‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 199 sur 251 · M. OLIER SE CONSIDÈRE COMME LE SERVITEUR DE SES PAROISSIENS · texte numérisé non relu

M. OLIER SE CONSIDÈRE COMME LE SERVITEUR DE SES PAROISSIENS

NOTE 14, p. 394: — « Me disposant à prendre prochainement » possession de la cure de Saint-Sulpice, écrivait M. Olier, je me » considère continuellement comme le serviteur de toute l'Eglise, » et de chaque Fidèle en particulier (3). Aujourd’hui mème, ce » qui est arrivé à l'office a contribué à me remplir davantage en- » core de ces pensées; car en ce jour, troisième d'août, on célè-

(1) Lettres aut.

de M. Olier, p.

69 bis.

(2) Mém. aut.

de M. Olier,i.u, p. 422, 493.

(3) Ibid. 1. 1,

P. 434, verso.

k16 NOTES

» bre à Vaugirard l'anniversaire de la dédicace de l'église parois- » siale, cérémonie qui est proprement une représentation de la » consécration des Fidèles à Dieu. Toutes les femmes du village » portent à l’offrande des cierges allumés, ce qui est une expres- » sion plus particulière encore de l’offrande que l'Eglise fait » d'elle-même à Dieu; puisque, selon saint Paul, la femme dans les familles représente l'Eglise, comme le mari figure Notre- Seigneur : Magnum sacramentum dico in Christo et in Ecclesia. Or, dans cette cérémonie, Dieu a permis que la compagnie m’ait choisi pour faire diacre à la Messe solennelle, ce qu’elle n’avait jamais fait depuis plus d’un an. Je ne sais même pas pourquoi elle en a agi de la sorte. Dreu voulait sans donte que je parusse là en qualité de serviteur : car diacre et serviteur est une même chose. Après la Messe, il m’a été impos- que sible de faire l'action de grâces, qui est plutôt le sacré collo- CŒ que de l'époux avec l’épouse, que du serviteur avec son mai- de tre. Je ne m’étais jamais trouvé dans cette impuissance. Après vies ce temps, plusieurs personnes se sont présentées pour se con- cor fesser, et, en qualité de serviteur, j'ai été obligé de les enten- tou dre, jusqu’à environ une heure après midi, regardant chacune la : de ces àmes comme ayant pouvoir sur moi, en qualité de leur on serviteur. Pendant que je leur rendais mes devoirs dans cette de disposition, il m’a été dit intérieurement que je devais me con- dés duire de la sorte dans la paroisse de Saint-Sulpice; y regarder 2e chaque âme comme ma reine, et me considérer moi-même Jou comme le serviteur public de tous, toujours prêt à servir cha- 1 sa | cun dans ses besoins divers, étant véritablement le serviteur pan A Nc cr, universel de l'Eglise, et de la paroisse de Saint-Sulpice en par- hos de M. Olier, p, ” ticulier. Je ne suis plus du tout à moi, mais à tous, m'étant avo 457, 458. vendu et abandonné pour leur service (1). » not rer PRÉCIS DE LA RETRAITE QUE FIT M. OLIER POUR SE DISPOSER A pas ENTRER DANS LA CHARGE CURIALE. cre

der Jour. NOTE 145, p. 394.—« Le quatre du mois d'août, fête de saint se Ne » Dominique, mon directeur me donna pour sujet de ma médi- pas Xe » tation, l'importance de secourir les âmes, et le zèle que je de- BI0 » vais avoir pour leur salut, conformément à l'exemple que le les » Fils de Dreu a laissé à tous les pasteurs de son Eglise, Entrant me » donc en oraison, j'ai vu que ce grand amour de Notre-Sei- Fil » gneur pour les âmes, procédait de celui qu'il portait à son Père, ) » Que la gloire de son Père est son grand et unique désir, et dar » que, voyant des âmes qui pourraient le glorifier éternellement, nu » il les a aimées par ce motif; il est sorti si volontiers du sein Li » de son Père, il a quitté sa propre gloire, et s’est avili jusqu'au

se parois. | » point de converser avec les hommes, sans dédaigner de par. tion de la » tager leur pauvreté. Que, pour les rendre capables d'honorer du village | » et de glorifier Dieu son Père, il a enduré tant de travaux, tant 1e expres- » de veilles, tant de souffrances, et enfin la mort ignominieuse Eglise fait de la croix. Que, cette mort devant introduire dans le ciel mme dans une multitude d’âmes qui rendraient à DIEU une gloire immorre Notre- telle, il eût donné cent mille vies, et eût souffert cent mille et in Ec- » morts. Bien plus, que, sa mort ne lui paraissant rien en comie la com- paraison de cette gloire, il ne trouvait ni assez de peines ni ennelle, ce assez de tourments pour satisfaire au désir immense qu'il sais même éprouvait de la procurer. »

sans donte » Pendant que j'étais occupé de ces pensées, il a plu à la diacre et bonté de Jésus, mon unique Maître, de me communiquer été impos- quelque chose de ces sentiments; en sorte que je sentais mon acré collo- cœur tout en feu, et que j’épr: uvais des désirs tout enflammés e son mai- de donner mille vies à mon Dieu, et cent mille millions de ace. Après vies, si je le pouvais, pour lui procurer quelque gloire. Cette ur se con: communication, qui m'a été faite tout-à-coup, a duré environ les enten- tout le temps de mon oraison : je n’ai rien vu, dans la vie et at chacune la mort de mon Maître, que je n'aie désiré d'imiter de point ité de leur en point, et que je n’aie résolu de pratiquer avec l'approbation dans cette de mon directeur (1). Mon Sauveur n’avait pas seulement le (4 Mém. aut. is me con- désir de mourir mille fois pour son Eglise; il voulait encore cd Do : y regarder se donner à elle en nourriture, ce qu'il accomplit tous les " ” moi-même jours au très-saint Sacrement. C’est aussi le sentiment que servir cha- 1 sa bonté m’a fait éprouver. Si je n’ai pas le bonheur de ré- » serviteur pandre mon sang pour l'Eglise, au moins je serai comme son ice en par- hostie vivante, qui servira pour la nourrir; je ne dois rien s, m’étant avoir qui ne soit à elle, surtout mon bien, qui servira à la nourriture des pauvres de cette grande paroisse (2). Je dési- (2 Zbid.t.n, p. rerais en outre, après avoir passé le iour dans le travail, de 344, 466. passer encore les nuits en prières devant le très-saint Sacrement. Je conjure mon directeur de m’accorder cette faveur, à dé sit après laquelle je soupire depuis si longtemps; au moins de ne x inél pas me la refuser quelquefois. Je désire d’imiter en cela la relique je de- gion de mon bon Maître envers son Père, et d'être comme da ple que le les lampes dont j'ai si souvent envié le sort, afin de consu- je M.Otier, A Entrant mer ina vie pour la gloire de Dieu et de JÉSUS-CHRIST SON 4, 1, p. 463. Notre-Sei- Fils (3).

Léon Père. » Ce matin, me préparant pour dire la sainte Messe, je sentais désir, et dans mon cœur un désir ardent d’être en autant d’endroits rellement, qu'il ya d hosties dans le montle , alin de gloritier DrEU puraol » tout: ce qui est encore une disposition de mon Jésus, Hostie

i jusqu'au Le 27

ISPOSER A

» de Dreu. Comme j'allais célébrer la sainte Messe en l'honneur

» du grand saint Dominique, répandu partout dans son ordre,

» et comme multiplié, depuis tant de siècles, autant de fois qu'il

» y a de bons religieux dans sa famille, qui est un vase de feu

» brûlant et consumant les hérésies, et rallumant la tiédeur des

» chrétiens ; je demandais à Dieu qu’il pôût donner à toutes les

» cures, et à tous les endroits où repose notre Maître, des

» pasteurs excellents qui veillassent à honorer et à conserver ce

» divin et adorable trésor , et qui sussent le dispenser d’une

» manière digne de sa sainteté infinie. Seigneur Jésus, vrai

» pasteur de l'Eglise universelle, apportez un prompt remède à

» ses besoins ; suscitez quelques personnes qui renouvellent

» l’ordre divin de saint Pierre, celui des pasteurs, avec autant

» d'amour et de zèle que saint Dominique a établi le sien dans

» votre Eglise. Embrasez du feu de votre amour et de votre

» religion des hommes qui le portent ensuite et le répandent

» par tout le monde. Si je n'étais si misérable, si superbe; si je

» n'étais le cloaque de toute ordure et de toute infection, que

» je me présenterais volontiers à vous, pour servir à tout ce

» qui vous plairait dans votre Eglise; que je m'’offrirais de bon

» cœur et m’abandonnerais, comme je le fais dès à présent,

» comme un vase perdu pour devenir tout ce qu’il vous plairait !

» Je suis à vous sans réserve. Je suis votre esclave, à mon

» Jésus! Je vous ai voué une entière servitude, c'est irrévocu-

» blement que je lai fait; je me livre maintenant tout de nou-

» veau et pour jamais, sans me réserver aucun droit de pouvoir

» révoquer le don que je vous fais de moi-même, Vous dispo-

» serez de moi selon votre bon plaisir, comme un maître et un

» seigneur absolu dispose d’un serviteur et d'un esclave, Je ne

() Bid, tn,” puis rien , Seigneur ; vous seul, comme tout-puissant, pouvez p. 464, 465. » produire quelque chose de ma misère (1).

2e Jour de la » Le second jour de ma retraite, j'eus pour sujet de ma médi-

relraite. » tation cette verité : IL faut être un Jésus-Cuaisr en terre.

d en » Notre-Seigneur m'a montré que je devais faire du fruit dans

sus-Canisr en ” les âmes par l'exemple; qu’il ne fallait pas les gouverner en

terre. » commandant; mais en touchant leurs cœurs par toutes les vertus

» apostoliques, et surtout par la douceur et l'humilité ; que je

» devais être le plus humble de toute la paroisse, en étant le

» plus grand pécheur; étant d’ailleurs chargé des péchés sans

» nombre de tout le peuple. Ce bon Maitre me disposa hier,

» dans la lecture du souper, à cette dernière pensée dont je

» parle : appliquant mon esprit au commandement que Dieu fit

» à saint Pierre, pasteur universel de l'Eglise, de manger

» toutes les bêtes venimeuses qui étaient dans le linceul mysté-

» rieu » l'Egl » péch » puis » com » Apô » péc » voul » la p » prop » dans » d'a » péch » tions » que | »de c » ACCA » l’env » son C » pétué » eût » pour » bien » vue d » tion.

» Maitr » m'en » {esse.

» bas s » que je » Ceur » sur Il » Le » sur l » senta » destie » et Pr » bien » nant » traits » ver | » daine » affect » vertu

l'honneur on ordre, fois qu'il se de feu édeur des toutes les tre, des server ce ser d’une SUS, vrai remède à jouvellent ec autant sien dans de votre répandent rbe; si je 1ion, que à tout ve is de bon présent, plairait !

, À mon irrévocut de nou-

pouvoir us dispotre et un e, Je ne , pouvez

ner en >s verlus ; que je élunt le 1és sans sa hier, dont je Dieu lit manger myxté-

» rieux, Il apprit de là que, participant aux péchés de toute » l'Eglise, il devait en faire pénitence pour elle, et en pleurer les » péchés comme les siens propres, en qualité de son époux, » puisque l'époux entre en communauté des dettes, comme des » commodités et des biens. Aussi est-il remarqué que ce saint » Apôtre pleurait incessamment, non-seulement pour son propre » péché, mais encore pour les péchés de son épouse, dont il » voulait obtenir le pardon, et à laquelle il donnait l'exemple de » la pénitence, afin qu’elle l’imitèt en pleurant elle-même ses » propres péchés : l'épouse, lorsqu'elle est légitime, entre toujours » dans les sentiments de son époux.

» J'ai encore appris que Notre-Seigneur, se voyant chargé des » péchés de tout le monde, avait refusé de prendre des consola- » tions pendu! sa vie voyagère, et n'avait pas même ri ; au point » que les conversations de sa sainte Mère ne pouvaient le distraire » de cette continuelle affliction. Il marchait sans cesse comme » accablé par le poids des torrents impétueux de nos crimes qui » l’environnaient de toutes parts, pleurait continuellement dans » son cœur, faisait pénitence pour ses peuples, et demandait per- » pétuellement pardon pour eux dans ses oraisons. Car quoiqu'il » eût d’autres sentiments, par exemple, d'amour et de louange » pour son Père; qu’il fût rempli de reconnaissance pour les » biens accordés aux hommes, il ne quittait pourtant jamais la » vue de nos péchés : ce qui le tenait toujours plongé dans l’afflic- » tion. M’entretenant de ces pensées, il a plu à la bonté de mon » Maître de me communiquer cette dispcsition intérieure, et je » m'en suis vu tout revêtu, ressentant non-seulement la tris- » tesse, mais encore l'humilité dans laquelle je dois vivre, et les » bas sentiments qui doivent l’accompagner ; enfin, il m’a paru » que je devais être dans la disposition de souffrir avec grande dou- » ceur tous les mauvais traitements qu’on pourrait jamais exercer » sur moi (1).

» Le troisième jour de ma retraite, continuant ma méditation » sur l’imitation de Notre-Seigneur, dont je dois être une repré- » sentation aux yeux des fidèles, j’ai vu que je devais imiter sa mo- » destie : or cette modestie a pour principe le respect dû à Dreu, » et procède du Saint-Esprit, qui, lorsqu'il possède le corps aussi » bien que l’âme, le compose et le recueille parfaitement, don- » nant ainsi de la piété à tous les spectateurs, et jetant autant de » traits d’amovr de DIEU, qu’il y a de cœurs susceptibles d’éprou- » ver les mouvements de la charité. Elle ne doit point être mon- » daine, ni l'effet de la propre complaisance ; c’est la modestie » affectée du vieil homme : il faut, au contraire, que ce soit une » vertu du nouveau, une composition extérieure, naissant de

(4) Mémoires aut. de M. Olier, tu, p. 467, 468,

8° Jour de la retraite.

Modestie ecclésiastique.

120 NOTES » celle n.ême de Jésus-CurisT, qui, habitant en nous, la répand

k A < » por » sur nos membres, et règle notre extérieur sur le sien, dans la

» avec

» démarche, la manière de parler, de prendre nos repas, et dans ; And » tout le reste ; c’est là ce qu’on appelle modestie chrétienne. » Son excellence paraît dans les effets puissants qu’elle produit, » comme de gagner les cœurs, de les porter à Dieu ; en un mot, » tous ces effets admirables dont parle saint Paul, lorsqu'il con- (1 Mem. aut. ; jure le peuple par la modestie de Notre-Seigneur, si puissante

» dans » dans » que »vde c

de M. Olier,t.u, : » certe pe 476, 477,478, » Sur les esprits (1). | » imp à Jour dé la » Aujourd’hui j'ai appris que, dans le mystère de la Transfigu- » dire

retraite. ration que nous célébrions hier, Notre-Seigneur avait parlé de » lord Amour des sa croix, pour montrer qu’il était venu principalement pour la S UC souffrances. Drâcher aux hommes, et que, de plus, comme un Maître excel- k pre lent, il était venu nous en enseigner la pratique. C’est pourquoi sous il est écrit dans l'Evangile du jour de la Transfiguration : Lo- » time quebatur excessum, voilà l’enseignement de la croix ; quem » velle completurus erat in Jerusalem, voilà la confirmation de l’en- sx seignement par l’exemple. Dès hier, je voyais, pendant mon » les oraison, Notre-Seigneur foulé aux pieds, frappé, jeté à terre par sa les Juifs, et je me voyais moi-même dans cet état, traité de la » fauss même sorte par le monde. En même temps, je contemplais les » H dispositions intérieures de Notre-Seigneur, pendant qu’il en- » chés durait toutes ces aflictions et ces souffrances. C’était une dou- SSLVO ceur et une patience extrêmes, disant en soi-même qu’il méri- » d’hi tait bien d’être traité de la sorte, puisqu'il s'était chargé des péchés de tous ; je voyais qu’il s’était chargé non-seulement des péchés que les hommes ont commis contre DIEU, mais de tous ceux dont ils se sont rendus coupables envers le prochain, comme le larcin, la trahison, les infidélités que les larrons, les domestiques, et les sujets peuvent exercer contre les hommes, les maîtres et les rois. Or, comme un voleur, un domestique infidèle, surpris en flagrant délit, est maltraité et chargé d’affronts et d’ignoninies, j'apprenais que Notre-Seigneur, s'étant chargé de toutes ces sortes de péchés, voulait en porter la peine et le juste châtiment, avec autant de douceur que de patience ; qu’ainsi je devais me résoudre à porter moi-même toutes sortes d’ignominies et d’affronts, puisque je voulais me charger des | péchés de tous les peuples de l'Eglise, et m’abandonner, comme » Scie SU OC » victime, entre les bras de la justice de Dieu, pour recevoir sur » D'ai p. 477, 478. moi les châtiments qu’il voudrait exercer sur ces peuples (2). » Mail » de ne puis taire l'amour que Notre-Seigneur m'a donné pour sa » croix pendant mon oraison, et la grande joie qu’il m’a fait éprou- » ver en m’assurant que, dans la cure de Saint-Sulpice où je vais » entrer, j'en aurais un grand nombre. Cette assurance me trans-

» avoi »enc » tenit » prés »tin 6 » ai ét » n’es] » sent » n’ay » puis » que » neu » neu

» Voir » ImoI » tout

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parlé de ht pour la tre excelpourquoi tion : Lo- X3; quem n de l’enlant mon terre par aité de la nplais les qu’il enune douw’il mérihargé des ment des s de tous rochain, rons, les hommes, mestique irgé d’afr, S’étant * la peine atience ; es sortes rger des , comme evoir sur es (2).

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» portait tout hors de moi, et m’obligeait de m'offrir à son amour » avec des élans et des paroles semblables aux sentiments de saint » André : O bona Crux, diu desiderata! Pour me confirmer » dans la promesse de cette grâce, il a plu à DIEU me remettre » dans l'esprit la vue d’une croix qu'il m'avait montrée déjà, et » que je porterai quand il lui plaira de la mettre sur mes épaules. » Je crois qu’elle s'approche, d'après ce que j'entends dire d'un » certain homme fort irrité contre moi, et qui menace de faire » imprimer contre nous des libelles, dont il semble que notre » directeur ait eu déjà quelque connaissance anticipée. Ce matin, » lorsque j'étais dans Ja ferveur de l’oraison, et que je méditais » sur l'abandon aux croix et aux souffrances , on est venu m'ap- » prendre que M. le curé de Saint-Sulpice avait révoqué sa parole » touchant le traité de sa cure; alors, sans éprouver aucun sen- » timent de déplaisir, j'ai dit à celui qui m’apportait cette nou- » velle : Elle vient à la bonne heure, Dieu soit béni de tout; » la bonté de mon Maître prend ainsi plaisir à me mettre dans » les dispositions les plus convenables pour recevoir ce qui doit » m'arriver de fàcheux le jour même. Mais cette nouvelle était » fausse (1).

» Hélas! Seigneur, maintenant que je me vois chargé des pé- » chés de tout ce peuple, qu'on dit être le plus dépravé du monde, » si vous me faisiez cette miséricorde de me donner les sentiments » d’humilité , de confusion et d’anéantissement que je devrais » avoir à cause de cette charge, à mon Sauveur, je vous imiterais » en ce point. Hélas! n’est-ce pas une grande honte à moi, que de » tenir votre place dans l'Eglise, et de n’avoir rien qui vous re- » présente et retrace vos vertus (2)? Le vendredi, 8 août, le ma- » tin dans mon oraison, j'ai vu si distinctement mon néant, et j’en » ai été tellement convaincu, que je disais à mon Maître que si je » n’espérais pas qu’il tint ma place dans la charge qu’on me pré- » sente, je m’enfuirais au bout du monde plutôt que de l’accepter; » n'ayant en moi que le néant, l’aveuglement, l'ignorance , l’im- » puissance, et une entière incapacité pour le servir. Il m’a semblé » que Notre-Seigneur me donne une grande horreur de lhon- » neur; je lui ai demandé de bon cœur la mort plutôt que l’hon- » neur, que je ne puis accepter en aucune manière; car mon » Seigneur a vécu et est mort dans la confusion et dans le mépris. » D'ailleurs, tout mon désir étant de procurer la gloire de mon » Maître, je ne puis éprouver de plus vive douleur que de rece- » voir de l’honneur , puisque c’est un bien qui n’appartient qu’à » mon Dieu. Hélas ! mon Dieu ! pour vous soit tout honneur et » toute gloire, et pour moi toute confusion. Si je pouvais vous

(1) Mémoires aut, de M. Olier, t.n,p. 477, 478,

(2) Zbid. t. n, P. 1686.

(1) Mém. aut.

de M.Olier;,t. us p. 54, 55.

(2) Ibid. p.487.

(8) Ibid. t. v,

(4) Remurques historiques, in- 42, p. 919, 920, 6e part. In-18, t.

1, p.19. — Culen.

hist. ATT8, p. 458.

» déruber la honte que vous souffrez, et vous rendre tout l'hon- » neur qu’on vous dérobe, je serais satisfait; faites-vous donc hono- » rer par ma propre confusion, puisque vous voulez vous servir » de moi pour votre grande gloire, et que vous désirez la fonder » sur mou anéantissement, sur ma future qualité de curé, main- » tenant en ignominie avec le reste des fonctions curiales, enfin » sur les mépris qui me sont toujours promis dans cette condi- » tion (1).

» Je ne m'étonne point de l’amour qu’on doit avoir pour l'Eglise, » et pour la moindre créature en tant qu’elle est partie de cet au- » guste corps. Quoi de plus admirable que l'Eglise? Je ne com- » prends pas comment on ne meurt point d'amour pour lesFidèles, » puisqu'ils doivent composer un jour, chacun comme partie, l’E- » glise triomphante, qui louera la grandeur de Dieu éternelle- » ment. Lorsque j'étais plein de ces pensées, on m'a présenté un » enfant pour l’assister par quelque aumône ; je ne sais ce que je » n’eusse pas fait pour lui, le considérant comme un membre de » cette Eglise admirable et divine, ce royaume si parfait, ce trône » si riche de la majesté adorable de Dreu. O bonté ! que ne ferons- » nous pas pour elle ! Que volontiers je voudrais répandre mon » sang pour son amour, et même, s’il était à moi, celui de toutes » les créatures (2) ! »

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