M. OLIER CATÉCHISE LES PAUVRES, L
» moi, que, s'il eût vécu dans le commencement de mon » retour de Rome , lorsqu'il fallut parler aux pauvres » en pleine rue, je ne sais si j'eusse osé en sa pré- » sence l'entreprendre. Il voulait me pousser dans le » monde, et me mettre à ln cour, où j'eusse eu mau- » vaise grâce de pratiquer cet emploi.» Parlant ensuite des missions qu'il entreprit peu après, il ajoute
« De plus , je ne sais s’il eût pu souffrir qu'au lieu de pa- » raître en public et dans les meilleures chaires de Paris , » comme j'avais commencé , je fusse allé précher dans les » les missions ,; aux plus pauvres villages , où je ne
» trouvais quelquefois qu'une grosse pierre pour chaire et » point de bonnet , ensorte qu'il me fallait prêcher nu- » tête et jusqu'à trois fois par jour ; cet homme sage et » prudent n'eût pu le souffrir alors, à cause que la mission » n'était point encore pratiquée par des personnes de con- » dition (4). »
Sa mère , qui lui avait témoigné tant d'affection à son retour de Rome , fut la première à ne pouvoir le souffrir dans des occupations qu'elle regardait comme un déshonneur public pour sa famille. Déjà elle avait commencé à ne plus le voir du même œil lorsqu'il eut refusé la charge d'Aumônier du Roi, et qu'il commença à vivre éloigné du monde. Mais ce qui excitales murmures de tous ses proches contre lui, ce fut que, peu après son retour en France, il facilita à Mademoiselle de Bussy , sa cousine , les moyens de s’arracher au monde et de se consacrer à Dreu dans l'ordre du Carmel (2). I se préta d'autant plus volontiers au généreux dessein de cette parente, qu'elle lui avait té-
moigné une charité plus sincère qu'aucun de ses proches, en fondant à perpétuité une messe qui devait être offerte chaque jour pour elle et pour lui. I crut d'ailleurs que le sacrifice qu'il ferait d’une des personnes du monde qui lui étaient alors le plus chères, lui obtiendrait pour lui-même quelque faveur de sainte Thérèse à qui it loffrait ; il La fit
(4) Mémoires aut. de M. Olier, t.11, p.261,262.
M.Olier procure l'entrée de Mile de Bussy auxCarmélites.
(2) Mémoires aut. de M, Olier, (li, p. 407.
hh PARTIE E, LIV, 1, — 1631.
doncentrer chez les Carmélites, Cette vertueuse fille en con- | serva jusqu'à sa mort la plus vive et la plus sincère reconnaissance. Voulant lui en donner une marque avant même de sortir de la maison, « elle demanda, dit M. Olier, » Ja clef de mon coffre, et elle y laissa mille belles choses, | 4 » qui étaieat des restes de sa vanité; croyant par là recon-
| » naître les petits services que je lui avais rendus malgré
» ses parents et les miens, des mains desquels j'étais par-
| » venu à lo dégager. J’aidai encore une dame , attachée |, » à sa personne , à être reçue Carmélite. Je trouvai donc
| | » ces vanités dans mon coffre, après son départ, et je m'en
| » servis pour faire des présents à la très-sainte Vierge , |
» comme j'avais commencé à le faire dès auparavant. | » J'offris, pour l'ornement de plusieurs églises qui lui sont » dédiées , divers présents en diamants , en Argenterie et lp » autres, et je fus un de ceux qui contribuèrent, par » quelque somme considérable, à la décoration de l'église de k » Notre-Dame de Paris. Depuis , je lui ai fait de temps en » temps quelques présents, ayant toujours tàché de témoi- 4! » gner mes affections à cette grande princesse, en lui sacri- » fiant les choses qui m'’étaient le plus chères, et bien sou- » vent sans le vouloir : car, dès que j'avais quelque chose de | | (1) Mémoires » de beau , je sentais dans mon cœur une impulsion invoi À ant. de M. Olier, à es / ‘ fs 1, p.127. » lontaire de porter cet objet à Notre-Dame (4).» Au mi-
lieu de toutes les contradictions que ses proches lui faif saient éprouver , M. Olier montrait la plus inaltérable
î patience. Il croyait même que dans les procédés de sa mère,
E et dans ceux de ses autres parents à son égard , il y avait 11 (2) bia. tn, Plus de pureté d'intention et de droiture que dans ses ac-
| p. 408. tions les plus saintes, (2) et qu'ils n’agissaient ainsi envers lui,que parce que Dieu voulait, par ce moyen, éprouver si
| j pauence et lui faire expier ses péchés. « Lorsque ma mère ( k » m'avait fait quelque mauvais traitement , dit-il, j'allais
» quelquefois à l'église Notre-Dame , et, me prosternant » devant la statue de la très-sainte Vierge , je lui disais, le
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» cœur tout affligé : Je vous prends pour ma mère, puisque 1) Mémoires : à c: : aut, de M, Olier,
» la mienne me rebute ; ma sainte Vierge , servez-moi de {, 11. p. 349.
» mère, S'il vous plait (1). »