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VAUGIRARD, — LUMIÈRES DE M. OLIER. 343 » qu’à une heure ou deux après midi. Il parut si affec- » tionné, que, depuis cinq ou six heures, ce bon peuple ne » quitta point l’église qui ne désemplit pas. Je dirai aussi, » en passant, ce qui m’arriva dimanche dernier. Pendant » la prédication, et lorsque j'étais dans la ferveur de mon » discours, il entra dans l’église un religieux de l’ordre » de Saint-François, qui avait quitté l’habit de son Ordre. » Aussitôt, sans le connaître, je commence à parler de la » sainteté de ce grand patriarche, et je le faisais ressortir » avec tant d'éclat, que ce pauvre apostat en était couvert » de confusion. Après le sermon, il vint me visiter, pressé » par sa conscience : mais ilétait si honteux, qu’il n’osa ni
» me regarder, ni prononcer une seule parole ; il me parut, q Mém. au.
» vivement touché, et dans des dispositions sincères des v. 258 » Componction et de pénitence (1).
» Le jour de saint Jacques, qui fut un vendredi, je prè- » chai sur l'Evangile du jour, où il est parlé de la mère des » enfants de Zébedée, et de la demande ambitieuse qu’elle » avait faite pour eux à Notre-Seigneur. Pendant mon » discours, je vis paraitre devant moi une de mes cousines, » très-mondaine (Madame Dolu de Dampierre), accompa- » gnée de deux de ses enfants. Elle venait me les pré- » senter (à Vaugirard), pour que je les poussasse aux » dignités de l'Eglise. Alors, sans savoir sa demähde, que » je n’apuris qu'après la prédication, je commençai à » parler contre la vanité et l’intérêt grossier du monde, qui » portent à faire tant de pareilles sollicitations ; car, sans » la superbe et l’amour-propre, les autels de JÉsus-CHisT » seraient déserts, et les églises abandonnées. Je me sentis » porté, par un mouvement particulier, à dire que les de- » mandes semblables à celles de la mère de saint Jacques, » étaiént refusées de Dieu et de Notre-Seigneur JÉstus- » CHRIST, étant si opposées à ses maximes et aux vérités » de son Evangile; qu’au reste si cet Apôtre eût été eh ma » place,et fût monté dans cette chaire, il eût prêché contre
(1) Mém, aul, de M, Oliur,t,u, y. 496, 439
964 PARTIE 1 LIVRE Vin, — 162.
» sa propre mère, et se fût condamné Jui-même de lui avoir » suggéré la demande qu'elle avait faite pour lui. Je me » souviens que nos Messieurs, me voyant parler avec tant » de zèle et de force contre la vanité de cette mère qui » cherchait la grandeur ( car tout ce qui ressent le monde » et sa superbe me met hors de moi), et m’entendant dire » que son propre fils prècherait contre elle-même, s’il » montait en cette chaire, pensaient que je parlais de ma » mère, qui ne peut souffrir la bassesse de l’état que j'ai » embrassé... Or, après le sermon, recevant la visite de » cette même personne, je lui dis hautement ses vérités, en » présence de son mari, lui remontrant spécialementque » sou exemple et sa conduite étaient la cause de la vanité » de ses enfants. Elle fut vivement touchée, jusqu’à se voir » obligée de répandre des larmes : ce qui ne m’empêcha » pas de refuser nettement sa demande pleine d’ambition » et de vanité (1). »
Les petits enfants, pour la sanctification desquels M.Olier avait toujours eu une si tendre sollicitude, participaient aussi, selon la faiblesse de leur âge, aux douceurs de ce céleste aliment. « Me disposant, dit-il, pour aller à la pro- » menade, javais pensé, devant Dreu, d'aller dans un cer- » tain lieu du village, lorsque l’un de nos Messieurs me » dit : Allons dans un tel endroit. Je me soumis par obéis- » sance, m’abandonnant au bon plaisir de DrEu; mais cette » même personne s’engageant insensiblement ailleurs, » nous allâmes dans le lieu auquel j’avais pensé d’abord. » Là je me promenais avec un homme de Dev, dans une » belle allée du jardin; et comme je sentais que mon » Maitre voulait quelque chose de moi, je fis assembler les » petites écoles (de Madame de Villeneuve), et fis un dis- » cours pour les maïitresses, qui sont fort spirituelles, et » aussi pour les petits enfants. Cela se faisait avec paix et » douceur. Les paroles qui me semblaient sortir de mon » cœur touchaient sensiblement tout le monde, et moi-
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VAUGIRARD,=— M, OLIER EST CHOIST POUR SUPÉRIEUR, 945 » même j'en étais tout embaumé. C’est une eau précieuse s que Div distille par ce vase de terre, ce canal de plomb.
» Je me souviens que je parlai du Saint-Esprit, et je trouve
»une suavité tout extraordinaire à le faire connaître aux
» âmes. J'apprends toujours, en exhortant, quelque chose
» de nouveau que je ne savais pas, comme il m’arriva ce
» jour-là, Aujourd’hui encore, parlant à nos Messieurs du
» sujet de la Transfiguration, je sentais comme un principe | te » de force et de lumière qui m'élevait au-dessus de moi- 458. à » même, pour dire ce que je n’avais nullement prémédité, ni ra » Je suis toujours et plus ému et plus recueilli après la p. 465, 166.
» parole, qu'auparavant * (1). »
La petite communauté, composée d’abord de trois mem- XXIX. bres, dont M. de Foix avait été jusqu'alors le supérieur, en mn ue Fu compta bientôt jusqu’à vingt. Quelques-uns demeuraient supérieur. Ses au presbytère pour le service de la paroisse, dont le curé Peer était toujours absent (2); les autres étaient réunis dans (2 Mémoires
: Ÿ à , x deM. du Ferrier, la maison de M. de Rochefort, où ils pratiquaient en com- ». sa. mun, et au son de la cloche, les divers exercices de la journée.L’après-midi on faisait une conférence sur l’Ecriture sainte , et c'était ordinairement M. Olier qui y avait la parole; aucun de ces Messieurs n’osant plus parler lorsqu’il se trouvait présent. Les lumières que Dieu lui donnait, dans cet exercice, ravissaient de plus en plus la compâgnie ; à la fin, M. de Foix ne put souffrir de se voir revêtu de la charge de supérieur, dont il se réputait indigne ; et il n’y eut qu’une voix pour la déférer à M. Olier. « Avant-
» hier, à la conférence de l’Ecriture sainte, écrit ce dernier, » il fallut expliquer un chapitre très-difficile de saint Jean, » où il est parlé de la Samaritaine. Je recevais tant de lu- » mières en l’expliquant, que tous ceux qui m’écoutaient » donnaïent des témoignages de leur satisfaction et de » leur surprise ; les Messieurs de notre compagnie surtout » ne pouvaient s’imaginer que ce fût moi-même qui leur » parlât de la sorte, vu qu’autrefois ils me faisaient tous
346 PARTIS 1, LIVRE VII. — 1642, » la leçon, et paraissaient plus entendus que moi en tou- ns » tes choses, C’est ce qui me réjouit; car ma plus grande » joie est de voir que chacun est convaincu que ce que je » puis dire n’est pas de moi, mais de Dreu seul,et qu’on N » y ait croyance; et que chacun vive selon les maximes » chrétiennes qu'il plait à Dreu de m'’enseigner tous les » jours. Je me suis réjoui, et je me réjouis encore, en » voyant que ce qui se fait journellement dans la petite » compagnie, n’est point attribué à personne de nous, et » qu'il est évident que Dieu seul fait ici toutes choses ; car NOTE il n’est pas un de nous qui puisse donner sujet au monde pare de dire : Un tel a fait cette œuvre. O! que Dieu soit hé- de Chell ni, qui veut seul se glorifier dans son ouvrage! Je vois abbesse quelquefois mori néant, et celui de toute la compagnie, tus d'un avec une lumière si pure et si claire ; je suis si fort con- ra vaincu de notre incapacité et de notre impuissance à rien la pauvi faire pour Dieu, qu’il me semble que tout va se perdre, son habi que toute la société va se ruiner, n’y ayant rien en nous voyait le qui puisse nous faire subsister un instant. Ces vues de Ra ru notre néant, qui me remplissent de méfiance de nous- pm » mêmes, me font reconnaitre Dieu comme l’unique conser- belles q (1) Mémoires » vateur de notre société, pour tous les moments de sa nèrent
M. Olier k so.” » subsistance (1). » toutes ’ grande f
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