CURE DE SAINT-SULPICE OFFERTE A M. OLIER
Cependant on fut étonné à Paris de cette entreprise,
Chacun était persuadé que la réforme d’une paroisse aussi vaste et aussi dépravée que l'était le faubourg Saint-Germain, surpassait de beaucoup les forces de M. Olier et de ses coopérateurs. M. du Ferrier rapporte même que leurs meilleurs amis s’en fâchèrent, et qu’ils leur donnaient en riant le nom d’Æglise grecque, parce qu'ils s'étaient séparés d’eux mal à propos. M. Renar, dont on a déjà parlé, vint à Vaugirard leur faire une vive réprimande sur la témérité qu’ils avaient eue, disait-il, d'entreprendre de bâtir cette tour, qu’ils n'étaient pas capables d'achever, n’ayant aucune des qualités nécessaires; et avec tant d'imprudence, qu'ils exposeraient toutes les personnes de piété au mépris et à la moquerie de ceux qui verraient ce dessein tomber dès sa naissance, Lorsqu'il leur eut parlé sur ce ton, ils le remercièrent de ses avis, lui dirent qu’ils n’avaient pas agi sans consulter la volonté divine, ajoutant qu'ils méritaient la confusion qu’il prévoyait devoir tomber sur eux, et qu'ils le conjuraient de demander pour eux la grâce d’en faire un bon usage ; il se récria là-dessus en disant : Voila Justement ce que nous avions dit : quand on les avertira de leur conduite imprudente, ils croiront en étre quittes en fuisant un acte d’humiliation ; et cependant la piété sera décriée, et les gens de bien méprisés, parce qu'il plait à ces Messieurs de tout entreprendre, sans avoir de quoi suutenir. Ts le prièrent, néanmoins, de leur pardonner, et de les secourir de ses conseils, afin que l'œuvre de Det n’échouât pas (1).
Marie Rousseau, suscitée pour le succès de ce dessein, leur avait inspiré à tous ces sentiments de confiance, en les assurant que Dieu serait leur soutien et leur force. « La » veille de l’Ascension, dit M. Olier, lui proposant les dif- » licultés qu’on m’objectait à moi-mème, elle me dit : Fai- » Les ce qu'il vous plaira; mais, malgré l’avis contraire de » ant de personnes, vous serez curé; que d'autres vous
(4) Mémoires
de M.du Ferrier, p. 479.
» disent ce qu'ils voudront : toutefois, vous serez curé de » Saint-Sulpice, Die le veut. Elle me dit, de plus, qu'une » personne qui traversait notre dessein, nous obligerait de » donner à M, de Fiesque plus que nous n'étions d’abord (43 Mémoires » convenus (1). » La chose arriva ainsi; car, au lieu d’une
aut, de M, Olivr,
t p.48, — Re. pension de quatorze cents livres (2), il en exigea dix-huit marques histori: cents (3), « Elle me témoigna encore que je devais m’a-
quen,t, 1, p. 294,
(8) Mémoires ÿ bandonner courageusement à Dieu pour le servir dans la
de M,du Ferrier,
p. 478, » conduite de cette paroisse : qu’à la vérité je devais m'’es-
(3) Mém. sur
la Pie de M, 0.» timer heureux d’avoir été associé, par Notre-Seigneur, à lier, par M. fau: 5 ne compagnie aussi capable de me secourir que la nô-
otre, mais sans m’appuyer pourtant sur elle; et que je de M, Olier,t, nu, » demeurasse ferme quand mème tous ces Messieurs vien-
drand, p, 19,
(4) Mém, aut.
p.23. norx 9, p. ? draient à m’abandonner, et se sépareraient pour aller sP: : ‘ 412, » servir Dieu ailleurs (#)*, »
XVIIL, Saint Vincent de Paul, comme on a dit, M. Bourdoïse et
Le Père Ba- ]4 père Bataille, conseillaient à M. Olier de prendre la
taille oblige M,
Olier d’accep- cure (5); et, à la fin, ce dernier lui fit un commandement ter la cure dé qe Jaccepter (6). Ne doutant plus alors de la volonté di-
Saint-Sulpice,
() Recueit Vine, il alla s’offrir à la très-sainte Vierge, pour la prier
d'hommes illustres, par Dom Boudier, Ms, in- p il », p. 17. Bibliot,
de l’aider à porter ce fardeau. « Prosterné à ses pieds, dit-
, je me suis trouvé en esprit comme une pauvre vic-
Mazarine. » time, abandonné à sa conduite, pour devenir ce qu’il lui
(6) Esprit de
» plairait; car il me semble que c’est dans cet esprit que » Dieu veutque je le serve, c’est-à-dire, d’hostie dédiée à sa
» gloire, toute prête d’être égorgée et immolée pour son
“NOTE 10, p. » amour * (7). » Lorsqu'on lui objectait qu’avec le petit
de M, Olier,t, 1.
qui
» il » il
(7) Mém, aur, nombre de prêtres qui s'étaient joints à lui, il était impossible de convertir un peuple aussi nombreux que celui
habitait le faubourg Saint-Germain: «Du, répondait-
, qui m’a inspiré ce désir par sa bonté infinie, ne peut-
pas l’inspirer à d’autres, et leur donner la pensée de
» venir se joindre à nous? Au reste, quand il nous lais- » serait seuls, celui qui a su gagner tout le monde avec
» douze Apôtres ne pourra-t-il pas attirer à soi cette pa-
z curé de , qu'une igerait de s d’abord ieu d’une dix-huit vais m'’air dans la jais m’esigneur, à ue la nôûet que je ‘urs vienpour aller
urdoise et rendre la andement olonté dir la prier pieds, ditauvre vice qu’il lui esprit que lédiée à sa pour son kc le petit était imque celui répondaitb, ne peutpensée de nous laisonde avec cette pa-
CURE DE SAINT-SULPICE OFFERTE A M. OLIER, 497 » roisse avec ce que nous sommes (1). » Une personne, (1) fie de M. : le dissuader d’accevter la cur cr E : . Olier, par M. de pour le dissuader d'accepter la cure de Saint-Sulpice, lui geetonvithers,t, dit qu'il n'était pas d'une santé assez robuste pour soutenir !* P: 490 481. le poids d’un si grand fardeau, «11 faut, lui répondit » M. Olier, faire la volonté de Dieu aux dépens même de AP de 4
» notre vi . Quel plus grand bonheur } A other tre vie (2). Quel plus grand bonheur que de mourir Où, ser M. de
» dans l’exercice de la charité ? Si JÉsus-Curisr s’est trouvé Aretonvilliers, t, : A . 1, p. 429, 430, —
» heureux de donner sa vie pour la gloire de son Père, et ÿie de M. Otier, s E , à PR L par le Père Giry,
0) pour le salut des hommes, qui m’empêchera d’exposer Parle #5 den » la mienne pour la gloire de ce même Dreu, et pour pro- 11v.—Remarques
| , | historiques, 1.1, » curer aux âmes les biens qu'il leur a procurés lui-même p. 526, sa. » par sa mort (3)? »
Il était d’ailleurs convaincu qu'il ne pouvait renoncer à XIX.
la cure de Saint-Sulpice sans anéantir les desseins de la a et Providence sur lui : desseins que Dieu lui avait montrés songe où sa voautrefois d’une manière cachée, et dont il lui donnait alors ve he Ph la parfaite intelligence. « La cure de Saint-Sulpice que je énigme. » vais occuper, écrivait-il, me montre bien clairement ma » vocation, et l’état où Notre-Seigneur désire que je le » serve dans le clergé; car, maintenant, je me rappelle le » songe que j'eus, il y a neuf ou dix ans, dans lequel je » vis saint Grégoire dans un grand trône, saint Ambroise » dans un autre au-dessous de lui, plus bas la place d’un » curé qui était vacante, et bien au-dessous un grand nom- » bre de Chartreux. Ce songe me montrait peut-être que » je devais remplir cette place de curé, et servir l’Eglise, » comme saint Ambroise et saint Grégoire l’avaient ser- » vie dans leurs dignités éminentes; et que le ministère » curial était bien plus utile et plus nécessaire à l’Eglise » que les occupations des simples Chartreux (4). Dès qu’on (4) Mém. aut.
F : on ‘ de , . de M.Otisr,tu, » m’eut fait la proposition de la paroisse de Saint-Sulpice, b, 331. — Pie de » la plus déréglée de Paris, Dreu me montra qu’elle serait sl Le en » tellement renouvelée par sa miséricorde et le zèle apo-t.1, p. 438, 439: » stolique de nos Messieurs, que les paroisses de la capi-
» tale se réformeraient sur la nôtre, et qu’elle pourrait
(4) Mémoires »
aut, de M, Olier, Lou, p. 149,
PARTIE 1, LIVRE IX, = 1042, servir de modèle non-seulement à Paris, mais encore À toute la France, Que Du soit béni de nous donner «4 grandes ouvertures, et qu'il nous fasse la grâce de correspondre et d’être fidèles à des desseins d’une miséricorde si privilégiée (1). » Cette prédiction vérifiée depuis,
de la manière la plus incontestable, est d'autant plus remar-
quable, qu’au temps où M. Olier l’écrivait, c’est-à-dire avant d’avoir quitté Vaugirard, elle ne pouvait passer aux yeux de la prudence humaine que pour le comble de l’extravagance. Ce qu’ilajoute n’est pas moins digne d'attention,