‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 274 sur 489 · M. OLIER EST DÉLIVRÉ DE SES PEINES · texte numérisé non relu

M. OLIER EST DÉLIVRÉ DE SES PEINES

» eùt quelquefois de la suffisance dans mes manières ; » mais elles ne sont point étudiées. C'est la possession d’un esprit étranger qui me compose : je ne sens pas seulement ce secours dans la conversation ; partout, le » Saint-Esprit me conduit et me dirige avec une solli- ae » citude si attentive, que, si je voulais être fidèle, je ne a. de M. Olier, » ferais pas même un pas inutile (1). FAURE

» Lorsque je veux m'occuper à écrire , je sens que ce » divin Esprit veut conduire et régler tous les mouve- » ments de ma main. Je me prête et me donne à lui (9) 16m. aur. » Comme un instrument qui n’a point d'action propre et OA » personnelle (2). Je ne puis pas dire de lui, à mon égard : 317. etc. » Spiritus vadens et non rediens; car si je le quitte, il » me recherche aussitôt, et me reprend quand je me » donne à lui, soit dans la maison, soit par la ville, » dans l'exercice ou dans le repos; en particulier ou en » conversation, toujours je trouve ce divin Esprit. Il est (5) Ibid, tn. » répandu par tout moi-même (3), comme s’il y tenait la p. 196. 197. » place de mon àme ; je le sens comme une seconde âme » qui n'anime et me porte, et qui se sert de tout mon » étre comme l’âme dispose des mouvements du corps, » ais avec bien plus de douceur et d’empire. Derniè- » rement une personne, qui prend grand soin de nous , » me parlant de quelque chose qu'il y avait à faire : je » lui répondis naïvement et sans y penser : J'ai une in- » firmité qui m'empéche de faire ce je veux ; je ne puis » que ce l'on me permet , et ne puis en aucune façon » m'affranchir de cette dépendance. Cette bonne per- » Sonne, qui est fort intérieure , releva cette parole que » j'avais dite sans y songer, et répartit en riant : Quelle (4) Ibid. tr. » infirmite () ! D: 169:

» J'éprouve le même changement par rapport aux fa-

» Cultés de mon âme et aux dons surnaturels. Pour des

» si précipité. Elles pourraient même craindre qu'il n’y

» ténèbres si épaisses, j'ai maintenant tant de lumières ;

(1) Mém. aut.

‘de AT, Olier. 1x.

(2) Ibid. t. x.

» pour la confusion de mon esprit, tant de netteté dans mes » pensées; pour mes bégaiements précédents, tant de li- » berté de parler; pour les sécheresses désolantes que » j'éprouvais et que je causais aux autres, tant de bons » effets de la parole; pour cette maudite et malheureuse » OCCUpation sur moi-même , tant de sentiments d’a- » mour et d'élévation vers Dieu! Je suis contraint de le » confesser : c'est le divin Esprit qui me remplit ainsi ec » me possède (1). Je me souviens que c'était là le sujet » de ma consolation dans mes peines ; dans l'impuissance » totale où je me voyais, je me disais à moi-même : Si » jamais le bon Dieu voulait se servir de moi (ee que je » ne pouvais pas croire), au moins on connaîlrait visi- » blement alors celui qui agirait en moi (2). Mes délais- » sements passés m'ont appris que ces biens sont de Dir: » seul, et que leur privation est mon fond propre. Ce que » je possède maintenant n'est point un bien personnel, » el qui soit attaché à mon âme : c'est une grâce , une » miséricorde que je n'attendais pas, dont j'étais entic- » rement indigne; j'étais alors délaissé de tout conseil » intérieur et presque extérieur, pour ma conduite : main- » tenant la bonté de Dieu me donne, avec une bénédic- » tion non pareille, tous les conseils que je puis sou- » haiter. Si deux choses se présentaient à faire, je ue » savais pas prendre la moindre résolution, je n'avais » aucun mouvement pour me déterminer : maintenant je » ne suis presque jamais en peine. Intérieurement je suis » guidé comme un enfant qui en tout serait conduit par » un père très-sage et d’une bonté parfaite. Cela se » fait dans le fond de l'âme par une opération divine e\- » trêmement délicate et que le démon ne peut contre- » faire. Quelquefois c'est un mouvement, d'autre fois » un sentiment sans parole , qui se fait entendre bien » plus distinctement que la parole. Car, Dieu qui est pu- » role, Se rend bien plus sensible à nos âmes que les

Riu:

netteté dans mes ‘dents, tant de li- S désolantes que ‘es; lant de bons e et malheureuse sentiments d’ais Contraint de le > remplit ainsi et c'était là le sujet ans l'impuissance à moi-même : Si e moi (ce que je connailrait visi- (2). Mes délaisiens sont de Dir:

d propre. Ce que bien personne! une gràce , une ont j'étais entic- : de tout conscil \ conduite : mainvec une bénédicue je puis souii à faire, je ne ution, je n'avais r :iMaintenant je ieurement je suis erait conduit par arfaite. Cela se ration divine e\he peul contrent, d'autre fois t entendre bien Dieu qui est puos âmes que les

his,

VAUGIRARD. M. OLIER FAIT VOEU DE SERVITUDE. 321 » hommes par Ia parole articulée. Divine substance , » qui êtes parole , lumière , puissance , ünour ; » être divin, soyez loué , exalté et béni pour ja- » mais ! »

Par ces effets sensibles que M. Olier éprouvait, Dieu XVE voulait lui rendre comme palpable la vérité de la doctrine cote du père de Condren, ou plutôt de saint Paul lui-même , EL sur la résidence et les opérations de Jésus-Carisr dans les i âmes; afin qu'ayant à former une multitude de prêtres ,

il les portät à tendre, chacun selon la mesure de sa grâce,

quoique d’une manière plus simple et plus commune , à

l'union avec le Sauveur. Cette assistance du Saint-Esprit

était devenue plus fréquente dans M. Olier , depuis le jour

où il avait fait à Jésus-Curisr le vœu de servitude dont on

va parler. Ilavait éprouvé les premiers désirs de prendre

cet engagement pendant le temps de ses épreuves, a) je res

surtout dans l’octave des Rois, 1641 (1), trois jours après P- 237.

la mort du père de Condren , qui avait fait le même vœu,

sans que M. Olier en eût encore aucune connaissance. Son (2, Vie de M. A . , , Olier, par M. de

confesseur lui conseilla cependant d'attendre une année ÿnvilliers, t.

entière (2); et ce fut au mois de janvier 1642, peu après M: P- 11: 16.

son arrivée à Vaugirard, et le jour même où il se mit

sous la conduite du père Tarrisse, qu’il fit enfin ce vœu

dont il explique ainsi la nature. « Etre serviteur d’un

» maitre, c'est faire tout selon sa volonté; mais la

servitude envers JÉsus-Cnrisr demande une dépen-

dance de corps et d'esprit qui s'étend aux moindres

choses. Depuis que j'ai fait ce vœu, je ne puis rien en-

treprendre, je ne puis parler ni même penser à Dieu,

que dans la dépendance de lesprit de mon maitre, qui

me possède, et applique mon âme à ce qu'il veut. Au- » trelois je croyais cette sujétion presque impossible.C’est » l'esprit de mon maître seul qui me la fait pratiquer main- » tenant; ét quelque continuelle que soit cette dépendance » universelle, elle est, toutefois, pleine de paix et de dou- 1. 21

Page 1