‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 83 sur 489 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

INCERTITUDES DE M. OLIER SUR SA VOCATION ; ELLE LUI EST ENFIN MONTRÉE EN FIGURE. IL SE MET SOUS LA CONDUITE DE SAINT-VINCENT DE PAUL ET S'EXERCE AUX MISSIONS.

Le désir de rompre tout commerce avec le monde, pour se donner à Dreu sans partage, inspira à M. Olier la pensée

talie. Il alla, pour ce dessein, dans l’île de Capri, au

M. Olier perd son père,et re | NT \ vient en Frand'embrasser la vie religieuse dans quelque monastère d'T- ce.

royaume de Naples , et là, sentant un vif attrait pour la ” iv se solitude , il songea d’abord à se retirer dans quelque char- 3, de Bretonviltreuse afin d'y vivre entièrement inconnu (1). Mais dans “2751: 1: P- 35: l'incertitude de ce que Dreu demandait de lui, il visita quelques-unes des maisons de ces contrées, qui retraçaient la vie des anciens anachorètes : la vue de ces anges terrestres fit naître en lui des impressions et des désirs qu'il avail peine à ne pas regarder comme des marques de vosation à la vie du cloître ; et son attrait toujours croissant pour la contemplation, joint à la crainte de se perdre dans le monde s'il y rentrait, le confirmaient tous les jours dans celte persuasion.Cependant,ne connaissant pasassez clairement les desseins de Dieu sur lui, il prit le parti de repasser en France, où sa mère, privée de toute consolation, sollicitait instamment son retour. Elle venait de perdre son mari, à la suite d’une maladie longue et douloureuse, pendant laquelle il avait fait éclater sa patience et sa vertu. M. Olier , vivement affligé de cette nouvelle qu'il apprit

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(2) Mém. aut. à Rome , ne put, pendant un jour et une nuit entière, ar-

de M. Olier. t.n.

(1) Mém. aut.

de M. Olier t. 1.

(2) Les Généalogies des Maitres desrequétes, Ms. etc. — Hist.

de la Grande Chancellerie de France, liv. nr, p. 572.

IT

M. Olier embrasse ouvertement la pratique des maximes évangéliques.

rêter les larmes (2) que lui faisaient répandre la tendresse filiale , plutôt que la crainte des jugements de Dieu sur une âme si chrétienne. « Il est, comme je l'espère , dans » le ciel, écrivait-il, par l’heureuse fin qu’il a faite après de » longues et très-fâcheuses maladies , et surtout après la » dévotion très-particulière qu'il a toujours eue envers la » sainte Vierge. » (1)

Madame Olier , depuis la mort de son mari, ne cessait de solliciter son fils de repasser en France. Par un mélange de piété et de vanité mondaine , assez ordinaire à la plupari des parents qui se flattent d’être chrétiens , elle désirait que son fils menàt dans le clergé une vie régulière ; mais elle n’ambitionnait pas avec moins d’ardeur, pour lui, les postes de l’Église les plus éminents. Se voyant chargée seule du soin de ses fils, elle les poussait malgré leur jeunesse dans la carrière des honneurs ; elle obtint une charg> de Maître des requêtes pour François Olier de Verneuil, son aîné, qui avait d’abord été conseiller au parlement de Paris ; elle pourvut Nicolas-Edouard Olier de Fontenelle , le plus jeune, de celle de grand Audiencier de France, que leur père avait possédée de nouveau avant sa mort (2); et, pour celui dont elle demandait le retour , elle venait d'obtenir une place d’Aumônier du Roi. « Cette » bonne mère , disait ce dernier , m'attendait avec impa- » tience au retour de Rome et de Notre-Dame-de-Lorette, » Où j'avais été conçu à la piété et à la véritable vie ; elle » me demandait beaucoup, dans l'attente qu’elle avait que » je reviendrais et que je paraîtrais avec éclat en sa maison, » que je l'éleverais , que je me pousserais à la cour. Elle » croyait même que j'accepterais la place d’Aumônier du » Roi, qu'elle s'était efforcée de nr'obtenir par beaucoup de » Sollicitations et de prières. »

» À mon retour , ayant nouvellement perdu son mari, » feu mon pére, et se voyant dépourvue d'appui et d'a-

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M. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES. 39 » mitié, elle me prit en si grande affection , me voyant » encore dans les vanités du siècle et tous les trains du » monde , qu’elle ne pouvait assez me caresser ni me « chérir. Elle me disait même que je tiendrais la place » de mon père, et que je lui servirais de consolation et » d'appui ; ce qui ne dura que fort peu (1).

« Quoique je n’eusse rien changé dans ma conduite exté- » rieure, je puis bien avouer, néanmoins, que depuis ma vo- » ation à Dreu dans Lorette, je ne pouvais me complaire en » autre chose qu'en l'entretien de Dieu; le reste m'était à » charge, ce m'était une géhenne ; si bien que mon élément » et mon centre était de parler de Drev seul. Toutefois, je » demeurai comme caché l’espace de ueuf mois sans révéler » à personne le dessein que j'avais de servir Dieu, et au de- » hors je ne paraissais quasi point changé. Mais au jour de » Noël , dans lequel je fis ma confession générale , je dé- » clarai entièrement que j'étais à Dreu en Jésus-CunisT, et » je montrai au dehors ce que j'avais tenu caché au de- » dans (2).» Ce fut donc alors que M. Olier commença à faire profession d’une vie toute apostolique, et à mépriser les faux jugements du monde pour embrasser la sainte folie de la croix. Ce n’est pas qu'il regardât comme la voie commune des ecclésiastiques le genre extraordinaire de dévouement envers les malheureux qu'on le vit déployer alors; mais il était persuadé qu’il ne pouvait résister aux mouvements de zèle dont il se sentait pressé , sans résister à Dieu même; et que , de sa fidélité à les suivre, dépendraient la mesure de sa grâce et tonte la suite de sa vocation. Ces sollicitations pressantes le portèrent d’abord à imiter la conduite extérieure de JÉsus-Curisr , en faisant profession publique et éclatante de ses conseils et de ses maximes ; et comme la mission du Sauveur avait eu principalement pour objet les pauvres , qu'il était venu évangéliser , M. Olier se sentit fortement attiré à leur service , et en fit, dès-lors, son œuvre de prédilection.

(1) Mém. aut.

de M. Olier.t.u.

(2) Mém. aut.

de M. Olier.t.n.

p.308.-L’Année Dominicaine,etc.

— Remarques hist, 1. WI D.

h0 PARTIE 1. LIV. 11. — 1631.

” Ji Dès ce moment , il s'éloigna tout-à-fait de la compagnie M. Olicrinstruit les pau- des grands , pour se confondre avec les gens du plus bas Re *l peuple. Toutes les fois qu'il rencontrait des pauvres dans les rues de Paris , il les abordait avec bonté , et les conduisait dans sa maison pour les instruire. Ceux qui étaient le plus mal vêtus lui semblaient avoir droit à une plus grande tendresse ; il les recherchait à dessein , et leur témoignait une plus vive affection. Son cœur se dilatait au milieu d'eux , parce que sous les haillons qui couvraient leurs corps , sa foi lui découvrait la personne de Jésus- Curisr, pauvre et manquant de tout. Les ayant ainsi réunis » Il , il les catéchisait, leur apprenant à chacun ce qu'ils devaient croire et pratiquer pour arriver au salut , et leur faisait Lance Do. deS aumônes proportionnées à leurs besoins. Comme il (1) L'Année Do : R s | , minicaine,ete.— n'était point encore prêtre,ni même engagé dans les ordres Remarques his- y. + , . 4 à fa s st toriques , t. mr, SaCrés, il préparait tous ces pauvres à faire des confessions ne VV 1, générales (1), et se servait d'un domestique sûr pour les 2 € MS.” de M. Olier, par Conduire ensuite à un confesseur dévoré du même zèle , M, de Bretonvilliers , p. 35, — RAF François Renar (2), fils d’un Maître des requêtes, honoré par M, LOSCHAS— : . ne Ê ; sier, pag. 6. depuis peu du caractère de la prêtrise , et qui, malgré la

avec qui il s'était lié d’une étroite et sainte amitié. C'était

nn». répugnance naturelle qu'il avait à entendre les confes- (5) L'idée d'un Rs û . ne véritable Pritre Sions , Se mit à exercer tous les jours ce pénible ministère de l'Eglise de Jé- ji ge Ê ous et y , pee er- dans l'église des Capucins du Marais , depuis six heures primée en la Vie qu matin jusqu'à midi, le plus souvent en faveur des de M. Renar. p.

2, 99. 30. pauvres. (3) é As : M. Olier, non content d’instruire en secret tous ceux MOlierins- ., , , Sn res Se tuit les pau- qui voulaient le suivre , donna bientôt à la capitale un vres au milieu ©, 1 PT Se si tie e Lila des rues. exemple de zèle apostolique inconnu jusqu'alors. S'il en rencontrait qu'il ne püt conduire à la maison de sa mère , il s'arrétait au milieu des rues , les instruisait en particulier , et leur rendait les mêmes services. [l en était souvent

environné ; car ces mendiants , venant les uns après les

autres , et voyant leurs camarades si bien accueillis par l'homme de Dre, s'en approchaient eux-mêmes volontiers.

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M. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES. MA Une charité si extraordinaire paraissait mal réglée aux yeux des gens du monde , et attirait souvent à M. Olier leurs railleries eu leurs mépris (1). Un jour, comme il catéchisait un pauvre à ia porte de Notre-Dame, un homme fort bien vêtu s'approcha d’un domestique qui le suivait, et lui dit : Tu diras à ton maître qu'il est un fou. M. Olier qui l'avait entendu, sans en rien faire paraître , continua d'instruire ce mendiant avec une douceur et une humilité capables de faire tomber à ses genoux celui qui loutrageait ainsi,s’il avait su apprécier sa vert. [ n'était pas rared’entendre des personnes du monde le traiter d'homme simple, qui avait perdu l'esprit : « À quoi pense=t-il, disait-on, de » s'amuser ainsi avec la populace ? » Mais ni ces discours, ni beaucoup d’autres, plus injurieux encore, ne purent diminuer sa fidélité à l'attrait intérieur qui le pressait (2). « Les grands , disait-il, ne manquent pas d'instruction, il » ya assez de personnes qui s'offrent pour les instruire ; » et les pauvres , pour l'ordinaire mieux disposés , on les » néglige, on les abandonne, parce qu'auprès d'eux la va- » nité ne trouve rien pour se nourrir. (3)

Ces actes extraordinaires de charité touchèrent si vivement quelques ecclésiastiques de naissance, qu'ils commencèrent eux-mêmes à instruireaussi les pauvres au milieu des rues de Paris ; ensorte qu'en peu d'années ce genre de ministère, d'abord si nouveau, n'eut rien que d'ordinaire au sein mème de cette capitale (4). M.Renar, dont nous venons de parler, fut un des premiers qui s’y exXercèrent (5); mais tous ne s'en acquittèrent pas d’abord avec une égale générosité. L'un de ces nouveaux missionnaires, trop faible encore pour braver le respect humain, s'éloignait quelquefois de M. Olier,ou se cachait dans une maison,lorsque,instruisant quelque pauvre, il venait à apercevoi: des personnes de sa connaissance. Le serviteur de Dreu en éprouvait un vif déplaisir et reprochant ensuite avec douceur cette Acheté à son ami , il lui représentait que c'était une folie de rougir

(1) Vie Ms. de A. Olier, par M, Leschassier,p.6.

— Année Domiuicaine. — Remarques historiques. Ibid.

(2) Vie Ms.

de M, Olier, par M. de Bretonvil:

liers, 1. 1, p. 58.

(3) Ibid. p. 59 el 40.

(4) Mém. aut.

de M. Olier, tr ». 262,

(5)L'Idée d'un véritable Prétre,

il Î | | ï

(1) Vie Ms, de A1, Olier, par M.

de Bretonvilliers, tom. 1, pag. 58 et 59.

(2) Ibid.

M. Olicr est blamé et persécuté par ses proches.

(3) Mém. pour laVie deM.Olier, de la main de M. Leschassier.

—Attestations authentiques, touchant M. Olier , pag.207. — Vie Ms de M. Olier, par. de Bretonvilliers, 1,1, p.

Sd el 38.

h2 PARTIE 1, LIV, I, — 1650.

de reconnaître les pauvres pour nos frères, puisque Jésus- Christ n'aura pas honte de nous avouer devant son père pour les siens (1). Ces sentiments furent toujours, depuis, la règle invariable de sa conduite , jusque-là que s’il rencontrait dans les rues des pauvres malades, il les conduisait lui-même à l'hôpital , ou les y faisait transporter sur le champ , s'ils étaient trop faibles pour s’y rendre euxmêmes. (2)

Il ne pouvait pratiquer long-temps des œuvres si opposées à la prudence de la chair , sans éprouver des contradictions de la part de ses proches. Quelques-uns le blàmaient hautement , et regardaient sa conduite comme une singularité déshonorante pour un homme de qualité. On n'épargna , pour l'en dégoûter, ni railleries , ni reproches, ni représentations. Plus d'une fois on en vint jusqu'aux injures et aux menaces , et enfin on usa même d’une sorte de violence pour écarter les pauvres de l'appartement où il les rassemblait. Alors il commença à les conduire dans le lieu de la maison qui lui rappelait l'étable de Notre Seigneur , ayant néanmoins l'attention , par ménagement pour sa famille, de les y introduire par une porte dérobée,. Sa réponse à tous ceux qui le blâmaient était cette maxime de saint Paul : 84 je voulais plaire aux homes , je ne serais point serviteur de Jésus-Christ (3). Il réunissait aussi de jeunes écoliers et même plusieurs aspirants à l'état ecclésiastique, pour les former à la vertu et aux lettres ; et c'était aux yeux de ses parents un nouveau sujet d'humiliation et de déshonneur. « Je n'ai jamais pu » me dispenser de cette occupation, écrit-il, quelque mur- » mure que cela excitàt dans ma famille, qui était choquée » de me voir tenir ainsi de jeunes écoliers auprès de moi , » et faire le pédagogue de la jeunesse. Il est vrai que la » bonté de Notre-Seigneur n’a pas souffert que j'aie eu de » grandes oppositions au point que j'en pouvais avoir de » Ja part de feu mon père ; car il avait un tel pouvoir sur

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