‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 206 sur 489 · SUR LA SOEUR DE VAULDRAY · texte numérisé non relu

SUR LA SOEUR DE VAULDRAY

NOTE 6. M. Olier écrivait fréquemment de Clisson et de Nantes à la sœur de Vauldray,et ne négJligeait rien pour la faire avancer dans la voie du renoncement, qui est l'âme de la vie rcligieuse.Comme dans les commencements de sa conversion elle avait quelque répugnance à quitter son argenterie, il lui écrivit : « Ma très chère fille,

» ne manquez pas tous les jours à mourir à votre sens, car vous y

êtes bien attachée ; et si vous ne faites la guerre continuellement

à ce cruel ennemi, vous serez toujours sensuelle, et, enfin,accablée

par lui. Vous me faites bien compassion quand vous me mandez la

difficulté que vous avez à quitter l'argent et à embrasser la vileté de

l'étaim ou de tout autre métal; car l'amour est, hélas! bien petit

dans votre cœur. Aujourd'hui j'ai diné chez les révérends pères » Chartreux, où l'on m'a donné une cuillère d’étaim assez noire, » qui m'a fait ressouvenir de vous; mais je nai rien trouvé là de dé-

goûtant. Je prie Dieu qu'il vous donne la force à vous surmonter ;

car ces vertus faibles et à demi établies lâchent souvent le pied, et » tournent en arrière (5). » Non content de donner aux religicuses de la Régrippière des marques de cette ardente charité pour leur salut, M. Olier l’étendit encore à quelques enfants, chargés,dans les dehors du monastère, des soins les plus grossiers,et, particulièrement, à un petit garçon à qui était confiée la garde de la basse-cour. Il avait eu occasion de connaitre cet enfant pendant qu'il était logé dans

1 Lettresaut.

do M. Olher, p.

(2) Lettres autograghes de M.

Olier. p. 554.

(5) Vie” de la sœur Marie Michelle Boufard , in— 80. Nantes, 17:10.

(4) Jbid, p. 59.

— Vies des'saints de Bretagne , t.

(5) Lellres autographes de M.

Olier, p. 545.

(1) Mémoires aut. de M. Olier, pe 261.01

(2) 1bid, Lu p.

(5) Lettres aulographes de M.

Olier , p. 515.

humble réduit où nous l'avons vu se retirer. Par reconnaissance pour le bon accueil qu'il en avait reçu, ou par un effet de son zèle pour la jeunesse, qui le portait à avoir toujours des enfants auprès de lui pour les former à la vertu et aux lettres (1), il désira , durant son séjour en Bretagne , avoir celui dont nous parlons, ainsi qu'un autre, qu'il avait parcillement connu à la Régrippicre, Peut-être voulait-il les confier à quelqu'un des curés, dépendant de ses bénéfices, dont l'un, qu'il appelle la perle des pasteurs (2), établit, peu après, un séminaire de jeunes enfants. Quoiqu'il en soit, il écrivait familièrement à la sœur de Vauldray : « Je vous supplie de me faire la charité de » m'envoyer le petit écuyer de la noblesse de votre basse cour, si » sa fièvre l'a quitté ; j'espère que cet enfant sera bien docile (3). » Cette fièvre était sans donte ia maladie épidémique qui régnait alors

dans le pays.

NOTE 7. — Le père de Condren songeait toujours à la formation d'une société uniquement vouée au clergé ; il ne fut pas d'avis que M. Olier dirigeât habituellement les religieuses de la Régrippière , et voulut qu'il se contentât de leur écrire quelquefois dans l'année. Cette résolution était de nature à affliger beaucoup ces bonnes filles, surtout la sœur de Vauldray,qui regardait les conseils de M. Olier comme un appui nécessaire à son salut. Pour la préparer à cette nouvelle, et la consoler, M. Olier lui écrivit la lettre suivante, « Quoique sainte » Thérèse ait pleuré le départ de son directeur , sans que le Fils de » Dieu le trouvât mauvais, lui témoignant qu'on ne devait pas moins » aux médecins de l’âme qu'à ceux du corps, dont on peut légitime- » ment regretter l'absence; toutefois, dans la partie supérieure de son » esprit, elle était satisfaite du bon plaisir de Dieu, et s'accusait elle- » mème de ses larmes en se plaignant à son époux. Faites-en de » mème, matrès-chère fille, et ne doutez pas que cette pauvre créa- » ture, demeurant séparée de vous, vous ne receviez davantage que » si elle vous était présente. Jésus, votre époux, ne sera pas moins » présent à votre âme, ille sera même bien davantage, puisqu'il » Ôte d'auprès de vous celui qui vous le représentait et suppléait à » ses conseils. C’est à lui de combler maintenant ce vide, et de vous + récompenser de ce sacrifice avee une abondance d'époux. Aban- + donnez-moi donc tout à Ini, demandez-lui qu'il me conduise où il

voudra, qu'il dispose de moi selon son bon plaisir, et protestez-lui

que votre volonté est satistaite de la sienne: que vous ne voulez

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d'abord que lui, et ensuite en lui seul ce qui lui plaira davantage.

Je vous dis ceci pour vous porter à ne vouloir rien que Jésus , et à vous mettre dans la disposition où il veut voir ses épouses : ayez pour lui un amour pur, aimant JÉsus sans mélange des créatures, un amour ardent qui vous porte vivement ct fortement à faire pour lui toute vos actions sans lâcheté ni retardement , un amour actuel, c’est à dire renouvelant les actes de l'amour le plus souvent que vous pourrez » (1).

Cette lettre ne fit pas sur l'esprit de la sœur de Vauldray toute

l'impression que M. Olier aurait pu désirer ; voyant que cette âme encore faible, et qui avait besoin de ménagements, ne pouvait pas s’adresser sans de grandes répugnances aux directeurs qu'il lui avait assignés avant son départ de la Régrippière, il écrivit à la mère de

Bressand qui portait le plus vif intérêt à cette communauté. « Si ma

sœur de Vauldray n’est pas disposée à s'adresser à M. Basseline, M. de la Dauversière lui procurera, s’il est possible , le R. père Chauveau, Jésuite.….. Je serais bien aise que vous vissiezle R. père lecteur des Capucins, s’il est encore à Nantes. Il me paraissait très— grand serviteur de Du, et il eût pu être beaucoup utile à notre pauvre fille, si elle n'eût cherché que la solide vertu. Mais quand on n'est pas bien détrompé de la vanité du siècle, on cherche de l'éclat dansla vertu aussi bien qu’en autre chose; et, ordinairement, il y a de lafausseté, Notre-Scigneur ne porte pas cet éclat avec lui, et ne le met pas aussi dans ses vrais serviteurs. I y met bien de la force pour toucher et convertir; mais peu d'éclat, d'extérieur et d'apparence, Le royaume de Dieu ne vient point avec observation , dit Notre-Seigneur. C'est ce qui abuse nos pauvres filles; car sous ombre que je ne leur ai pas mis en face des personnes de grand extérieur,on qui,sous un extérieur fort humble, ne font point d'actions et de discours éclatants; elles ne prennent point en eux la croyance qu'elles devraient avoir, el cela est abus et tromperie (2).

Le 11 mars il écrivit à la sœur de Vauldray elle-mème;et après l'a-

voir encouragee à servir DIEU avec un entier dégagement de toute consolation , il lui dit de s'adresser au père Chauveau, lui faisant remarquer que l'abbesse de Fontevrault avait ratifié ce choix # (5).

Mais la sœur de Vauidray étant tombée (lans le grandes obscurités

+ L'abbesse de Fontevrault avait, comme on sait , le privilége de donner des dimissoires pour les ordres sacrés aux religieux de son ordre, et d’approuver les prêtres pour la confession sacramentelle (4).

(1)Lettres aut.

de M. Olier, p.

319, el suiv.

(2\ Lettres aut.

de M. Olier, p.

(5) dbid, p.559.

(4) Traité des bénéfices,parGohard, LU 1. in-4.0 p.673. — Histoire de l'ordre de Fontevrault , (par le père Nicquel, in-4o 1642.

EN REe

re Te Bee

de conscience sous la conduite de ce nouveau directeur, le père de Condren, qui craignalt de la mettre à une trop rude épreuve, ordonna à M. Olicr d’en reprendre la direction. Ce dernier écrivait à la mère de Bressand : « Le père général , quoique j'eusse destiné la sœur de » Vauldray au R. père Chauveau,m'a ordonné d'en reprendre le soin, » crainte de la brouiller, comme cela était arrivé déjà.Elle m'en avait » fait jusqu'ici de continuelles instances, et d’ailleurs les soins et l'ap- » plication que Dieu m'inspire de donner à son âme ne sont point » petits. Je pense qu'à la fin vous aurez dit vrai en m'assurant que PAL 51e » j'en dois répondre à Dieu. Cela me sera aisé si elle continue ; j'en

516, 517, » dirai autant de vous, ma pauvre fille (1),

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