SUR LA MORT DU MINISTRE AUBERTIN
NOTE 7. — Il est assez étrange que Bayle et Blondel , en rapportant les circonstances qui précédèrent la mort d'Aubertin , aient censuré, comme ils l'ont fait , la conduite de M. Olier ; le premicr se plaignant qu'Aubertin, dans son agonie , ait été exposé aux vexations de ce curé , et l’autre accusant son zèle d'inconsidération et de violence. Au rapport de ces auteurs , on avait répandu le bruit d'aboi …'Aubertin demandait à faire abjurotion entre les mains d'un prêtre catholique ; et, en second lieu , que les partisans de la secte avaient résolu de l’en empècher. Comme pasteur de la paroisse, M. Olier était donc obligé de voler à son secoars, et pensant
que les portes lui seraient fermées, contre la volonté du malade,
il pouvait recourir à l'autorité des magistrats , comme l'y autorisaient les lois du royaume. Car l’objet de sa démarche ne portait point atteinte à la liberté donnée aux Huguenots par l’édit de Nantes : en se présentant chez le malade , il se proposait seulement de lui demander , avec douceur et honnèteté , quels étaient ses sentiments : Ut quid animus ferret piacidè rogaret. Ce sont les paroles mêmes de Blondel , et il ajoute que dès qu'Aubertin eut répondu qu'il persévérait dans sa religion, M. Olier et le Bailli se retirèrent sur-le-champ, et en silence : Nec mora, prœter spem percussi qui tentaturi advenerant, conticutre , et retro pedem retulerunt. Bien plus , il rapporte que, de concert avec le Bailli, M. Olier obligea ceux qui étaient venus à leur suite, et qui étaient restés au bas de l’escalier,de se retirer chez eux, quelque résistance qu'ils fissent : Exixde quantumvis reluctantes edurere; et,selon les expressions de Bayle,ils eurent bien de la peine à faire retirer la canaille. Or, comment après cela , au lieu de blâmer la conduite de M. Olier, ont-ils pu ne pas faire l'éloge de sa modération , de fermeté , de sa prudence ? Il est vrai que, s’il faut en croire Blondel, les quarante personnes environ qui suivaient le Bailli, étaient li plupart armées (5). Mais il resterait à savoir si ce n'était point par l'ordre du Bailli, qui pouvait se présenter avec cette escorte dans une maison du ressort de son bailliage, où il s'attendait à éprouver de la résistance. Et même, en supposant qu'ils se fussent armés sans aucune invitation , serait-il juste de rendre M. Olier responsable de cette conduite irrégulière ? Qu'on juge après cela de l'équité de ces auteurs.
ice (1); et M. Nagot en
UBERTIN.
e et Blondel , en rapmort d'Aubertin , aient le M. Olier ; le premier e, ait été exposé aux èle d'inconsidération et 1avait répandu le bruit wotion entre les mains , que les partisans de la nme pasteur de la pason secours , et pensant la volonté du malade, , comme l'y autorisaient narche ne portait point ar l'édit de Nantes : en it seulement de lui deétaient ses sentiments :
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DU SECOND LIVRE. h88 bis.
SUR LES SUPERSTITIONS ET LES DÉSORDRES QUI RÉGNAIENT PRINCIPALEMENT DANS LES CORPS DE MÉTIERS.
NOTE 8. (pour la p. 479). — Parmi les dissolutions publiques et les pratiques superstitieuses les plus accréditées , que M. Olier india s’efforça de bannir de sa paroisse, on doit compter celles qui avaient historiques, t.1. lieu chaque année les veilles de la Saint-Martin et de l'Epiphanie (1). LS Les vigiles des fètes, que la piété des premiers chrétiens sanctifiait par la prière et le jeûne, devinrent bientôt, pour les libertins , des occasions de dissipation et de péché. De ce nombre fut celle de la ,.(2) Concil. Au-
Saint-Martin : abus bien ancien, puisque nous voyons uu de nos con- US Discourrécclesias. contre le
ciles le proscrire dès le sixième siècle (2). Il persé ‘#1 néanmoins ; os
et au temps de M. Olier, ces dissolutions étaient mème si excessives, Des/yons. erdis-
qu'on les comparait à celles de la veille de l'Epiphanie (3). Sun DS
D'après tous les monuments , il parait démontré que ces dernières
étaient un reste des ancichnes Saturnales des Romains, qui avaient (4) 4hïd. Ins-
lieu chaque année à peu près à l'époque où nous célébrons la fète des ob
Rois. La coutume était d'y élire un roi, qui ordonnait ensuite aux /"ailés, fingu
convives mille extravagances indécentes ; et de R vint, dit-on, chez rs a A
les chrétiens dissolus, l'usage du roi de la Fève, ou du gâteau des M RAA
Rois, et toutes les dissolutions qui accompagnaient cette pratique (4). 1670
Au XVile siècle, clles Ctaient portées à un point qu'on aurait peine
à croire, s’il n’était attesté par les monuments du temps. « Qui pourra
» nombrer, dit un auteur contemporain, les ivrogneries des artisans
» et des corps de métiers , sous prétexte de leur gâteau, et de cette
» royauté ridicule ? qui pourra décrire les turpitudes et les impudi-
» cités des garçons de boutique , des écoliers, de tous les gens bru-
» taux , et toutes les œuvres de ténèbres qu'enfante cette nuit, dont
» Satan est le premier roi, qui commande et qui metentraintous {5) pd. p.
les autres (5)? » À ces excès se joignaient des superstitions aussi +
révoltantes qu'insensées. L'une des plus invétérées paraît avoir été
l'usage de réserver des tisons et du bois du feu de ce jour là, pour
s'en servir contre la peste. Guillaume d'Auvergne, évêque de
Paris, s'en plaignait de son temps (6). La plupart avaient soin aussi de
garder la fève du gâteau, comme un gage de quelque heureux événe-
ment qui devait leur arriver, et d’autres la conservaicnt afin de s’en
servir pour des maléfices (7). Ce n’est pas que les pasteurs des âmes ne (7) p. 251.
s'élevassent avec force contre ces abus. « Les prédicateurs catholi-
» ques, disait M. Camus, évêque de Belley, crient assez contre
2e part. 1. 31°
(6) Ibid. p.240.
» les désordres qui se commettent à cette occasion. Néanmoins le (1) Mid purs » torrent est trop fort, ajoutait-il, pour être arrêté par les digues de Variétés hist.La » leurs remontrances , et la tyrannie de la coutume l'emporte sur fa
royaulé PRE :
cieuse hist. » raison (1). »
Telles furent, entre plusieurs autres , les excès et les superstitions que M. Olier s'efforça d'abolir, dès son entrée dans la cure de Saint- Sulpice. Il les combattit avec d'autant plus de ferveur et de zèle, que les hérétiques, en si grand nombre dans sa paroisse, les faisaient pas- ()Traitésain- ser pour des dévotions de l'Eglise catholique, et qu'à Charenton, les guliers , p. 158. ministres avaient même l’impudence de débiter en chaire ane si re atroce calomnie (2). Par sa douceur, sa charité et sa patience, il parvint à les supprimer , et à changer ces jours de dissolution, en des jours consacrés aux œuvres de la piété chrétienne, Car on vit dès-lors un nombre extraordinaire de paroissiens recevoir la sainte communion le jour même de l’Epiphanie, et renouveler, en quelque sorte, l'ancienne discipline , qui faisait de cette solennité un jour de
(3) Infrà. communion générale (3).
4 Instruction Six ans après la mort de M. Olier, les ecclésiastiques de Saint-
tbid. 1er discours À 4 k ; tbid. p. 4. — Ho- Sulpice, pour imiter son zèle, résolurent de faire tous leurs efforts
mélie de M. Drs- 7 “ k F ns lyons, Ms. in-4. afin d'abolir partout, s’il pouvaient, les pratiques superstitieuses de
Arch du sé- : e à L aus Sol- la veille de l'Epiphanie, et prièrent M. Jean Deslyons, docteur de ai Journaux Sorbonne, et doyen de Senlis, de se joindre à eux, et de composer
. LÉTA ons un ouvrage pour en désabuser les peuples (4). Ce docteur, qui eut des Royale. liaisons étroites avec le séminaire de Saint-Sulpice (5), tant qu'il demeura attaché à Ta saine doctrine, entra volontiers dans leurs vues. « Je me sens extraordinairement pressé, dit-il, par le zèle de ces » ecclésiastiques, qui m'ont fait écrire pour me solliciter de me » joindre à eux dans la sainte guerre qu'ils ont entrepris de faire » eux-mêmes au paganisme, par lequel les chrétiens charnels profanent » ordinairement cette solennité (6). » M. Deslyons, qui sans doute n'avait point assez étudié l'origine de ces pratiques, composa d'abord deux discours qu'il prêcha à Senlis, et qu'il fit imprimer l'année suivante; mais l'ayant ensuite approfondie, et ayant même reformé ses Ur ns opinions sur quelques points, il publia ses Traités singuliers et nouveaux Savreux,1670. contre le paganisme du Roi-boit (7), qu'il adressa aux Théologaux de
toutes les Eglises de France, et qui durent contribuer beaucoup à
abolir ces superstitions, dont il semble qu'on ne voit plus de traces
aujourd’hui.
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