M. CRÉTENET ET LE PÈRE YVAN
» de l'Oratoire exerçaient leur zèle dans le voisinage, je
TT : + | (1)Leures aut.
» Crus que nous ne devions pas aller porter la faux dans 4 y otier, tx. » leur moisson (1). » On pressait aussi beaucoup M. Olier P: 197.
d'accepter la charge de supérieur des Filles pénitentes
(2) Copie des Mémoires de M.
mère Alvequin, religieuse de Montmartre, leur réfor- cut COL p.
de Saint-Magloire, à la tête desquelles était alors la
matrice; mais il refusa également cet emploi (2). M. Crétenet établi dans sa paroisse, l'édification que répandaient sa etle pèrc fvan à DR : . 1" visitent M. Ocommunauté et son séminaire , lui avaient, en effet, con- lier.
La réputation de vertu dont il jouissait, le bel ordre
cilié l'estime universelle, et même la vénération de tous les gens de bien. Vers l'année 1644, M. Crétenet , saintement empressé, dit son historien, à rechercher les plus vertueux personnages de son temps, vint à Paris, et contracta avec M. Olier une amitié très-étroite. C’éait un chirurgien de Lyon, engagé dans les Mens du mariage , el qui, néanmoins, par une vocation singulière , s'appliquait avec un succès inouï à ranimer le zèle parmi les ecclésiastiques, et donna naissance à l'institut des missionnaires de Saint-Joseph. Il avait pour M. Olier, un respect el une vénération extraordinaire ; et, de son côté, M. Olier faisait tant d'estime de M. Crétenel, que lorsqu'il en recevait quelque visite, il le montrait aux (5) Vie de M, prêtres de son séminaire Comme un modéle de toutes Crétenet, in 40, les vertus (3). POSEARIER
La mème année , un autre grand serviteur de Dreu étant venu visiter M, Olier,voulut s'attacher à lui, et l'aider, pendant quelque temps, dans la réforme de sa paroisse. Ce fut le père Yvan, instituteur des religieuses de Notre- Dame de la Miséricorde, Fun des hommes de ce temps les plus embrasés de zèle pour fx conversion des mes, et trés-éclairé dans les voies de la perfection. I vivait à Et maniere des pénitents Les plus austéres, et il était aisé de ie seinarquer dans toute sa conduite, même dans sa manière de traiter avec le prochain, El usait quelque-
a° part, o4
522 PARTIE If. LIV, II. PAROISSE. — 16/44.
fois d'une franchise qui aurait semblé tenir de la rusticité dans un autre, et était fort enclin à faire des réprimandes , pour éprouver où pour corriger ceux à qui il portait le plus d'affection. Ayant entendu parler de M. Olier avec beaucoup d’éloge, il voulut s'assurer par lui-même de la solidité de sa vertu, et alla le visiter dans cette intention. [entra par hasard pendant que le serviteur de Dieu prenait son repas; la table était d'ordinaire servie, comme l’est celle des prêtres qui vivent selon les voies communes, c'est-à-dire sans luxe ni sans affectaiion d'austérité. Le père Yvan, ayant considéré quelque temps M. Olier, lui dit ensuite d’un ton grave et sévère : « Je suis fort étonné, monsieur, de trouver en » Vous si peu de mortitication , de voir que vous prenez » voire repas avec lavidité d'un gourmand. » EUil continua à lui parler de la sorte , usant de toute la liberté que lui donnait son grand âge, et ajoutant encore d’autres paroles également propre à le piquer. M. Olier l'écouta jusqu'à la fin sans l'interrompre, et sans être choqué ni même surpris de ce discours. Ensuite, il le remercia affectueusement de ses avis, qu'il attribua à une trèsgrande charité, et lui promit que, avec la grâce de Dre, il se les rendrait profitables. « On est vraiment heureux, » mon pére, ajouta-t-il, quand on rencontre ainsi des » personnes qui ne nous flattent point, @t qui nous aver- » lissent de nos défauts, avec une si graude charité, » comme vous faites. » Le pére Yvan, pendant tout ce colloque, avait les veux fixés sur M. Olier, pour connaitre les divers mouvements de son âme, qui se peindraient sur son visage; et voyant son égalité d'esprit. et la douceur avec laquelle il recevait à ses corrections si brusques , is demeura tout interdit, et comme hors de lui-même , avouant qu'en prenant ainsi ses repas, M. Olier, ne laissait pas d'être aussi mortifié que les pénitents les plus austéres. La preive qu'il eut alors
tenir de la rusticlin à faire des corriger ceux à qui entendu parler de ulut s'assurer par , ©t alla le visiter d pendant que le la table était d'orprètres qui vivent ans luxe ni sans afint considéré quell'un ton grave et ur, de trouver en que vous prenez nand. » Evil contoute la liberté que ni encore d’autres M. Olier l'écouta
ns être choqué ni
Le, il le remercia ribua à une trèsla grâce de Dreu, vraiment heureux, ucontre ainsi des et qui nous averi grande charité, pendant tout ce Olier, pour conune, qui se peinégalité d'esprit.
à SES COMFCCLIONS , CL Comme hors ainsi ses repas,
mortitié que les
e qu'il eut alors
LE PÈRE YVAN. 923 de ses vertus, lui inspira, pour sa personne, la plus singulère estime, et depuis, il ne cessait de dire en toute reucontre : € M, Olier est vraiment un saint : il est » iuort; en ui la nature est éteinte (D). »
De son côté, M. Olier, plein de respect pour le père Yvan, le pria de venir prendre part à ses travaux, l’esdmant irès-capable de Paider de ses conseils et de ses exemples dans les commencements du séminaire qu'il établissait alors. « Le pére Yvan accepta cette invitation avec » d'autant plus de joie et d'amour, dit son historien , qu’il » avait une plus haute estime de la vertu de ce grand » homme , l'un des plus pieux et des plus zélés ecclésias- » tiques de notre temps. Je ne saurais dire , ajoute-t-il,
le respect ct l'amour qu'on lui portait, tant à la com-
munauté des prêtres, qu'au séminaire de Saint-Sulpice.
I avait un respect profond pour M. Olier et ses ecclé-
siastiques, qu'il considérait comme ses maîtres et ses
pères, C'est pourquoi il s’attacha au service de leur pa-
roisse , comme s'il eût voulu passer avec eux le reste de » Sa vie, et qu'il n'eût eu autre chose à faire à Paris. » Eu effet, le père Yvan, qui était venu dans cette ville pour recueillir une succession qu’on avait léguée à son institut(2), voyant qu'elle lui était contestée , y renonça généreusement, et se livra tout entier au séminaire et au service de la paroisse, On linvitait à parler dans toutes les conférences, et on lécoutait comme un oracle de sazesse et de piété, malgré Fâpreté qui paraissait quelquefois dans sa conduite ; car on ne remarquait pas toujours en lui cette douceur et cette condescendance chrétienne que M. Olier s’eflorçait d'inspirer à ses disciples (3), et dont il leur offrait des exemples si touchants. Mais là grâce des saints n'étant pas la mên. dans tous, cette direté apparente du père Yvan ne dimiouait rien de l'estime que chacun faisait de sa
personne.
(1) Esprit de A. Olier, t, ar, p. 352.
Le père Y van s'attache à M.
Olier et seconde son zèle.
(2) V'êe du pére Fran, in-40. p.
408, — Histoire de Paris, L. 1.p.
(5) Vie du père Fvan, ibid, pag.
| XXXI. Le zèle de M. Olier pour les ecclésiastiques, la cha- Charité deM. jité sincère qu'il leur témoignait, la facilité qu'il teur
Olier pour ses | | :
confrères dans offrait de se retirer dans sa communauté pour s'y renoule sacerdoce.
Cr
veler dans l'esprit de leur vocation, y attirèrent un grand nombre de prêtres, et même de laïques, pour y faire sous sa conduite les exercices spirituels +. H les accueil
Jait tous avec affabilité ; veillait à ce que rien ne leur man- (1) Mémoires : . L : er ;
de M. Baudrand, Qut , et ne souffrit jamais que celui qui était chargé du pe40: temporel demandät rien à personne (1) ++, quelque long séjour que l’on eût fait dans la maison. Plusieurs ecclésiastiques , des plus vertueux de Ia capitale , s'empressèrent , dès qu'il l'eurent connu , de conférer avec lui sur leurs besoins spirituels. De ce nombre fut M. Jean das alias tes ; té à Dons. à M TE () Vie de lu Poincheval, qui vécut et mourut à Paris, en odeur de
A . . , r 9 à . A mère Alvequin, Sainteté. L'auteur d'une notice sur ce vertueux prûtre par Lacoux, p. ne $
153. et suiv. — l'apporte qu'il ne sortait de sa chambre que pour aller Archives du Royaume, sect. historiqg. L. 1142. que son mérite, ajoute-t-il, à fait rechercher des plus Annales des Fil- ., à ; , les pénitentes , Saintes âmes , pour se mettre sous sa conduite (2).
à l'autel, au confessionnal , ou pour visiter M. Olier,
L'aflection que M. Olier témoignait à tous ces ecclésiastiques aurait dû , elle seule , lui mériter cette confiance ; car personne ne pouvait être plus dévoué que lui
+ I faut sans doute ranger parmi ces pieux retraitants un chanoine de Cologne, qui fut converti par M. de Foix dans un entretien publie, Ce chanoïne vivait dans Le luxe et la mollesse, et était fort répandu dans le monde, Ffut si toaché de cet entretien, où il se trouva par hazard, que, le jour mème, il renvoya tous ses domes-
4 tiques, à l'exception d'un seul, vendit ses équipages; et étant ensuite
He retourné à Cologne , il répara, par une conduite exemplaire, le scan
4 PA ! : : , i , , | | |
W AA) A des dale qu'il avait douné, et vécut conformément à la sainteté de sa quatre Evèques,
ji! Lu. pe ia profession (1).
+7 M Baudrand, qui écrivait sous M. Tronson, ajoute : « C'est ce Fs . . , : » :
pt » qu'on à toujours observé depuis le commencement du Séminaire ;
» ou ne refuse pas Lunmoins ce qu'on offre librement. »
astiques, la chafacilité qu'il leur é pour s'y renoutirérent un grand ues , pour y faire s +. I les accucil-rien ne leur mandi était chargé du (A) ++, quelque maison. Plusieurs la capitale , s'emconférer avec lui mbre fut M. Jean aris, en odeur de :e vertueux prêtre re que pour aller visiter M. Olier, chercher des plus conduite (2).
, à tous ces ecclémériter celle Conlus dévoué que lui
x reétraitants un cha- Feix dans un entretien mollesse, et était fort cet entretien, où il se ivoya tous ses domesipages ; et étant ensuite Le exemplaire, le scan-
ent à la sainteté de sa
son, ajoute ?: « C'est ce ncement du Séminaire:
e librement. »
CHARITÉ DE M. OLIER POUR $ES CONFRÈRES. 525 à ses confrères dans le sacerdoce : et nous ne croyons pas devoir passer ici sous silence la charité généreuse qu'il fit paraître au sujet d'un curé de la campagne, injustement opprimé. Cec ecclésiastique, qui paraît avoir été le curé d'Areueil, fut traité indignement, à la porte de son église et à la vue de ses paroissiens, par le seigneur même Cu lieu. Le Parlement-se saisit de l'affaire ; mais la plupart des paroissiens , intimidés par les menaces du seigneur, n'osant faire aucune déposition à sa charge, plusieurs d'entre eux vinrent consulter M. Olier, et le curé lui-même voulut prendre son avis. Le serviteur de Dieu ne se contenta pas de leur répondre que l'honneur du sacerdoce , et le bien général de l'Eglise, deman daient une prompte et sévère justice, et que, en conscience , ils étaient tenus de la solliciter : il prit l’affaire en main , et la poursuivit avec plus de chaleur que ne l'eût fait aucun homme du monde pour défendre ses intérêts propres. Il conjura ceux des évêques dont il avait l'honneur d'être connu, de demander à la Régente la punition d'un attentat aussi inouï; et, pour agir plus eflicacement sur l'esprit de cette princesse , ilen écrivit en ces Lermes à saint Vincent de Paul, entré depuis peu au Conseil de conscience :
« Qui a JÉSUS à tout.
» Monsieur,
» Je prie Notre-Seigneur de vivre en vous, pour faire
triompher son Eglise de limpudence du siècle.
» J'oubliai hier de vous parler du principal sujet qui » m'amenait vers vous. C'était pour vous faire des plain- » tes du plus grand scandale qui soit arrivé depuis long- » temps dans l'Eglise de Dreu. Près Paris, un curé à été » battu, et imeurtri à coups de bâton, par le seigneur
» de son village, en présence de ses paroissiens, et à la
ONULR Lettre de M.
Olier à S. Vincent dePaul,sur un curé opprimé,
» porte de son église, avec le plus d’ignominie et de con-
» fusion qu'on puisse imaginer pour l'état ecclésiastique. » Ce curé est un homme d'une grande intégrité, très-capa- » ble; et il mérite pour sa personne, aussi bien que pour son caractère, d’être protégé. Je pense, monsieur, que si en commençant sa régence, la Reine voulait obliger ce gentilhomme à une satisfaction publique, celle relèverait l'autorité de l'Eglise , et réprimerait beaucoup l'audace et l'insolence que la noblesse a coutume d'exercer sur les ecclésiastiques , violant ainsi impunément tous ieurs droits, comme dans un temps de libertinage, et sous un règne d’impiété. Je priai hier monseigneur du Puy d'en parler à monseigneur de Beauvais +, pour apporter un remède à ce scandale, qui est déjà devenu public. Le Parlement en est informé, etil n'attend plus que les ordres de Sa Majesté, qui lui feront connaître son zèle à punir ces sortes de crimes. Ce bon prêtre ne peut aisément tirer des preuves de ses paroissiens, pour procéder en justice contre le seigneur, qui, étant sur ies Heux » les intimide par ses menaces. Plusieurs sont venus me trouver secrétement pour me demander s'ils devaient declarer ce qu'ils savent sur cel aitentat,dontils gémissent. Je les ai tous cucouragés à remplir leur devoir, comme aussi le curé, qui a été sollicité par sa partie de ne point poursuivre l'affaire, ce seigneur craignant le châtiment qu'il lui est aisé de prévoir, sous un règne qui veut faire » triompher la religion et l'Eglise. Des personnes de très-
+ L'évèque de Beauvais, Augustin Potier, qui eut des rapports
(1) 4belly, liv, très-particuliers avec saint Vincent de Paul (1), était grand aumônier 1. chap. XX. ‘ ‘ ‘ . | de la reine Anne d'Autriche, et avait alors tant de part aux affaires .(2) Gall.Chrise publiques, qu'on s'attendait à le voir nommé ministre d'Etat et car tiana, \. 1x. col. À . ; 767. dinal (2). M. Olier fit agir M. de Maupas, évêque du Puy, aupres de l'évèque de Beauvais, à cause des liaisons qui existaient entre (5) Vie de M. , . late * auunag. âf: somier : nier de L de Lantages, iv, CèS deux prélats : M. de Maupas, étant premier aumônier de la Hot Régente (3).