IL EST PRIVÉ DE TOUTE CONSOLATION EN ASSISTANT LES MALADES
NOTE 2, p. 258.—" Arrivant un jour à Bazainville, l’un de mes » prieurés, sur le chemin d’un lieu où l’on allait faire la mission, » au diocèse de Chartres, je vins une heure plus tard que je ne de- » vais. Le curé de la paroisse, ne pensant pas qu'aucun malade dût » avoir besoin de lui, s'était absenté l’après-midi; j’arrivais à peine, » qu'on me vint avertir pour deux malades à l’extrémité; jy cou- » rus aussitôt, et j'administrai l’un d'eux. Je trouvai l’autre si acca- » blé par le mal, que je ne pus lui donner le saint Viatique, mais » seulement PExtrème-onction. Retournant de là à l'église, dis- » posé, comme j'étais dans le temps de mes peines, à r’attribuer » toute espèce de mal, j’éprouvai les douleurs les plus étranges : » Quoi, me disais-je, malheureux que je suis! faut-il que ces pau- » vres gens souffrent pour mes péchés , et que cette âme ait été » privée des secours que Notre-Seigneur lui avait préparés par mon » ministère, et qui étaient nécessaires à son salut? Je remarquerai » cependant que, si je fusse allé droit à la mission, cette pauvre » âme eût été encore plus délaissée ; pourtant ma douleur était si » grande, et la violence de mon affliction si véhémente, que, » fondant en larmes et poussant des cris, je me trouvai dans cet » état que décrit le Prophète : Rugiebam à gemilu cordis mei ; et » je disais, dans Pexcès de ma douleur : Ah! mon Dreu! faites » tomber sur moi tout le malheur de mes crimes. Ah! Seigneur! » punissez-moi,perdez-moi, si vousvoulez ; mais que les pauvres » âmes n’en souffrent point. Ah! mon Dieu! apaisez votre » colère (2).
» Ayant été appelé un jour pour exhorter une femme de condi- » tion qui était à l’extrémité et qui avait mal vécu, je m’appro- » chai d'elle avec une froideur intérieure qui ne se peut expri- » mer, comme il m’arrivait souvent alors; je tâchai pourtant de
(4 Mém oires aut. de M. Olier, 1.1, p. 304.
(2) Mémoires aut.de M. Olier, ta 1, Ps 177, 478.
288 NOTES » lui procurer ce que je pus de secours ; et, enfin, son curé vint » auprès d'elle pour lui parler : je m'en revins, croyant ne de- » voir pas y demeurer davantage. Je ne fus pas sitôt arrivé à la » maison, qu'après avoir prié un peu de temps et avoir répondu » à un ecclésiastique, sur-le-champ je prends mon manteau et » me remets en chemin pour aller la revoir ; mais, avant d’arriver » chez la malade, on n’apprend qu’elle vient de mourir. C’é- Ér da” taient là toutes les consolations sensibles que j'éprouvais alors, aut, de M. Olier, ” On me dit cependant que cette personne témoigna, avant d’extr, p. 485.—Vie » pirer, un grand regret de ses fautes, et qu’elle fit des actes de HA Que Par » contrition qui parurent sincères, quoiqu’elle eût une grande liers,t, 1v,p, 495, » attache pour une personne de condition avec laquelle elle 426. » avait mal vécu (1).
» Notre-Seigneur permettait, durant cs temps, que les cures » qui dépendaient de moi, manquasssut de pasteurs, ou qu’il y en » eût qui se conduisissént d’une manière indigne. Un curé con- » damné à abandonner sa cure, m’ayant fait souffrir mille per- » sécutions, DIEU voulut que ce même homme revint dans son » ancien bénéfice, et que je l’assistasse à la mort. Il daigna me » faire ensuite une grâce signalée, en me donnant un ‘‘'ré que » je puis appeler la perle des pasteurs. C’est un Saint; et, quoi- » qu’il soit seul dans ce lieu, il y a formé un séminaire de jeunes (2) Ibid. t, 1, p. ” enfants, auxquels Dieu donnera, je l’espère, sa sainte bénédicde ti at tion. Notre bon Maître m’a toujours accordé ses grâces après asë.— Pie de M ” me les avoir fait demander fort long-temps (2). Mais celles que Olier, par le Père » je reçus pour moi ou pour les autres, dans cet état, ne m’empèci Fes » chaient pas de me regarder toujours comme le Judas de Ja historiques, 1, ur, » Compagnie ; je ne les considérais même pas comme des grâces, pag. 519. » ne croyant pas alors que j'en pusse recevoir (3). »