‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme]Chapitre 139 sur 269 · SUR L’ABBÉ D’AUBIGNY · texte numérisé non relu

SUR L’ABBÉ D’AUBIGNY

NOTE 8, p. 219.—M. d’Aubigny, comme quatrième fils du duc

de Lennox, eut pour partage la seigneurie d’Aubigny, dans le Ber-

ry, et fut porté en France, dès son bas âge, pour y subsister des

revenus de cette terre. Ayant été élevé dans la religion catholi-

que, il entra dans le clergé; mais il n’eut d’abord d’ecclésiastique

que l'habit, et fut malheureusement imbu des erreurs du Jansé-

nisme. par l'abbé de Lalane et par un autre prêtre savant, qui

avaient été placés auprès de lui. Il commença à fréquenter le sémi-

naire de Saint-Sulpice, à l’occasion du mariage du prince Édouard,

ils de l’Électeur Palatin, roi de Bohème, avec la princesse Anne,

sœur de la Reine de Pologne, et fille du duc de Mantoue, Ce ma-

riage ayant été célébré sans le consentement de la Reine, qu’on

avait voulu présumer, en usant à son égard d’une sorte de jeu :

il y eut ordre au prince Palatin de sortir incessamment du royau-

me. M. d’Aubigny, qui l'avait converti de l’hérésie, craignant alors

qu'il ne revint à ses premiers sentiments, s’il allait en Hollande,

conjura les prêtres de Saint-Sulpice d’interposer leur crédit pour (3) Mémoir. de

prévenir ce malheur; ils en parlèrent à saint Vincent de Paul, els te AG és ’

l’ordre fut révoqué (3). 818 Dès ce moment il s’attacha au séminaire de Saint Sulpice, et y

prit M. du Ferrier pour directeur. Ce choix déplut fort à l'abbé de

Lalane, et à l’autre ecclésiastique dont nous avons parlé: « Hélas,

» lui dirent-ils, que vous serez heureux, si, en vous coupant les

» cheveux que vous portez, il ne vous coupe pas les oreilles! »

Je me suis mis entre ses mains, répondit M. d’Aubigny ; s’il me

(4) Mémoires de M.du Ferrier, p. 314, 31%.

(2) (Œuvres d'Arnaultd, lon.

XXI Préface de l'éditeur, p.xxxr.

—1bid, 1. xp.

(3) VMémo:res deM,du Ferrier, p 316, 347.

(4 Histoire ecclésiastiq. AF IL siècle, ete Lu, iv. xut, eh xva, P. 456.

(5) Archives du ministre des af:

faires étrange res. Rome, 1655 tu. Lettre de 4. de Lionne à M. de Brienne, du 26 avril 165%.

dit de couper mes cheveux aussi ras qu'un enfant de chœur, je le ferai sans peine, En effet, M du Ferrier l'ayant averti de don. uer ordre à sen valet de chambre de les accourcir peu à peu, il se conforma à cet avis, et se init lout à-fait dans la modestie cléricale. M. du Ferrier lui persuada ensuite de renoncer aux disputes du temps, où ces messieurs l’occupaient, et de s’adonner à l’oraison et à l’Écriture sainte, Il s’y appliqua, en effet, et peu de temps après ces deux docteurs le quittèrent, sans qu’il leur eût donné congé. De l'avis de M. du Ferrier, il permuta une riche abbaye pour un canonicat de l’église de Paris, quoique son abbaye eût six fois plus de revenus. Enfin, ayant été ordonné prêtre, il devint le modèle des chanoines, n’omettant pas une des {/eures de la nuit et du jour ; et quittant tout, aussitôt que les cloches l'appelaient à l’Olfice, quelque grande que fût la compagnie ou la condition de ceux quile visitaient (1)

Mais des commencements si édiliants farent démentis par la suite. M, d'Aubigny, par des circonstances que nous ignorons, se sépara du séminaire de Saint Sulpice, pour s’atlacher plus fortement que jamais aux novateurs. Une de ses lettres à Arnauld, relative à la délibération du clergé de France sur le Formulaire, montre jusqu’à quel point l'esprit d'erreur l’a.ait aveuglé, et quel dommage il eût pu causer à l'Eglise, s’il eût été à la tète de la Congrégation de la Propagation de la Foi (2). On doit dire cependant, à sa louange, que Charles IL, après son rétablisse. ment sur le trône, lui ayant écrit qu’il avait prié le Pape de lui accorder le chapeau de cardinal, l'abbé d’Aubigny lui répondit, qu'il se reconnaissait indigne de cet honneur ; et que ce monarque persistant, il lui représenta qu’il aimerait mieux mourir, que d’être soutenu, s’il était cardinal, par les bienfaits d’un Roi qui ne serait pas catholique (à).

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