VAUGIRARD, FONDEMENTS DE L'ESPRIT DU SÉMINAIRE
biens du monde , et même les acquérir comme si nous
ne les po:sédions point en propre, sans en affectionner l'usage, par aucune attache déréglée du cœur. Pour le conseil, il consiste à quitter eflectivement ces mêmes biens à cause de la difficulté qu'il y a de ne les point aimer en les possédant, comme si Notre-Scigneur nous disait : Je vous conseille de quitter vos biens, si vous ne pouvez les posséder sans les aimer ; c'est ce qu'on voit dans ces paroles adressées à un particulier » qui les aimait effectivement : Æ{lez, vendez tout ce que
vous avez et le donnez aux pauvres. Dieu commande même ce renoncement extérieur quand il y a péril évident de péché (D).
« On me faisait, ily a quelquesjours , une question dont » je rapporterai ici la réponse , parce qu'il me semble qu'elle venait d'un autre que de moi. Un de nos jeunes messieurs ayant ressenti de la peine à quitter l'extérieur du monde, et surtout sa chevelure, me demandait pourquoi on avait tant d'attache à ces superfluités. Je lui répondis sur-le-champ que cela venait du fond de l'amourpropre, et du grand désir que nous avons de plaire au monde, et d'avoir part à son estime et à son affection : désir des plus violents et des plus enracinés qui soient dans l'homme tout pétri d'orgueil. Or, les cheveux lui ayant été donnés pour ornement, et servant à la bonne grâce, el par conséquent à se faire estimer et se rendre agréable aux yeux du monde et de soi-même , il en résulte que nous y sommes extrêmement attachés. Lorsqu'on nous les coupe , nous sommes vivement touchés, comme si on nous coupait une partie de notre amour-propre , comme si on estropiait notre superbe ; parce qu'en effet on ruine en elle un de ses moyens d'attirer à soi l'amour et la complaisance du monde. On doit mesurer, sur cette afiction, le désir que l'on a de paraître, d'être estimé et aimé des créatures.C’est à quoi il nous faut mourir,comme
(1) Mémoir.aut.
de M, Olier, LE.
(1) Mémoires aut, de M. Olier, {1 p. 586.587.
Esprit du séminaire : 20 Union à JÉsus- CHRIST.
(t)Diclionna)ire hislorig, duration, jte Fillassier, in-so LOL p. 289. A4rticle, Viaisante-
rie, n. 25.
» je disais tantôt, sans rechercher l'amour ou l'estime de » personne, afin de ne faire tort en rien à notre Dieu, qui
» seul doit remplir tous les esprits et tous les cœurs (1). +»
M. Olicr n’exhortait ses disciples à la destruction du vieil homme, qüe pour établir en eux la vie de Notre-Seigneur, l'homme nouveau, créé dans la justice et la sainteté véritable. C'était le point pratique auquel il les ramenait sans cesse dans ses entretiens, Comme un père, au milieu de ses enfants , il répondait avec bonté à leurs difficultés , il éclaircissait tous leurs doutes , et ses paroles portaient toujours la lumière et la conviction dans les cœurs. « Par- » Jant tantôt à notre assemblée , dit-il, j'expliquais avec » une facilité étonnante quantité de difficultés qui m'étaient
+ Un jour que M. Olier adressait à ses disciples une exhortation sur le renoncement chrétien, et que, dans la chaleur de son zèle, il répétait souvent ces mots de saint Paul, qui lui étaient familiers : Il faut faire mourir le vieil homme : la jardinière de la maison , dont le mari était fort âgé, vint par curiosité prêter l'oreille à la porte de la salle, et crut que ce vieil homme Gtait son mari. Elle court aussitôt lui communiquer ses terreurs, et le bon jardinier, non moins effrayé qu'elle, veut , pour se dérober à une mort demandée et résolue avec tant de véhémence , quitter la maison le jour mème, Il va trouver M. Olier et lui dit tout ému : « Monsieur, donnez-moi, je vous prie, » mon c6. ‘# ; ma femme a tont entendu, je veux encore vivre : je » connais votre dessein. — Quel dessein, répond le serviteur de » Dieu ? — Vous le savez mieux que moi ; il n'est pas nécessaire de » vous l’apprendre. — Mais, mon ami, expliquez-vous , ajoute » M. Olier. — Monsieur , n’avez-vous pas dit qu'il ‘allait tuer le vieil » Fnmme ? Je suis vieux , il est vrai, mais ma vieillesse n'est pas un » crime : et puis mon travail peut encore me nourrir, » Voyant l'effroi et l'agitation du bon jardinier , M. Olier et les siens ne furent pas peu surpris d'une si étrange méprise : elle était trop singulière
pour qu'ils pussent s'empêcher d'en rire :
Gt, après avoir raseiré, quoique avec bouuecoup de peine, le jardinier, ils lui firent comprendre que ce vieil homme n'était autre chose que les désirs de la nature cor-
rompue, que chacun devait S'efforcer de faire mourir en soi-même (1):
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VAUGIRARD, FONDEMENT DE L'ESPRIT DU SÉMINAIRE. 275 proposées sur la nécessité de nous unir dans nos actions à Notre-Scigneur. Lorsque nous nous unissons à Jui par la foi, leur disais-je , nous sommes aussitôt revêtus de ses intentions : il ne réside en nous que pour être entièrement à nous, afin de glorifier, par nous, son Père ; et nos œuvres, faites par le mouvement du Saint-Esprit, ont par lui une prodigieuse sainteté. Qu'y a-t-il de plus aisé que de dire à Diet , au commencement de chacune de nos œuvres : Mon Dieu, je renonce à mes intentions déréglées , et je me donne à vous, pour faire mes actions dans vos intentions infiniment adorables? Nous pouvons nous unir aux intentions qu'il avait lorsqu'il faisait des œuvres semblables aux nôtres, par exemple, lorsqu'il buvait, qu'il mangeait, qu'il dormait, qu'il conversait , qu'il priait, el ainsi du reste. Quoique vous re les con naissiez pas , ne laissez pas néanmoins de consentir toutes, et de les désirer telles qu'elles sont en elles mêmes et que Dreu les connaît. Dieu le Père voyant que vous désireriez avoir en vous toutes les intentions de son Fils, et que vous seriez bien aises de les exprimer , aura pour très-agréables vos actions. Nous pouvons nous unir encore aux intentions du Fils de Dreu , même dans lesactions qu'iln’a poiut pratiquées extérieurement sur la terre ; car il les à toutes offertes d'avance pour nous. En
1) Mémoires
» ses œuvres pour la gloire de son Père; tellement que tous #4: de Olier,
» manière d'agir est si eflicace et si puissante, que je les
LIL p.98. ver-
les chrétiens, sans en excepter un seul, ne sont que les exé- 50, 559.
cuteursdes desseins et desintentionsde Jésus-Cnrisr()". 7 NOTE 5.
« Je n'apporte à ces instructions d'autre préparation , X.
. . ee À Ferveur dela
ajoute M. Olier, que de renoncer à moi-même CU a tout Ce communautéde . s. x x LE ntt à 5. Vaugirard
que je puis connaître , atiendant ce qu'il plait à Drec ,, Yiuamrare,
Jue je | : ta | l Ù Vœux de M. 0-
de me donner pour le service de ses enfants ; el celle lier pour ses
SUCCCSSOUrFS,
Vois avancer bien plus en trois semaines que je n'ai fait
‘Hi 4 376 PARTIE 1. LIV. IX. — 16/2.
| } e. » moi-même en huit ou dix années, pendant lesquelles je o {A | AR l » ne connaissais rieu dans le christianisme , ni dans les » «le 1 » voies qu'il faut suivre pour aller purement à Drev. Je « » prie Notre-Seigneur de continuer ses grâces à ces mes- » VC » sieurs et à moi-même ; mais s'ils continuent, comme ils » Ô. ‘1h ! 14 (1) Mém. out. ” ont commencé depuis quelques mois , je ne puis me » et RCE de M. Olier4. x. » persuader qu'ils ne deviennent pas des saints (1). Je » pa | » n'ai point de peine à croire que Dreu considère toute » de jh » la compagnie avec plaisir, à cause de la pureté dans » le » laquelle elle marche, et du zèle avec lequel elle profite LE » les » à son service. Je puis même dire, en passant, qu'ayant » loi » dans mes mains la conscience de tous ces messieurs , » CE (2) Ibid. tn. ” j'ai été des temps assez considérables sans remarquer » fu fi PEL E " dans aucun d'eux un seul péché véniel (2). Ilne se parle » lai | 2 — Vie de M. 0- » non plus ici des choses du siècle , ni de quoi que ce suit » (ei (| AAA » qui puisse contenter la chair , que si nous vivions de la » le 1. p. 597. » vie des saints après la résurrection (3). » de
} "FM \ ; ; : | der » O amour ! que ce soit pour jamais que je vous aime ct » a , . . .
» que je vous serve, sinon en moi, au moins dans les ser- » IR » viteurs que je vous laisserai après moi dans l'Eglise. » SC
» O amour ! vous savez bien quelle joie vous me donnicz »
» dernièrement, quand vous me faisiez souvenir que vous »
» aviez une si grande puissance et une si grande force » |
» pour vous former tant de serviteurs et de sujets. O mon » » Dieu ' combien je désirerais participer à cette force ! À » » Soyez vous-même dans moi cette vertu toute-puissante, » » pour opérer les biens que je souhaite pour votre gloire. » €l » Faites done maintenant, ô Sauveur ! que nous puis- » ci » sions bien commencer. O mon tout ! je vous rends mille » » actions de grâces pour les bons messieurs que vous nous » {€ » adressez. Je vous rends grâces de tout mon cœur , des »)r
» biens et des grands dons qu'il vous plaît leur distribuer
» tous les jours, et des dispositions dans lesquelles vous lo
» les mettez pour vous servir partout. [ls sont tout dis- qu
» posés d'aller en Canada , et jusqu'aux pays les plus loiti- }
lant lesquelles je me , ni dans les ment à Dreu. Je râces à ces mesuent, comme ils , je ne puis me es saints (1). Je j considère toute e la pureté dans lequel elle profite passant, qu'ayant s ces messieurs , s Sans remarquer (2). [ne se parle e quoi que ce sci ous vivions de là
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: vous me donnicz souvenir que vous e si grande force t de sujets. O mon ver à celte force :
u toute-puissante, pour votre gloire.
! que nous puis je vous rends mille eurs que VOUS nous at mon cœur , des lait leur distribuer ns lesquelles vous [ls sont tout dis-
pays les plus loiti- }