PÉLERINAGE DE LIESSE
NOTE 4, p. 56. — Le pèlerinage de Notre-Dame-de-Liesse, au- Jourd’hui diocèse de Soissons, a toujours été, depuis son origine, un des lieux de dévotion les plus célèbres de la France; et c’est peut-être sa grande renommée qui a fait regarder comme inutile à nos anciens historiographes de transmettre à la postérité les circonstances de son établissement. Il est arrivé de là que nous n’en connaissons plus aujourd'hui le détail avec une entière certitude, quoique le fond en soit assuré. Tel est aussi le sort de plusieurs semblables dévotions, dont l'origine, quoiqu'évidemment miraculeuse, s’est trouvée dans la suite enveloppée d'obscurité par manque de monuments écrits. Mais lhistoire de Notre-Dame-de-Liesse a en sa faveur d’autres monuments non moins décisifs : le concours non interrompu des pèlerins de tout rang et de tout état, depuis son origine, qui ne remonte pas au-delà du XIle siècle, et l'existence même du bourg de Liesse, à qui ce concours a donné lieu ; deux effets qui seraient tout-à-fait inexplicables, s’ils n’avaient eu pour cause, comme la tradition le rapporte, quelque événement merveilleux.
Voici ce qu'elle nous en apprend (1) : Trois frères du pays Lao- (4) Histoire de nais, les chevaliers d’Heppes, étant allés à la croisade et combat- Aofre- Dame de tant pour la délivrance des lieux saints, furent faits captifs par le uit que 106 soudan d'Egypte, qui employa toutes sortes de moyens afin de les ef suiv. faire renoncer à la foi chrétienne. Il se servit même, pour y réussir, d’Ismérie, sa fille, qui alla plusieurs fois les visiter dans leur prison; mais tout le contraire arriva. Cette princesse, vivement touchée des récits que les chevaliers lui tirent sur la Mère de Dieu, désira voir quelqu’une de ses images. On ajoute que les captifs en trouvèrent une dans la prison le lendemain à leur réveil; et lorsque Ismérie revint les voir, la vue de cette statue fit tant d'impression sur elle qu’elle résolut d’embrasser le christianisme. Dans ce dessein, elle sortit secrètement de la ville durant la nuit, passa le Nil accompagnée des trois chevaliers, et marcha en grande diligence pour éviter les émissaires du soudan, jusqu’à ce qu’enfin, accablée de fatigue, elle s’endormit ainsi que les chevaliers, ayant toujours avec eux l’image miraculeuse. A leur réveil, leur surprise ne fut pas petite, car ils se trouvèrent, non plus sur les bords du Nil, mais transportés miraculeusement en France, auprès de Laon et du château de Marchais, où les chevaliers avaient pris naissance ; et les transports de leur joie en devinrent même si excessifs, que ce lieu prit de là le nom de Liesse, qui lui est resté depuis. En mémoire de ce prodige, les cheva-
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