MESSIEURS
» Je ne puis être plus longtemps absent de votre compa- » gnie sans vous rendre compte de nos travaux. La mission » commen(a le dimanche après l’Ascension, et elle a duré » jusqu’au 15 de ce mois. Ce jour, qui était la fête patro- » nale du lieu, on voulut que le soir, en présence’ du très-
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SECONDE MISSION D’AUVERGNE. 163 » saint Sacrement, j’adressasse les adieux au peuple : ce » qui se fit avec toute révérence pour la majesté du Dreu » qui présidait, et aussi avec tant de larmes et de soupirs » qu'il faudrait, je pense, y avoir été pour le croire. Dreu » soit béni! La même chose était arrivée lorsque nous fi- » mes la procession des petits enfants , et au moment de
» leur communion.
» Au commencement, le peuple venait, selon que nous
» pouvions le souhaiter, c’est-à-dire, autant que nous pou-
» vions suffire à l’entendre en confession; et cela, Mes-
» sieurs, avec de tels mouvements de grâce, que, de tous
» côtés, il était aisé de savoir dans quels endroits les prêtres
» confessaient les pénitents : les soupirs et les sanglots de
» ceux-ci se faisant entendre de toutes parts. Mais, sur la » fin, le peuple nous pressait si vivement, et la foule était si
» grande, qu’il nous fallait parfois douze ou treize prêtres
» pour subvenir à l’ardeur de ce zèle. On voyait ce bon peu-
» ple demeurer dans l’église sans boire ni manger, depuis
» la pointe du jour jusqu’à la dernière prédication, malgré
» la chaleur, qui était extraordinaire, attendant la commo-
» dité de se confesser. Quelquefois, en faveur de ceux qui
» venaient de loin, nous étions contraints de faire deux
» heures, et plus, de catéchisme, et tous en sortaient aussi
» affamés qu’en y entrant : cela nous laissait tout confus. Il
» fallait faire le catéchisme de la chaire du prédicateur, n’y
» ayant point de place dans l’église, et mème les environs
» du cimetière, les portes et les fenêtres étant chargées de
» peuple; la même chose se voyait au sermon du matin et
» à celui du soir, qu’on nomme le grand catéchisme; sur
» quoi je ne puis rien dire, sinon ces paroles : Benedictus
» Deus! Benedictus Deus ! Béni soit Dieu, qui se commu-
» nique si libéralement à ses créatures, et surtout aux pau-
» vres ! Car, Messieurs, nous avons remarqué que c’est par-
» ticulièrement en eux qu’il réside, et pour eux qu’il de-
» mande le secours de ses serviteurs, afin d’achever par
Nouveaux renforts que reçoit M. Olier,
M. Meyster,
(1) Recueil des lettres de saint Vincent, t.1, p.
2 Abelly, liv.
*, © XXXUI ; chap
» leur ministère ce qu’il n’a pas accoutumé de faire seul, » je veux dire l'instruction et la conversion totale de ses » peuples. Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus; » il y a trop de gloire à travailler sous lui, et à contribuer » au salut des âmes, et à la gloire qu’il doit en retirer pen- » dant toute l'éternité. Vous avez heureusement commenté, » et vos premiers exemples m’ont fait quitter Paris; conti- » nuez dans ces divins emplois, puisqu'il est vrai que sur la » terre il n’y a rien de semblable. Paris, Ô Paris ! tu amu- » ses des hommes qui convertiraient plusieurs mondes. » Hélas! dans cette grande ville, combien de bonnes œu- » vres sans fruits, de conversions fausses, de saints discours » perdus, faute de dispositions que Dieu communique aux » simples! Ici, un mot est une prédication; les pauvres de » ces contrées n’ont point méprisé la parole des prophè- » tes, comme on le fait dans les villes ; et, à cause de cela, » Messieurs, avec fort peu d'instruction, ils se voient rem- » plis de bénédictions et de grâces ; c’est ce que je puis » vous souhaiter, dans le Seigneur, puisque, en son amour, » je suis, Messieurs, votre très-humble, très-obéissant et » très-obligé confrère. »
Saint Vincent de Paul, après avoir reçu cette lettre, résolut de faire partir pour Pébrac quatre ou cinq prêtres de sa compagnie, comme il l’écrivit à M. Olier (1). Mais sur ces entrefaites, les armées ennemies ayant fait une irruption du côté de la Picardie, et Louis XIII demandant à saint Vincent des aumôniers pour suivre ses troupes à la guerre, les ecclésiastiques, qui devaient aller en Auvergne, recurent une autre destination (2). Plusieurs des amis de M. Olier s’empressèrent néanmoins de venir partager ses travaux, entre autres M. l’abbé de Foix, àinsi que M. Meyster, que le Père de Condren lui envoya. M. Meyster, qui devint l’un des plus célèbres missionnaires de son temps, trouva même, dans ces missions, l’occasion qui développa le don extraordinaire qu’il avait recu de Div, pour
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SECONDE MISSION D'AUVERGNE. 165 annoncer la parole sainte. Le genre de ses discours, son accent, son regard seul, tout en lui concourait à produire les impressions les plus fortes et les plus vives (1)*. Nous (1) Æssai suen rapporterons, dans la suite, des exemples remarquables. er pet Il avait connu M. Olier à Paris, en 1636, et, comme il eu LA allait exercer son zèle en Provence, il eut le désir de lui #4 "1, P: #3. offrir ses services en passant. « Quoique j'aie peu vu 190. di » M. Meyster, écrivait le Père de Condren à M. Olier, j’ai 20 mars 1637. » reconnu en lui un grand zèle, et beaucoup d’application » au salut du prochain ; il pourra servir pour ce qui vous » reste à faire dans votre mission présente, si vous le ju- » gez ainsi. Il me semble être de ceux qu’il faut laisser » conduire à l’Esprit de Notre-Seigneur, qu’il ne faut pas » captiver en lui, comme aussi il ne faut pas qu'il serve » de règle aux autres. Nous avons à le vénérer, et à nous » humilier de ce que nous ne sommes pas dignes de la » grâce que Dieu lui fait. Nous devons servir cependant à » fournir matière à son zèle, en lui donnant l’occasion de » travailler. J’estime certainement heureux les peuples » auxquels Dreu l'envoie, et qui peuvent cueillir les fruits » de son esprit. Je reconnais, ce me semble, et honore en » lui quelque chose de la grâce apostolique à laquelle je » supplie Notre-Seigneur de nous donner quelque part (2). » a Ft Il parut, en effet, que le dessein de Dieu, en envoyant dren. — Lettres M. Meyster travailler aux missions d’Auvergne, fut de faire L'as ma éclater en lui les richesses de sa grâce.
« C’est en ces quartiers-là, dit M. Olier, que notre bon » Seigneur a commencé à verser ses extraordinaires béné- » dictions sur ce grand serviteur, M. Meyster, homme vrai- » ment apostolique. C’est là où M. Perrochel, qui a produit » tant de bien à Paris, a fait son premier apprentissage ; de » même que M. l’abhé de Foix, à qui Dieu a donné depuis » tant de bénédictions, et beaucoup d’autres aussi; enfin, » c’est en ces pays que quelques-uns de ces messieurs, qui » ont paru ensuite avec tant d’éclat dans Paris, ont com-
Pr 4er » mencé à goûter la douceur de ce ministère (1). » Le Père
. 1, pe 438, 134 ç isgi rte de M Condren espérait, en effet, que les missions de M. Olier
fee, por M. + seraient une source de grâce, et ranimeraient le zèle des
tn, p. 488,485. Âmes dans la congrégation de l’Oratoire, et même dans
le clergé. Dans ce dessein il aurait désiré, comme il l’é-
crivait, vers ce même temps, à M. Barthélemi de Donna-
dieu, évêque de Comminge, ami intime de M. Olier, qu’un
Père de l’Oratoire, en qui il avait mis une entière confiance,
eût pu y assister. « Le Père Barrèême achève son Carême à
* NOTE 5, p. » Joyeuse *, disait-il; j’eusse été bien aise qu’il eût été en
4 » la mission que fait M. l’abbé Olier de Pébrac, pour voir
» l’ordre qu’ils tiennent, et apprendre avec eux ce que
» Notre-Seigneur leur voudra enseigner, et ce que l’expé-
» rience leur montrera. On me mande des merveilles de a
» grâce qu’il plaît à Dreu de répandre sur leur travail. Il est
D a » vrai qu'ils s’y conduisent fort apostoliquement (2). » Ces
Étie 22 de exemples touchants et ces fruits extraordinaires de grâce
inspirèrent sans doute à M. Amelote et à M. de Bassan-
court le pieux dessein dont parle le Père de Condren dans
la même lettre : « Ces messieurs sont sur le point de com-
» mencer une mission en Saintonge. Ils partiront d’ici à
» pied, le bâton à la main et sans serviteurs, et iront
» commencer par un pèlerinage à Notre-Dame-des-Ar-
5) Did. » dilliers (3).» Ils arrivèrent, en effet, de la sorte en Sain-
tonge, et prèchèrent la mission à Champ-Dolent, dont
Pme a M. Amelote était prieur depuis longtemps, et où il faisait re Amelote. alors sa première visite (4).
VIL. Pour éviter la répétition des mêmes choses, qui se rebe pass nouvelèrent dans chaque mission, nous neus contenterons missions. Zèle de rapporter ici les principaux traits répandus dans les dideMOler. er mémoires que nous avons sous les yeux. À peine
cette compagnie d'hommes apostoliques avait-elle passé dans un canton, que, de toutes parts, on voyait accourir les pauvres habitants, non-seulement des campagnes voi-
sines, mais des bourgs et des villages même les plus éloi-