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TABLEAU DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN. h51 devoir étudier l'astrologie, afin d'en désabuser plus aisément les esprits (1); et pourquoi le cardinal de Richelieu lui ordonna de composer, contre cet art insensé et détestable , le discours que nous avons encore et qui fut donné au public (2).
Mais les athées et les personnes abandonnées à la pratique de ces superstitions révoltantes, étaient en bien petit nombre, comparés aux libertins. La dépravation des mœurs s'était, en effet, Deaucoup accrue dans Paris, à l'occasion des guerres civiles, et des scandales de la cour , sous les règnes précédents (3). L'imperfection de la police donnait lieu à une multitude de désordres, jusque - la que des bandes de voleurs désolèrent cette ville, aus que les magistrats eussent en main des moyens saflisunts pour prévenir ou pour arrêter ce fléau, Ces mafaiteurs étaient en si grand nombre, qu'ils repousserent plusieurs foiset avec perte les archers du guet, et qu'il ide ordonner aux bourgeois d'avoir des armes dans leurs maisons, pour être prêts à donner main forte aux ofliciers de F: justice (4). Hs se réfugiaient la plupart dans le faubourg Saint-Germain; et ce qui les y attirait de préféreuce, c'était l'assurance de l'impunité, Depuis un temps immémerin, ce faubourg formait une ville à part, et était soumis , non aux magistrats de Paris, mais à la justice de l'ebhé; et
la cure de Saint-Sulpice , le Bailli du faubourg étant un jour à la recherche de trois gentilshommes accusés de magie, et ayant pris par hasard une maison pour une autre dans la rue qu'en lui avait dé désignée , y trouva un autel dédié au démon, avec ces mots : fr atèus tibi Lucifer, gratias bi Beelsebut, gratias tibi Azarcel, À y avait sur cet autel des chandelles noires, et sur les gradins quetques oinements analogues à ce culte infernal, avec un livre rempli de prières et d'in vocations diaboliques. Lo Bailli saisit le livre, mais on ne donm point de suite à cette aire, à cause du grand nombre de ceux qui y auraient été compromis (1).
(1) Vie du père de Condren, par le père Amelote, liv, 1 chap, x,
(2) Discours et lettres du père de Condren, 1648, p.189
(3)Saint-Victor, À, un, Jre patt. p. 451,
(4) thid, 1, ni 20 part, pr, FU, Milien Lu, p. LEGS,
(A) Journaux de des Lions ,
(D)Description de Paris, par Germain Brice , in—12, 1. 111, Ge édition, p. 105.
(Liv. ch.
AI, SCT. IV,
(5) Vie Ms, de M. Olier, par le péreGiry. part.
chap. XV.
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cette justice était trop mal administrée et trop peu redoutable pour arrêter tant de désordres. La foire de Saint- Germain, qui durait environ deux mois , contribuait anssi beaucoup à les augmenter, Comme cette foire était franche, et qu'il était permis à toutes sortes de personnes d'\ étaler et d'y vendre des marchandises, ily avait durant ce temps un concours extraordinaire, et beaucoun de scandales,principalement le soir, où l'affluence était toujours plus grande (1). La réunion de tant de personnes dans un faubourg si étendu, avait rendu jusqu'alors copune impossible la recherche de ceux qui y entretenaient la corruption, « La difliculte d'v apporter remède, dit Abelly laquelle pas- » Sait, dans l'esprit de plusieurs, pour une impossibilité
» morale, leur donnait ccasion de se licencier en toutes » sortes de débauches et de vices, avec une entière impu- » nité (2).» Enfin la fureur des duels y était portée à un tel exXces , que, même sous le ministère pastoral de M. Olier, dix-sept personnes y périrent en une scmaine (3).
Pour achever le tableau, il est nécessaire de représenter l'état du clergé qui déservait cette paroisse, avant que M. Olicr eu prit possession. Quoique la population füt immense, l'église paroissiale, qui était fort petite, et semblable à une église de village, paraissait encore trop erande , tantelle était peu fréquentée, Elle était malpropre, le pavé inégal, le maitre-autel sans décence. In avait ni ornements lant soit peu convenables, ni même ae sacristie, On ne gardait ni règle, ni ordre pour la celébration de la sainte Messe : les prêtres s'habillaient dans les chapelles mêmes, où îls devaient célébrer, et il avait, à l'entrée de chacune , une cloche suspendue qu'on sopnail avant de commencer, pour en avertir les fiieles. Les confréries accablaient le clergé d'oflices particuliers, en sorte que souvent, pour les acquitter, il négligeait le service ordinaire de la paroisse. Les officiers de l'église
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TABLEAU DU FAUBOURG SAINT-GERMAIN. h55 tels que l'organiste , les sonneurs, n'observaient plus aucun ordre dans l'exercice de leurs charges, Le cimetière, contigu à l'église, et qui m'était point elos, servait de rendez-vous aux ivrognes; ce qui fait dire à M. de Bassancourt : « Ce lieu a été pis jusqu'ici, que les » marchés publics et les lieux de passe-temps. » IE Y avait même un cabaret dans les charniers de l'église ; où ceux qui avaient communié ne faisaient pas difficulté d'entrer avant de retourner daifs leurs maisons. Enfin, les prétes de là paroisse , au lieu de s'opposer au torrent du mal , le rendaient plus désastreux encore par leurs exemples (4). Pour tout dire en un mot, au sortir de lautel, ils allaient souvent passer le reste de là journée dans le cabaret des charniers, et y vivaient dans la erapule et la débauche ; ce sont les termes de Fhistorien de M. Pourdoise (2). Aussi M. Olier nous apprend-il dans ses Mémoires, que, d'après le dire commun, estte paroisse, était la plus dépravée non pas seulement de Paris, mais du monde entier (3); et écrivant sur ee sujet à un évêque, il lui disait : « ous nommer le faubourg Saint- Germain , c'est vous dire tout d'un coup tous les monstres des vices à dévorer à la fois * Ch). H'avoue méme que la vue de tant de scandales Faurait jeté dans l'abattement, si là bonté divine n'eût elle-même relevé son courage. « Cette divine bonté, dit-il, na » délivré de la peine que j'éprouvais hier, en me trou- » vant environné, dans ce faubourg , de mille crimes » auxquels je ne saurais apporter de remède; j'ai vu que » je devais imiter Notre-Seigneur conversant dans le » monde : il se contentait de précher et d'exhorter les » peuples par lui-même, et d'instruire ses disciples, qui » devaient ensuite instruire le monde et le retirer du pé- » ché, Mon diviu maître daigne applanir pour moi les obs- » tacies, et me fait espérer que j'aurai créance pour lai » sur es esprits des grands (5). »
(4) Vie de M, Olier, par le père Giry.
(2) Hs. in-folio, et in-40.
(5) Mom. au.
de M, Olier, Lt, p. #50.
(4) Lettres au.
de M. Olier, p.
DS Hen, œutographes de M, Olirr.
M. Olier établit des catéchismes pour les enfants de sa paroisse.
(1) Vie de M, Olier, par le père Giry, partie Îre.
chap. xXv.
Olier, par M, de Bretonvilliers, t.
historiques, t. 1.
p.56.—L' Année Dominicaine.
(4)Remarques, LOU p. 615.
G16G.— Vie de AT, Olier , par M. de LBretonvilliers, t.
(5) Remarques, LE Op.
(6) Mém. aux.
de M, Olier. — Remarques his— loriques, À. LIT.
p. 654, — Vie Ms. de M, Olier, par M. de Bretonvilliers, 1. x.
h5h PARTIE. 11, LIV,. II. PAROISSE. — 1643, L'ignorance des choses du salut où vivaient la plupart des enfants, parut être, au serviteur de Dieu, celui des maux de sa paroisse qu'il fallait guérir le premier. Depuis long-temps le ministère de l'instruction y était si négligé, que même les pères et les mères, la plupart aussi peu instruits que leurs enfants , ignoraient jusqu'aux premiers éléments de la doctrine chrétienne ; on eût dit qu'ils n'avaient jamais entendu parler du symbole de Ia foi. Il fallait donc annoncer et expliquer tont de nouveau l'Évangile aux petits et aux grands; el, pour réussir dans une entreprise si difficile, M. Olier établit divers catéchismes (1). Lui-même voulut exercer ce ministère dans on église paroissiale, à l'égard des plus jeunes enfanis, «4 il s’en acquittait, disenties Mémoires du temps, avec un amour et une humilité admirables (2). Mais de peur que la distance où plusieurs étaient de l'église ne les privat de cette instruction, il établit, dans l'étendue du faubourg, douze autres catéchismes, qu'il distribua suivant la population des quartiers, et dont il donna la conduite aux ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice. Pour chaque catéchisine il nomma deux séminaristes , dont Fun connu sous le nom de elere, et qui était subordonné à l'autre , «ilait dans les rues en surplis, la clochette à la main * (?), afin d'appeler les enfants à l'instruction, etentrait même dans les maisons pour engager plus sûrementles parents à les y conduire (4). Enfin d'autres ecclésiastiques se répandaient dans toutes ies écoles, afin que personne ne restàl sans instruction (5). « Je commence, écrivait » M. Olicr, à comprendre le dessein de Dieu, qui va re- » former cette église : il veut que d'abord on secoure » jeunesse, en lui dounant les principes chrétiens, et en » Jui inculquant Les maximes fondamentales du salut, par » le moyen des jeunes clercs du séminaire, qui iront porter » cette instruction dans le faubourg (6).» Sa confiance ne fut pas vaine, et chacun vit avec étonnement les fruits
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ÉTABLISSEMENT DES CATÉCHISMES. h55 que les catéchismes produisirent partout , non-seule-ment dans les enfants, pour qui on les faisait principale-ment, mais encore dans les personnes plus avancées en àge , qui y venaient en grand nombre. Comme on n’était point aceoutumé à voir les ecclésiastiques se répandre ainsi, parcourir les rues, et visiter le’: maisons pour appeler les enfants à l'instruction chrétien ie, ee spectacle (out nouveau atirait au catéchisme grand nombre de parents. Rien n'était plus,édifiant que la charité et le zèle de tous ces catéchistes, là plupart distingués par leur naissance ; rien aussi ne Consolait tant 1e zélé pasteur,
que Le changement qu'opéra bientôt cette dispensation si
(1) Remarq'.
historiques, t.ur.
enfants participaient à la fois (1). Outre ces catéchismes, P- 616:
bien ordonnée du pain de la parole, à laquelle quatre mille
il en établit de particuliers pour disposer plus prochainement les enfants à leur première communion, et qui sont connus sous le nom de Catcchismes de semaine. en institua encore un autre, destiné à les préparer au sacrement de Confirmation, et régla, contre la pratique com- 02 /bid. pag.