‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 354 sur 489 · XV. » notre Seigneur , écrivait il à saint Vincent de Paul · texte numérisé non relu

XV. » notre Seigneur , écrivait il à saint Vincent de Paul

leur procurer , il établit des conférences publiques et

» de permettre à M. Lucas de venir ici aujourd'hui, à cause

» d'un hérétique qui doit s’y trouver, et qui m'interroge

» sur des points dont je ne suis pas bien instruit. J'espère

» de vous cette grâce, pour l'amour de Notre-Seigneur.

» Elle servira autant à l'édification du pauvre huguenot,

» qu'à mA propre instruction, car je suis très-ignorant;

» je désirerais, par votre moyen, me rendre moins indigne

» et moins incapable de la charge que je porte. Dernière-

» ment, j'avais prié M. Lueas de vous représenter que j'an-

» rais grand besoin de converser avec lui pendant quinze

» jours sur les matières de controverse : peu de personnes

» les connaissent aussi bien que lui, au rapport du dé-

ue. » funt père de Condren. F1 l'estimait beaucoup, et ini

on » avait donné des instructions qui me seraient très-utiles an » à moi-même (4). »

XIE. Dreu exauça les vœux de M. Olier, en lui associant,

M.Olier atti- .

re dans sa pa- dans l'exercice de son ministère, des controversistes

de d'un mérite et d'une habileté incontestables. Le premier

controversiste. fut le célèbre père Véron , à qui l'âge n'avait rien ôté de

son ardeur et de sa facilité à disputer contre les hérétiques.

FT passait , avec raison , pour la terreur et le fléau des mi-

nistres de France, étant accoutumé à les confondre, autant

per à sa vigi-

ils se virent

ures remèdes fin de gagner évidence de la é sincère (2).

si ardemment s publiques et Dieu surpassa Écompenser sa us supplier en cent de Paul, wd'hui, à cause qui m'interroge struit, J'espère otre-Seigneur.

wre huguenot, très-ignorant; » moins indigne rte. Dernièreisenter que j'atrpendant quinze ‘u de personnes ‘apport du deaucoup, et ini aient très-utiles

u lui associant, controversistes es. Le premier vait rien Ôté de e les hérétiques.

le fléau des mi-

nfondre, autant

CONYERSION DES HÉRÉTIQUES. h61

par la parfaite connaissance qu'il avait des matières, que | par sa méthode ‘, et les réduisant à ne pouvoir prouver AGE S

aucun article de leur doctrine par le seul secours de l'E- (1)Supplément criture sainte, qu'ils assignaient cependant comme l’uni- D a thaid. que règle de foi. Pour lui donner un champ de mission ni di plus fixe, on l'avait établi curé de Charenton, à la porte nie du plus fameux temple des Huguenots (1); et M. Olier p, 295, — Mure obtint que, sans quitter sa paroisse, il vint faire des A TS conférences dans l’église de Saint-Sulpice, sur les ma- (5) Wemoir, de

Ne À : L é M. du lerrier, tières du temps (2). Il s’y rendait chaque semaine, à des p. 180.

Sd se gaie. £ ni ae PU. (4) Essai sur jours fixes. Il continua long-temps de la sorte (3); et Dinliénae del comme sa méthode pouvait être d'un grand secours à Mi ol en “une vue : : , ce, LL, p. 195.

tous les ecclésiastiques, et que d’ailleurs le père Véron (5) Remarq. tentt nac dManlté do L A sn Historiques, LUI. ne faisait pas diMiculté de la communiquer (4), M. Olier 696, Ye de le pria aussi d’en donner des leçons à ceux du sémi- RU Fu ue brelonrvutuers,

naire de Saint-Sulpice (5). Mais, quoique excellente en t. 1. p. 484. (6) Mémoir, de du Ferrier, proposait M. Olier (6). Le père Véron était naturellement P: ii ie ” Ep | (7)Supplémen vif et ardent (7); la sagacité de son esprit, son humeur au traité des É-

i nt 6 be à dits, p. 556.

caustique et mordante lui fournissaient les à-propos les dpi

elle-même, cette méthode n'atteignait pas le but que se W.

plus piquants, et les réparties les plus hbumiliantes pour les ministres, en sorte qu'ils sortaient toujours de ces disputes plus irrités qu'auparavant ; et plusieurs, par la crainte de perdre toute considération dans leur secte , refusaient d'entrer en lice avec lui, ou même prenaient la fuite en apprenant son approche. En effet, le père Véron, les ménageait si peu, qu'après les avoir réduits au silence, par le moyen de sa méthode, il faisait dresser en présence des témoins des deux partis , et par des notaires publics, toujours présents à ces disputes, un procès-verbal bien circonstancié de la défaite des ministres ; et, après l'avoir fait souscrire par tous les témoins catholiques et calvinistes, il en répandait des copies imprimées, et les faisait écihdoee encore aflicher partout dans les environs (8). Aussi M. du ses de Féron, in-

A £ Nas AE : ei fo. Appendice,p.

Ferrier rapporte-t-il : « qu'à Saint-Sulpice , le père Véron 529. « sui.

deM.du Ferrier,

XHIT,

Clément et Beaumais suscités de Du pour la conversion des hérétiques.

(2) Et non pas Beauvais, comme on lit dans

l'Histoire de l'édit de Nan tes,

(3) Vie imprimée (le M, Bourdoise, in-40 liv.

h62 PARTIE J1. LIV, II. PAROISSE. — 16/43.

» confondait admirablement les Hugunenots, sans toutefois » les convertir (1). »

Pour toucher leurs cœurs, Dieu donna à M. Olier deux autres controversistes, hommes simples et sans lettres , mais remplis lun et l'autre d’une science toute divine, et qui pouvaient se flatter, avec l'Apôtre, d'avoir reçu ce don de Dreu seul, En venant s'offrir pour ramener au bercail tant de brebis perdues, ils semblèrent justifier ce profond sentiment de confiance qui faisait dire à M. Olier, étant encore à Vaugirard : « Dieu fera plutôt » de nouvelles créatures, que de laisser manquer son » œuvre. » On eût dit, en effet, que, pour les rendre capables de ce genre de ministère, Dreu les avait comme créés de nouveau. Le premier , Jean Clément, exerçait à Paris l’état de coutelier; l'autre, nommé Beaumais (2), celui de mercier ; sans étude et sans aucun usage de la dialectique, ces deux hommes ramenèrent eux seuls plus d’hérétiques à la vraie foi, que n'en convertirent ensemble tous les docteurs de Sorbonne de ce siècle, En suscitant ces hommes extraordinaires, Dreu voulut sans doute donner une grande et solide instruction au clergé, et lui faire toucher au doigt l’inutilité de la science, quand elle n'est pas rehaussée par les vertus. C'était la réflexion de M. Bourdoise. « Ce siècle est fort malade, » disait-il, mais le clergé ne l'est pas moins, la vanité, » l'impureté et l’impudence règnent partout... La plupart » des prêtres demeurent les bras croisés : et il faut que »* Dieu suscite des laïques , des couteliers et des merciers, » pour faire l'ouvrage des prêtres fainéants (3). Être de » maison, être docte et être à Dieu, cela est assez rare » en nos jours ; car d’où vient que Dreu se sert aujour- » d'hui de M. Beaumais, mercier, et de M. Clément, cou- » telier de profession, lun et l'autre laïques, pour la con- » version de tant d'hérétiques et de mauvais catholiques, » dans Paris, sinon parce qu'il ne trouve pas de bacheliers,

, Sans toutefois

na à M. Olier imples et sans » science toute Apôtre, d'avoir ir pour ramcesemblèrent jusli faisait dire à EU fera plutôt * manquer son r les rendre ca- :s avait COMDie ent, eXErCail à Beaumais (2), ucun usage de érent eux seuls en convertirent

à de ce siècle, s, Dieu voulut e instruction au té de la science, ertus. C'était la st fort malade, oins, la vanité, out... La plupart : et il faut que et des merciers, nts (3). Être de a est assez rare j se sert aujour- 1. Clément, coues, pour la convais catholiques, as de bacheliers,

fort instruit (1), fut un des plus habiles dans la controverse. Il reçut

CONVERSION DES HÉRÉTIQUES, h6:

de licenciés et de docteurs, qui soient pleins de son esprit, pour les y employer? Et c'est le plus grand reproche, et l'affront le plus sensible que Dieu puisse faire au clergé de ce siècle, qui a si peu d'humilité (1). Vivent le coutelier et le mercier : Von multi sapientes, non multi potentes , non multi nobiles (2). »

M. du Ferrier, présent aux controverses de Clément,

en parle ainsi dans ses Mémoires. « Après que le père

Véron était descendu de chaire , cet excellent coutelier répondait dans le parterre, où dans les charniers de l'église, à ceux qui proposr'ent des doutes ; et il le faisait avec une telle bénédiction, qu'il y avait peu d'hérétiques qui, après l'avoir entendu, ne restassent persuadés. Sa douceur et son humilité gagnaient ceux que la méthode dure, mais solide du père Véron avait émus ; et on peut dire que jamais homme n'a cu plus de bénédictions que lui pour cet emploi. La méthode de ce dernier confondait très-bien lorgueil des ministres, mais elle les mettait en colère ; le bon homme Clément, au contraire, expliquait leurs passages, leur faisait voir par ceux qu'il leur apportait qu'ils n’en comprenaient pas le vrai sens, et leur proposait notre doctrine, par des textes clairs et solides, en sorte qu'il n'y avait presque jamais personne qui ue se rendit. La charge que j'avais de la communauté m'engageait à cette sorte de conférences , et encore plusieurs hommes savants qui S'y appliquaient+. Mais nous avions tous cette déférence pour la grâce de Clément, que nous voulions qu'il y fût tou-

+ Parmi les ecclésiastiques de M Olier, M. Dardène , qui était

voir l'abjuration des hérétiques et de les absoudre ; et les lettres

mêmes qui lui confèrent ce pouvoir font foi de sa science, de son

sêle et de son habileté en ce suint ministère (2).

(D) Vie 175. de M, Bourdoise , in-folio.p. 856.

(2) Wicimprinée, ibid. p.465,

Méthode de Clément plus fructueuse que celle de Véron.

(1)Mémoires de » M. du Ferrier,

du vicaire-général de l'abbé de Saint-Germain, le pouvoir de rece- P*

(2) Juridiction de l'abbaye, L.

azau, fol, 127.

(1) Mémoires de M, du Ferrier, p. 180. et suiv.

Beaumais vient habiter le faubourg Saint- Germain. Succès de ses con-

troverses,

h6h PARTIE I, LIV, 11. PAROISSE, — 1643.

» jours présent, parce qu'après nos longues discussions » avec les ministres, il savait, en peu de paroles, amener les personnes , pour qui la conférence se faisait, à se » rendre d'elles-mêmes, quoi que pt dire leur ministre, Clément avait appris par cœur presque toute la Bible

» française, et il savait, touchant les points essentiels de » controverse, ce que l'Eglise veut qu'on sache là-dessus, » et jusqu'où l’on peut aller; il convertissait en si grand » nombre les hérétiques , qu'ayant voulu savoir de lui, au * mois d'octobre, combien il en avait ramené cette année, » car il en tenait une note, je vis que, un jour portant l'au- »tre, il n'y en avait pas moins de six par jour. La main de Dieu était avec lui, et il m'a raconté plusieurs con-

» versions miraculeuses , où la grâce avait opéré, quand » les paroles semblaient n'être pas suffisantes à prouver » nos vérités à des ignorants. Je me contenterai de dire » que j'avançai un peu,sous ce maître,dans la controverse : * succédant à l'emploi des prédications du père Véron, » qui tomba malade, j'appris à me confier plus au secours » du Seigneur pour persunder, qu'aux arguments ; et je » me suis toujours convaincu depuis, après avoir vu les » personnes converties, que je n'y avais pas contribué ; » Dreu seul les ayant touchées par les raisons qu'elles » m'en rendaient , et où je n'avais poiut de part (1). Quand à Beaumais , il avait d'abord résolu d'embrasser le calvinisme pour se conformer aux désirs d'une Prolestante qu'il voulait épouser, et qui mettait cette condition à son mariage. Les remords de sa conscience, et le trouble qui s’empara de lui pendant qu'il déliberait, lobligèrent à faire de sérieuses réflexions sur les conséquences d'une telle démarche ; et enfin, pour affermir sa foi ébranlée , il s'adressa à Clément. Celui-ci le persuada si fortement des vérités catholiques, qu'il eut le bonheur de voir en lui un digne héritier de ses travaux et de son zèle. Beaumais ayant, en effet, reçu par infusion l'in-

es discussions

roles, amener

e faisait, à se

* Jeur ministre,

toute la Bible

1s essentiels de

ache là-dessus,

ait en si grand

woir delui, au

né cette année,

ur portant l'aur jour. La main plusieurs con- Lopéré , quand ntes à prouver tenterai de dire la controverse :

du père Véron, plus au secours guments ; et je rès avoir vu les pas contribue ; aisons qu'elles e part (4).

olu d'embrasser isirs d'une Protait cette condi- ‘onscience, el le éliberait , l'oblies conséquences affermir sa foi ile persuada si ut le bonheur de vaux et de son ar infusion l'in-

CONVERSION DES HÉRÉTIQUES. h63

telligence de l'Écriture sainte et du sens des ouvrages des {4} Grandet,

pères de l'Église, que pourtant il n'étudia jamais, com- a

menca à son tour à détromper les hérétiques (1). Par villiers.

déférence aux désirs de M, Olier, qui voulait s'en servir PA del Pot)

dans la réforme de sa paroisse , il vint s'établir dans le P: 626 — lie, k par M, de Bre-

faubourg Saint-Germain (2), où Dreu récompensa son tonvilliers, 1, 1.

zèle par les succès les plus éelatants. semblait l'emporter arr a

pour la dispute sur les plus habiles docteurs de luniver- “assier, pe 64.

sité de Paris (3) : au nroins personne ne pouvait lui être SP dr

comparé pour la facilité merveilleuse avec laquelle il ré- in-40 re TS

futait les discours des ministres. Il parcourut dans la

suite les villes de France les plus infectées de lhérésie * x0TE 6.

de Calvin, et eut le bonheur d'y opérer des conversions en (4) Grandet,

grand nombre * (4). Free fs, 10

Au milieu de ces effets de la miséricorde de Dreu en fa- XVI

HS à ; Ses Mort du minis-

veur des hérétiques qui cherchaient la vérité de bonne treAubertio.

foi, on vit éclater sa justice d'une manière terrible sur

d'autres , qui aviuent volontairement fermé les yeux à la

lumière. L'exemple le plus effrayant fut la mort du mi-

nistre Aubertin, [était malade à l'extrémité sur la pa-

roisse de Saint-Sulpice , et le bruit se répandit bientôt

qu'il voulait faire abjuration , mais que ses amis et ses

proches avaient résolu d'empêcher qu'on ne pénétràt jus-

qu'à lui. Le récit d'une violence si injuste et si cruelle fut

sans doute le motif qui porta M. Olier à se faire accom-

pagner du bailli du faubourg Saint-Germain, et qui en-

gigea aussi une troupe de paroissiens à se joindre à eux.

I était neuf heures du soir. Lorsqu'ils furent arrivés à la

maison , on refusa d'abord de les laisser monter à la

chambre du malade , eu leur disant qu'il ne les avait pas

demandés, On permit néanmoins à M. Olier et au bailli

de s'approcher de son lit pour s'assurer par eux-mêmes

de Ja vérité. Le malade était sur le point d'expirer , et

n'avait donné, pendant la journée, presque aucun signe de

vie,lorsque entendant M. Olier, il ouvre ses yeux éteints,eL

d'une voix distircte et sonore , proteste qu'il persévère dans la croyance qu'il avait défendue jusqu'alors. M. Olier,

{) Répertoire {rangement surpris de trouver le mourant dans des disdejurisprudence, ee . ns R .

par Merlin, art. Positions si affreuses , n'insista pas, à cause des disposi- Religionnaires & Vis da N: Le see se : à “ans à Edivde Nantes, UO00S de l'édit de Nantes encore en vigueur , et qui dé-

(2) bertinide fendaient de contraindreles religionnaires malades à rece- Euchar. præfat. . | , : i à David Blondel, voir les exhortations des prètres catholiques (2). FE sortit

— Bayle, Dic ‘ RTE Hess :

tionnaire ; Art. done sur-le-champ avec le Bailli, en obligeant le peuple

Aubertin. qui l'avait suivi à se retirer (2), et vint incontinent dans

son église pour épancher au picd des autels la douicur

de son àme ”.

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