‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 104 sur 251 · LE PÈRE DE CONDREN L'ÉLOIGNE DE L'ÉPISCOPAT · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE CONDREN L'ÉLOIGNE DE L'ÉPISCOPAT

jour * (1), l’un de l’ancien, l’autre du nouveau Testament, (9 Récit de l'en-

fance du Père Àqu'il lirait à genoux et sans commentaire, adorant, dans le’ one Ibid.

premier, Dreu le Père, préparant le monde à la venue de son Fils, et, dans le second, écoutant Jésus-Christ qui veut

, (2) Mémoir.

bien nous instruire lui-même. Ce réglement n’était pas we part"

. du Ferrier,

particulier à M. Amelote : les autres disciples du Père de Géaue nas.

Condren le suivaient également (2). — Bibl, R. p.42, , , V.

Ce saint personnage, éclairé de Dreu sur leur voca Lo Père de

tion (3) et sachant que les instituteurs des séminaires de- Condren empa-

vaient demeurer dans le simple état de la prètrise, afin d’of- de ns 1e

frir à leurs disciples un modèle du détachement qu’ils piscopat,

s’efforceraient de leur inculquer, les détourna constam- Pre Ace #

ment de l’épiscopat *. Un jour qu’il fut prié par le cardi- RU Se

nal de Richelieu de lui faire connaitre les sujets qu'il 159, F.

croirait le plus propres à cette dignité, si importante à l’E-

glise et au royaume, il lui en nomma quelques-uns, et

ajouta qu’il en connaissait d’autres très-capables, mais

qu’il ne les nommait pas à son Eminence, Notre-Seigneur

ayant résolu de se servir d’eux pour un grand dessein (4). (4)Mémoire sur

Ce ministre ayant promis au grand-maître de Malte un pure 46

évèché pour son neveu, l’abbé du Ferrier, le Père de Con-

dren dit à ce jeune ecclésiastique en le prenant sous sa

direction : /{ne faut plus penser à être évêque, Dieu veut

vous donner à faire quelque chose qui ne sera pas moins

utile à l'Eglise (5). Ce fut dans les mèmes vues, et par 4° Mémoir. de

la crainte que M. Olier ne sortit des voies de la Providence y, PE

sur lui, que, dès qu’il apprit qu’on parlait de le faire Mi na

évèque, il lui écrivit, comme on a vu, d'interrompre ses

missions d'Auvergne et de partir sans délai pour Paris ; et

jamais la conduite de Dieu ne parut plus sensiblement

sur M. Olier, que dans l’ordre qu’il reçut alors de se mettre

sous la direction du général de l’Oratoire : car s’il eût con-

tinué de s’adresser à saint Vincent de Paul, il eût, selon

toutes les apparences, accepté l’épiscopat sans balancer. Quoique ce grand Saint fût rempli de tant de grâces et

(1) Recueil des lettres de saint Vincent dePaul, Lo 1,p.4 et 2.

* NOTE 10, p. 152,

(9) Cloysault, Vies Mass. — Vie du Père Gibieux,

Le Père de e Condren per-

de dons divers pour l'utilité des Ames, il ne connaissait point encore la vocation de M. Olier touchant l’établissement des séminaires ; et, ce qui est bien remarquable, il ne savait pas que lui-même ni sa société dussent un jour avoir part à leur formation. Ainsi, dans le-projet de bulle d'institution de sa compagnie, qu’il envoya à Rome, il ne fit aucune mention des séminaires (1); cette bulle, donnée en 1632, n’en fait pas mention non plus *; et même lorsqu'il commença dans la suite À réunir des enfants, dans l’espérance de les former à l’état ecclésiastique, ce fut sur les exhortations réitérées du Père de Condren, et par manière de simple essai (2). Ne soupçonnant donc point que M. Olier dût un jour avoir part à cette œuvre, qui, d’ailleurs, semblait être désespérée et sans ressource, il ne négligea rien pour l’engager à prendre la conduite du diocèse qu’on lui offrait. I] le pressa vivement, au nom du prélat dont nous avons parlé, et il continua de le solli-

sévère 18 mois citer pendant dix-huit mois, jusqu’à ce qu’il eût perdu

dans son refus, sans en faire À | Li | le mars 1636. S'il eût connu les motifs qui faisaient agir le

connaître vrai motif.

tout espoir sur cette affaire, c’est-à-dire, jusqu’au mois de

Père de Condren d’une manière tout opposée, sans doute il n’aurait pas fait tant d’instances; mais ce Père ne les manifestait à personne. Non moins fidèle à tenir cachés les ordres secrets de Dieu, qu’à les découvrir dans le temps marqué par la Providence, il n’en parlait qu’en termes couverts à ceux mêmes qui devaient en être un jour les exécuteurs. On vient de voir avec quelle réserve il en avait dit quelque chose au cardinal de Richelieu ; il s’exprima toujours à cet égard d’une manière également obscure pour ses disciples, quoiqu'il leur parlât souvent d’une œuvre très-utile à l'Eglise pour laquelle Dieu les avait destinés. La vénération profonde qu’ils portaient à sa personne les empêchait de lui demander quelle serait done la nature de cette œuvre; et, comme nous le dirons dans la suite, ce ne fut que huit jours avant sa mort qu’il com-

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LÉ PÈRE DE CONDREN L'ÉLOIGNE DR L'ÉPISCOPAT. 191 ) mença enfin à leur en parler clairement (1). Cette con- 4) /Mémoir: de

duite pourra peut-être sembler étrange dans un homme » TN it

d'ailleurs si sage et si éclairé; mais ayant toujours ignoré 10

le means et le lieu marqués pour l'exécution d’un des-

jee Ste je sc ue : affecta de n’en parler jamais ®. éd 2

D À peur que, s’il venait à être % Giry, part. 1,

çAt de le faire Ps qe né as serre Ce

pas 7 préparant de loin des obsta- ques, tn, p. | , par le même principe que

PR Vincent de Paul avait coutume d'affirmer qu’une

pra spi divulguée avant le temps, était à moitié Obligé néanmoins de répondre à M. Olier, qu’on pres-

sait toujours d'accepter l’épiscopat, le Père de Condren se

contentait de lui dire : « Je vois en vous de grands on

» pêchements à être évêque; et pour pouvoir prononcer

» affirmativement, je désirerais avoir des preuves plus

» manifestes de la volonté de Dreu. » M. Olier, sans néné-

rer plus avant dans la pensée de son nouveau directeur

croyait que ces empèchements venaient de son indignité:

et il attribuait le jugement contraire de saint Vincent de

Paul à la trop bonne opinion que, par esprit de charité, il

avait conçue pour sa personne, « Le Père de Condren dit-

» il Avec sa candeur et son humilité ordinaire, me faisait

» faire de fréquentes visites à Notre-Dame, pour me mettre

» en état de connaître la volonté de Dreu, qui devait être

» exprimée avec un peu plus de lumière qu’à l'ordinaire,

+ Le Père de Condren, dans une lettre à M. Barthélemi de Donnadieu, évêque de Comminge, écrite en 1637, au sujet d’un séminai x ce prélat voulut établir dans son diocèse, nous fait assez Res à a PAT « Vous vous souviendrez, lui dit-il, qu'il n’en de I parler. Les affaires de Dieu se conservent dans le secret

0 son Esprit : les publier au monde, c’est les exposer au diable, qui

» peut les contrarier aisé ément, par ceux qui se lais Re (4) Lettres et n malignité (1), » ; qui se laissent conduire à sa écris du Pre de ondaren, MS.

132 PARTIE 1. LIVRE IV. — 1035, » à cause, comme je le pense, des grands défauts que ce » second directeur remarquait en moi. Il était éclairé » comme un ange, et il jugeait que la vocation n’était pas » assez expresse pour passer par-dessus les empêchements » qu’il reconnaissait en moi, comme défaut de jugement, » de conduite, de piété, de véritable zèle, de science, d’ex- » périence ; enfin de toutes les qualités nécessaires à cette » condition : comme aussi parce que Notre-Seigneur me » donnait bénédiction dans les emplois des missions aux- » quelles il m'avait appliqué jusqu’à cette heure. Ce qui » me porte à croire qu’il désirait quelques signes particu- » liers ou intérieurs ou extérieurs, et pour lesquels il » me faisait tant prier , c’était cette maxime selon laquelle » il se conduisait, savoir : Que dans les vocations communes, s’il y avait de notables empêchements, il fallait y » avoir grand égard, par exemple aux miens, dans la » vocation commune que me manifestait ce prélat, en » me demandant lui-même pour successeur; mais qu’au » contraire il ne fallait avoir égard aux empèchements, » quand les vocations étaient manifestes et extraordi- » naires : ce qu'il eût voulu voir en cette rencontre (1) Mémoires » pour fermer les yeux sur mes misères et mes imper- Hs + Ole" » fections (1). »

M. Olier aurait pu cependant conclure que son nouveau directeur avait quelque autre motif en vue. Dieu a d’autres desseins sur vous, lui disait quelquefois le Père de Condren : ils ne sont pas si éclatants ni si honorables que

(2 Cloysautt, l'épiscopat, mais ils seront plus utiles à l'Eglise (2). Aussi no ae Saint Vincent de Paul, qui connaissait mieux que perde li. WW; sonne les dispositions intérieures et le mérite de M. Olier,

l'ayant dirigé pendant quatre ans, ne laissait pas d'agir, autant pour seconder les pieuses intentions du prélat, que pour procurer à l’Eglise un évêque dont il concevait les plus hautes espérances. T1 paraît même qu'il fit exprès le pèlerinage de Notre-Dame de Chartres, afin d’obtenir, par

je ce lairé | pas nents nent, d’ex- , cette r me aUXe qui rrticuels il quelle mmu- Ilait Y ans Ja lat, en s qu’au ments , raordicontre imper-

ouveau a d’au- Père de bles que . Aussi ue per- . Olier, s d'agir, élat, que bvait les xprès le bnir, par

» mystère... il me sembla qu’il fallait que je fusse con-

LE PÈRE DE CONDREN L'ÉLOIGNE DE L'ÉPISCOPAT. 133 l’intercession de la très-sainte Vierge, et dans cette même église où M. Olier avait si heureusement éprouvé ses faveurs, les lumières nécessaires pour connaître la volonté de Dieu sur lui (1). D'un autre côté, l’évêque qui sollici- (# A4be//y, liv. tait M. Olier, revint encore lui-même à la charge, et con- DO

tinua longtemps ses poursuites (2) ; ce qui retint M. Olier PIE ”

à Paris, et l’empêcha malgré lui d’aller reprendre plus tôt re Giry, part. 4,

ses missions. « Quu.que ce prélat, dit-il, pour la personne Pet « » duquel j’ai une grande tendresse, me témoignât tant

» de confiance, j’avais quelque aversion pour lui dans ce

» temps-là, à cause de ses poursuites que je n’agréais pas;

» comme aussi parce qu’il me semblait qu’il me faisait

» perdre le temps à Paris, me sentant toujours pressé de

» m'en aller travailler aux missions, dans lesquelles Notre-

» Seigneur m'avait donné grande bénédiction, à moi

à 2 : s & (4) Mémoires » et à tous ceux que j'avais accompagnés dans ces con- À de M. Oier,

» trées (3). » t.1, p. 99.

Plus on sollicitait M. Olier, plus il se croyait indigne VIL. ; , : ‘ Au À > , L'affaire de d’être évèque, sentiment qui se fortifiait de jour en jour, à 'évéché est d

mesure que, selon l’avis du Père de Condren, il continuait rompue. de consulter Dieu dans l’oraison. « Le jour de la Purifica- » tion, ajoute-t-il, après avoir prié à l’oraison du matin » en grande sécheresse, et sans occupation quelconque du

» sommé en Dieu pour répondre au dessein de ce prélat, » ce que je n’étais pas, et par conséquent qu’il n’était pas » temps d’y penser : d’où vient que je dis à mon père di- » recteur, que je ne croyais pas que cette affaire se fit en- » core, mais que, dans un an, elle se ferait, espérant que, » dans un an, Dieu me ferait la grâce de me consommer » en lui; ce qui n’est pas encore, quoiqu'il y ait beaucoup » d'années (4). » Enfin M. Olier fut confirmé de nouveau (4) Mémoires dans la conviction de son indignité, au moment même où {4 96 97,” l'affaire fut rompue, malgré le zèle de saint Vincent de

Paul, qui s’efforçait toujours de la faire réussir. » Je me

(4) Mém. aut.

de M. Olier,t.i, p. 99, 400.

(2) La Vie de M. Olier, par le Père Giry, part.

gr, chap. vi.— Année Dominicaine, etc.— Remarques historiques, t. 1, p.

* NOTE ii,

Union constante entre $S.

Vincent de Paul et M. Olier.

(3) Abrégé du

» souviens , dit-il encore , que comme mon premier direc-

» teur, qui avait bien meilleure opinion et espérance de

» moi que le dernier, s’entremêlait de cette affaire, un jour

» qui devait être celui de la conclusion, je me retirai pen-

» dant ce temps dans l’église de Saint-Germain-des-Prés,

» pour prier notre bon Dreu qu’il fit en cela sa sainte vo- » lonté; et il me sembla encore que pour tenir cette sainte » et divine condition de l’épiscopat, je devais être dans un » état de pure et parfaite union avec Du, si éloigné de » mon état grossier et sensible (1). » Enfin M. Olier fut délivré (2), ce jour-là mème, de cette affaire, et à la satisfaction du Père de Condren, sans qu’on sache les circonstances particulières de son dénouement. Il se contente de dire, dans ses Mémoires, qu’il en fut délivré par la rupture qu'il plut à Dieu d’en faire *.

Telle fut l’occasion qui fit passer M. Olier de la conduite de saint Vincent de Paul sous celle du général de l’Oratoire. En s'adressant à ce dernier, il ne diminua rien de la vénération singulière qu’il avait eue jusqu'alors pour son premier guide; et quoiqu'il se crût obligé d’obéir au Père

9e cuhier des Mé- de Condren, il ne cessa pas d’avoir aussi saint Vincent

moires de M. Olier.

de Paul pour directeur (3), et de se conserver toujours

* NOTE 12, dans son union et dans sa société”. Cette union était même

si publique et si connue, que l’illustre archevêque de Cambrai, écrivant en 1706 à Clément XI, pour solliciter la canonisation de saint Vincent de Paul, témoigne que M. Olier, qu’il appelle un homme abandonné à la grâce de Dieu et tout-à-fait apostolique, demeura attaché à saint Vincent autant par une intime amitié que par la vénération qu'il portait à sa personne , le regardant comme la source d’où devait jaillir, en France, le renouvellement de la grâce

(4) Oraison fu. apostolique de la prédication *. M. Olier l’honora en effet vis PS comme son père, et, durant tout le reste de sa vie, il conps ve tinua à lui donner ce nom (#4). Nous verrons même qu’après 5 p. M3.— Pie la mort du Père de Condren, quoiqu'il n’eût plus saint

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