‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 148 sur 251 · ÉPREUVES DE M. OLIER · texte numérisé non relu

ÉPREUVES DE M. OLIER

le Père de Condren, son successeur, forma M. Olier et ses compagnons. « Dans ses conférences, dit M. du: Ferrier, » il nous abreuvait aguû sapientiæ salutaris (1), s’appli- : [Qu té cape » quant à nous donner les principes de l'esprit chrétien, » et à nous expliquer, selon saint Paul, la nécessité de » mourir à nous-mêmes, pour ne plus vivre que de la vie » de Jésus-Caaisr. Comme je m'étais nourri des maximes (2) Mémoires » du siècle, je ne comprenais rien de ce qu’il nous disait, 4-9" ferriers » etce ne fut qu’au bout de six mois que je commencai A Rage me

Q û evic » à y voir un peu de jour (2).» ve, p. M.

M. Olier avoue aussi qu’il avait peine à comprendre cette doctrine, tant elle lui paraissait élevée (3) ; et ce fut (9 Mémoires pour lui en donner une connaissance parfaite, et le mettre «1. an réellement dans cet état de mort à soi-même et de vie nouvelle, que Dev le fit passer par les peines extraordinaires et les humiliatjons accablantes dont nous allons faire le récit, Elles l’instruisirent beaucoup plus que n’avaient fait jusqu'alors tous les docteurs et tous les livres, et lui fournirent même, en grande partie, la doctrine renfermée dans ses ouvrages, dont le récit de ses peines est la clef nécessaire, et comme l'introduction.

Lorsque le Père de Condren l’associa à la compagnie ul. dont nous avons parlé, M. Olier était entouré de l'estime . M- Olier dé-

sireardemment

et de la vénération universelles (4). Le bruit de ses travaux ue vivre de la apostoliques (5), la sainteté de sa vie, le refus qu’il fit, sur pas Jisusces entrefaites, de la coadjutorerie de Châlons, sa nais- A ue sance même, qui semblait donner un nouveau lustre à ses p.41. ” ”

vertus, lui avaient attiré une estime si grande, qu’elle DUR 8 LU de était pour lui une sorte de martyre. Sans cesse il avait à no combattre la vanité et toutes les saïllies de l’orgueil, dont Du permettait qu'il sentit plus vivement alors les atteintes. « C'était là, ajoute-t-il, la plus grande de mes » afflictions, de me voir au milieu de mille filets, dont » l’amour-propre et les respects humains m’environ-

» naient de toutes parts. Je me souviens que, dans mes

» confessions, lorsque j'en venais là, j'étais tout désolé, » et tout baigné de larmes, O mon Dieu! mille morts (1) Mémoires agi , «de N-Ober, plutôt que d'agir pour un autre que vous (1). La ti, p. 442 » première vue que Dieu me donna de l’impureté de mes

» actions, ce fut dans une maladie que j’eus en Auvergne,

» vice » prat » faite » quel » prat » lare » man » prér » l’esp

» en1637. Alors Notre-Seigneur commenca à m’ouvrir les

» yeux, et me fit connaître que mes œuvres ne valaient

» rien, étant toutes pleines d’amour-propre. Je ne le croyais

» pas auparavant, mais depuis je le reconnus à la satisfac- » pein

4) Hbid.t,1 » tionet au goût que j’y recherchais (2). Dans la retraite » et la

» que je fis, l’année suivante, je connus la laideur de mon » dud

» intérieur : je le voyais comme le corps d’un serpent » sirs

» pourri, de la corruption duquel sortiraient mille bêtes » doit

» impures, et s’élèveraient quantité d'insectes venimeux. » genc

J'entendais par là que de notre fonds, naissent, à tout » tem

moment, mille pensées importunes et grossières. C'était, » qu’el

en effet, le sujet ordinaire de mes afflictions ; car me » et je

» sentant attiré à l’union avec Du, et soupirant après » en d

» la paix de l’âme, ces pensées venaient à tout moment » tage.

" ti) ns & 1,» troubler cette douce occupation (3). Souvent je me sen- » l'esp

» tais porté à prononcer ces paroles du prophète : #Mon »dern

» Dieu, créez en moi un cœur pur, et renouvelez mon esprit » vaise

(@) Psaume 1, » selon la droiture du vôtre (4); et la Providence inspirait à | » aprè

LAS » mes confesseurs de me donner pour pénitence ces mê-

(5) Mém. aut. » mes paroles à réciter (5). Immédiatement avant mes de M. Olier. 1.1, x 4 + do 12

p.222, etalibi, » grandes peines, je recus dans l'esprit l’idée de l’âme

» consommée en Dieu, et j'éprouvais un puissant attrait ‘

» pour aspirer à cet état. Me promenant quelquefois seul È Ÿ pe

» dans le jardin après nos repas, cette même idée me re- : ne

» venait à l'esprit, tellement que les yeux élevés au ciel, genre «

»et tout baignés de larmes, je disais: Wie divine, vie hs n'y vel

» divine, quand sera-ce donc que je ne vivrai que de Dieu ? entre-a

» Je trouvais cet état si beau, si admirable, que je n’eusse À sommé

(6) Id, 1.1,» craint de souffrir quoi que ce püût être pour y par- k. Ge pets

PR » venir (6). M’en voyant éloigné par mes défauts et mes De

» Son » poul

solé , morts ). La > mes rgne, ir les aient oyais isfactraite mon rpent bètes neux.

À tout était, ir me après ment

sen- Mon esprit raità

mê-

mes l’âme ttrait

seul e reciel, , vie Dieu ?

Busse parmes

ÉPREUVES DE M. OLIER, 253 » vices, j'avais souvent demandé à Dreu de me faire enfin » pratiquer les vertus solides : Mon Dieu, lui disais-je, » faites-moi la grâce d’entrer pour un an ou deux dans » quelque noviciat, où je puisse être bien exercé dans la » pratique des vertus (1). Au mois de juillet 1638, dans (1 Mémoires h à : aut, de M, Olier, » la retraite que je fis avant d'aller en Bretagne, je de- 11,9, 208. » mandai à Dieu, avec confiance, deux choses assez peu » préméditées, qui me venaient comme d’elles-mêmes à » l'esprit : la première, qu’il m’ôtât, par sa bonté, les » peines extérieures que je souffrais, comme les procès » et la persécution de diverses personnes. Car ces peines » du dehors étaient pour moi un sujet continuel de déplai- » sirs et d’amertume, tant à cause de ma profession, qui » doit m'éloigner des affaires, que de mon peu d’intelli- » gence pour les démèler, comme aussi de la perte de » temps qu’elles occasionnent, et de la paix de l'âme » qu’elles interrompent, surtout dans les commencements; » et je demandai à Dieu de changer ces peines extérieures » en des peines intérieures qui me purifieraient davan- ble éd. » tage. La seconde demande que je lui. fis, fut d’ôter de de M. Otier, 1.1, » l’esprit des hommes la bonne estime qu'ils avaient conçue PAT Pons » de moi sans fondement, et de la leur donner aussi mau- 2°" Girys part.

4re, chap. x1.—Re-

» vaise qu’elle avait été bonne jusqu'alors. Peu de temps se S ‘ : : [1 OL LE , » après il plut à Dieu de m’accorder l’un et l’autre, par 519. 'ie de M.

« . 1e ‘ A . . Olier, par M. de » son infinie miséricorde; je ne puis assez l’en remercier vlan rt

» pour les grands biens que mon âme en a ressentis (2)+. 1, 97% 979

+ Ceux qui n’ont jamais considéré la conduite de Dieu, à l'égard de quelques âmes choisies qu’il a voulu élever à une grande perfec- (3) Cuféchisme

. ; , : spiriluel du Pètion (3), auront lieu d’être surpris, peut-être même scandalisés du /? Surin: k Hi Fe

genre d'épreuves extraordinaires que nous allons décrire. Les autres part. chap, vi.

n'y verront rien qu’ils n'aient déjà lu dans plusieurs bons auteurs, LUE nest

entre-autres dans le Père Surin , que Bossuet appelle un homme con- torale de M. de

s . : fohi “\ Cambraë, sec sommé dans la spiritualité (4), et dont il a approuve le BARRE (5). ou. Ro Ce récit, fait par M. Olier, et étroitement lié à toute la suite de sa vie, p.702.

mettra d’ailleurs la vérité de ces sortes d'épreuves dans un plus grand (5) /bid.n. 698.

: I. TR Voulant donc me purifier des motifs de superbe dont IEU montre ,,, . gp :

à M. Olier le » j'étais attaqué, il commença par me montrer au doigt que

a qu de » notre corps n'était point en notre disposition, et que pour agir dans » NOUS ne pouvions vivre, subsister, ni nous mouvoir que l'ordre naturel. , Lar lui, et par son assistance. Ceci est difficile à conce- » voir, à moins que Dieu lui-mème ne nous l’apprenne, parce » que cette influence de Dieu en nous n’est point sensible, » et qu’il semble qu’il en soit de l’homme, au sortir des » mains de Dieu, comme de nos ouvrages, qui ne dépen- » dent plus des ouvriers, une fois sortis de leurs mains. » Or, la bonté divine me le faisait souvent expérimenter, » en retirant de moi sensiblement cette vigueur du corps et » cette vertu qui le soutient, et qui procède de la cause sou- » veraine et universelle qui le conserve et qui conserve » toutes choses, Parfois, cette vertu semblait se retirer de » moi et des choses destinées à mon usage, comme si je » voyais retirer l’eau d’un canal par le moyen d’une pom- » pe, ou la liqueur d’un vase avec un chalumeau. Du moins » Dieu paraissait retirer cette vertu, et y suppléer de quel- » que autre manière : tellement que, après ces soustrac- » tions apparentes, je ne savais plus comment marcher ; et

jour, et en sera lui-même une nouvelle preuve contre l'excès de ceux qui se persuadent qu'elles sont imaginaires, ou en tout cas purement (A) Instruction humaines, comme l’observe l’évêque de Meaux (1). Au reste, pour pré- .. ee parer l'esprit du lecteur,nous remarquerons que le Père Surin, incom- XVII, Le XVI, ” parable en ce qu'il a écrit sur les épreuves, au jugement de ce grand 2) Préface, [b, VÈQUE (2), a passé par des états bien plus extraordinaires que ceux de

t xxvut, p. 702. M, Olier. «Il a été longtemps sans pouvoir lire, dit M. Boudon son » historien, près de vingt ans sans pouvoir écrire, sans pouvoir se vêtir

» ni se déshabilier, étant, pour ce sujet, obligé de coucher tout vêtu.

a Mons se? Les viandes les plus excellentes étaient sans goût pour lui, le vin Dien en la per- » lui semblait comme l’eau pure. 11 est demeuré muet durant huit PS rs » jours, sans pouvoir, daus ce temps-là, se confesser que par signes ; Seurin, par M. » il fut réduit dans une telle extrémité, qu’à peine avait-il l'usage de Boudon, t. 11, » ses uains …, jusque-là même que, pendant environ quinze ans, il ne

rt. ut, chap. x, : ve P. a47. nee » .pouvail pas regarder distinctement les choses (3). » .

e dont gt que t que ir que conce- , parce nsible, ir des dépenmains.

nenter, 0rps et Se SOU- )nserve irer de à si je le pomM- 1 moins le quel- Justraccher ; et

s de ceux purement pour prén, tnCUmMce grand e ceux de budon son ir se vêtir out vêtu.

ui, le vin

ans, il ne

ÉPREUVES DE M. OLIER. 255 » comme je sentais qu’une certaine vertu n'était retirée, » si je venais à mettre un pied devant l’autre, je ne savais » par quelle puissance c’était, ni même comment me sou- » tenir. J'étais toujours prêt à tomber, et semblable à ces » hommes pris de vin, qui ont des forces et qui ne savent comment s’en servir. Je m’étonnais que les autres subsistassent avec tant d'assurance et de fermeté, et qu'ils eussent à leur disposition la liberté et la conduite de leurs corps (1). Quelquefois je ressentais cette même (1 Mém, aut. impuissance dans l’usage des choses les plus nécessaires 00e" Lt.

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