‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 150 sur 251 · ÉPREUVES DE M. OLIER. 263 Ÿ · texte numérisé non relu

ÉPREUVES DE M. OLIER. 263 Ÿ

» vais pas ces rebuts, mais aussi je n’éprouvais aucune » consolation, en sorte que tout semblait être perdu pour » moi({). Sans cesse dédaigné, lorsque je voulais m’élever grd re » à DEu, je ne pouvais avoir de paix qu’en 3 couchant Bresonvilliers,p. » la face contre terre, et me prosternant intérieurement M » devant lui. Je ne dormais presque point pendant ces » temps ; je me réveillais au milieu de la nuit, tout trem- » blant, dans la croyance que j'étais déjà réprouvé. IL me » semblait voir les démons au pied de mon lit, qui vou- » laient m’entrainer en enfer; et une fois, entre autres, » il me paraissait que l’un d’eux me disait : Donne-toi à » moi, et je te délivrerai de tes peines. Je me souviens » qu’en ce moment mon cœur demeura inébranlable » comme un rocher par la volonté de mon Jésus+(2). Le (2) Mém. aut. » malin semblait avoir alors toute sorte de pouvoirs pour ss TEL » s'approcher de moi, et se transformer en ange de lu- 4%: Clir, er » mière. Ce malheureux ne m’a jamais tenté alors de fiers, t 1v,p. 547. » faire le mal, mais il s’efforçcait de me jeter dans des » excès de bien, par exemple, dans des humiliations de » sa façon, parce qu’il voyait que tout de bon j’y travail- (5) Ibid, À à, » lais (3). p. 198, 499.

» Non content, Ô mon Du, des dédains et des rebuts » que vous me faisiez alors endurer, un jour vous me di- » tes dans le cœur un mot qui m’eifraya plus que le ton- » nerre ; ce fut lorsqu’en colère, et d’un ton de voix si » terrible que j’en demeurai tout tremblant, vous me » fites entendre cette parole : vous êtes superbe. J'étais si

+ Cette réflexion de M. Olier prouve manifestement que le désés-

poir apparent dont il parle, était une épreuve divine opérée pour sa

parfaite sanctification. « Loin que le désespoir dont on paraît assiégé (4) Bossuet, In-

» et tout rempli soit effectif, dit Bossuet, si l’on sonde au vif les âmes struction sur les | de R élats d'oruison ,

» que Dieu met dans ces exercices, au milieu des ténèbres et de la jiy, x, &. xxvit,

» désolation , on y trouvera un fonds de confiance inébranlable et p.47.

» inaltérable (4). »

» hors de moi-même, que, peu après étant allé me con-

» fesser dans une église, je tremblais de tous mes mem-

» bres, je frissonnais de peur : tant j'étais transi d’effroi,

» après cette foudroyante parole, qui aurait rempli de

» terreur le cœur le plus inébranlable et le plus auda-

» cieux du monde. Mon Div, que vous êtes terrible dans

» vos colères ! que vos justices seront accablantes, si vos

» petites et légères menaces affligent et étonnent si étran-

» gement! Je pense que j'en aurais été inconsolable, si,

né u après cette alarme, ouvrant mon Gerson, je n’avais

Olier, par M. de » trouvé ces paroles : Dieu parle à ses amis quelquefois

er al » en les rudoyant, quelquefois en les caressant, comme

OU, rap : » à l'égard de ses Apôtres, lorsqu'il leur dit : O stulti et 248, 249. » tardi corde ad credendum (1)

VIIL, » À toutes ces peines intérieures, se joignaient ensos sv core le rebut des gens de bien, le mépris universel le monde. » de tout le monde, parents, amis, serviteurs, grands PA Pl » et petits (2)*.Ce fut surtout vers la fin des fêtes de p.122. » Noël 1640, que je reçus plus d’affronts; je fus alors la

+ PRTERPe » fable de tout Paris : le Roi, le cardinal de Richelieu,

» messeigneurs les évêques, surtout M. le Chancelier,

» tous mes parents, toutes les personnes de ma condi- » tion, commencèrent à faire, sur mon refus de la coad- » jutorerie de Châlons, des plaisanteries étranges : car »un autre ecclésiastique l’ayant acceptée, et l’évêque » étant venu alors à mourir, celui-là en fut pourvu par (8) Mémoires » le Roi et fut fait évêque de cette église. La compagnie

aut, de M, Olier. ont , , ë t, 4 p. 600. — Ÿ à laquelle j'étais attaché, prévenue alors contre moi,

es nd nr » augmenta encore cette tempête; et je vis s’accomplir a , . A , Q 4e part. chap. x1. » pleinement la promesse que mon bon Maitre m'avait

— Remarg. his- . .

toriques, tm, » faite, sur ma prière, deux ans auparavant, de chan-

ni Arab » ger en mépris eten humiliations l’estime qu’on faisait

De à pr » de ma personne, et les louanges qu'on me donnait pur M, de Bre: » partout (3). Il ôta de l'esprit de nos Messieurs toute l’es-

tontilliers, 1, iv, x ,. : À ET , p. 204, 507, » time qu'ils avaient conçue de moi. Quoiqu’ils w’eussent

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ÉPREUVES DE M. OLIER. 265 » vu dans une mission travailler avec ma liberté pre- » mière, et qu’ils eussent été témoins du succès que » Dieu m'avait donné en touchant les cœurs par sa mi- » séricorde, ils prirent la résolution de m'’interdire tous » les emplois extérieurs, prédications, conférences et au- »tres, et ne me permirent de confesser qu’en cas de » nécessité absolue. Dans mes humiliations, ils voyaient » de grandes faiblesses d'esprit; ils demeuraient de plus »en plus fermes dans leur croyance, et laissaient croire » aux autres tout ce qu’ils voulaient de plus désavantageux, » sans m’excuser. Outre ces faiblesses d'esprit, ils remar- * nore 6, p. » quaient quelquefois en moi, un port et une contenance 4: y 4 à, » arrogante; et jugeant, à de telles. marques, que l’es- Le ne » prit de Dieu ne pouvait résider en moi, ni se plaire à parle Père Giry,

+ . * ibid. — Vie de M.

» opérer par mon ministère, ils ne m’exposeient qu'avec Ouier, pur M. de

» peine, même à la confession *(1). ri

» D'ailleurs ils croyaient que mes grandes tristesses IX.

! Re Les confrè - » venaient de ce que je n'étais plus dans les grandeurs res de M. Olier

» du monde ni dans !e faste. Ils attribuaient mon abat- regardent ses

» tement à ce que je n’avais pas été porté par mon di- Un dépit d'or- » recteur à prendre la coadjutorerie de Châlons, et s’ima- gueil. » ginaient que monaffliction venait de ce que j'étais encore

» comme l’un d’eux. Le supérieur de notre compagnie,

» M. Amelote, qui avait droit de me juger ainsi, me de-

» mandait, de temps en temps, si je n’avais point la pen-

» sée de prendre un carrosse et une suite dans Paris.

» Il voulait savoir si je n’avais point cédé à la tenta-

» tion. C’est qu’en effet, lorsqu'on n’éprouve que rebut

» dans le service de Dieu, le démon, pour nous en re-

» tirer, propose alors les délices du monde. Ne sachant

» pas pourquoi mon supérieur me faisait ces questions,

» et formait sur moi de pareils doutes, si éloignés de

» mes pensées et des dispositions de pénitence et

» d’humiliation où la bonté divine me tenait : Hélas!

» mon Père, lui répondais-je, j’en suis bien loin; je ne

266 PARTIS 1, LIVAR VII = 1640,

(0 Mém. aut, , ne de M. Oliert,t. 1, » songe qu'à trouver un trou pour y faire pénitence,

D. 008, #0 voyant que mes misères sont insupportables à tout le opie des moires aut.de M, » Monde, Je croyais, en effet, qu’on voulait me chasser

M as 07h » de la compagnie, et cette pensée était toujours dans mon

de M. Olier par M. de Bretonvil- » esprit (1).

liers,t. iv, pag. » Notre-Seigneur m'’ayant comme retiré son secours

504, 510, Re : : :

» ordinaire, le démon se jouait souvent de ma faiblesse, » pour me faire paraître impertinent au service de Dieu, » et ridicule devant le supérieur +. Je me souviens, en » passant, d’un petit mot qui me fut dit par ce dernier : » Pour vous, allez-vous-en où vous voudrez; nous n'avons » que faire de vous. Déjà, une autre fois, il m'avait dit

» quasi la mème chose : que je n'étais bon à rien, qu’il » me conseillait de quitter mes bénéfices et de n’en aller

@ Pie de M. » cacher dans un trou (2); et encore : qu’il craignait bien Olier, par le Pè-

re Giry, 6b. p.» pour moi, tant j'étais faible. Je me souviens que je » ne pouvais m'offenser de cela, ni le trouver mauvais;

(3) L'hommede + M. Boudon rapporte du Père Surin (3) des épreuves tout-à-fait ed semblables à celles qui terminent ce récit : « Dans ces humiliations, 929, 230. » dit-il, le démon lui faisait faire malgré lui quantité d’extravagances

» extérieures, qui donnaient juste sujet de croire qu’il était fou ; » et l’usage parfait de la raison qui lui était demeuré, ne lui servait » qu’à le rendre plus misérable, dans la connaissance qu'il lui don- » nait des mépris et des rebuts que l'on avait pour lui... Il souffrait » de toutes parts, et de la terre et du ciel, et des hommes et des dé- » mons, et des Saints et de Dieu même : il souffrait non-seulement des » personnes sans vertu ou d’une vertu commune , mais des plus » grands serviteurs de Dieu, qui ne connaissaient pas son état, et le » traitaient d’extravagant. Enfin, il écrit que, durant ses peines, il » semblait que toutes les créatures fussent armées contre lui, et que » Dieu fit des miracles pour s’en servir à le tourmenter. La très- » douce et très-miséricordieuse Vierge, qui est l’asile et le refuge des » plus grands pécheurs, ne lui paraissait que dans une sainte colère, » avec des foudres pour le châtier ; il ne voyait les Saints que comme » des personnes qui lui étaient justement opposées ; mais, par-dessus » tout, il voyait encore Dieu qui lui était contraire, et qui, après s'être » servi de toutes les créatures du ciel, de la terre et des enfers pour » l’affliger, voulait encore le frapper de sa main, »

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