‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 174 sur 251 · MARIE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

MARIE ROUSSEAU

NOTE 19, p. 324. — Marie de Gournay, née à la campagne, de parents obscurs, eut toujours d'elle-même l'opinion la plus basse, ne voyant rien d'aussi méprisable que sa personne dans tous les ouvrages de Dreu (3). Elle épousa David Rousseau, l’un des vingt- (3) Mém. aut. et-un marchands de vin de Paris; et, quoiqu’elle jouît alors d’une de #. Olier,1.u, honnête aisance, elle ne diminua rien de son amour pour la pau- ?* *?vrelé. Regardant son corps comme un fumier (4), c'était son Gr bid, tv expression, elle ne pouvait souffrir de se voir revètue d’habits p. 425, 426; 1, vi, neufs, n’en portait jamais que de vils et de très-communs, et ne P: #9: se nourrissait presque que de restes, dont on n’avait pu retirer aucun profit (5). La vue de son néant et de sa pelitesse, toujours (5) Joid.t. u,p. présente à ses yeux, la portait à se refuser tout ; jusque là que la 425; t. vi, p. 98. moindre dépense pour elle-même lui était insapportable (6). Sa (6) rbid.1. n grande étude fut toujours d’imiter la très-sainte Vierge, et d’unir p. 338. ses dispositions intérieures à celles dont cette créature incomparable accompagnait toutes ses actions. De peur d'occuper quelque place dans l'estime des hommes, elle évitait tout ce qui aurait pu lui donner la réputation d’une jersonne de piété; et, durant les vingt ans qu’elle passa dans son cabaret, servant continuellement le public, elle ne témoigna jamais, ni par ses paroles, ni autrement, le moindre sentiment de Dreu, quoiqu’elle fût sans cesse unie à lui. Toutefois, elle ne laissa pas d’être utile au bien spirituel des personnes qui fréquentaient sa maison ; car elle y convertit, avec les paroles les plus simples et les plus communes, une multitude de pécheurs obstinés jusqu'alors dans le mal. Enfin, son extérieur répondait tout-à-fait à l’idée qu’elle s’efforçait de donner d'elle-même ; elle n’avait rien qui la fit distinguer d’une {> ruid. 1, n, femme .du bas peuple, et montrait en tout une grande simpli- p. 482, 483.: cité dans ses paroles et dans sa manière d’agir (7). Après la mort de son mari, elle voulut prendre pour elle la plus pauvre chambre de sa maison (8), quoiqu’elle y fût exposée (8 Située rue à un grand bruit, dont elle souffrait beaucoup. Cette créature an- 4: Gindre. 1 23

gélique ne pouvait s'occuper que de Du, qui semblait être l'aliment et le soutien de son corps, comme il était l’objet continuel de ses pensées et de toutes les affections de son âme; elle Jui demandait sans cesse, et avec une ardeur incroyable, de la retirer de ce monde, et le matin, à son réveil, elle ressentait une vive affliction de voir son exil encore prolongé. Dévorée d’une faim insaliable de la divine Eucharistie, elle passait quelquefois des journées entières sans autre aliment que celte manne céleste ; et, s’il lui arrivait alors de prendre un peu de nourriture, comme deux ou trois cuillerées de bouillon, c'était toujours à la hâte et en se faisant à elle-même une sorte de violence.

« Je ne dirai pas, écrit M. Olier, l'effet extraordinaire de ses

paroles, qui touchent si vivement les cœurs, que vous voyez

des hommes tout changés après quelques mots qu’elle leur

adresse. On n’en voit aucun, quelque saint qu’il soit déjà, qui NO ne rapporte de ses entretiens un nouveau courage pour se livrer au service de Dieu et au salut du prochain ; elle produit, dans les plus éminents en sainteté, des effets surprenants, par des paroles simples et naïves, qui portent dans les cœurs la lumière, en mème temps qu’elles les embrasent de l’amour de Dieu. Lorsqu'elle est consultée, elle répond de la manière la plus simple, sans expliquer les choses, ni détailler les raisons extérieures qui peuvent les persuader. Dans son langage grossier, il n’y a rien cependant que de conforme à la foi et à la sagesse divine ; elle dit simplement : DrEu veut qu’on agisse de telle façon. Quelquefois elle a donné des avis contraires à ceux des personnes les plus éclairées dans la sagesse de Du, sans pouvoir expliquer autrement les motifs de.ses réponses; et : l'expérience a toujours montré qu'après avoir examiné les Es choses à loisir, ces personnes se voyaient obligées de revenir re à son sentiment. Dieu montre visiblement par elle son pouvoir PE absolu; elle n’a qu'à parler, et d’un mot elle fait ce qu’elle dit, » tous ce qu’elle veut et ce qu’elle demande; et cela sans extérieur, des sans faste, sans geste, sans ces dehors qui persuadent et ga- » valt gnent ordinairement les cœurs. Elle ne cherche rien et ne dit » don rien pour elle-même ; c’est Dieu qui parle par elle, et qui rend Rue sa parole si efficace. Ainsi d’un seul mot elle a fait bätir des » tes; hôpitaux, celui de Mademoiselle de Lestan, construit par Ma- » écla

dame la Chancelière, celui de la Rochefoucauld. Enfin, il faut FN » mai

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p.89, jusqu'ät07, » prises qui se font dans la capitale, comme nous le voyons de Ù ») mon

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L'hôpital de la Rochefoucauld est apparemment celui des /ncurables, dont on posa les fondements en 1644, Jusqu’alors les pauvres alteints de maladies incurables étaient contraints, à (1) Fie du Car- Paris, de traîner sans consolation une vie malheureuse et lan- dinat de la Roguissante ; et c’est sans doute à Marie Rousseau que la capitale “hefoncuuld, par

doit cet asile encore subsistant. Il fut d'abord appelé dans le pu- gag gmiè"e P-

blic du nom du fondateur; mais, par un sentiment d’une rare rieux d'actions

humilité, ce pieux cardinal ne voulut pas qu’il portât son nom, pp, id ni ses armes qu’il en fit ôter (1). reau,in-4°,p.284.

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