‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme] (volume 2)Chapitre 244 sur 251 · PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER · texte numérisé non relu

PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER

«Il lui eût été facile, dit Abelly, de se mettre à cou- Av. » vert de ce blâme, en déclarant que les prètres de Saint- un Mlrsaren » Sulpice n'étaient point de s1 congrégation, et qu’ils n’a- tout le blâme de » vaient aucune dépendance de lui, comme il était vrai, cuis AN,

» et comme il le déclarait toujours, en d’autres occasions, » quand on voulait lui attribuer le bien qu’ils faisaient. » Néanmoins, en cette fâcheuse rencontre, quoiqu'il n’eût » aucune part dans le différend qui était le sujet du va- » carme, il ne voulut pourtant jamais dire un seul mot » pour désabuser ses accusateurs et se justifier sur les » reproches qu’il én recevait. Au contraire, pour pratiquer » l’humilité, et, tout ensemble, faire paraître l'estime » qu'il avait de M. Olier, et la part que sa charité lui faide la É » sait prendre en tous ses intérèts, qu’il estimait trèsâme ï » justes, il prit son parti et celui de ses ecclésiastiques. rieur : » Il défendit leurs intérêts plus hautement et bien mieux mirer . » qu’il n’eût fait les siens propres. Et lorsqu'on les bläins le mait, et qu'on leur donnait le tort, il leur servait d’a- Saint pologiste, et il disait tout le bien qu'il pouvait de leur rence ; vertu, de la sainteté et de l’utilité de leurs emplois : en at du + sorte que, pour conserver leur réputation, il exposa vomem i lontiers la sienne, et il ne fit point de difficulté de itinué è mettre, en quelque facon, sa compagnie à la merci de il, par à cet orage, pour tâcher d’en exempter M. Olier et les féren- siens, et leur procurer la paix et la tranquillité. Ce proils se | cédé de M. Vincent, qui semblait si contraire à la prumis- ; dence humaine, étonna diverses personnes; et quel- Pau] qu’un de ses amis lui ayant demandé pourquoi il avait s prè- agi de la sorte, il lui répondit : Qu'il pensait que tout mur- | » chrétien y était obligé ; et qu'il croyait qu’en se comporne la » tant comme il avait fait, il avait suivi les maximes de ucune » l'Evangile. C'était l'estime très-grande qu'il avait de la Vive » vertu de M. l'abbé Olier, qui lui donnait ces sentiments, » et qui lui faisait regarder ses saintes entreprises, non » comme un ouvrage particulier, mais comme un bien

556 PARTIE I. LIVRE IV. PAROISSE. — 1645, (0) Æbelly, Pie» public, à la conservation et à la défense duquel un cha- Ms. div. 1, chap. A CT mr » cun était obligé (1). »

XVI. Cependant le Conseil d'Etat ne voulant point terminer Hire ar cette affaire, de peur, sans doute, de compromettre l'au- Parlement. Le tor té de la Régente, si son jugement n’apaisait pas la ee CNE sédition, la renvoya au Parlement, le lendemain 9 juin, M. Olier; la Rei- en ordonnant d'informer. Dès que les ennemis de M. Olier ti sa dé- rent que le Parlement devait prononcer d’une manière définitive, ils s’efforcèrent de grossir leur parti, et y firent entrer plusieurs personnes des plus qualifiées du faubourg Saint-Germain, qui mirent tout en œuvre pour prévenir contre lui l'esprit de ses juges : jusque là que le prince Henri de Condé alla lui-même au Parlement, et sollicita publiquement contre M. Olier, avec une chaleur capable d’ébranler ceux mêmes qui lui auraient été le plus favorables. Au plus fort de l'orage, et lorsque tout semblait être désespéré pour M. Olier, Dieu prit en main sa défense. La princesse de Condé, tandis que son mari poursuivait le serviteur de Dev, alla elle-même visiter les juges, et prit ses intérêts avec autant de zèle et d’affec- (a) Fie de M. tion, que s’il se fût agi de quelqu'un de ses proches (2). Olier,par M. de st à Bretonvilliers, 1, La duchesse d’Aiguillon, et d’autres dames de la plus ERA haute qualité, joignirent leurs instances à celles de la princesse. Enfin la Reine elle-même fit solliciter le Parlement en faveur de M. Olier. « Au milieu de ces excès, » commis contre nous et nos prêtres, écrivait-il , toute » créature s’est armée pour nous punir. DIEU à voulu » manifester à l’extérieur sa colère, en la personne de » M. le Pace, qui tenait comme la place du Roi, et qui » alla au Parlement pour solliciter la vengeance des juges. » Mais s’il y a eu quelques personnes qui n'aient sou- » tenu, ce sont celles qui tenaient pour moi la place de » la très-sainte Vierge, l’avocate des pécheurs, et qu’elle » remplissait de sa charité et de sa miséricorde. Sainte

» Anne. à qui j'ai toujours confié le temporel de mes

RER A en

» affaires, » Reine, e » des juge » eu de pa

M, Olier côté infor constance tence, Mai faite trandq Digu, Pas au palais lui permé inis à ge très-#ain ininobile vait point ut que l'e est plus p était alors l'ouver er épreuves, ni #'épainx des conso] des homn grande in du monde cause de ! da au ser ses partie « Dites, r

+ Saint procés un Abelly, ibl

ha-

iner ’au- 8 la uin, lier ière rent fauour e le , el leur s le tout ain nari siter ffec-

RU ee

PLASÉGUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER. 557 » affaires, a eu compassion de moi, en la personne de la » Reine, et sans les sollicitations de ces dames auprès » des juges, images de la justice de DrEu, il n’y eût point à NN Par rsats » eu de paix pour moi (1). » p. 133, 134, 135.

M, Olier, selon la pratique de ce temps (2), alla de son XVII.

côté informer ses juges, pour leur exposer toutes les cir- “ aus constances sur lesquelles ils devaient asseoir leur sen- en Dieu. Sa chatence, Mais on eut lieu d'admirer en cette rencontre la par- M So Rob faite tranquillité de son âme, et son entière confiance en : fr Digu, Passant devant !’# ‘is tre-Dame, en se ren‘""* ” au palais, il pria l’ecciesiasti, … qui l'accompagnait Le lui permettre d'y entrer, selon sa coutume; et s’étant mis à genoux devant la chapelle qui était dédiée à la trés-sainte Vierge, il y demeura l’espace de deux heures immobile et en oraison (3). Il était convaincu qu’il ne de- () Æsprit de vait point mettre sa confiance dans le secours des hommes, D par et que l’empressement, dans les affaires de cette nature, 5,4 ES est plus propre à les ruiner qu’à les faire réussir +. Il ue A était alors plus assidu à l’oraison, non-seulement pour ” trouver en Digu la force et le courage nécessaires dans ces épreuves, inäis aussi pour ne pas recourir aux créatures, ni s'épancher en elles, dans le temps où la nature, privée des consolations d’en haut, est si portée à rechercher celles des hommes, 1 aurait cru mème se rendre coupable d’une grande infidélité, s’il se fût alors appuyé sur eux le moins du monde (4), Une personne, qui allait recommander la Dre Lu eause de M, Olier à l’un des premiers magistrats, deman- p.10, | da au serviteur de Dieu ce qu’elle pourrait alléguer contre ses parties adverses, qui ne cessaient de le calomnier. « Dites, répondit-il, que ce sont des personnes à qui j’ai

+ Saint Vincent de Paul cn usait quelqueluis de la sorte dans les proués un peu considérables que la compagnie était obligée d’avoir. Alelly, ibid,

RS Re hs + SP

568 VARTIL I. LIVRE 1V. PAROISSE. — 1645.

» de très-grandes obligations. » L'autre insista, sans que

M. Olier voulût lui dire autre chose. Enfin, voyant que

la personne refusait de porter une telle réponse, qu’elle

savait ètre contraire à la vérité des faits : « Oui certai- (0) Pie, pur M.” Nement, ajouta M. Olier, je leur ai de très-grandes

deBretonvilliers. » obligations , car ils me servent à gagner le para- — Giry, part. 11,

chap. 1v. » dis (1). »

XVIIL Sa confiance ne fut point vaiae. Le Parlement, chargé Le Parlement

, : host nec * 4 , 7 ordonne que M, de l'affaire le 9 juin, s’assembla le lendemain. Heureuse Olier soit remis ment pour M. Olier, l’un des juges qui lui était le plus en possession de é. étd livis titi ainér élu d'u grand ue opposé, et dont l'avis aurait pu entrainer celui d'un gran

nombre de ses confrères, alla le jour même à la campagne,

espérant qu’il l’y suivrait, pour essayer de le fléchir par des

A ds LN prières et de pressantes sollicitations (2). Cette petite poli- OUEr, LV . , . û « ‘4: . n

p. 435. tique, qui devait contribuer à humilier M. Olier, ne servit qu'à faire triompher sa cause; car l'absence de ce magis-

trat assura au serviteur de Dreu tous les suffrages que sa

présence aurait pu lui enlever. Le samedi 10 juin, à la

requête du procureur-général, M. Méliand, le Parlement

ordonna que M. de Fiesque comparaitrait en personne,

(3) Histoire de et qu'on tâcherait de se saisir des principaux auteurs

Paris, par Féli- ns 2

bien, 1. v, 5 #22 de la sédition, pour les mettre dans les prisons de et suiv. — feyis- ; À ñ ts :

tres du Conseil la concicrgerie. L’arrèt du Parlement désigne quatre in- D sun dividus, dont le premicr était ecclésiastique, et attaché Geneviève, 1. xx. à ]a paroisse; il ordonne ensuite que, sans préjudicier — Archives judi- à , .

ciaires. Conseil aux droits de personne, les choses soient remises dans secrel,reyistre B. x ; aol Haies ; — Journal du le mème état où elles étaient avant la sédition; qu’en

Dr ne: conséquence M. Olier soit rétabli dans la maison curiale, Se gr et qu'on oblige ceux qui s'en étaient emparés, de l’évaville de Paris. Cuer Sur-le-champ (3).

A peine cet arrêt eut-il été rendu, que les conseillers

Payen et Lenan, accompagnés de l’un des substituts

du procureur-général, se transportèrent sur les lieux,

et remirent publiquement M. Olier et ses prètres en pos-

session de la maison curiale et de l’église. Ils exécuté-

rent cet rent les la trand sion pai fit rena étrangen le Parle ne para questret M. Olier tion rec lie du p émeute, de force une sort de la ju trats, ni d'en ass nouveau Ils s’eff réussir , dans , i sans su sinait la

On re Dieu ne que pou juré la avaient 1 M. Olier ie pou l’intérie alors en

PERSÉGUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIER. 559 rent cette commission avec une véritable joie (1, et pri- (0 Pie de M,

s que 4

4 RAR . Olier, par M. de t que À rent les mesures qu'ils jugérent conveuables pour procurer Bree 1 | . , : STE Ê US à Alon L eng. tbe 440.

welle La tranquillité publique, et assurer à M. Oliet la possesertai- sion paisible de sa inaison, Mais cet acte d'autorité, qui itides : it renaitre l'allégresse parmi les gens de bien, irrita pare À étrangement les factieux, surtout lorsqu'ils apprirent que CS 4 | + ’ 0 , .

1 le Parlement avait ordonné de saisir Les coupables, et, s’ils hargé : ne paraissaient point dans l’espace de trois jours, de sé hétise. 3 quesirer leurs biens, jusqu'à ce qu'ils eussent obéi, A ussi plus 4 M. Olier était à peine rentré au presbytère, que la sédidrAN 4 tion recommença, Une nouvelle troupe, runassée de la ARE us ps de " MRC RTE + Rene ès que M.

ayne, ; lie du peuple par les principaux auteurs de la première Glier os ré a. : je 4 emeute, vint en armes à la maison curiale, pour chasser tbli, la sédition ar GES 1 D Re von l'écommence.

+ poli- 4 de force el destituer de fait celui qu'ils ne voyaient qu'avec y olier est ren # une sorte de rage rétabli publiquement par les ministres at ‘ ‘3 di pue L ‘ . délivré, nagis po de la justice. Sans respect pour le jugement des magisjou Cu Re: . . , : :

ue sà 1% trats, ni pour les personnes laissées au presbytère, atin è HE 3 , A , . 4, . . « et “3 d'en assurer l’exécution , les séditieux investissent de ae nouveau la maison, dont on ferme aussitôt les portes. e , UU .

Is s'efforcent de les renverser; mais ne pouvant y sonne, RE ME Le AREAS " réussir, à cause de la résistance qu'on faisait du deuteurs . : \ | l pe dans , ils essaient d'y mettre le feu; et ce moyen étant ns de ï 4 ET RE : :

: encore rendu inefficace (2), ils s'efforcent entin, quoique + trein- M rte AURR à sans succès, d'escalader le mur du jardin, qui avoi- 131,132. — 4tattaché a . “ lestations auto- 2 E sinait la maison. graphes, v. 164.

hdicier M . re en 4 On reconnut alors que, dans leur première émeute, sdans à ; , 4 Diec ne leur avait permis de se livrer à toute leur fureur, u’en ; : : :

T i que pour protéger, par ce moyen, celui dont ils avaient Tia ne ot LD NOT À L'év : juré la perte. En effet, comme le jeudi précédent ils a- RES PUS | avaient muré, ainsi qu'on l’a dit, les deux ouvertures que ll M. Olier avait fait pratiquer à ce mur mème, et qu'ils sellers | ë 2 dns dituts üe pouvaient plus pénétrer que très-difficilement dans Hs l'intérieur du presbytère, une sorte de combat S’engagea pus- alors entre ceux qui gardaient la maison, et les séditieux A S-

écuté-

pol pie LA # qui en formaient le siége (1). Sur-le-champ, des persont. 10, p.439. nes dévouées à M. Olier vont, en toute hâte, informer les Prat magistrats d’une violation si manifeste de leurs ordres (2). 168, M. Picoté court au Palais-Royal, où résidait la Reine, pour l’avertir du danger; et aussitôt cette princesse envoie quelques compagnies du régiment des gardes, qui arrivent au moment mème où ce peuple irrité, et transporté F4 RP mme de fureur, allait mettre le feu à la maison (3). Ce secours p. 21. — Rem, ne pouvait venir plus à propos; car ceux qui soutenaient historiques, t. 1 de Us ee e "à p. 40. — Année le siége, épuisés par une résistance de trois heures, étaient lee sur le point de succomber. Pendant tout ce tumulte, M. Olier n’eut d’autre défense, et ne permit pas que ses ecclésiastiques employassent d’autres armes que la prière. Il ne fut pas toutefois nécessaire de répandre le sang pour dissiper l’émeute : à peine commença-t-on à entendre le bruit des tambours, que tous les factieux prirent la (4) Wie, par le fuite (4). Au plus fort de cette sédition, le lieutenant ne civil et le lieutenant criminel de la Prévôté de Paris, } Ron Lu s'étant rendus en grande hâte au Parlement, informèrent ibid. p. 433. la cour de ce qui se passait au faubourg Saint-Germain, au mépris de l’arrèt rendu le jour mème. Le Parlement s’assembla extraordinairement, et ordonna aux officiers de la justice de se transporter sur les lieux, pour procéder contre ceux qu’ils trouveraient assemblés et attroupés. Cet arrêt fut lu et publié dans tous les carrefours et faubourgs de Paris, afin que personne n’en püût unes prétexter ignorance (5); et enfin, pour assurer la vie de M. Olier et celle de ses ecclésiastiques, on établit, dans le presbytère même, un détachement de soldats.

Au milieu d’un si grand tumulte, M. Olier était aussi

M. Olier préche le lende- paisible que s’il eût joui dans sa paroisse de la plus par-

main. Apostro- | . . LS NMalong en vivanité Fe à phe que lui a- faite tranquillité, Malgré sa vivacité et sa promptitude

dresse une de naturelles, il fut toujours d’une humeur égale, et jamais

ses parvissien- ‘ : PART Fe l PRÉC on ne remarqua en lui la moindre altération, tant il était

inaitre » doit » C’esl » à de » dan: la Tri autant et la tout st el con puissa S'expr qu'il 1 se Sur dans ici, € connai son à sage d premi on pù trop :

plus à glé ai et de chaire vieille lieu, parole sur ce siens.

l’ancic qu'éta l'apos!

personner les Lres (2).

Reine, envoie ui arrinsporté secours enaient étaient unulte, | SES ECrière, Il g pour ntendre irent la utenant , Paris, rmérent

ermax, lement officiers ur pros et at-

S CaTl'een püt vie de dans le

it aussi us pariptitude , jainals Lil était

VERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M. OLIÉR, 561 maitre de tous ses mouvements ! « Lu croix, disait-il, ne » doit jamais nous faire perdre la paix, puisqu’au contraire » c’est elle seule qui nous la procure : c'est la croix qui » à donné la paix au monde, c’est eile qui doit la porter

» dans nos cœurs (1). » Le lendemain, qui était le jour de (1) Æspret d'

la Trinité, il monta en chaire, et parla à son peuple, avec autant de diguité que d’affection et de zèle. A voir la paix et la présence d'esprit qui se faisaient remarquer dans tout son extérieur, on eût dit qu'il ne lui était rien arrivé; et commentant ces paroles de l'Evangile du jour : Zoute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre, il s’exprima avec tant de force et d’éloquence, que, quoiqu'il ravit ses auditeurs dans tous ses prônes, il sembla se surpasser lui-même dans celui-ci, I arriva néanmoins dans cette occasion un incident que nous rapporterons ici, et dont la singularité ne servira qu’à faire mieux connaitre jusqu'où le serviteur de [heu savait posséder son âme dans la patience. Depuis plusieurs années, l’usage de la paroisse était de faire la bénédiction de l’eau, à la première grand'Messe du dimanche, atin qu'après le prône on pût commencer plus tôt la seconde, qui avait paru trop retardée à un grarl nombre, et qu'il ne restàt plus alors que l’aspersion à faire. M. Olier l'avait réglé ainsi, d’après l'avis des paroissiens les plus sages, et de concert avec tout son clergé. Comme il était en chaire, et qu'il faisait le prône, une femme courbée de vieillesse, enhardie par les scènes qui venaient d’avoir lieu, se leva du milieu de l'auditoire, et, prenant la parole, lui fit d’une voix tremblante de vives plaintes sur ce qu'il avait, disait-elle, té l’eau bénite à ses paroissiens. Elle ajouta, qu’il eût beaucoup mieux fait de laisser l'ancienne coutume, et de n’y rien changer. Toute cassée qu'était la voix de cette femme, M. Olier ne perdit rien de l’apostrophe qu'elle Lui adressa. Encouragée par Le silence L 36

M. Olier, 4 1,

502 VAUTER, D LIVRE IV, PANOISSE, — 16/5, du toute l'asseinblée qu'elle prit pour une approbation, elle ne se tut qu'après avoir déchargé tout ce qu'elle avait sur le cœur; puis, regardant à droite et à ganche, comme pour s’applaudir et recevoir les applaudissements de l’auditoite, elle se remit sur son siége, fort satisfaite de la leçon qu'elle avait bien osé faire publiquement à son pasteur, Celui-ci édifia autant qu'il étonna tous les assistants par sa douceur et sa modestie, Il la laissa parler jusqu’au bout, sans témoigner en aucune mautiére son mécontentement; et ayant attendu qu'elle se fût assise, il se conteita dé lui répondre tranquillement : #4 bien, ma bonne amie, on y pensera, Puis il reprit son discours, comme s'il n’eût point été interrompu. Plus les gens de bien furent surpris d’une scène si extraordinaire, plus ils admirèrent le grand empire que M. Olier avait acquis

W Pie de y, Sur lui-même ; et la douceur qu’il fit paraitre en cette

Die À circonstance , augmenta encore la haute opinion qu'ils

u,p. 133,184. avaient conçue de sa vertu (1).

XXI. Voyant les esprits si irrités, les ecclésiastiques de Saint- UNE ee Sulpice supplièreñt M. Olier de ne point se montrer au prite, M. Olier dehors, pour ne pas mettre sa vie en péril; mais leurs Poe instances ne purent enchaîner son zèle. Quoiqu'il fût si de sa charge, sage et si prudent en toute sa conduite, il ne voulut

rien omettre, dans cette circonstance , des fonctions de sa charge; et le trait que nous allons rapporter montre évidemment que cette résolution lui était inspirée d’en haut, On vint l’avertir qu’une jeune personne, logée dans une maison qui s'était déclarée contre lui, était malade à l'extrémité, Il y vole aussitôt, sans prévenir ses confrères, que son absence jette dans les plus vives appréhensions. La malade, consumée par une fièvre ardente, était sans connaissance quand il entra; néanmoins, jugeant à propos de l’administrer, il envoya quelqu'un à l'édise pour avertir d'apporter, sans délai, le très-

saint :

L. laient délire d’une est à ses n vers | de la L réelle de lil Ensui mande { surpri | même comm consta mérit ment 5 Cep sister, avec | dernie rent | trois € ainsi d’Orlé teur.

ment, jours tions, En s elles des p égard

PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER. 563 saint Sacrement. Les parents de la jeune personne voulaient l'en dissuader, lui représentant que, dans son délire, elle n’était point en état de communier, Il insiste d’une manière ferme et assurée ; et lorsque le prêtre est arrivé avec le saint Viatique, prenant alors entre ses mains le corps de Notre-Seigneur, et se tournant vers la malade, il commande à la fièvre, avec l'accent de la foi la plus vive, et par la puissance de Jésus-Canisr réellement présent, de se retirer, ou de lui laisser assez de liberté d’esprit pour recevoir la sainte Euchatistie. Ensuite il s'adresse à la malade elle-même, et lui demande si elle ne désire pas de communier, Chacu:. fut surpris d'entendre sa réponse, et de voir qu’à l'instant même elle avait repris sa liberté d'esprit. M. Olier la communia ; et la visite de ce zélé pasteur, dans ces circonstances, fut si agréable à Dieu, qu’elle sembla avoir mérité la guérison de la malade ; car elle recouvra pleine- dradelons ment la santé (1). aul y. 143.

Cependant les femmes de mauvaise vie, qui restaient XX. envore sur la paroisse, craignant de ne pouvoir y sub- ;, Prop sister, si M. Olier en reprenait la conduite, concertèrent, demandeñt sa avec la plupart de celles qu'il en avait chassées, un svt AE dernier effort pour demander son éloignement. Elles eu- leurs clameurs rent la hardiesse de s’assembler, au nombre d’environ gs Fe trois cents, de se parer magnifiquement, et de se rendre | ainsi au palais du Luxembourg, occupé par la maison d'Orléans, pour y porter leurs plaintes contre leur pasteur. Elles demandèrent avec instance son stiangement, parce que, disaient-elles, il devenait tous les jours plus incommode aux paroissiens par ses vexations, et troublait, lui seul, tous Les habitants du faubourg. En se revètant de ce qu’elles avaient de plus précieux, elles espéraient qu’on les prendrait pour des personnes des plus considérables de la paroisse, et qu'on aurait égard à leurs désirs. Mais, comme la vertu a des carac-

pit f ot ï

tères distinctifs, qui la fout reconnaitre, le vice à aussi

les siens ; et cette démarche insensée eut tout le résultat cs Vie, par M. qu’on devait en attendre (1). Cependant, toute mal con- Eee certée qu’elle était, elle fit connaître que M. Olier avait ss grand nombre d’ennemis dans sa paroisse, et que la fermentation y était extrême.

Cette troupe méprisable, quoique repoussée avec indignation, ne fut pas pour cela déconcertée. Elle ne put se porter le jour même au Parlement, qui ne s’assemblaït pas le dimanche ; mais le lendemain, 12 juin, il se forma de grand matin, dans la salle du palais, et au mépris de l’arrêt rendu le samedi soir, un rassemblement de femmes et d’autres personnes, qui, ne pouvant obtenir par la ruse l’éloignement de M. Olier, crurent y mieux réussir en employant l’audace. C'était le jour même où tous les membres du Parlement devaient aller à Notre-Dame, avec le Roi et les princes, pour assister au 7e Deum, à l’occasion de la prise de Roses, en Espa-

(2 Registre du gne, par le comte du Plessis-Praslin (2). A l’entrée des on Us, magistrats, elles remplirent la salle de leurs clameurs Lx Bibl. Sle- et de leurs menaces, se flattant d’intimider ainsi la cour. XXIIL. Ce n’était pas le moyen de se la rendre favorable. Se Arrêt du Par- voyant insultée dans le sanctuaire même de la justice, A rs elle rendit sur-le-champ un arrêt qui fut publié dans la meute. Proces- ville et les faubourgs, et dont la sévérité était capable De Lei de contenir dans le devoir les plus audacieux de cette par des gardes. troupe. Il y eut ordre d'informer à l'instant même contre les auteurs de cette nouvelle sédition, et défense,

sous peine de la vie, à toute personne de s’attrouper,

sous quelque prétexte que ce fût ; comme aussi, dé-

fense aux parties intéressées, et également sous peine

de la vie, de venir au Parlement en plus grand nombre

que quatre. La cour commanda encore, sous la mème

peine, à toutes les femmes et autres personnes qui les

assistaient, de se retirer à l’heure mème dans leurs

mai:

me € teur:

Lieu l'île, com l’exé draic tion L:

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PERSÉCUTION SUSCITÉE CONTRE M, OLIER. 565 maisons, déclarant qu'on allait procéder sans aucune forme de justice contre les contrevenants, comme perturbateurs du repos publie, Tous les officiers de la justice, le Lieutenant civil, le Lieutenant criminel, le Prévôt de l’île, le Prévôt des marchands, le Prévôt des archers, et les commissaires du Châtelet, reçurent ordre de procurer l’exécution de cet arrêt, et de saisir tous ceux qui tiendraient des discours tendant à provoquer quelque sédi- Dale tion (1). Paris, L. v,ibid.

La rigueur de ces arrêts, et la sévérité avec laquelle on devait y tenir la main, intimidèrent les ennemis de M. Olier. Ils n’osaient plus se montrer le jour; mais, lus d’une fois, ils tentèrent, durant la nuit, de se venger sur sa personne, et ce fut alors qu'on prit le parti de laisser nuit et jour les gardes au presbytère, jusqu’à ce qu’il n’y

eût plus pour lui et pour les siens aucune apparence

de danger. Cependant la Fête-Dieu approchait : l’agitation des esprits étant encore très-vive, M. Olier, dans la crainte de quelque grand scandale, résolut de ne point porter le saint-Sacrement à la procession; et, du consentement de

la Reine, il fit prier l’archevèque d'Athènes, M. Bagni, 9 Lettres au-

. , hui à tographes de M.

nonce apostolique en France, de présider ne lui à ss Oler 2 2. ;

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