SUR LES APPARITIONS DU PÈRE DE CONDREN A SES DISCIPLES
NOTE 9, p. 279. — Une considération importante, au sujet des apparitions du Père de Condren, et qui fait bien voir que l'amour pour le merveilleux et la prévention en faveur de ce saint homme n’eurent aucune part à ces récits, c’est que tous ses disciples étaient fort peu disposés à la crédulité en cette matière. Lui-même leur avait inspiré un grand éloignement des grâces extraordinaires, comme nous l’apprend M. du Ferrier. « Il m'avait fait tant de leçons sur cela, dit-il, que toute ma vie » la crainte de l'illusion est demeurée dans mon esprit, et j'ai » fui les gens qui passent pour extraordinaires, et les possédés » du démon, comme on évite les pestiférés (3). » M. Olier fut aussi toujours dans les mèmes'sentiments, et l’un de ses disciples lui en rendit, après sa mort, çe témoignage par écrit :
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« J'ai peu remarqué de choses extraordinaires en (eu M, Olier » mon très-cher Père, parce qu'il avait un grand soin de les ca- » cher, et parce qu'il ne voulait pas qu’on suivit cette voie, ni » même qu’on en fit cas dans la conduite des âmes. C’est pour- » quoi je lui ai oui dire souvent qu'il s’y glissait bien des trom- » peries, et qu'il n’y avait rien de solide ni de sûr que ce qui se » trouvait entièrement conforme aux maximes de l'Evangile, et » confirmé par la règle extérieure de l’obéissance, c’est-à-dire, » par ceux qui doivent nous conduire de la part de Dreu (1). » De là M. Olier ne fit connaître qu'à ses directeurs, et tout au plus à quelques personnes d’une très-haute vertu, les faveurs extraordinaires qu’il recevait ; jamais il n’en prit aucune pour la règle de sa conduite. Il ne pouvait même souffrir qu’on assistât sans nécessité aux exorcismes, Et M. Tronson, digne héritier de son esprit, voulant prémunir un ecclésiastique contre cette dangereuse curiosité, lui rappelait les maximes et les exemples du serviteur de Dieu. « Fuyez ces occasions comme la peste, disait- » il, et souvenez-vous toujours du conseil que feu notre très- » honoré Père, M. Olier, donna à M. de Bretonvilliers dans une » pareille occasion : Qu'il ne fallait avoir nul commerce avec » le diable, ni en ce monde, ni en l'autre (2). » Nous faisons ici ces réflexions, pour prévenir la fausse opinion que bien des personnes pourraient se former peut-être de M. Olier, et pour montrer en même temps que les témoignages des disciples du Père de Condren, en faveur de cette double apparition, ne pourraient, sans injustice, être taxés d’aveugle prévention pour leur maître, de précipitation ou de légèreté.
NOTE 10, p. 280. — Lorsqu’après l'établissement du séminaire de Saint-Sulpice, et de celui des Bons-Enfants, le Père Bourgoing, successeur immédiat du Père de Condren, et attaché comme lui à la foi catholique, adressa enfin aux évêques de France son Prospectus sur l'établissement des séminaires ; cette pièce ne produisit aucun résultat, ou du moins n’eut aucune suite pour l’Oratoire : « ce qu’il faut sans doute attribuer, dit M. Tabaraud, à la division » que le Jansénisme commençait à causer dans le clergé ; les uns » ayant des préventions contre le Père Bourgoing à cause de son » opposition marquée aux disciples de saint Augustin, les autres » faisant un crime à la plupart de ses confrères de leur être trop » favorables (3). » :
(4) Ættestations aut. touchant M.
Olier,p. 201,202.
(2) Lettres de M. Tronson,t.x1.
Clermont, p.124.
(3) Histoire du cardinal de Bérulle,t. 1,p. 223.
— Annales de l’Oratoire , an.
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LES DISCIPLES DU PÈRE DE CONDREN ÉTABLISSENT A CHARTRES UN SÉMINAIRE QU'ILS SONT CONTRAINTS D'ABANDONNER. NOUVEAU SÉMINAIRE A VAUGIRARD,
L La petite société s'était retirée depuis peu à Chartres Ph pour y jeter les fondements d’un séminaire, selon les orminaire à Char- dres du Père de Condren. Là elle attendait qu’il plût à ne pie de M, DIEU de lever les obstacles à ce dessein (1); lorsque l’évèoo in- que, M. de Valencé, encouragé par le succès de diverses
dés missions prêchées déjà dans son diocèse, eut le projet d’en procurer une aux habitants même de Chartres. Les
ouvriers évangéliques étant tous disposés à l’entreprendre,
ils s’y livrèrent avec tant de zèle, qu’en peu de temps
ils procurèrent un grand nombre de conversions, et re-
nouvelèrent entièrement cette ville. Ce fut à la suite de
cette mission, durant laquelle M. Olier prêcha quatre ou
cinq fois sur les grandeurs et la sainteté de Marie, sa
a prrirs puissante protectrice (2), qu’on essaya enfin de mettre à p. A9. exécution le projet du Père de Condren (3). L'entreprise che Mare, à. était trop dans le goût de M. Bourdoise pour qu'il n’y 4. contribuât pas avec zèle. Depuis une première tentative, qu’il avait faite en 1608, n’étant encore que clerc tonsuré,
il avait essayé plusieurs fois de renouer cette affaire ; et
ue 4 il paraît même que, dans ce dessein, il avait contribué à in-&, p. 490. — attirer, à diverses époques, la petite troupe à Chartres,
Vie imprimée “ee : R :
in 4e, p. ns, sss. pour y présider aux exercices des ordinands (4). Au
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: Père de Condren n’était point encore venu (3).
ESSAI D'UN SÉMINAIRE À CHARTRES, 295 moins fit-il tous ses efforts afin de disposer favorablement l’évèque et son Chapitre dans la circonstance dont nous parlons. La paroisse de Sainte-Foi, voisine de la cathédrale, fut le lieu qu'on choisit pour former cet établissement (1). Les missionnaires n’épargnèrent rien afin AU mu de d: d'en procurer le succès; ils firent eux-mêmes disposer la in-folio, p. 997, maison à leurs dépens, la fournirent des meubles nécessaires, et défrayèrent tous les ordinands qu'on avait invités à venir y faire les exercices de dix jours, comme saint Vincent de Paul le pratiquait à Saint-Lazare. Personne, dit M. du Ferrier, n’avait encore songé à quelque chose de plus que l’ordination (2); mais on espérait qu'a- (2 Mémoires près la clôture de ces exercices, plusieurs retraitants ac- 4 Ptééaté cepteraient avec empressement l'invitation de prolonger leur séjour dans la maison pour s’y former aux vertus et aux fonctions ecclésiastiques. Tout le contraire arriva, Malgré le zèle des missionnaires, leur générosité, leur vie & Vis de M édifiante, personne ne se joignit à eux durant l’espace de Olier, par M. de + | Fr s Bretonvilliers, 1, huit mois qu'ils demeurèrent à Chartres (3). Il semble ,, p. 48. — ie même que les paroissiens de Sainte-Foi avaient pris d’a- # Fer Len
bord des préventions fâcheuses contre le nouvel établisse- fie 4°, ch. x. — Remarques his-
ment, comme il arrivait d'ordinaire dans ces sortes d’es- toriques, 1. in, p. sais. Pour prévenir ce mal qu’il craignait, M. Bourdoise . s'était empressé de donner aux missionnaires divers con- Aourtoise, Ms.
, | in-folio, p. 957;
seils sur les ménagements à garder, et sur la lenteur in-w, p. 51. : : ‘ 20.
qu’on devait affecter dans cette entreprise. Mais ces pré- (51 Mém. de M.
cautions n'ayant point été employées, l'établissement Pad p-7r
échoua, du moins c’est ce que rapporte l’historien de DD ire M. Bourdoise, sans entrer dans plus de détails (4). Plu- iid.— Pie de M.
+ a . Olier,Puar le père sieurs de ces Messieurs conclurent de là que la ville de Gin ibid. Re-
Fhartres n’étai : ‘ i ! : «émi Slements de lu Chartres n’était pas le lieu où devait être établi le sémi- Eh unuute de
naire, ou que le temps des bénédictions annoncées par le er in-8, p. ?, uv B.
Leurs travaux ne furent pas néanmoins tout-à-fait stériles, comme il parut par les fruits qu’en retira l’un de
(A) Vie de M.
Gilles Marie, p.
M. Meyster conseille à ces Messieurs d’abandonner l’œuvre de Chartres.
(2) Lettres aut.
de M. Olier, p
leurs disciples, M. Gilles Marie, dans la suite curé de Saint- Saturnin de Chartres, et dont la vie édifiante a été donnée au public. M. Olier ayant remarqué, dans les exercices de la mission, l’amour de cet enfant pour la prière, et son assiduité à écouter la parole de DrEu, jugea qu'il serait un jour utile à l'Eglise, et lui donna des soins particuliers. « Le départ de M. Olier, ajoute son historien, » affligea sensiblement Gilles-Marie. Pour se consoler de » l’absence de ce saint prêtre, il mit par écrit tout ce » qu'il lui avait entendu dire de plus important touchant » les devoirs de son état; et le cœur eut plus de part en- » core que la mémoire à la collection qu'il fit des maximes » de ce grand homme; enfin, il suivit un plan de conduite » dans lequel toutes les actions de la journée étaient ré- » glées conformément aux maximes qu’il avait apprises » de lui (1). »
Ces ecclésiastiques, qui étaient au nombre de huit, se trouvant donc sans occupation, se bornèrent à édifier la ville par leurs vertus, ou à se rendre utiles aux diverses paroisses , en attendant qu’il plût à Dreu de leur donner matière d’exercer leur zèle envers le clergé. M. Olier fut chargé de faire le catéchisme aux enfants +, et plusieurs de ses compagnons, entre autres M. de Foix et M. du Fer-
+ On voit, dans une lettre à la sœur de Vauldray, que M. Olier, pour exciter les enfants, à qui il faisait le catéchisme, à graver avec plus de soin dans leur mémoire les éléments de !a doctrine chrétienne, et pour leur rendre la religion plus aimable, leur distribuait de petits présents. « Je vous prie de m'excuser, lui écrivait-il, si j’ai tant dif- » féré à vous remercier d’une boîte que je croyais seulement pliene » d'Agnus Dei, et que depuis j'ai vue remplie de fort beaux ouvrages. » Je ne l’ai ouverte que ces jours passés, que j'ai été employé à faire » le catéchisme dans la ville de Chartres. Ce sont de vos charités ordi- » naires, je vous en suis très-obligé, et vous puis assurer que vous » aurez part à la ferveur que pourront donner ces présents aux en-
” » fants que la bonté divine nous adresse (2). »
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M. Olier, ver avec rétienne, de petits tant difit pliene uvrages.
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