SUR LA MORT DE SAINTE JEANNE-FRANÇOISE DE CHANTAL
NOTE 6, p. 380. — M. Olier commençait l'établissement de Vaugirard lorsqu'il apprit la mort d’une grande servante de Dieu, avec laquelle il eut très-probablement plus d’une fois des rapports, sainte Jeanne-Françoise de Chantal, fondatrice de la Visitation de Sainte-Marie. Sa grande dévotion pour saint François de Sales, dont il vénérait l'esprit et la grâce dans sa très-digne fille, et l'affection singulière qu'il portait à l’ordre de la Visitation, lui firent prendre beaucoup de part à cette perte. Mais il y prit part à la manière des Saints, c’est-à dire, en remerciant Dreu de là gloire dont il couronnait, dans le ciel, sa servante, et en redoublant ses prières pour l'institut qui se voyait privé d’un si ferme appui. Ces sentiments de son cœur, peints par lui-même dans une de ses lettres, sont une preuve trop frappante de l'élévation et de la générosité de sa foi, pour les passer ici sous silence. Il écrivit à la mère de Bressand, alors supérieure de la Visitation, à Nantes : « Votre douleur sur la perte que vous avez faite m'a » touché sensiblement. Mais si vous êtes bien chrétienne, vous » trouverez au ciel, dès maintenant, avec plus d'utilité, d’eflica-
cité et de sainteté, ce que vous possédiez grossièrement sur la
terre. Vous en jouissiez à la façon d'Adam, et parce qu’elle était dans cet état d’infirmité, et parce que vous en usiez vousmême par des voies terrestres : témoin votre tendresse et votre affliction si sensible. Ne sommes-nous donc pas bien loin de notre compte, ma très-chère mère, quand nous pensons être séparés et dépouillés de tout, quand nous croyons vivre seulement en charité ? On dit, pour s’excuser : C’est qu’elle était utile à l'Ordre, et je regrette la perte de l'Ordre. Mais, ma très-chère mère, c’est notre appui charnel que nous pleurons ; c’est pour l’objet de notre amour naturel que nous soupirons.
Car la bienheureuse mère de Chantal n’est pas moins pleine
de charité pour Ordre, qu’elle ne l'était sur la terre ; elle n’a
pas moins les yeux sur tout l'Ordre, ni moins d’efficace pour en
pora moveri localiter à spiritualibus substantiis ; unde videmus quèd anima movet corpus primô et principaliter locali motu.
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DU LIVAÉ NÉUVIÈME. h11
» procurer le bien, Elle est en Dieu, elle est consommée en lui, » qui est l'amour, la sagesse et la puissance infinie. Maintenant » donc, elle vous aime, vous et tout l'Ordre, par cet amour ; elle » vous voit, vous et tout l'Ordre, par cette sagesse et cette con- » naissance, par lesquelles elle l'éclaire de toutes parts; elle l’as- » siste par cette puissance, dans tous les endroits où il est étendu ; » non plus par les faibles secours de sa plume et de ses avis, » mais par l’efficace et la vertu divines où elle est entrée, et d’où » elle produit les effets que les cœurs bien disposés expérimentent. » C'est une belle leçon que nous fait ce pauvre Canada, dans » la relation de, cette année: ces jeunes convertis disent que » pleurer la mort des chrétiens, c’est porter envie à leur bon- » heur... Et que faut-il que nous disions nous-mêmes ?.. Je ne » vous puis célor que j'ai senti votre mal avant vous ; et voulant » prévenir vos souhaits, je demandai heaucoup à Dieu (mais dans » mes tiédeurs et faiblesses ordinaires) qu'il lui plût prendre une » nouvelle protection de votre Ordre, à présent que ce secours » sensible était absent, et que celle par les mains de laquelle il » semblait porter et diriger votre institut lui était ôtée. Il le fera, » et sans doute les Ames bien fidèles éprouveront ce que c'est » que de se confier en lui; je le prie tout de nouveau qu il vous » donne son Esprit d'enfant : Esprit de confiance et d'abandon ,,
(4) Lettres au.
graphes de M.
» entre les mains de votre Père, qui a plus d'amour et de soins Olier,p. 323,324.
» de votre chère Ame, que vous ne le pourriez concevoir (1). »