UNION DE M. OLIER AVEC S. VINCENT
Vincent pour directeur particulier, il ne prit jamais de ré- du méme, m-12, . A É $ * , 1787, an. 41645, solution importante sans l’avoir consulté auparavant. C’est pag. 514. — Re- > : CR ù an. Marques hist.sur ce qu’il témoigne lui-même dans une lettre écrite en l’an Péglise deS.-Sulnée 1649 à M. de Quaylus : « Pour les affaires extraordi- pite.— Fe de M.
» naires, dit-il, nous ne manquons de voir M. Vincent, et, a rer M » pour les ordinaires, tous nos frères assemblés (1). » La à {Lettres au suite de sa vie nous en offrira d’ailleurs une multitude O9rvPhes de M. d’exemples. De son côté, saint Vincent de Paul, cet homme AR Quaylus, si vil à ses propres yeux, et qui s’estimait le plus grand
des pécheurs, fut ravi de voir M. Olier passer de ses mains
entre celles d’un guide si consommé dans la conduite des
âmes, que l’était le Père de Condren. Il continua d’avoir
pour M. Olier la tendresse et l’amitié la plus sincère, il
V’aida de ses conseils, prit hautement sa défense dans ses persécutions, et avec bien plus d’ardeur qu’il n’aurait pris
celle de sa propre compagnie. Non-seulement il l’aima
comme son ami, il l’honora encore comme un très-saint
prêtre, s’estima heureux de l’assister à la mort; et, ce qui
est le plus haut témoignage de vénération, eten même
temps le plus magnifique éloge de M. Olier, il porta le
respect pour lui jusqu’à l’invoquer, le peu d’années qu'il
lui survécut (2) : preuve incontestable de la pureté des (2) Collet, liv. motifs qui animaient ces deux âmes célestes, uniquement MÉRoA ic jalouses de la gloire de Dieu. Aussi M. de Maupas, célèbre
orateur de ce siècle, ne craignit pas de rendre à l’un et à
l’autre ce beau témoignage : « J’ai bien connu de saints
» personnages; mais jamais je n’ai rien vu de pareil à ces
» deux grands serviteurs de Dieu, feu M. l'abbé Olier et
» feu M. Vincent, que l’éminence de leurs vertus avait
» parfaitement unis par les liens sacrés d’une sainte et
» parfaite amitié. : l’un était le fils spirituel, et l’autre
» était le père (3). » Ces paroles furent le début du paral-, her tn lèle remarquable que ce prélat établit entre eux, dans l’o- p. 35— Bibl. R. raison funèbre de saint Vincent de Paul, déjà citée, et qu'il en prononça à Paris, l’année 1660, dans l’église de Saint-Ger-
main-l’Auxerrois, en présence d’un nombre considérable
ui Asia 11. de prélats, des ecclésiastiques de la conférence de Saintchap. Lu. Lazare, et d’une grande affluence de peuple (1).
Eloge du pe. LES dix-huit mois que M. Olier passa à Paris pour atre de Condren, tendre la conclusion de l'affaire dont nous avons parlé, par M. Olier. furent une occasion que lui ménagea la Providence pour
qu’il se pénétrât de l’esprit et des maximes du Père de Condren. Ce grand homme, à qui Dieu avait manifesté ses desseins, « s’appliqua uniquement à le former aux fonc- » tions ecclésiastiques, et à lui communiquer toutes les » hautes connaissances et les sublimes lumières qu’il avait 4 ne » du sacerdoce de Jésus-Christ (2). » Jamais disciple ne 256. fut plus heureusement disposé à recevoir les impressions de son maître, parce qu’il n’était pas possible d’ajouter à la vénération dont M. Olier se sentait pénétré pour la personne du Père de Condren. Nous le laisserons parler luimême dans le magnifique éloge qu’il en a tracé : « Il » n’était qu’une apparence et une écorce de ce qu’il parais- » sait être, dit-il, étant au dedans tout un autre lui-même, » étant vraiment l’intérieur de Jésus-CnrisT, et sa vie ca- » chée; en sorte que c’était plutôt Jésus-Cxrisr vivant dans » le Père de Condren, que le Père de Condren vivant en » lui-même. Il était comme une hostie de nos autels : au » dehors, on voit les accidents et les apparences du pain, » mais, au dedans, c’est Jésus-Cnrisr. De même en était-il » de ce grand serviteur de Notre-Seigneur singulièrement
(3 L'Esprit de » aimé de Dieu (3). Notre-Seigneur, qui résidait en sa per- Ne a dore, ” Sonne, le préparait à prêcher le christianisme, à renoua ant » veler la première pureté et piété de l'Eglise; et c’est ce M. Olier. » que ce grand personnage a voulu faire dans le cœur de
» ses disciples pendant son séjour sur la terre, qui a été » inconnu comme le séjour de Notre-Scigneur dans le do » monde (4). Je lui fus donné de Dieu, comme les Apôtres Lu,p.254 » l'avaient été à Notre-Seigneur, selon ces par kes : Pater, » quos dedisti mihi, non perdidi ex cis quemquan: ; et, pen-
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ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN. 137 » dant sa vie, il tâcha de nous traiter comme Nntre-Sei- » gneur avait traité ses Apôtres. Ce bon Père me dit mème » que je serais un de ses héritiers, non pas de biens péris- » sables, grâce à DIEu, mais d’esprit et de grâces. Hé! » plût à Dieu que je pusse avoir une petite étincelle de son » pur amour, qui fut si violent qu’il avait pensé en être » dévoré, et que son cœur en fut si enflé, qu’il éleva » deux ou trois de ses côtes, ce qui a paru jusqu’à » sa mort (1). 0
« C’était une chose merveilleuse que la sublimité de ses
» lumières. Elles surpassaient si fort la portée ordinaire » des esprits, qu’il était impossible de coucher par écrit » toutes les vérités qu’il disait, tant elles étaient saintes et » dégagées des voies grossières de concevoir et d’appren- » dre les choses, les ayant toutes par infusion +. Et comme » on remarque, dans la théologie, que la lumière des an- » ges est de telle nature, que les anges inférieurs ne » pourraient point porter sans miracle l’étendue de la lu- » mière des anges supérieurs; ainsi en était-il de sa lu- » mière au regard du reste des esprits. On disait seule- » ment, en quittant ce grand homme : Oh! que cela est » admirable ! que bienheureux sont ceux qui recueillent
» les miettes qui tombent de cette table céleste ! C'était l’i-
» mage de Salomon. Bienheureux étaient ceux qui le ser-
» vaient; et pour cela je disais même à son frère servant,
» que je portais bien envie à sa condition.
» Un jour, lui proposant de vouloir écrire pour l’édifica-
(t) Mem. uut,
de M. Olier,t.r,
» tion de l’Eglise, je lui disais que tant de personnes l’en PORAUSE A
ère de Con-
» pressaient, et priaient Dieu pour cela; et que j'avais Lu dren n'a pas
» dans saint Jérôme qu’autrefois toute l'Eglise avait jeûné
+ Voyez : Vie du Père de Condren, par le Père Amelote; édition de 1657, pages 30, 97, 181 et suiv. Ce qu'on a écrit du Père de Condren justifie l'éloge que M. Olicr en fait lorsqu'il le qualifie : l'intelligence la plus vaste qui fût alors au monde.
écrit,
» et pleuré fort longtemps, pour obtenir de Dieu la grâce » que saint Jean voulût écrire l'Evangile ; après quoi, ce » grand Saint se laissa vaincre, et donna à l'Eglise cette » grande lumière qui l’éclaire maintenant, cet Evangile qui » seul parle plus et donne plus de connaissance de la di- » vinité de Jésus-Christ, que tous les autres Evangiles, et » tous les autres livres de l’Ecriture sainte. Je le priai donc, » qu’à l’imitation de ce grand Saint, il voulût écrire pour » l'instruction de l'Eglise, surtout après tant de priè- » res et de désirs des âmes saintes qui l’en avaient solli- » cité.
» Alors il me répondit ces belles paroles de N.-S. Jé- » sus-Christ : qu’il rendrait au centuple à ceux qui $e se- » raient mortifiés de quelque chose pour lui; et que d’or- » dinaire ceux qui s’abstenaient d’écrire pour l’amour de » lui, recevaient en récompense le don d’illuminer les » àmes, don beaucoup plus avantageux à l'Eglise que » celui de l'écriture. Car les livres saints sont exposés à » tout le monde ; les faibles se scandalisent des plus belles » lumières, et n’en font point l’usage qu’ils pourraient. Ces » vérités saintes sont proprement les pierres précieuses » que Jésus-Christ défend de donner aux pourceaux, et » le pain saint qu’il ne faut pas jeter aux chiens. Or, c’est » le grand inconvénient de l'écriture , et il ne se rencon- » tre pas dans le don d’illuminer ; car l’esprit de discerne- » ment qui l’accompagne, fait que les lumières divines ne v se donnent qu’à ceux qui sont disposés à en faire un bon » usage. Cependant, comme il était dans une grande dé- » pendance de Dieu, et dans une grande condescendance » aux hommes, il voulut un jour se disposer à écrire. Il se » retira pour cela avec son frère (servant) quinze jours en- » tiers, pour tenter s’il pourrait satisfaire au désir de sa » compagnie. Tous les matins il se mettait en état de com- » mencer ; son frère prenait la plume pour éerire; mais, » après avoir prié, il disait : Mon frère, attendons encore
mers
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S. Jése see d’orour de er les se que posés à s belles nt. Ces scieuses baux, et Dr, c’est renconiscerneines ne e un bon ande déendance ire. Il se ours ensir de sa de come; mais, s encore
a von er à PESTE
ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN. 139 » à demain; Notre-Seigneur ne lui en donnant point l’ou- » verture ni la facilité. Quelquefois même il disait en riant » à ceux qui le sollicitaient d'écrire : Voyez-vous, les Apô- » tres n’ont écrit que fort peu de lettres en leur vie : j’en » ai déjà écrit plus de cent.
» Mais la raison la plus forte pour laquelle il n’a point » écrit se doit prendre dans l’ordre de la divine Providence. » Elle avait suscité ce grand homme, et l’avait donné à » l'Eglise dans le temps de ce renouvellement, pour qu'il » fût un modèle parfait de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans » la conduite de sa vie; aussi, comme ce divin Maitre, a-t- » il éclairé ses disciples par ses entretiens. Son grand don » était celui de la conversation, et il l’avait recu de Dieu » avec une si grande abondance, qu'il était quelquefois » des quatorze heures entières à converser, mais si utile- » ment que fort peu de personnes lui échappaient. Il en » a retiré un grand nombre de l’hérésie. Il à converti » quantité d’âmes, il en a éclairé une infinité; et celles » qu’il n’a pas achevé d’instruire pendant l’infirmité de » la chair, il les perfectionne maintenant qu’il est dans le » ciel, agissant dans la vertu, la splendeur et l’efficace des » Saints... Je dis ceci avec reconnaissance à la divine (4) Esprit de
. r A . : M. Olier, Lu,
» Majesté, de m'avoir mis entre les mains de ce grand
p. 335 el suiv.
D + Au! , : — Abrégé du 9% » homme, d’un homme si divin, d’un homme tout apo- nr es Meé-
» stolique, d’un homme qui était vraiment en son inté- me de M. O- , . 1er.
» rieur un autre Jésus-Christ (1). »
, | js : ogeinne mnt Le Père de Pour préparer de loin M. Olier aux impressions qu'il | ren Dore
devait recevoir par les soins de cet habile maitre, DIEU M. olier à faire
it ieté d’ SON € xs nrémires honorer le trèsavait jeté d’avance dans son cœur les prémices de la grâce & sacrement. et des lumières qu’il avait communiquées avec tant d’abon- (2 Cloysault,
x , . ; . Vies Mss.tomeit,
dance au Père de Condren. L'esprit propre de l’Oratoire pref. p. ii. — Di- Sue s* ‘ + : tt. de la Conétait la connaissance et l’amour singulier de JÉsus-CHRIST, y. de l'Orut, prètre et victime, et de la très-auguste Vierge, sa mère (2) : Mmtnp tt esprit que cette société devait ranimer dans les prûtres, et cable societé, — | : . Gullia chr. édit.
par ceux-ci dans la masse des peuples. Ces deux dévotions 4656. 4. iv, 988.
qui avaient été, comme on a vu, le caractère particulier de la religion de M. Olier, dès son enfance, furent aussi le sujet le plus ordinaire des instructions qu’il reçut du Père de Condren. « Mon défunt directeur, écrivait-il, ce divin » personnage, cet intérieur admirable, cet homme aposto- » lique, ce vrai portrait de JÉésus-Cuanisr, m'a dit souvent » que je devais avoir une très-grande dévotion au très-
* NOTE 14, » saint Sacrement de l'autel, et travailler à la répandre ?,
Dion » ct c’est en effet ce qui a été constamment mon unique » souhait. Je désirerais d’être pain, pour être converti en » Notre-Seigneur; comme aussi d’être de la nature de » l'huile, pour pouvoir toujours me consumer devant le
(D Abrégé du » très-saint Sacrement (1), et je me souviens que lorsque ne he» j’arrivais tard de la campagne à Paris, et que j'allais,
Olier. » selon ma coutume, saluer Notre-Seigneur à Notre- » Dame, trouvant les portes fermées, au moins je me con- » solais en regardant au dedans, au travers des fentes des » portes, et, voyant les lampes allumées, je disais : Hélas ! » que vous êtes heureuses de vous consumer toutes à la » gloire de Dreu, et de brüler perpétuellement pour l’é- » clairer ! J'ai toujours eu ce désir de pouvoir contribuer » à faire connaître Notre-Seigneur, surtout au très-saint » Sacrement. Ce devrait être l’occupation de tous les prè-
(2) Jbid.—Co- * tres (2); et je dis un jour à M. de Foix, par un esprit
Pt de M Oüer, » Particulier : Ne voulez-vous pas m'aider à former des
tiu,p.432 » prêtres du très-saint Sacrement, c’est-à-dire, qui portent
(3 Mémoires ” Partout la dévotion due à cet adorable mystère (3)? »
cu nana M Olier indique ici le motif principal qui le porta, en
1642, à établir le séminaire de Saint-Sulpice, et qui fut,
en effet, selon les vœux du Père de Condren, le désir de
former des adorateurs du très-saint Sacrement, lesquels,
se répandant ensuite dans les divers diocèses du royaume, rallumassent partout les flammes de cette dévotion.