LA MÈRE DE BRESSAND ET LA SOEUR BOUFARD
NOTE 4, p. 202. — On aura fait l’éloge de la mère de Bressand en disant que saint François de Sales, dans une de ses lettres, l'appelle une rare fille, et que sainte Chantal avait coutume de dire qu’elle était en état d’opérer toute sorte de biens : son âme étant un pont bien fort sur lequel avaient passé toute sorte
) l'ie de tu de mortifications et d'épreuves (1). Un des amis de M. Olier, mére de Bires- dont nous parlerons dans la suite, a fait le portrait de la mère de oi 10: 13, Bressand en ces termes : « Je reconnus d’abord en elle beaucoup
» de lumières, un recueillement et une modestie angélique, sans » aucune attache à sa volonté, quoique son naturel fût fort actif, » vif et prompt. Sa vertu dominante était l'humilité. Elle ne par- » lait guère d’elle-même et de son intérieur sans larmes; et » souvent elle était de même dans l’oraison. J'ai vu peu de nos » sœurs employées dans la conduite, qui aient eu tant de béné-
( F'ie de la » dictions qu’elle, et qui tournassent avec plus de facilité les Re ne » âmes vers DIEU (2). » Quoiqu’elle eût brûlé toutes les lettres
(3) ve classe, p, de M. Olier qu’elle avait entre les mains, on en conserve encore 277, ct sutv, vingt -trois (3), et parmi les lettres imprimées du serviteur de
() Fie de la Dreu, les lettres ext et cLvine ont été adressées à cette reli-
mére de Bres. , sand, p.434. gieuse (4).
NOTE 5, p. 204. — Il paraît qu'après le retour de M. Olier, de
Bretagne à Paris, la sœur Boufard, qui n’eut pas toujours des di-
recteurs qui comprissent son état, craignit d’être dans une voie
fausse, et en écrivit à M. Olier. « Quant à la crainte que vous
» me témoignez d’avoir été trompée, lui répondait-il, vous devez
» croire que vous méritiez bien de l’être, et néanmoins vous de-
» vez marcher en confiance avec Dreu.. Abandonnez-vous à lui,
» ma très-chère fille, sans tant examiner sa conduite. Marchez avec
» lui en simplicité et confiance ; une fille doit vivre ainsi avec son
» père. Demeurez tout en lui, vous reposant sans soucis sur son
» cœur paternel. Que nous sommes heureux, ma chère fille, de
» nous nommer et d'être les enfants de ce Père. Qu'il soit béni,
» loué, adoré et aimé de toute créature à jamais! qu’heureuse est
» l’âme qui le peut continuellement aimer, et malheureuse celle
» qui méprise celte facilité qui nous est offerte, et s’y rend in-
» fidèle ! Ma très-chère fille, aimez donc, louez et adorez cet uni-
(8) Lettres aut, » que objet des esprits et des cœurs (5). » La sœur Boufard, frap- M. Olier, p. pée de l'édification que répandaient dans la ville de Nantes les religieuses de la Visitation, demanda d’être reçue dans leur com-
munauté en qualité de sœur domestique. M. Olier,.pour favoriser
CR
de Brese ses letcoutume ens : son Dute sorte M. Olier, a mère de beaucoup que, sans ort actif, le ne pararmes; et eu de nos t de bénéfacilité les les lettres e encore rviteur de ette reli-
. Olier, de urs des dis une voie que vous vous devez s vous devous à lui, rchezavec si avec son cis sur son re fille, de 1 soit béni, eureuse est reuse celle y rend inez cet unifard, frap- Nantes les
leur comr favoriser
son pieux dessein, écrivait à la mère de Bressand, alors supérieure de cette maison : « J'ajoute encore ce petit mot à la hâte pour » satisfaire à une pensée qui m’est venue, c'est que je ferai volon- » tiers 200 livres d'aumône à la petite sœur Boufard pour sonentrée
(4 Litres au-
»-chez vous, et même davantage s’il plaît à la Providence me l’in- togruphes de M. » spirer (4). » Elle entra, en effet, àla Visitation, maisses forces ne Olier, p. 334.
12) Vie de la
répondant pas à son courage, elle fut obligée d’en sortir. Elle y eu, Marie Mirentra néanmoins dans la suite à l’âge de cinquante-un ans, et y chel. Boufard,in-
mourut en odeur de sainteté, âgée de quatre-vingt-sept ans (2). L'auteur de sa Vie nous apprend que dans les lettres imprimées
8e. Nantes, 4700.
(3) Abid. p. 39.
—Vies des Saints
de M: Olier, il y en a quelques-unes de celles qu’il avait adressées de Bretagne, t.
à la sœur Boufard (3), mais qui ne portent pas de nom. SUR LA SOEUR DE VAULDRAY.
NOTE 6, p. 205. — M. Olicr écrivait fréquemment de Clisson et de Nantes à la sœur de Vauldray, et ne négligeait rien pour la faire avancer dansla voie du renoncement, qui est l’âme de la vie religieuse. Comme dans les commencements de sa conversion elle avait quelque répugnance à quitter son argenterie, il lui écrivit : « Ma très-chère fille, ne manquez pas tous les jours à » mourir à votre sens, car vous y êtes bien attachée ; et si vous » ne faites la guerre continuellement à ce cruel ennemi, vous » serez toujours sensuelle, et, enfin, accablée par lui. Vous me » faites bien compassion quand vous me mandez la difficulté que » vous avez à quitter l’argent et à embrasser la vileté de l’étain » ou de tout autre métal; car l’amour est, hélas! bien petit dans » votre cœur. Aujourd’hui j'ai diné chez les révérends Pères » Chartreux, où lon m’a donné une cuillère d’étain assez noire, » qui m’a fait ressouvenir de vous ; mais je n’ai rien trouvé là de » dégoûtant. Je prie Dreu qu’il vous donne la force à vous sur- » monter; car ces vertus faibles et à demi établies làchent sou- » vent le pied, et tournent en arrière (4). » Non content de
ardente charité pour leur salut, M. Olier l’étendit encore à quelques enfants, chargés, dans les dehors du monastère, des soins les plus grossiers, et, particulièrement, à un petit garçon à qui était confiée la garde de la basse-cour. 11 avait eu occasion de connaître cet enfant pendant qu’il était logé dans l’humble réduit où nous lavons vu se retirer. Par reconnaissance pour le bon accueil qu’il en avait reçu, ou par un effet de son zèle pour la jeunesse, qui le portait à avoir toujours des enfants auprès de lui pour les former à la vertu et aux lettres (5), il désira, durant son séjour en Bretagne, avoir celui dont nous parlons, ainsi qu’un
(à) Lrttres au:
donner aux religieuses de la Régrippière des marques de cette tographes de M.
Olier, p. 345.
(5) Mémoires aut.de M.Olicr, tt, p. 264.
autre, qu’il avait pareillement connu à la Régrippière. Peut-être voulait-il les confier à quelqu’un des curés, dépendant de ses bénéfices, dont l’un, qu’il appelle la perle des pasteurs (1). établit, peu après, un séminaire de jeunes enfants. Quoi qu’il en soit, il écrivait familièrement à la sœur de Vauldray : « Je vous supplie » de me faire la charité de m'envoyer le petit écuyer de la no- » blesse de votre basse-cour, si sa fièvre l’a quitté; j'espère que » cet enfant sera bien docile (2). » Cette fièvre était sans doute la maladie épidémique qui régnait alors dans le pays.
NOTE 7, p. 207. — Le Père de Condren songeait toujours à la formation d’une société uniquement vouée au clergé; il ne fut pas d’avis que M. Olier dirigeât habituellement les religieuses de la Régrippière, et voulut qu’il se contentât de leur écrire quelquefois dans l’année. Cette résolution était de nature à affliger beaucoup ces bonnes filles, surtout la sœur de Vauldray, qui regardait les conseils de M. Olier comme un appui nécessaire à son salut. Pour la préparer à cette nouvelle et la consoler, M. Olier lui écrivit la lettre suivante : « Quoique sainte Thérèse ait pleuré le » départ de son directeur, sans que le Fils de Dreu le trouvât » mauvais, lui témoignant qu’on ne devait pas moins aux méde- » cins de l’âme qu’à ceux du corps, dont on peut légitimement » regretter l'absence ; toutefois, dans la partie supérieure de son » esprit, elle était satisfaite du bon plaisir de Dreu, et s’accusait » elle-même de ses larmes en se plaignant à son Epoux. Faites-en » de même, ma très chère fille, et ne doutez pas que cette pau- » vre créature, demeurant séparée de vous, vous ne receviez da- » vantage que si elle vous était présente. Jésus, votre époux, ne » sera pas moins présent à votre âme, il le sera même bien davan- » tage, puisqu'il ôte d'anprès de vous celui qui vous le représen- » taitet suppléait à ses conseils. C'est à lui de combler maintenant » ce vide, et de vous récompenser de ce sacrifice avec une abon- » dance d'époux. Abandonnez-moi donc tout à lui, demandez- » lui qu’il me conduise où il voudra, qu’il dispose de moi selon son » bon plaisir, et protestez-lui que votre volonté est satisfaite de » la sienne : que vous ne voulez d’abord que lui, et ensuite en » lui seul ce qui lui plaira davantage. Je vous dis ceci pour vous » porter à ne vouloir rien que Jésus, et à vous mettre dans la » disposition où il veut voir ses épouses : ayez pour lui un » amour pur, aimant Jésus sans mélange des créatures, un » amour ardent qui vous porte vivement et fortement à faire » pour lui toutes vos actions sans làcheté niretardement, unamour p.? actuel, c’est-à-dire renouvelant les actes de l’amour le plus sou- » vent que vous pourrez (3). »
missoir prètres
Ceti Vimpr âme e vait p qu'il 1 vil à le munat » ser à » poss » vous » Nan!
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Cette lettre ne fit pas sur l'esprit de la sœur de Vauldray toute l'impression que M. Olier aurait pu désirer; voyant que cette âme encore faible, et qui avait besoin de ménagements, ne pouvait pas s'adresser sans de grandes répugnances aux directeurs qu’il lui avait assignés avant son départ de la Régrippière, il écrivit à la mère de Bressand qui portait le plus vif intérêt à cette communauté : « Si ma sœur de Vauldray n’est pas disposée à s’adres- » ser à M. Basseline, M. de la Dauversière lui procurera, s’il est » possible, le R. Père Chauveau, jésuite. Je serais bien aise que » vous vissiez le R. Père lecteur des Capucins, s’il est encore à » Nantes. Il me paraissait très-grand serviteur de Dreu, et il eût » pu être beaucoup utile à notre pauvre fille, si elle n’eût cher- » ché que la solide vertu. Mais quand on n’est pas bien détrompé » de la vanité du siècle, on cherche de l’éclat dans la vertu aussi » bien qu’en autre chose ; et, ordinairement, il y a de la fausseté,
» Notre-Seigneur ne porte pas cet éclat avec lui, et ne le met pas
» aussi dans ses vrais serviteurs. Ily met bien de la force pour » toucher et convertir; mais peu d’éclat, d'extérieur et d’appa- » rence. Le royaume de Dieu ne vient point avec observation, » dit Notre-Seigneur. C’est ce qui abuse nos pauvres filles; car » sous ombre que je ne leur ai pas mis en face des personnes de » grand extérieur, ou qui, sous un extérieur fort humble, ne font » point d'actions et de discours éclatants, elles ne prennent point » en eux la croyance qu’elles devraient avoir, et cela est abus et » tromperie (1). »
Le 11 mars il écrivit à la sœur de Vauldray elle-même ; et après l'avoir encouragée à servir Dreu avec un entier dégagement de toute consolation, il lui dit de s’adresser au Père Chauveau, lui faisant remarquer que l’abbesse de Fontevrault avait ratilié ce choix + (2). Maïs la sœur de Vauldray étant tombée dans de grandes obscurités de conscience sous la conduite de ce nouveau directeur, le Père de Condren, qui craignait de la mettre à une trop rude épreuve, ordonna à M. Olier d'en reprendre la direction. Ce dernier écrivait à la mère de Bressand : « Le Père général, » quoique j’eusse destiné la sœur de Vauldray au R. Père Chau- » veau, m’a ordonné d'en reprendre le soin, crainte de la brouil- » ler, comme cela était arrivé déjà. Elle m’en avait fait jusqu'ici » de continuelles instances, et d’ailleurs les soins et application » que Dieu n'inspire de donner à son âme ne sont point petits. » Je pense qu’à la fin vous aurez dit vrai en m’assurant que j'en
+ L'abbesse de Fontevrault avait, comme on sait, le privilége de donner des di-
(4) Lettres aut.
e M. Olier, p.
(2) Ibid. p. 359.
(3) Traité des
bénéfices,par Go-, hard, 1.11, in-40, p. 673.— Histoire del’ordre deFontevraull, par le
missoires pour les ordres sacrés aux religieux de son ordre, et d'approuver les pére Nicquet, in-
prètres pour la confession sacramentelle (3).
ann » dois répondre à Div. Cela me sera aisé si elle continue ; j'en 816, NT. P » dirai autant de vous, ma pauvre fille (4). »