‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S. Sulpice [microforme] (volume 3)Chapitre 89 sur 489 · LA MÈRE AGNÈS PRIE POUR M, OLIER · texte numérisé non relu

LA MÈRE AGNÈS PRIE POUR M, OLIER

elle n'en avait jamais entendu parler (1), et n'eut de rapport avec lui qu'au bout de trois ans de prières, d'austérités et de larmes. EL faut entendre M. Olicr luimême témoigner à Dreu et à Marie sa reconnaissance pour une si touchante invention de leur amour.

« En l'honneur de la très-sainte Vierge, l'avocate des pécheurs,dont je suis le premier ; protestant à ses pieds, en qualité de son indigne esclave, que je suis redevable à son intercession de toutes les grâces que j'ai recues , je dirai, couvert de confusion, qu’à peine sorti des abymes du péché où je m'étais plongé pendant plusieurs années de ma jeunesse , et jusqu'à vingt-deux ans , cctte reine du ciel, plus ravissante dans sa bonté que dans sa grandeur, prit le soin, et, si j'ose le dire, la peine de descendre sur la terre, et de visiter une de ses servantes d’admirable sainteté , et à laquelle elle dit : Prie mon Fils pour l'abbé de Pébrac, parlant de ce misérable pécheur; ce que cette sainte fille exéeuta si soigneusement, qu'à tout moment elle m'avait présent à son esprit sans nravoir jamais vu, étant à cent lieues d'elle, et qu'elle s’immolait pour moi comme une victime à In justice de Dreu. Car, après avoir souffert pour mes péchés abominables des peines excessives de la part du Fils de Drev, qui lui faisait souffrir les impressions de sa passion et de sa mort, unique source de toute satisfaction digne de Dieu, elle employait encore pour moi toutes les inventions que l'amour à coutume de fournir aux âmes pénitentes, comme cilices, haires, dis-iplines , ceintures de fer ; et avec tant de générosité, qu’elle ensanglantait les murs de sa cellule, et que les ardillons de ses disciplines se retroussaient contre ses os qui en demeuraient découverts et dépouillés de chair. Tels étaient les excès de sa pénitence, à quoi elle joignait encore ce qu'il y a de plus précieux, les soupirs de son cœur, et des contritions si violentes ,

(1) Vie admirable de la Sœur Agnès de Jésus , 1 vi, chap. 1.

(1) Mémoires au. de M, Olier, t.1. p. 81, 82.

(2) Ibid. p.83.

M. Olier en-

sieurs pélerinages pour connaître Sa voca-

qu'elles eussent brisé des rochers ; et enfin ses larmes

» abondantes qu'elle répandait tous les jours une heure

entière (1).

» Je remercie l'ineffable bonté de Dieu, qui, non contente des caresses qu'elle fait à mon âme, décharge encore sa colère sur un autre que moi, et choisit dans le corps de son Fils, qui est l'Eglise, une des parties les plus belles et les plus délicates, afin de satisfaire pour les crimes de la plus sale et de la plus honteuse : car tout mon sang versé goutte à goulte , el tout mon corps tranché en pièces , tous les jours de ma vie, n'eussent été suffisants. Si bien que la bonté de Dieu chercha ail leurs à contenter sa justice ; ne trouvant point en moi ni la pureté de l'amour pour lui plaire, ni les force s pour suffire à une juste pénitence, et aux emplois iabo rieux des missions auxquelles elle me destinait. Donc, qu'à jamais la divine bonté soit louée, bénie, adorée. Que tous les Anges et les Saints publient à haute voix sa sainte, adorable et infinie miséricorde pour moi. Que je cesse de vivre et d’être, pour publier, par ma destruc tion et mon silence , qu'il est au-dessus de toute louange , puisque tout ce qui existe , converti en bouches et en langues, ne serait pas capable de raconter la moindre de ses gloires, dont la plus grande est celle de sa miséricorde. Qu'en attendant, Seigneur, mon cœur, ma vie, mon être soient convertis en mon Jésus, pour être

» à votre gloire une hostie de louange qui magnifie votre

bonté et chante votre miséricorde (2). »

M. Olier n'eut connaissance des prières et des austérilés

de la mère Agnès , qu'au bout de trois ans , lorsqu'il vit

pour la première fois cette grande servante ae Dieu. Déjà

cependant il en éprouva les effets dans la grâce signalée que Dreu lui fit, en le fixant enfin sur sa vocation, comme nous le räconterons bientôt. Il n'avait point encore de di-

recteur, et ne savait pas même qu'il fût nécessaire d'en

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M. OLIER EST INCERTAIN SUR SA VOCATION. 55 avoir un pour avancer dans la vie parfaite (D). Toujours incertain sur Sa vocation , il doutait si Diœu ne voulait pas qu'il entràt dans quelqu'un des ordres religieux les plus réformés , où S'il était appelé à travailler dans le clergé au salut des âmes. Les faveurs dont il était déjà redevable à l'intercession de la très-sainte Vierge , lui firent espérer qu'en l'invoquant avec confiance , il éprouverait encore les effets de son pouvoir auprès de Drew, et, pour se disposer

‘a cette grâce qu'il demandait avec tant d'instances , il enreprit divers pélerinages en son honneur. Il aima toujours beaucoup cette pratique autorisée dans tous les temps pr l'Église , et toujours louable quand on sait en éloigner les abus d'une fausse piété. Outre les pélerinages qu'il fit à Notre-Dame des Vertus, à Notre-Dame des Anges et ailleurs aux environs de Paris , il eut la dévotion , avant sa promotion à la prêtrise, d'aller deux fois à pied à Notre-Dame de Liesse * (2). Il s'y rendit pendant les chaleurs de l'été, accompagné de ses domestiques, chanlant avec eux les litanies de la sainte Vierge, où composant , dans le chemin , des cantiques à sa louange (3). C'était aussi par ces pieuses pratiques qu'il se préparait à célébrer ses fêtes ; et ces jours siprécieux à sa piété, étaient pour lui des jours de gràces et de bénédiction.

Au mois d'août 1632, il fit un de ces pélerinages à Liesse , tant pour se préparer à la fête de l'Assomption , que pour recommander à sa protectrice le succès d'un sermon qu'il devait prêcher ce jour-là dans l'église de Saint- Pau à Paris. Frapporte lui-même que,vers ce temps, lorsqu'il montait en chaire pour annoncer la parole de Dieu, il éprouvait quelquefois une agitation involontaire qui l'humiliait beaucoup , et qu'il regardait comme l'effet d'un désir secret de l'estime des hommes. « Souvent je

m'étais offert à Dreu, dit-il, pour demeurer court et

souffrir la confusion qu'il lui plairait, mais je n'en étais

pas capable , et Diku ménageait mon amour-propre

(1) Momoires aut. de M, Olier, t.1,p. 90.

(2) Remarques historiques, t. #, p.292.—VieMs.

de M. Olier, par AI. de Bretonvilliers. t. 1, p.58.

(3) Mémoire Ms. de M. J°schassier. — Atlestat. aul, , etc.

M. Olier prèche à St-Paul, sa paroisse.

(1) Mémoires aut. de M.Olier, t. 1, p.162.163.

(2) État- civil de Paris. Registres des sépultures de la paroisse

1631 , jusqu'à ,, :

’ bien et très-doctement (2).

Dieuappelait M. Olier à la charge curiale et à travailler à

du clergé.

(3)Genes, ca]

pour ne pas me décourager. Je me souviens que le jour de l’Assomption de la très-sainte Vierge,en 1632, et qui précéda nos travaux des missions , devant précher à notre paroisse de Saint-Paul à Paris, après m'être préparé avec grand soin , même en faisant un voyage à pied à Notre-Dame de Liesse, je reçus un secours de ma bonne protectrice au milieu de ma vanité. Comme je voulus monter en chaire, je fus tellement troublé que je n'avais que confusion dans mon esprit, et néanmoins je ne laissai pas de commencer et d'aller jusqu'au milieu du discours sans broncher ; sur le milieu, je demeure tout court en moi-même, sans que le monde qui faisait foule ce-jour là s’en aperçñt. Alors, tout déconcerté, quoique je me confiasse en ma bonne maîtresse, je m'abandonnai à parler et à dire tout ce qui me pouvait venir à la bouche plutôt que de m'arrêter ; et il arriva que je dis , sans y penser, et sans m'en souvenir , tout ce que j'avais préparé. C'est un secours de cette bonne souveraine , qui ne veut pas me décourager dans cet emploi (1). » L’embarras de M. Olier ne fut en effet

sensible qu'à lui seul , et l'auditoire parut très-satisfait. On

en voit le témoignage dans l’un des registres publics de St.-Paul,depuis la paroisse Saint-Paul *, où il est dit qu'il ft très-

M. Olier cependant, toujours incertain , balançait entre

l’état religieux et le clergé, lorsque, au mois de novembre suivant, Dreu le fixa tout-à-coup, à l’occasion d’un songe, lasanctification que nous croyons devoir rapporter à cause de la liaison

qu'il parut avoir avec toute la suite de sa vie. Dieu qui

peut parler de mille manières aux hommes , leur a quel-

. quefois manifesté ses desseins sous le langage mystérieux

XXXVIT , XLI. (les énigmes et des songes, comme on en voit Lant d'exem-

Daniel, cap. a.

1V.—lct, post. Ples dans les Livres saints (3). Pour apprécier les motifs, et pénétrer tout le sens de celui dont nous allons faire le

Cap. x, etc.

récit, il faut se rappeler que les instituteurs des séminaires,

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M. OLIER CONNAIT SA VOCATION. 57 en France , suscités aussi pour être les réformateurs du clergé , ne sortirent ni de l'état religieux ni de l'épiscopat. Dieu, qui voulait offrir dans leurs personnesun modéle des vertus propres des ecclésiastiques du second ordre, les tira de cet ordre même et les appliqua aux fonstions du ministère pastoral; et, parce que tel était le dessein de Dieu, ces pieux instituteurs ne donnèrent d’autres règles, que les canons de l'Église aux compagnies qu'ils établirent pour continuer après eux la même œuvre , et exigérent qu'elles ne fussent point séparées du corps du clergé *. Destiné à coopérer à ce grand dessein, M. Olier n'était pas appelé non plus à la vie religieuse, quoique, depuis l’âge de quinze ans , il éprouvàt de vifs désirs d'entrer dans l'ordre des Chartreux, ni à l'épiscopat , malgré les sollicitations pressantes qu'on lui fit dans la suite, et jusqu'à sepl où huit fois différentes(1). Devant servir de modèle aux ecclésiastiques du second ordre, il était appelé à vivre dans le clergé, et à y exercer la charge curiale ; et ce fut pour le détourner de l’état religieux qu'il voulait alors embrasser , et pour lui montrer déjà la place qu'il devait occuper un

jour dans la hiérarchie de PEglise, que Diu lui envoya le

songe dont il fait, en ces termes, le récit.

« Dans le temps où la mère Agnès priait pour moi, » sans que je le susse, j'étais fort en peine de ma vocation. Alors, n'ayant point de directeur et n’en connais-

» Sant pas, n’en sachant pas même la nécessité, j'avais » toujours eu la pensée de me faire Chartreux, depuis » l’âge de quinze ans. I arriva qu'après que j'avais en- » tièrement rompu avec le péché, autant que je le connais- » sais, un bon curé, qui avait pris soin de moi pendant » quelque temps, fut malade à l'extrémité, et j'allai le » voir avant sa mort. Comme je savais que , dans l'ordre » de la charité du prochain, il n'avait rien de plus cher au » monde que mon salut , je le priai que la première chose » qu'il demandât à Dreu, en entrant dans le ciel, ce

(4) Mémoire sur

M. Olier, par M.

Baudrand.p.76.

Dieu montre à M.Olier sa vocalion dans un songe mystérieux.

(4; Mémoires aut, de M, Olier, LE, p. 90, 91.

Tou,p.551.T.

1V,p. 478.— Vie Ms. de M, Olier, par M, de Brtonvilliers, 14, p.58, 59.

» fut la grâce de me faire connaitre clairement l'état où » il veut que je le serve, Deux ou trois jours après, GE v à » bien neuf ou dix ans) Notre-Scigneur me fit la grâce » de me le manifester par un songe. I plut à sa bonté me » montrer, deux nuits de suite, le ciel ouvert, où je voyais » saint Grégoire dans un grand trône ,et saint Ambroise » dans un autre au-dessous de lui; plus bas, une place de » curé vacante, et beaucoup plus bas, quantité de Char- » treux, pour faire la hiérarchie entière. Cela voulait

peut-être dire que la volonté de notre divin maitre était

» quejeleservisse dans leclergé, où ces deux grands hom- » mes avaient brillé avec éclat par leurs rares vertus et leur » mérite, et surtout par les grands services qu'ils avaient » rendus à l'ordre sacerdotal : qu'il fallait m'asscoir en un » lieu au-dessous de saint Ambroise qui était vacant; c'est » à-dire, remplir cette place de curé, et servir l'Eglise, » en celte qualité, comme saint Ambroise et saint Grc- » goire l'avaient servie en leurs dignités éminentes; que » cette occupation était bien plus utile et nécessaire à » l'Eglise que celle d'être simple Chartreux, et qu'un curé, "autant zélé dans sa condition que l'avaient été saint Gré- »goire et saint Ambroise dans la leur, prévaudrait à plu- » sieurs Chartreux tous ensemble. Xotre Seigneur voulait » peut-être encore nr'apprendre qu'il fallait, dans cette » place de curé , avoir à ma droite un ordre plus important » el plus nécessaire que celui des Chartreux, qui devait » être au-dessus de ces religieux pour lutilité qu'en reti- » rerait l'Eglise, un ordre de prêtres, de curés et d'autres » ceclésiastiques,qui serviraientau clergé etle rempliraient » de sainteté (1). »

M. Olier écrivait ce récit peu de temps après son entrée dans la cure de Saint-Sulpice, et lorsqu'il commençait à réunirles premiers membres de sa compagnie. N'en voyant point encore l'entier accomplissement , il était naturel qu'il en parlàt d’une manière dubitative. I avoue meme

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