ÉLOGE DU PÈRE DE CONDREN
» quos dedisti mihi, non perdidi ex eisquemquanm ; €, » pendant sa vie, il tâcha de nous traiter comme Notre-Sei- » gneur avait traité ses apôtres. Ce bon père me dit même » que je serais un de ses héritiers , non pas de biens péris- » sables, grâce à Dreu, mais d'esprit et de grâces. » » Hé! plût à Dreu que je pusse avoir une petite étincelle de » son pur amour, qui fut si violent qu'il avait pensé en » être dévoré , et que son cœur en fut si enflé, qu'il éleva » deux ou trois de ses côtes, ce qui a paru jusqu'à sa » mort (1) ».
« C'était une chose merveilleuse que la sublimité de ses » lumières. Elles surpassaient si fort la portée ordinaire » des esprits, qu’il était impossible de coucher par écrit » toutes les vérités qu'il disait, tant elles étaient saintes et » dégagées des voies grossières de concevoir et d’appren- » dre les choses , les ayant toutes par infusion +. Et » comme on remarque , dans la théologie , que la lumière » des anges est de tclle nature.., que les anges inférieurs » ne pourraient point porter sans miracle l'étendue de la » lumière des anges supérieurs : ainsi en était-il de sa lu- » mière au regard du reste des esprits... On disait seule- » ment, en quittant ce grand homme : Oh! que cela est ad- » mirable! que bienheureux sont ceux qui recucillent les » miettes qui tombent de cette table céleste ! C'était l'image » de Salomon. Bienheureux étaient ceux qui le servaient ; » et pour cela je disais même à son frère servant , que je
portais bien envie à sa condition.
» Un jour, lui proposant de vouloir écrire pour l'édifica-
tion de l'Eglise , je li disais que tant de personnes l'en » pressaient, et priaient Dieu pour cela; et que j'avais lu
+ Voyez : Vie du père de Condren, par le père Amelbote; édition de 1657, pages 50, 97.181 etsuiv. Ce qu'on a écrit du père de Condren justifie l'éloge que M. Olier en fait lorsqu'il le qualifie : l'éntelligence la plus
vaste qui fit alors au monde.
(2) Mém.avt.
deM.Olier,t.1.p.
Pourquoi Île père de Gondren n'a pas écrit.
» dans saint Jérôme , qu'autrefois toute l'Eglise avait jeûnc » et pleuré fort long-temps, pour obtenir de Dreu la grâce que saint Jean voulût écrire l'Évangile; après quoi , ce
grand saint se laissa vaincre, et donna à l'Eglise cette
grande lumière qui l'éclaire maintenant, cet Evangile qui seul parle plus et donne plus de connaissance de Ia divinité de Jésus-Christ, que tous les autres Evangiles, et
tous les autres livres de l'Ecriture sainte. Je le priai done, » qu'à limitation de ce grand saint, il voulñt écrire pour
l'instruction de l'Eglise, surtout après tant de prières et
de désirs des âmes saintes qui l'en avaient sollicité. » Alors il me répondit ces belles paroles de N. $S. Jésus-Christ : qu'il rendrait au centuple à ceux qui se se-
aient mortifiés de quelque chose pour lui; et que d'or-
dinaire ceux qui s'abstenaient d'écrire pour l'amour de » lui, recevaient en récompense le don d'illuminer les » âmes, don beaucoup plus avantageux à l'Eglise que » celui de l'écriture. Car les livres saints sont exposés à » tout le monde; les faibles se scandalisent des plus belles » lumières, et n'en font point l'usage qu'ils pourraient. Ces » vérités saintes sont proprement les pierres précicuses
Ca
que Jésus-Christ défend de donner aux pourceaux, et » le pain saint qu'il ne faut pas jeter aux chiens. Or, c’est » le grand inconvénieni de l'Écriture, et il ne se rencon- » tre pas dans le don d’illuminer ; car l'esprit de discerne- » ment qui l'accompagne , fait que les lumières divines ne
» se donnent qu'à ceux qui sont disposés à en faire un bon » usage. Cependant, comme il était dans une grande dé- » pendance de Dreu, et dans une grande condescendance » aux hommes, il voulut un jour se disposer à écrire. [se » retira pour cela avec son frère (servant) quinze jours eu- » tiers, pour tenter S'il pourrait satisfaire au désir de sa » compagnie, Tous les matins il se mettait en état de » commencer ; SOn frère prenait la plwse pour écrire, mais, * après avoir prié, il distit : Mon frère , attendons encore
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