M, OLIER PRÉSERVE SA COMPAGNIE DC JANSÉNISME
La retraite de ces deux ecclésiastiques montre manifestement que, dans les desseins de Dreu, la société de Saint-Sulpice ne devait reposer que sur M. Olier, comme sur son unique pierre fondamentale. Nous avons vu en effet que, lorsqu'il vint avec eux en jeter les fondements à Vaugirard, Marie Rousseau lui recommanda de ne pas se désister de cette entreprise, quand tous ses coopérateurs, quelque nécessaires qu'ils lui parussent, viendraient à l'abandonner ; et l’on peut se rappeler que le Père de Condren, suscité de Dieu pour donner naissance à cette œuvre, déclara à M. Olier personnellement qu’il serait l'héritier de son esprit pour l’établir et la perfectionner aprés sa mort.
Tous ces faits montrent la vérité de cette assurance que bu donna à M. Olier, dès la formation de sa société à Vaugirard, et qu’il rapporte ainsi, avec son humilité ordinaire : «Cette Bonté divine, qui choisit elle-même les su- » jets de cette compagnie, afin de les associer à moi, m’a » remis devant les yeux, tout misérable et indigne que je » suis, cette parole efficace qu’elle me dit dernièrement : » Je ne donnerai point à d’autres l’esprit de Père (1).»
Peu après la sortie de M. du Ferrier, plusieurs sortirent de la compagnie de Saint-Sulpice, pour cause d'attachement aux nouvelles erreurs; et de ce nombre fut vraisemblablement M. de Cambiac, frère du précédent, qui déjà avait formé le dessein de quitter Saint- Sulpice, pour entrer à la communauté de Saint-Merri (2).
Les sentiments qu’éprouva M. Olier, à l’occasion de sa .
sortie, montrent le fond de sa charité pour ses disciples, et la douceur du zèle qui l’animait. « J'étais tous ces jours- » ci au milieu des épines, écrivait-il, de me voir éloigné » du pauvre M. de Cambiac, qui se retire de la maison; et j'ai porté cette croix accompagnée de beaucoup de » peines (3). » Les novateurs, désirant vivement de semer leurs erreurs dans le séminaire, usèrent, pendant six ou
(4) Mémoires aut, de M. Olier.
M. Olier préserve Sa COMpagnie du Jansénisme.
(2) Mémoires e M, Feydeau, in 40. D/s. de la Bibl. Mazarine, p. 369.
(3) Lettres aut.
de M, Olier,y.
354 PARTIE III. LIVRE IIf. —— SÉMINAIRES.
sept ans, de toutes sortes de représentations pour ébranls
(4) Remontran- M. Olier (1); et convaincus qu’ils n’y parviendraient jamais les M par eux-mêmes, ils espérèrent y réussir peut-être en fai. 1% sant intervenir l’Évêque de Pamiers, son ancien confrère et s’immiscer mème dans le gouvernement de la société,
Mais cette tentative n’eut pas plus de succès que la préc.
dente. « Monseigneur de Pamiers, écrivait le serviteur de
» Dieu, paraît m’exhorter à prendre bon conseil pour k
» conduite de la maison. Je vous puis assurer que, pour les
» affaires extraordinaires, nous ne manquons de vor À
» M. Vincent (de Paul), et, pour les ordinaires , tous nos
» frères assemblés. Il ne faut pas beaucoup recevoir les
» avis de ces sortes d’esprits, qui se sont établis juges de
» toutes choses, et condamnent tout ce qu’ils n’ordonnent
» pas. Vous savez de quoi ces Messieurs sont remplis
(2) Lettres aut. » contre les desseins de la maison et des particulier.
de M. Olier, p. ‘ A
169, 470, 171. » Nous avons grand repos depuis leur départ (2). »
Enfin ne pouvant rien sur son esprit, les Janséniste,
prirent le parti de le décrier comme un visionnaire; «
c’est l’idée qu’ils se sont toujours efforcés d’en donner dans leurs écrits. Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que Nicole, après avoir rapporté quelques passages des lettres de
(3) Abrégé de M. Olier, et l’apparition de la mère Agnès (3), qui lui l'Histoire ecclé-
siastique, par manifesta sa vocation, dit au Père Quesnel et à Arnaull, RE tx, Pe dans une lettre déjà citée : «Il est bon de connaitre ls » gens; et, sans doute, quoique vous eussiez souvent en- » tendu parler de ce personnage, M. Oher, vous ne le con-
» naissiez pas par ces caractères. Cependant voilà l’origine
* , 0 , USE %Pe, d’un des plus grands ouvrages de France (le séminair
4) Lettres de » de Saint-Sulpice); ce qui me confirme dans une pensée u M. Nicole + :
ne servir de » Que j’ai souvent eue, que Dieu permet quelquefois que
continuation uux S : > 1 à deux volumes de ® LeS Plus grandes choses du monde s’exécutent par des
ss lettres, in- » yisionnaires, et tirent leur origine de visions * (#).»i 42, 1743. Au Père
Quesnel, lettre l’on ne savait combien la passion inspirée par l'esprit de xL11,45 décembre, : : 3 5 1698. parti peut troubler la raison, on devrait s'étonner qu
M. OLIE Nicole si j sortis de sa nations éch l'Eglise; ta mauvais art ait supposé
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Condren, le dans cette
défendaient allaient jus opinions co blissement ( sonnages le Roi,et le I les protecte ment, que assuré. « Dé » naire, elle » tement à » en étaient » de l’Orato » si, au mi » de tout b', » abanduun » ils avaien » leur décl » ils seraier » fixer aille » tent d’hér
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Jansénistes ionnaire ; ét donner dans que Nicok, S lettres de (3), qui hi t à Arnaull, onnaitre les souvent ens ne le conoilà l’origine le séminaire s une penst elquefois que tent par des ns * (4).»S ar l'esprit de ’étonner que
M. OLIER PRÉSERVE SA COMPAGNIE DU JANSÉNISME. 305 Micole si judicieux d’ailleurs dans plusieurs bons écrits sortis de sa plume, ait osé attribuer aux illusions d’imaginations échauffées, plusieurs des plus grandes œuvres de l'Eglise; tandis qu’au jugement de la vérité même, un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits, et qu’il ait supposé encore que Dieu permet simplement la formation de ces grandes œuvres , comme on doit le dire des crimes les plus énormes.
Les Jansénistes ne pouvant répandre leur doctrine dans le séminaire, résolurent d'établir au moins, dans le faubourg Saint-Germain, les Pères de l’Oratoire , qui leur éaient alors tout dévoués. Car depuis la mort du Père de Condren, le zèle pour la pureté de la foi s’était bien affaibli dans cette société; et mème plusieurs de ses membres défendaient leurs opinions avec tant de chaleur, qu'ils dlaient jusqu’à taxer d’hérésie ceux qui soutenaient les opinions contraires. Pour faire réussir ce projet d’établissement dans le faubourg, on employa le crédit des personnages les plus puissants. Le duc d'Orléans, oncle du Roi, et le président de Maison, qui étaient, entre autres, ls protecteurs déclarés de l’Oratoire, agirent si efficacement, que le succès de leurs démarches paraissait être assuré. « Dès que la nouvelle en fut répandue au sémi- » naire, elle donna sur l’heure, dit M. Olier, un tel abat- » tement à tous nos Messieurs, qu’ils ne savaient où ils » en étaient. Ils étaient convaincus que l'établissement » de l’Oratoire entraînerait la ruine du séminaire ; et que » si, au miliou de tant de contradictions, que l’ennemi » de tout ben leur suscitait chaque jour, pour leur faire » abandvaner cette œuvre et la réforme de la paroisse, »ils avaient encore sur les bras une congrégation qui » leur déclarerait une guerre ouverte, infailliblement » ils seraient contraints de leur céder le terrain pour se » fixer ailleurs. En effet, si des personnes qui nous trai- » tent d’hérétiques se mêlaient dans le faubourg, et al-
(4) Lettres aut, de M. Olier, p.