LE PÈRE BERNARD
NOTE 10, p. 208. — Le jour même de son arrivée à Paris, M. de Quériolet rencontra le Père Bernard d’une manière assez singulière. Le récit que M. du Ferrier fait de cette rencontre est tout-à-fait conforme au caractère du Père Bernard, qui était, diton, un fort grand parleur, « M. Bernard m’ayant rencontré, » me dit avec son humeur extraordinaire, qu’il voulait me faire » part d’une rencontre assez plaisante qu’il avait eue le même » jour. Comme j'allais, dit-il, du côté des Chartreux, j'ai vu venir » à ma rencontre un homme à pied, tout couvert de poussière, » avec une soutane retroussée, d’une assez mauvaise mine, qui » m'a demandé si je saurais lui dire où loge un certain M. Ber- » nard, autrement dit le pauvre prétre. Je lui ai demandé s’il le » connaissait, et ce qu’il avait à faire avec lui. Je viens, dit-il, » pour le connaître, parce qu’on m'a dit qu’il était homme de » bien et un peu fou. Me trouvant surpris de ce discours : Je ne » sais, lui ai-je répondu, si vous êtes guère plus sage que lui.
4) Mémoires de M, du Terruer, p. 252.
(2) Lettres de M. Godeau, Evéque de J'ence, Lettre 80, p.474.
(3)Collet,Vie de saint l’incent de Paul, t. 1, p. 282.
» Peut-être est-ce vous, continua-t-il, à qui je parle ? Oui, c’est » moi, dis-je : là-dessus, il m'a étroitement embrassé, me disant : » Je suis Quériolet, je viens exprès de Bretagne pour avoir la » consolation de vous voir. J'en ai fait de même, le connaissant » par sa réputation depuis qu'il a été converti à Loudun par le » ministère du démon qui possédait les religieuses (1). » M. de Quériolet, en disant que le Père Bernard était un peu fou, pariait, selon l'opinion vulgaire, comme l'indiquent ces paroles de M. Godeau, évêque de Vence : « Le bon M. Bernard n’avait point » de science éclatante ; son zèle paraissait indiscret plutôt que » prudent en beaucoup d'occasions, ses discours publics sem- » blaient ridicules, on trouvait mille choses à redire à sa con- » duite.. Cependant son sort est entre les Saints... Voilà que les » sages, les doctes et les plus prudents confessent qu'il a trouvé » le chemin de la vie (2). »