MOYENS POUR PROCURER LA SAINTETÉ DES MŒURNS
Comme il ne pouvait ignorer les désordres qui se commettaient à la foire de Saint-Germain, et que, partout où le démon exerçait son empire, il se croyait obligé d'opposer toute la force de son zèle, il y allait souvent en personne. Sa vertu lui donnait assez d'autorité pour en faire disparaitre les tableaux, les sculptures et toutes les images qui blessaient l’honnèteté. Lorsqu'il ne pouvait s’y transporter lui-même, il se faisait suppléer par d’autres ecclésiastiques capables d'imposer; et si les premiers avis étaient inutiles, il réclamait le ministère des officiers de AO Se justice, qui étaient toujours prêts à les seconder. Plus d’une p. 6%; !. Hs fois ceux-ci saisirent les objets dangereux pour les mœurs, M. de Bretonoil. qu’on avait mis en vente, poursuivirent les coupables, et aus”! !P- #9 les condamnèrent à des aumônes rigoureuses (1).
Il arriva une année, pendant la foire de Saint-Germain, XXV.
un événement assez remarquable et qui mérite d’être rap- ,, C’médiens
porté. Un chef de comédiens, ou plutôt de baladins, qui Germain condivertissait la populace sur les tréteaux, étant tombé malade à l’extremité, et ayant demandé les sacrements, le prè-
vertis.
tre chargé de l’administrer se contenta de l’absoudre sans oser lui donner le saint Viatique, à cause de sa profession. Comme le mal augmentait, les compagnons du malade vinrent la nuit prier avec beaucoup d’instances qu’on lui portât le saint-Sacrement; mais sans rien obtenir. Ce refus les toucha si vivement, que, le surlendemain, l’un d’eux se convertit, et que le malade surtout se reconnaissant indigne de la sainte communion, protesta qu’il renonçait sincèrement au théâtre, et, ayant recouvré la santé, il l’abandonna en effet sans retour.
On parla beaucoup dans Paris de ce refus du saint viatique ; il en fut question dans l’assemblée du mois de MM. les curés, qui l’approuvèrent comme très-convenable ; on crut même qu’il était à propos d’en parler au prône à Saint- Sulpice, pour le justifier: ce qui produisit un autre effet plus précieux encore, la conversion du chef d’une autre
518 PARTIE HI, LIVRE Il, PAROISSE, — 104%, troupe. Celui-ci, qui se qualifiait comédien du duc d'orléans, se crut offensé de ce que, dans le prône, on avait donné aussi le nom de comédien au premier, quoiqu'il montât sur les tréteaux, et il vint en demander réparation à M. Olier, On l’accueillit avec bonté, et on écouta patiemment tout ce qu'il dit pour élever sa profession au-dessus de celle des baladins, et pour justifier la comédie. L’ecclésiastique qui avait fait le prône essaya de le désabuser, mais sans avancer autre chose que de se concilier l’estime du comédien, par le ton de politesse, et les paroles de douceur et de modération qu’il sut mêler à ses avis. Ce dernier fut même si sensible à ce bon accueil, qu’en quittant l’ecclésiastique, il le comblait de compliments et lui offrait tous ses services. « Vous pouvez m'obliger » beaucoup, » lui répondit l’autre ; et comme le comédien protestait qu’il était prêt à tout, et le pressait de lui dire en quoi il pourrait le servir: « Ce sera, reprit-il, » en me promettant de dire tous les jours à genoux les » litanies de la sainte Vierge. » Le comédien en donna sur-le-champ sa parole ; et cet acte de religion fut si agréable à Du, qu'après que cet homme l’eut pratiqué trois fois, il se trouva changé tout-à-coup. IL quitta sa troupe, qui se sépara aussi bien que la première, et vint en apprendre la nouvelle à cet ecclésiastique, en ajoutant PA s enolhes qu’il s'était placé auprès de M. de Fontenay-Mareuil, qui p. 495, 496, 197. allait à Rome en qualité d’ambassadeur (1).
XXVI. Les travaux continuels du serviteur de Dieu, pour le en Aoier me renouvellement de la paroisse de Saint-Sulpice, ne lui sein de réfor- avaient point fait perdre de vue les besoins de son abbaye merlabbayede de Pébrac. Comme il n'était plus possible d’y introduire bel. la réforme de Chancellade, contre laquelle les religieux
avaient protesté, en se donnant à celle de Sainte-Gene- (2) Réglements viève de Paris ; et jue d'ailleurs les ordonnances du cardu card.de la Ro- dinal de la Rochefoucauld (2) ôtaient à M. Alain de Sol-
chefoucauld ,t. . . . mn à | x, fol. 477, 478. minihac le droit de réformer aucun menastère, M. Olier
. RÉF songea à u été de réta à ce sujet Sainte-Ger les religier que, sans blir l’anci sée d’y en prit l’habi:
l'esprit des versé dan:
vertus, su ment, de dans cette éloge. « L » le desseil » sitôt qu’ » Dieu, la » périeur; » prendre » Il me di » qu’il ava » munauté » de les de » L'année » vit pour » nos Mes » la réfor » core un » réplique » manda, » lions q » qu’il ne » gieux,
» de novi
Orvait onni à emsus cléser, ime oles vis, u’en ts et liger )mé- > lui it-il, x les pnna it si iqué la Sa vint atant » qui
ur le e lui >baye duire gieux Gene- | Car- > Sol- Olier
. RÉFORME PROJETÉE DE L'ABBAYE DE PÉBRAG. 519 songea à un nouveau moyen. Son dessein avait toujours été de rétablir la règle primitive parmi eux : il eut même à ce sujet, avec le Père Faure, supérieur général de Sainte-Geneviève, plusieurs conférences, que cependant les religieux de Pébrac rendirent inutiles. Mais sachant que, sans commission particulière, il avait droit de rétablir l’ancienne règle dans cette abbaye, il eut la pensée d'y envoyer l’un de ses ecclésiastiques, pour qu'il y prit l’habit de novice, et disposât, en faveur de la réforme, l'esprit des religieux. C'était M. Corbel, homme d’oraison, versé dans la conduite des âmes, et très-capable par ses vertus, surtout par son humilité et son parfait détachement, de remplir cette mission difficile. Sa conduite, dans cette circonstance, fut en effet au-dessus de tout éloge. « Lorsque je lui communiquai, dit M. du Ferrier, » le dessein que M. Olier avait sur lui, il me répondit aus- » sitôt qu’il n’aurait jamais d’autre volonté que celle de » Dieu, laquelle il verrait toujours dans celle de son su- » périeur; et cet homme, âgé de cinquante ans, s’offrit à » prendre l’habit de novice, le jour qu’on lui marquerait, » Il me demanda ce qu'il devait faire de cent louis d’or » qu’il avait devers lui, avant que d’entrer dans la com- » munauté, pour s’en servir en cas de besoin ; je lui dis » de les donner aux pauvres : ce qu’il fit avant de partir. » L'année de son noviciat étant presque écoulée, il m'’écri- » vit pour savoir s’il devait passer profès ; j’en parlai à » nos Messieurs, qui, ne voyant pas de succès touchant » la réforme, trouvèrent à propos de lui écrire qu'il fit en- » core une autre année de noviciat : ce qu’il fit sans rien » répliquer. A la fin de cette. seconde année, il me de- » manda, comme la première fois, l’ordre que nous vou- » lions qu’il tint; nos Messieurs, après avoir reconnu » qu’il ne fallait rien attendre pour la réforme des reli- » gieux, voulurent que je lui écrivisse de quitter l’habit » de novice, et de revenir à Paris : ce qu’il fit avec autant
520 PARTIE M, LIVNÉ D, VANOISSE, — 16064,
» de calme que s'il n'en eût point bougé, Il est même à
» remarquer qu’il ne dit jamais un mot des cent louis qu'il
» avait donnés, appuyé sur la conflance en Div, et le PA Pr res » désir de mourir pauvre, dénué et abandonné comme PS0, M0, 87 à Jésus-Cunist (1) +. »
XX VIL, M. Olier eut alors un autre projet ; désespérant de M, Olier vout :
donner son ab. pouvoir introduire la réforme dans son abbaye, il rénd F es De solut de la céder à saint Vincent de Paul, et de la con- Ses religieux vertir ainsi en maison de missionnaires pour l'Auvergne ha À ce et les pays voisins. Il paraît que saint Vincent se pri-
tait à cet accord : du moins M. Olier était déjà entré en accommodements avec les religieux, à qui il offrait des pen-
: {91 Histoire des sions considérables (2) ; et ce dessein aurait probablelies, tn 2h, ment réussi, sans les démarches du prieur-mage pour le M PAT. faire échouer. Il agit si puissamment sur l'esprit des religieux, qu'ils écrivirent au général de Sainte-Gene-
viève, pour lui demander de nouveau d’être unis à sa ré-
(a Réglements forme (3). Bien plus, sans perdre fle temps, le prieur se
ducardinalde lu
Rochefoucauld ; rendit à Évaux, au diocèse de Limoges, et fit, le 17 octo- 4 xx, fol, 178,
bre 1644, un traité d'union avec le prieur de cette maison, qui prétendait y être autorisé par le Père Faure. On imagine aisément quelles pouvaient en être les conditions : il était convenu que chacun des anciens religieux aurait une clef de l’église et du cloitre, avec la liberté d'entrer dans l’abbaye et d’en sortir quand bon lui semblerait, sans que le nouveau prieur qui serait envoyé par le Père
4 Quelques années après son retour de Pébrac, M, Corhel fut appelé à la conduite d’une riche et grande paroisse, où ses talents le rendirent très-utile. Lorsqu'il se vit avancé en âge, et incapable, par l'épuisement de ses forces, de satisfaire à toutes les obligations de cet emploi, il choisit pour son successeur un excellent homme qui gouvernait une petite paroisse, la prit, et lui donna la sienne,
4 Hi Su hs demeurant curé, mais fort pauvre, et il continua tou ours de mème, pm. 227, ne s'étant point réservé de pension (4).
Faure, pt que ces con:
les pouvoirs due qu'on ratifier le cc clure une :
de M. Olier, bablement qu’il en soi » de Pébrac » leur coura » s’accordail » ne les eût » ne pas $’ choses deme se démit de Il avait er importante.
qu’elle avait gnifique, s’ sait de faire Grâce, dont première pi princesse, p nastère et en donner |:
venait souv( ticulièremer ménager air propre édif de permute Jacques-du-
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de
ré- ON gne prèen )enbler le des eneà r'é-
CURE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS, 621 Faure, pût exercer sur eux aucune juridiction ; mais soit que ces conditions parussent trop extraordinaires, ou que les pouvoirs du prieur d'Évaux n’eussent pas toute létendue qu’on leur donnait, le supérieur général refusa de ratifier le contrat. 11 eût été d'ailleurs imprudent de çonclure une affaire de cette nature, sans le consentement de M. Olier, qui avait déjà protesté de nullité, et qui probablement porta ses plaintes au général lui-même. Quoi qu’il en soit, « cette difficulté toucha si fort les religieux » de Pébrac, dit l'historien des Chanoines réguliers, que » leur courage pensa en être abattu ; plusieurs d’entre eux » s’accordaient à prendre d’autres résolutions, si le prieur » ne les eût ramenés à son avis, en leur persuadant de » ne pas s'étonner de rencontrer ces obstacles (1), » Les ,(!i /listoiredes
Chanoinrs réguchoses demeurèrent en cet état, jusqu’au temps où M. Olier fiers, t. mr, p. se démit de son abbaye, comme nous le dirons bientôt. hé Il avait encore sur les bras une autre affaire non moins XXVINI.
importante. La Reine régente, pour accomplir le vœu nos qu’elle avait fait autrefois d'élever à Dreu un temple ma- lier accepte la gnifique, s’il donnait à la France un Dauphin, se propo- ps dei sait de faire achever les bâtiments de l’abbaye du Val-de- Grâce, dont Louis XIV, encore enfant, posa en effet la première pierre, au mois d'avril 1645 (2). Cette pieuse : ge princesse, pour maintenir l'esprit de ferveur dans ce mo- bien, t.u,p. 1384. nastère et en éloigner l’amour des nouveautés, désirait en donner la direction à M. Olier; et comme d’ailleurs elle venait souvent au Val-de-Grâce, pour s’occuper plus particulièrement de son salut (3), elle était bien aise de se (3) Les Granménager ainsi la facilité de l'avoir auprès d'elle, pour sa Es en es propre édification. Dans ce dessein, elle lui proposa nr ne de permuter la cure de Saint-Sulpice avec celle de Saint- dicut.
Jacques-du-Haut-Pas +, dans l’étendue de laquelle était
+ La paroisse de Saint-Jacques du-Haut-Pas tire son nom des re-
située l’abbaye du Val-de-Grâce. M. Olier aurait peutêtre acquiescé à cette proposition , s’il n’eût été assuré qu’un tel changement entrainerait la ruine du séminaire, et anéantirait ainsi l’œuvre principale dont Dieu l'avait chargé. Ce fut la réponse que lui fit Marie Rousseau. Il prit donc le parti de remercier la Reine.
Alors cette princesse, sans presser davantage M. Olier
» de l’Or » CTUS QU » leur m d'accepter de Saintmère Al matrice ; !
d'accepter la cure pour lui-même, lui fit un commande- La répu ment exprès de la donner à quelqu’un de sa compagnie. établi dar (1) Beatificat. Le curé de Saint-Jacques, M. de la Barthé (1), joignit communa