‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 211 sur 251 · Pur M, de Bretonvitliers · texte numérisé non relu

Pur M, de Bretonvitliers

lp. 484,

» tholique ? — Non, je suis de la religion réformée. — Mon » étonnement et celui des assistants fut grand, car elle » vivait avec l’apparence de catholique. Son fils et sa fille, » qui l’étaient, et avaient beaucoup de piété, surpris de » cette déclaration, lui représentèrent avec larmes son » mauvais état et leur affliction, la conjurant d’ouvrir les » yeux à la vérité; mais ils n’avancèrent rien. Madame » d’Aiguillon m’exprima son regret du témoignage qu’elle » avait rendu sur le rapport des domestiques. Enfin, cette » pauvre créature dit qu’elle était calviniste dans son cœur, » qu’un ministre venait lui donner la cène dans son cabi- » net, et qu’elle ne voulait pas mourir catholique. Néan- » moins la bonté de Dreu accorda à la piété de la fille, » qui, pendant trois jours que dura cette maladie, fit dire » six mille messes par tout Paris, la conversion de la mère, » qui se confessa, et reçut le très-saint Viatique et l’Ex- » trème-Onction, après avoir abjuré l’hérésie, nous lais- » sant de quoi espérer son salut(1). »

On conçoit aisément, après cela, à quel danger devaient être exposés les nouveaux catholiques dans cette paroisse, et combien il était nécessaire de les affermir dans la foi. M. Olier était surtout attentif à pourvoir aux besoins de ceux qui, après leur abjuration, n’avaient plus, pour subsister, d’autres ressources que les aumônes des Fidèles. Il fournissait à tous avec une charité inépuisable (2); il faisait plus encore : lorsqu'il savait que quelque nouveau converti avait succombé à la séduction et était retourné à sa secte, il adressait à Dieu des prières si ardentes, il conjurait la très-sainte Vierge d’une manière si pressante, si vive, qu’il obtenait quelquefois, pour l’apostat, la grâce d’une sincère et solide conversion. Un jour de la Présentation de Marie au temple, on vint lui donner avis qu’un de ses paroissiens, nouveau catholique, n’avait fait aucun acte de religion depuis l’abjuration de son hérésie ; qu’il vivait encore dans le sein de sa famille toute composée

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CONVÉRSION DÉS ÉRÉTIQUES, C d'hérétiques, et, ce qui enflaimma davantage son zèle, qu'il était au lit, malade à l'extrémité, Il accourut aussitôt, et se présenta pour lui parler, mais en vain : le malade, intimidé par la présence dé ses parents, déelarait qu’il ne voulait voir que des ministres de la secte, «Ce me fut » une douleur et un déplaisir très-sensibles, dit M. Olier; » et je n’eus de consolation qu’en recourant à la prière, » et au secours de la très-sainte Vierge. Etant à ses pieds, » dans la dernière désolation , je la priai d’user de sa » toute-puissance, pour lui conserver la vie, nous le mettre » entre les mains, et le gagner à Jésus-Cnaisr : comme je » la priais de vouloir le préparer à cette grâce, il me parut » qu’elle se rendit (à mes désirs) ; aussi, après cela, atten- » daiz-je son changement avec confiance. Elle ne tarda » pas à Jui envoyer le secours que je sollicitais; car, pen- » dant un accès de flèvre violent, elle imprima, dans la » volonté de cet homme, un désir si pressant de se con- » vertir, qu’il demanda à ses parents un prêtre; et que, » sans crainte d'être refusé ou d’être abandonné de ses » proches, il déclara qu’il le voulait absolument. Toute la » famille s’y oppose; la mère pleure, les frères se déses- » pèrent, les serviteurs eux-mêmes éclatent de colère et » de dépit, quatre ministres viennent les uns après les » autres pour le faire renoncer à son dessein. Il leur dit à » tous qu'il aura assez de force pour se traîner à la fent- » tre, d’où il eriera jusqu’à extinction de voix qu'il veut » avoir un confesseur; et que, s’il ne peut obtenir autre- » ment ce qu’il demande, il se jettera plutôt dans la rue, » que de mourir sans confession, Enfin, ses frères se » voyant obligés de se rendre, de peur qu’il n’exécutât sa » résolution, envoyèrent eux-mêmes chercher un prêtre. » qui, après avoir fait transporter le malade hors de là » maison, lui procura, avec un lieu de sûreté, les secours

» de l'Eglise (1), » Les parents du malade, irrités de soi né abjuration, lui refusèrent toute espèce de secours ; cœ fut, :

(4) Copie des imotr:s de M.

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pour M, Olier, une nouvelle occasion de déployer envers lui sa charité pastorale, si généreuse dans ces rencontres : il considéra ce nouveau converti comme un don précieux qu’il recevait des mains de la très-sainte Vierge, et ne

(0 L'Esprit de CSS depuis de pourvoir à tous ses besoins, avec autant M, Olier. de joie que de libéralité (1).

" 7. sn. Les catholiques, qui composaient la plus grande partie blit une librai. de la paroisse, eurent aussi la principale part à la sollici- Fo tude de M. Olier, et l’on vit bientôt que si un pasteur sans

rèle est, pour le troupeau qu'il est chargé de conduire, un terrible châtiment de la justice de Dieu, un pasteur plein de sagesse et de vigilance est, au contraire, le plus riche présent de sa miséricorde. Comme les Protestants, les libertins et les athées répandaient dans le public une multitude de mauvais livres, M. Olier établit une librairie pour ses paroissiens, afin de leur donner la facilité de s’en procurer de bons, Il la placa aux portes de l’église, voulant que là, où quelques années auparavant on vendait des instruments et des livres de superstition et de magie, chacun trouvât des remèdes contre ces sortes de poisons, et des préservatifs assurés contre tous les vices; il en examinait lui-même tous les livres, ou les faisait examiner par quelqu'un de ses prêtres, afin de s'assurer {@) Remarques qu'ils ne contenaient rien de contraire à la foi ou aux historiques, À, 1, p. 283, mœurs (2) +.

XXI. Mais le moyen qu’il employa surtout pour ranimer la Pare di, piété presque éteinte dans sa paroisse, fut d'y rétablir la vin, Divers ré. dévotion au très-saint Sacrement de l’autel, et celle enrent: vers la très-sainte Vierge, comme nous dirons dans la

suite. Dès son entrée, il s’eflorçca d’en jeter comme les

fondements dans les cœurs : tout annoncait dans son

+ Le libraire qui continue cette bonne œuvre, a seul le droit d'étaler ses livres le long des murs de l’église, et y occupe gratuitement un magasin. |

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CULTÉ DIVIN, TU église, le dépérissement de la religion : il commenea par en relever l'éclat et la pompe. Les autels étaient nus vt sans décoration, plusieurs même étaient mutilés, à demi brisés, ou trop incommodes pour y célébrer dignement l’adorable Sacrifice : dn consentement des marguilliers, il les fit démolir tous, mème le maitre-autel , et reconstruire avec la décence convenable (1). Le pavé de l'é- (1) Memurques à Ps + . historiques, 1,1, glise était inégal, il le fit remplacer par un autre, uniforme y. 148, et régulier; la sacristie se trouvait dépourvue d’ornements, bientôt elle en fut richement fournie, Les vases sacrés v étaient en si petit nombre, que, pour le clergé nécessaire au service de cette vaste paroisse, et pour les Messes qui devaient y être célébrées à toute heure, elle ne possédait que trois calices : il n’épargna ni ses propres revenus, ni les sollicitations et les démarches auprès des Grands de la paroisse, pour en augmenter le nombre (2) ; un, ' th et, en peu d’années, son église fut une des plus riches en 270: -- à. pur

‘1: ‘ , , M, de lretorvil.

mobilier de toutes celles de Paris. Il établit, pour les fiers, t 1, vous.

Parle Père Girys part, dre, ch,

Messes basses, une sacristie spéciale où tous les prêtres

, af » Û na û € , 1, XV, — Par M,

allaient prendre leurs ornements (3), et voulut qu'ils Mie D.

n'allassent jamais à l’église qu’en surplis, ou au moins 1 Fe Hu Do- ; ; HITS , Minicaine,

en manteau long (#) +. 11 régla qu’on ne laisserait jamais (3) fi de M.

: Olier, par M. d entrer de laïques dans le chœur, pour quelque raison que gittiers.

ç : K nri s Prices (4) Lbid, — Rece fût, exceptant seulement les princes et les P'INCESSES uen istorie du sang, lorsqu'ils viendraient pour quelque cérémonie ve

ee e A : à (4) Aid, 1, extraordinaire (5). Il régla aussi que le sacristain (6) et le p.247, — Caton- : OT ’ je torique clere de l'œuvre seraient ecclésiastiques, et qu'on in lis. 9 Re serait point porter le surplis aux chantres qui ne seraient … (6 Fbid. 1774. à De CU, CIN -— Re

pas tonsurés.

marques, ibid, Les pauvres, toujours en grand nombre dans une vaste

+ Cette coutume à té constamment chservée depuis an séminaire de Saint-Sulpice. Lorsque les ecclésiastiques de cette maison vont à l'église paroissiale pour les offices ou pour les catéchismes, ils sont toujours en surplis où en manteau long.

paroisse, venaient en foule à l’église pour demander l’au- » le mône, et y ocwasionnaient un si grand tumulte, que » de beaucoup de Fidèles, fatigués de leurs poursuites, allaient » d assister aux offices dans les églises des communautés du » n° faubourg, Pour mettre fin à cet abus, M. Olier établit deux » Ve suisses, dont la fonction primitive fut d’écarter tous les eccl mendiants. Il fit défense aux employés de la sacristie de ils : rien demander après les baptèmes ; il dressa pour l’orga- JÉsu niste, qui ne distinguait ni les jours ni les temps de l’an- de 1 née, uu réglement conforme à l’usage Romain, alors loue vbservé dans le faubourg. Il en dressa un autre pour les Père sonneurs ; il s’occupa même des moyens de régler l’hor- | l'Ég loge de la paroisse, afin que les heures des offices ne grav variassent plus ; et, enfin, il dressa un réglement pour for, Pis rs le fossoyeur, que personne jusqu'alors n’avait surveillé repr v. 31, 64, 644. dans l'exercice de sa charge (1). ble : XXIL La majesté des offices divins se ressentait de la déca- Du Ne pe dence de tout le reste : pour lui rendre son éclat, M. Olier chœt notilal, rétablit, dans son église, l'office canonial, et assigna des (@) Abd, 1, 1, 'eVenus pour cet objet (2). Une de ses plus douces pen- Ve ndre Sées était que la plupart des prêtres de sa communauté Re 7 se répandaient dans la paroisse pour le salut du prochain, pee M Le Dre- pendant que les autres, rassemblés dans le chœur de son pet. * ? église, offraient à Digu, au nom de tout son clergé et de son peuple, le sacrifice de louanges qui est dû sans cesse à la souveraine Majesté. S’étant occupé un jour de la fondation qu’il venait de consommer pour procurer ce tribut de gloire à Disv, il en écrivait ainsi à une personne de piété: « Maintenant je viens de voir le grand soin » qu’il faut prendre pour trouver de saints ecclésiastiques » qui résident au chœur continuellement, et chantent les » louanges de Notre-Seigneur; puisque, avec le secours que » nous à fourni la sainte Providence, toutes les Heures v canoniales y sont fondées. On verra alors dans notre

» église une image du paradis, où retentissent sans cesse

nder l’auulte, que s, allaient nautés du ablit deux r tous les acristie de ur l’orgaps de l’anain, alors e pour les gler l’horoffices ne ment pour t surveillé

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UULTE DIVIN. #71 » les hymnes et les cantiques des bienheureux. C’est le » devoir des prêtres, qui ne vaquent point aux fonctions » du zèle, de louer Dieu pour suppiéer au peuple qui » n’en à pas le loisir, quoiqu'il dût le faire, s’il le pou- » vait (1). » Dans cette vue, M. Olier recommandait à ses ecclésiastiques de se rappeler, qu’en récitant l'office divin ils agissaient au nom de l’Église, ou plutôt au nom de Jésus-CurisT, qui voulait se servir de leurs bouches et de leurs cœurs, comme d’autant d'instruments, .afin de louer par son Esprit, répandu en eux, la majesté de son Père. Pour leur rendre sensible cette dévotion, à laquelle l'Église elle-même invite tous les ecclésiastiques +, il fit graver sur les dessins de Le Brun, une estampe devenue for, ‘are aujourd’hui. Sous la figure de David, on y voit représenté Jésus-CuisT, sur lequel l’Esprit-Saint semble se répandre en plénitude ; il chante les louanges de Dreu sur sa harpe, et invite à s’unir à ses chants deux chœurs d’ecclésiastiques placés au-dessous, chantant aussi sur des harpes, et s’unissant de concert aux accords et à la voix de Jesus-Curisr, l'unique louange de la divine Majesté (2) ".

Pour mettre ce bel ordre dans son Église, il fut puissamment secondé par M. de Bassancourt, maitre des cérémonies du séminaire. « La principale grâce de cet ecclésias- » tique, dit M. Amelote dans l’éloge qu’il a laissé de lui, » était l’amour du culte de Dreu. Le séminaire de Saint- » Sulpice, ajoute-t-il, qui lui doit le travail très-assidu de » sept années, pendant lesquelles il a beaucoup contribué » à asseoir les fondements de la grâce et de tout l'édifice

+ C'est ce que l'Eglise exprime par la prière : Domine J'esu , in unione illius divinæ intentionis, qud ipse in terris laudes Deo persolvisti, has tibi horas persolro ; et ce que d’ailleurs elle suppose toujours, en terminant chacune de ses oraisons par la conclusion or dinaire: Per Dominum nostrum Jesum Christum.

(4) Remurques hustoriques,t.ui, p.644.

Olier, par M. de Bretonvilliers.

* NOTE $8, p.

Zèle de M. de Bassancourt pour le culte divin.

4) Fie du Pere de Condren, 1657,

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