ESSAI D'UN SÉMINAIRE A CHARTRES
rier, profitèrent de cette circonstance pour aller à Paris, où diverses affaires les appelaient. Comme les deux derniers se disposaient à retourner à Chartres, M. Meyster, qui abandonna sur ces entrefaites leur société, vint diner chez eux, et, pendant le repas, il leur dit fort sérieusement : « Je vous plains, Messieurs; car vous perdez votre » temps, et ne faites pas ce que Dieu demande de vous. » J'admire, reprit M. du Ferrier, comment vous nous condamnez, lorsque nous faisons du mieux que nous savons. Je ne vous condamne point, répliqua-t-il; mais c'est Dieu qui désapprouve ce que vous faites à Chartres, et j'ai ordre de vous le dire de sa part. Hélas! dit alors M. du Ferrier, serons-nous assez misérables pour nous écarter de ses voies ? et le discours finit ainsi.
Après le diner, M. de Foix et M. du Ferrier, touchés des paroles de M. Meyster, résolurent d’aller avec lui, chez les Pères de l’Oratoire, pour les consulter. Ils se rendirent donc à Saint-Magloire, où ils couchèrent, et M. Meyster, ayant réitéré sa déclaration touchant l’inutilité de l’entreprise de Chartres, et ayant même ajouté que M. Amelote était anpelé à une autre œuvre, les Pères Bouchard et de Monchi furent d’avis qu’ils s’adressassent à Dreu dans la prière, afin d'obtenir sa lumière et la grâce de la suivre fidèlement; et, en conséquence, ces Messieurs résolurent de d'aller en pèlerinage à Notre-Dame-des-Ardilliers à Sau- de M.du Ferrierg mur (1). a PO
Sur ces entrefaites M. Olier vint aussi à Paris, avant la, e AO fête de l’Assomption, pour terminer un différent qu’il re avec M. du avait avec le nouveau Prieur-Mage de son abbaye, que les Ferrer et M. de religieux, contre toute espèce de droit, venaient de nom- 12) Histoire des mer à cette charge (2). Durant le séjour qu’il fit dans cette fers 4 "in "2" ville, il recut la visite de l’abbesse de Fontevrault, Jeanne- "11,715, 716.
— Réglement du
Baptiste de Bourhon *, occupée de la célèbre affaire de sa cardinal de la Eee . . us x : . Rochefoucauld, t.
juridiction, et qui le pria de visiter, s’il pouvait, les reli- xvr, fol. 494. Loninnià CO ’ FE * NOTE {, gieuses de la Régrippière, privées de sa présence si long- p. 47,
temps. Aucune invitation ne pouvait être plus conforme aux désirs du serviteur de Dieu. Depuis son séjour au couvent de la Régripr'ère, il n’avait cessé de demander la persévérance pour les religieuses fidèles, et la grâce d’une sincère conversion pour celles qui avaient méprisé jusqu'alors les poursuites du Seigneur. Il résolut donc de partir pour la Bretagne, si DEu agréait ce ‘'essein. « J'ai » vu ce matin, écrivait-il, le 12 août, à la sœur de Vaul- » dray, madame votre abbesse, qui, au milieu de ses * note 2,» affaires, dont j'espère un heureux succès *, n’oublie p. 347. » point sa maison de la Régrippière. Elle m’a témoigné » désirer extrêmement que j’y pusse faire un tour, pour » tâcher d’y renouveler les sentiments de Notre-Seigneur » qui peuvent s’être ralentis. Plüt à notre bon Dieu qu'il » ne m'en jugeât pas trop indigne, je le ferais de très-bon » cœur ; et, tout misérable que je suis, je m'offre à lui » pour vous aller servir vers le mois de septembre, mais » non pas si longtemps que je le souhaiterais : car notre » chère compagnie se propose de s’en aller, en ce temps, * note 3,2 faire un pèlerinage à Notre-Dame de Saumur *, pendant p. 348. » lequel je pourrai de là aller vous visiter. Si je puis, en » ce peu de séjour, vous aider à votre salut, qui m'est CO » cher comme le mien propre, je le ferai de très-bon 365. » cœur (1). »
M. de Foix et M, du Ferrier partirent donc pour Saumur, en convenant toutefois que, durant leur voyage, ils ne parleraient entre eux en aucune manière du sujet qi tte qui le leur faisait entreprendre (2). De son côté, M. Olier p. ti. * s'était joint à quelques-uns de ses confrères, qui allaient commencer une mission à dix-huit lieues de Paris; mu ru mais celui qui lui tenait lieu alors de directeur (3), Lier,t. 1, p. 447, M, Picoté (4), étant venu lui ordonner de laisser là les nur A exercices de cette mission, et de se rendre sans délai eu à M-à la Régrippière, il partit le surlendemain, et prit sa route par Saumur, afin de se joindre à ses amis,
espérant:
“tagne + Il leu et, COMI aise d'y le juges religieus « C'était » plus s:
» depuis » parti 0 » voyait rent à la d'octobre religieus parloir, deux gri l’autre ; et ne lence (3) « Po » à Sa g » de mo » mon ig » de dir.
» VOYage
+ Cefl venu à md M. Olier à bres pour plus pers eux-mêmé et elle les de la mort de Maupas siècle (5).
nforme jour au mander a grâce méprisé donc de n. « J’ai le Vaul- | de ses n'oublie émoigné ur, pour Seigneur EU qu'il très-bon re à lui re, Mais ar notre 2€ temps,
pendant puis, en qui m'est très-bon
one pour r voyage, e du sujet , M. Olier i allaient le Paris; teur (3), ser là les sans délai et prit ses anus,
2° VOYAGE DE M. OLIER A LA RÉGRIPPIÈRE. 299 espérant qu’ils voudraient bien le suivre de là en Bretagne +.
Il leur avait souvent parlé du couvent de la Régrippière; IV et, comme leur chemin les obligeait d’y passer, il fut bien rs ie aise d'y conduire ses deux amis, surtout M. du Ferrier, produit à la Réle jugeant plus propre que lui à convertir celle de ces FARMER religieuses qui entretenait le désordre dans le monastère.
« Cétait, dit-il, la personne du monde la plus altière et la
» plus suffisante, et elle m’avait en très-grande aversion,
» depuis mon premier voyage, soit parce que le chef du
» parti opposé s’était donné à moi, soit parce qu’elle me
» voyait trop pauvre esprit pour elle (1). » Ils arrivé- (ji Mémoires rent à la Régrippière à l’entrée de la nuit pendant le mois L. | Le Fee d'octobre (2). M. Olier y fut fort bien recu : les quatorze (2 Zbid. 1. à. religieuses qu’il avait converties accoururent toutes au ? “*
parloir, avec la supérieure et les anciennes ; il y avait
deux grilles, M. Olier était à l’une, M. de Foix était à
l’autre ; et comme M. du Ferrier s’était mis à l'écart
et ne disait mot, elles l’appelèrent abbé du si- un Pi lence (3). pe 142.
« Pour me reudre moins indigne de servir d'instrument » à sa grâce, ajoute M. Oiier, Dieu daigna, le jour même » de mon arrivée, me faire expérimenter ma faiblesse et » mon ignorance; tellement que je ne pouvais m’empêcher » de dire à nos Messieurs, que j’accompagnais dans ce » voyage : Mon Dieu, j'étais bien hardi de prècher, il
+ Ce fut vers ce temps que l’évèque du Puy, Juste de Serres, étant venu à mourir, le Chapitre de cette église supplia le Roi de nommt” M. Olier à l’évêché vacant, et députa à la cour plusieurs de ses membres pour solliciter cette gràce. Les gentilshommes qui avaient le plus persécuté M. Olier dans ses missions d'Auvergne, applaudirent eux-mêmes à cette démarche. Mais la Providence avait d'autres vues, l&)Mémoir, aut. et elle les manifesta à. M. Olier, avant même qu'il eût connaissance de M. Olier, 1, 1, de la mort de l’évêque (4). Le successeur de Juste de Serres, fut Henry ?” Us ds de Maupas du Tour, l'un des plus recommandables prélats de son de Lantuges, li. siècle (5). Hi, n, 3.
» y «a trois ans, dans cette maison, je vous proteste
» que maintenant je n’oserais le faire. Le lendemain
» matin, m'éveillant une heure avant nos Messieurs,
» après m'être levé, je me mis en oraison, où je mé-
» ditai ces belles paroles, dont la veille j’avais eu l’esprit
» tout occupé en approchant du monastère, et étant en-
» core à cheval: Adorabunt Patrem in spiritu et veri-
» late. Elles étaient accompagnées de vives lumières, et
» me préparèrent comme d'avance à ce que la bonté
» divine avait résolu. Ensuite, sans penser à rien, je des-
» cends à l’église pour dire la sainte Messe, et j’y ren-
» contre la mère Prieure, qui me prie de prêcher. Je n’y
» eusse du tout consenti la veille, mais sur l’heure jy
» acquiesçai, sentant force et lumière. Je prêchai done,
» et cette prédication fut accompagnée d’une si grande
» abondance de grâces, que tous les cœurs furent tou-
» chés. Celles des religieuses qui ne se rendirent pas ce
» jour-là, vinrent le lendemain, après la seconde prédica-
» tion, tremblantes, et fondant en larmes, demandant
» qu'on voulût les entendre en confession. Ce qu’il
» y eut de plus considérable, ce fut la conversion de celle
» qui dominait dans cette maison, et qui m’avait en
» très-grande aversion, depuis le premier voyage. Je
» savais bien qu’il lui fallait un autre missionnaire que
» moi, en qui elle prit confiance. Je lui amenai donc
» celui de nos Messieurs que je croyais qu’elle goûterait,
» ce qui arriva précisément : elle alla s’adresser à lui d’elle-
» même, et son exemple attira toutes celles de son
A Ne» parti ({). » En effet, le lendemain de leur arrivée à la tt, p.465, 446, Régrippière, lorsque M. du Ferrier était à genoux devant M. du Ferrier le maître-autel, où il faisait son oraison et se préparait convertit Ma- à dire la sainte Messe, devant ensuite partir pour Clisrss culs son, cette religieuse, nommée madame de la Troche, regarda plusieurs fois par la grille du chœur, et le voyant
toujours en prière, elle lui envoya le sacristain pour le
9e prier de tion. M.
fit dans lui-mêm ment ce sa dema entendue rien, Ce Troche, Du for terre da larmes.
Ensuit gieuses à cet ec était par leur, en prier M.
pière. Il un chan mença ps fessant à autres de Elle prot observer ses sœur.
mais viv cette décl toutes im à faire |” et de goût exercice, ensuite d » qui pro » par l’u
pr'oteste demain ssieurs,
L je mé- Pesprit tant enet veriières, et la bonté |, je desj'y renr. Je n’y neure jy nai donc, si grande rent tount pas ce e prédicaemandant Ce qu'il n de celle ’avait en pyage. Je naire que nai donc goùterait, lui d’elles de son rivée à la 1x devant préparait bour Clisroche, re-
le voyant
n pour le
2e VOYAGE DE M. OLIER A LA RÉGRIPPIÈRE. 301 prier de vouloir bien offrir le saint Sacrifice à son intention. M. du Ferrier, quoique naturellement très-affable, fit dans ce moment une réponse qui le remplit bientôt lui-même de confusion et d’étonnement : il refusa froidement ce service ; et comme le sacristain voulait réitérer sa demande, pensant que M. du Ferrier ne l’eût point entendue : Je vous ai dit, répliqua-t-il, que je n’en ferais rien, Cette réponse toucha si vivement madame de la Troche, que, prenant M. du Ferrier pour un homme de Dieu fort éclairé, elle se crut perdue, et se jetant par terre dans sa chambre, elle répandit un torrent de larmes.
Ensuite elle alla supplier l’une des quatorze religieuses converties, de lui procurer l’occasion de parler à cet ecclésiastique ; mais quand elle eut appris qu'il était parti pour Clisson, elle faillit mourir de douleur, en sorte que M. Olier se crut obligé d’envoyer prier M. du Ferrier de revenir promptement à la Régrippière. IL s’y rendit aussitôt, et il se fit dans cette maison un changement admirable. La sœur de la Troche commença par une déclaration publique de son orgueil, confessant à sa honte qu’elle avait osé se mêler de donner aux autres des avis contraires à l’essence de leurs obligations, Elle protesta que jamais elle ne songerait qu’à obéir et à observer les vœux de sa profession, et avertit chacune de ses sœurs de ne plus venir la consulter, voulant désormais vivre dans le revueillement «t le silence. Après cette déclaration et la confession générale qui la suivit, toutes imitèrent son exemple. M. du Ferrier leur enseigna à faire l’oraison; et elles trouvèrent tant de consolation
et de goût aux divers actes qu'il leur suggérait durant cet
exercice, qu’elles ne pouvaient se lasser de les répéter
ensuite dans la journée (1). « Ce fut lui, dii M. Olier, (1) Mémoires do
A | M » qui procura le plus de gloire à Dieu, dans cette maison, »,
» par l’union des cœurs de ces bonnes filles, auparavant
. du Ferrier, 442, 443, 444,
» divisées. Pendant une de ses exhortations, elles s’em- » brassèrent toutes avec larmes en présence du très-saint » Sacrement. Enfin, de quarante qu’elles sont, i] n’y en a » que très-peu qui n'aient fait des confessions générales » ou des revues du passé, avec tant de bénédiction, que » cette maison n’était plus reconnaissable lorsque nous en partimes ; car elles ont embrassé l’oraison, la vie commune, et toutes ensemble pratiquent maintenant ce que la plus petite partie du troupeau avait commencé auparavant et continuait de faire depuis mon premier voyage.