit |anir .tDii)onrs de Ja même tranquillité d'esprit. « 11 iàut avoir éprouvé » tout ce qu'il enduroit^ dit M. de Bretonviliiers^ » pour savoir combien ses màus ëloient inaop^^

Digitizcd by Coo

>» portables » : et cependant, au lieu de s'inquiéter et de se plaindre, il se contenta d'ofirir ses souffrances à notre Seigneur /ne lui parlant jamais que le langage de la plus pure charité, et ne se soulageant , dans les violentes tranchées €pi dédûroient ses entrailles, qu'en répétant, les yeux fixés sur son crucifix: Amour, amour, amour; . paroles qui, comme des traits de flamme, ne sor^toient* j^ioiydbjsa boache^ sans fiiire sur ceux qui étaiait préiem, les plus vives impressions»* Us en étoient si touchés , que ressenlant en euxmêmes le plus ardent désir de se renouveler dai^ * la service de Dieu f ils ne le quitUnent point sans avoir pris la résolution de mener une yié nouvelle.

Dés qu'il fut délivré des douleurs de la pierre y , Dieu voulut réprouver encore par une autre ma*

ladie qui le 4,rouva toujours aussi patient et aussi résigné que les deux précédentes. On n'en sait

^ ni les détails. Loin que tdiit eussent énervé son ame, jamais il ne parut plus embrasé du zèle de la gloire de T^Diea et du salut du prochain. Il eut voulu attirer tous les hommes a notre Seigneur, et lui gagner tous les pécheurs. Il parut même, à en juger par tout ce qu'il eut la générosité d'entreprendre a])i ès ces longues maladies , que plus sa santé s'aii'oi<* blissoit, plus l'homme intérieur se fortifioitien^ lui , avec le désir de rendre tous les jours de nouveaux services à notre Seigneur et à son Eglise. .

n p^ead Q^**^^l fut^ssee convalescent pour- aller resrhabii dtt P^^^ iW de la campague^ OU lui conseilla do

s^ëioigner de la paroisse et du séminaire^ oik il ne tien-ordre pouvoit se rétablir, faute de repos. IKse rendit à ce «^f^*'^"»*' conseil j .mais il voulut auparavant satisfaire - le ( mouvement qni depuis plusieurs années le pres^' soit de s'attacher à'Pordre de saint Dominique ^ pour lequel il avoit toujours montré la plus grande estime. Ce qui l'engageoit encore a contracter avec les enfiins de ce saint patriarche un lien spécial de communion^ c'étoit runion qu'il avoit eue avec la mère Agnès de Jésus ^ religieuse du mémo ordre. Les Frères Prêcheurs avoient depuis peu ^nr la^ paroisse une maison qni servoit de no^viciât à la congrégation. La vie sainte qu'on y me- Xïoit y la parfaitesoumission à FEglise ^ et l'intégrité de la foi dont on y £edsoit profession ; Fesprit de subordination et la pratique de la plus parfaite obéissance à l'autorité des supérieurs ; l'harmonie et le concert admirable qui rëgnoiént entre tous les ineifibresy encore plus que k sagesse et la sainteté des règles qui dirigeoient leur conduite, eu fiôspient autant de dignes disciples de saint Dominique. M. Olier, témoin des beaux- exemples de vertu que donnoit cette maison à toute sa paroisse^ s'afiectionaa d'autant plus à l'institut^ que plusieurs reUgieax Taidoi^' bèmcoo^p'^^ ses travaux. Il se souvenoit dfaSSélilM 'dé^'que lui avoit dit souvent Ik mère Agnès, des tçrands biens spirituels qu elle avoit trouvés dans la religion fondas' par saint Dominique. Il se rappeloit enfin le nom de frère qu^eHe avott' toujours aimé à lui donner, soit dans ses pieux entretiens avecltti^ soit dans ses lettres; nom qu'il croyoit devoir mériter plus particulièrement que le com-

mun des chrétiens, qui forment dans FEglise une même famille dont Dieu est le père, en formant ^ un nœud plus particulier avec Tordre où elle s'é- ^ toit sanctifiée. Il pensa donc à prendre l'habit , non du premier ordre j sa vocation et les desseins de Dieu sur lui ne le permettoient pas j mais du tiers-ordre, dont les règles pouvoient se concilier avec les devoirs de son état. 11 pria le P. Jean^ Turpon , alors sous-prieur du couvent établi au faubourg' Saint-Germain , de laggréger dans \k congrégation des prêtres du tiersordre de Saint-Dominique. Ce religieux, plein de l'esprit du saint fondateur, après l'avoir entretenu long-temps sur les obligations de l'institut, se rendit avec lui dans la chapelle du séminaire de Saint -Sulpice. Ce fut là qu'après avoir fait les cérémonies ordinaires, en présence de plusieurs ecclésiastiques que la piété de l'un et de l'autre y avoit attirés , il lui donna le petit scapulaire, et le reçut à la profession du tiers-ordre ; le dispensant des pratiques recommandées dan» les constitutions , qui ne pouvoient s'allier avec les devoirs de sa charge et les fonctions de son ministère. Depuis que M. Olier se fut associé à l'ordre des Frères Prêcheurs , il leur témoigna en toute occasion la joie qu'il avoit de "participer à toutes leurs bonnes œuvres. « Je suis bien aise )) et bien consolé, leur disoit-il, de me voir en- )) faut de saint Dominique, et plus étroitement » que jam^ds, frère de la révérende mère Agnès » de Jésus, à qui j'ai de si grandes obligations ». Son exemple fut suivi par plusieurs prêtres du séminaire.

Digitizc

LIVRE VI. a55 Peu de jours après ^ il ae relira k lâ campagne pour y reprendre les forces nécessaires à Fexëcu-'

^ un soriiiii&ir6

tion des nouveaux projets qu'il meditoit depuis auPuy. long-temps* Pensant toujours à Tœuvre des sé^ minaires', comme à celle qull devoit étendre et perfectionner de tout son pouvoir, tant qu'il Yivroit, selon l'attrait que Dieu entreleaoit toujours dans son oœur^ il résolut d'aller en fonder un au Puy. Heniîgiie Maupas y qui en étoît ëvéque , désiroit depuis long-temps le voir jeter lui-même les fondemens et placer les premières pierres dte l'édifice ^ en lui donnant quelqu^f prêtres de sa compagnie. Dans ce dessein il partit" pour le Velay, avec d'autant plus d'ardeur, que son zèle, pendant ses dernières maladies, éloit demeuré comme captif. Jamais il n'a voit mieux ressenti eu lui-même la sainte impatience que donne l'esprit de zèle , à ceux qui en sont ani« més, de servir Dieu et de le glorifier , en procu« rant de dignes ministres à son Eglise. Il partit au mois d'août, prit la route d'Orlcanset de Blois^ et s'écarta un peu de «on chemin pour aller faire un pèlerinage à Montrichard, petite "ville de Touraine, et visiter la chapelle qui y est dédiée sous l'invocation de la très-sainte Vierge j car il s'inibrmoit avec soin de tous les endroits où elle AcÀi spécialement honorée dans les différentes provinces où il yoyageoit : et comme jamais il ne s'yi arrêtait sans quelque profit pour son ame^ il ne pouToit résister à l'impulsion se^ète qui l'y coaduisoit. Revenu sur ses pas, après* avoir satisrait sa dévotion à Moptrichard, il prit la / route ordmaire pour se rendre d'abord à Mou-

lins. A quelque distance de cette ville, il trouva un pauvre à demi-nu , qui paroissoit malade et qui ëloit couché sur un tas de fumier. 11 descend aussitôt de cheval , avec un autre ecclésiastique qui l'accompagnoit. Il s'approche de ce mendiant, et voyant auprès de lui des haillons , il 1 aide à s'en revêtir, et l'engage à se faire porter à l'hôpital où il s'offroit de le faire recevoir. Celuici lui représentant qu'il Me pouvoit marcher , le

' serviteur de Dieu appelle auprès de lui son compagnon de voyage pour lé secourir. Tous doux chargent le mendiant sur leurs bras; cl quelque rebutant qu'il fût par la malpropreté de son corps

"et de ses habits, ils ne rougissent point de le porter ensemble jusque près de la maison des Frères de la Charité , fort éloignée de la porte par où ils étoient entrés. Lorsqu'ils eurent fait une partie du chemin , ne pouvant soutenir la fatigue plus long-temps, ils le laissèrent prendre quelque repos, après lui avoir dit quelques mots de consolation, et se rendirent avec empressement à l'hôpital, d'où ils envoyèrent une chaise avec des porteurs pour l'y transporter. Ils ne savoient pas qu'ils obligooient un homme habile a tromper les ames charitables , en feignant de souffrir pour surprendre des aumônes; car ils ne le trouvèrent plus au lieu où ils avoient été contraints de le laisser pour quelques moment Mais le service qu'ils lui rendirent fut trop semblable à celui que reçut noire Seigneur dans la personne de l'homme blessé que rencontra le Samaritain de l'Evangile, pour demeurer san^ récompense; le mérite de l'aumône étant tout entier dans les dispositions

de .

^ tivRE Vf. a57

de celui qui la fait, et i;iq^ d^uis A diïiçâfw^e de ceux qui la refoiyipit. ? . , . k ^i^^

Pendant son voyage, M. Olier apprit qirwi "VIL Êiisoità Ljou les prières. et les exercices J^^' ^|"^] bUé. accûrdë pour rannéct saiate qui veuoit de tueux curé partae'tir le siècle courant. Il se pressa de s'y ^^o^nmentii rendre pour participer a celte grâce. Arrive a Pqptcharat , comu^e il pr^ugit quelque délassejnent en faisant une petite promenade auk. environs, il rencontra quelque» bergers qu'il aborda selon sa coutume , et qu'il interrogea. Les ayant trouvés pair&itement instruits, il conçut l'apiAioa la plus avantageuse du cure du lieu. Par estime pour la personne d'un pasteur qui paissoit ses ouailles avec tant de ^oiu^il prit .le cbemia de la core pour lui &ire une visite. Après Tavpir abordé avec toutes sortes de marques de véné^ ration , il eut avec lui un long entretien , lui demanda .son agrément pour oSrir le lendemain dans .son {Cglise le jaint sacrifice , et .lui fit sa confiession. Le bel ordre qu'il remarqua dans son ëglîse , dans la sacristie et dans sa uiaison, le consola.beaucoii:^j|,^attgmf^l^,eiicore la hautp>idée qu'il avpit^^dis s%,i^rtà Mmsi^^ en le quittant, combien il se réjouissoit de le con- Qoitre^ et après l'avoir comblé, de témoignages de respect et d'attachement^ ie supplia-t-il de se souvenir particulièrement de lui deyant le Sei« gneur: tant il considéroit un prêtre qu'il savoit rempli de l'esprit sacerdotal^ et t^t il avoit de confiance ^eu ses prières. i i;. i- i

Bans cette même route , étant à quelques lieues ^^J'^^ de Lyon , il trouva un bomme^t unis femme qui ^u^,

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marclioient à grands pas. Celle-ci, chargée d'un fardeau considérable , avoit beaucoup de peine à suivre son mari. Touché de la voir accablée * de fatigue , M. Olier fait arrêter le carrosse dont il étoit obligé de se servir, parce qu'il ne pou voit plus supporter le mouvement du cheval , et dit a cette pauvre femme de remettre ce qu'elle portoit à son domestique , qui décharge tout dans la voilure. De là il prend occasion d'adresser à ceux qui laccompagnoicnt quelques paroles d'édification sur lamour de Jésus-Christ pour TEglise , et de l'Eglise pour son divin Epoux; sur celui que doivent témoigner à Jésus-Christ les a mes qu'il a aimées jusqu'à mourir pour elles , en le suivant partout où il va , et en portant son joug après lui ; enfin sur la bonté avec laquelle il est venu nous décharger du poids de nos péchés et des misères de cette vie.

P^' Arrivé à Lyon, il n'eut rien de plus pressé H s arrête a faire les cxcrciccs du jubilé. La lassitude

Lyon pour le 1 ^ '

jubilé. que le voyage avoit ajoutée à ses infirmités, devoit faire craindre qu'il ne pût les suivre sans augmenter son mal ; mais en pareilles circonstances son zèle lui faisoit entreprendre sans hésiter tout ce qu'il croyoit agréable à Dieu. Le lendemain de son arrivée, il se rendit à l'église des Feuillans, s'adressa au premier religieux qui se i^n contra , et se mit , pour se réconcilier, dans un côté dn confessionnal , en faisant placer dans l'autre un des ecclésiastiques de sa compagnie qui vouloit obtenir la même grâce. On tient de celui-ci que M. Olier pleura alors avec une si grande abondance de larmes,* et qu'il s'accusa avec des san-

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