MISSION DE PRIVAS
résie par ses fondements (1). Il trouva en effet des héréti- PAM ee ques qui consentirent à envoyer leurs enfants à ces écoles, Bretonvilliers,1. et même à les donner à ses ecclésiastiques pour en ètre es par là déchargés (2). Mais les ministres, alarmés à cette (23) Matériaux nouvelle, firent tant sur l’esprit des habitants, que personne Dre PAT parmi eux ne voulut louer une maison aux missionnaires, 44: Olier,p.21. Ils furent six mois sans en pouvoir trouver, jusqu’à ce qu'enfin l’un des principaux de la secte consentit à leur (3) Yi de m.
| | 5 Olier, , louer la sienne, malgré l’anathème que le consistoire avait PT lancé (3). 1, p. 4,9,
Cette mission occupa M. Olier jusqu’à sa mort, c’est-à- X1.
dire, durant cinq années consécutives * (4). Nous en rap- LE porterons de suite les résultats. Sur la demande du servi- vas. Rétablisteur de Du, M. de Bretonvilliers fit partir pour le Dee Vivarais quatre ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sul- * nom 1, p. pie auxquels vinrent se joindre des missionnaires de dr Ibid, pay Lyon et d’autres prédicateurs. A peine se virent-ils à #52, 583.
portée 4’exercer leur zèle dans Privas, qu’ils tentèrent
ous les moyens de retirer des voies de la perdition, leurs
frères égarés depuis si longtemps : instructions publiques,
conférences particulières, douceur ct charité envers tous,
l'exemple d’une vie irrépréhensible, et la pratique de tou-
tes les vertus qu'ils prêchaient dans la chaire de vérité, tel
fut le genre d’attaque qu'ils livrèrent à l’hérésie et à ceux
qui s'étaient rangés sous ses étendards. Avec le secours de
la grâce, et cette confiance en Dreu qui triomphe du monde
et de ses erreurs, ils eurent bientôt soumis un grand nom-
bre d'hérétiques au joug de la foi. On comptait à peine dans
Privas quarante catholiques lorsqu'ils y commencèrent leur
mission, et, quelque temps après, ils étaient plus de trois
cents. Dès-lors Notre-Seigneur, exilé de cette ville depuis
ant d'années, fut remis sur son trône, et commença de re-
poser dans son tabernacle,'en faveur de ceux qui croyaient
R vérité du mystère de l’autel. Lorsqu'on vit les esprits
assez calmes pour n’avoir plus à craindre ni profanations
k82 PARTIE II, LIV. V.— SÉMINAIRES.
ni scandales, on rendit au très-saint Sacrement les hommages solennels qui lui sont dus; et, le jour de la Fôte- Dieu, on le porta en triomphe dans les rues et dans les places, avec toute la pompe et tout l'appareil que permettaient les conjonctures. Cette pompe, à laquelle se mêlait le son d’une multitude d'instruments de musique, frappa beaucoup, par sa nouveauté, les habitants de Privas; car, de mémoire d'homme, on n’avait vu dans cette ville ni processions, ni autres cérémonies publiques, quoique saint François Régis y eût autrefois prèché une mission, et con- () Wie de saint verti plusieurs Huguenots (1). Pour rendre donc ce triom- Jean - Frunçois , . é Régis par le Père phe plus éclatant, M. de Queylus invita tous les prêtres Patent, NX. es environs à venir en augmenter la pompe; et dans cette mème ville, où depuis plus de soixante ans, avant que Louis XIII l’eût prise, on n’avait soutlert la présence d'aucun ministre de la religion catholique, on vit jusqu'à (2) Vie de M. trente prêtres, revètus de leur surplis, précéder le très-
Olier, pur M.de . : RE Bronoiiiee. saint Sacrement. Les catholiques ne purent être témoins
‘hd. bp. 390.— Jun si consolant spectacle, sans verser des larmes de joie.
Giry, 1re partie, . ; 2e : :
ch. xx. — 4n- Il attira des lieux voisins plus de cinq mille personnes, née Dominicaine. . ns ñ ii ‘ Remarques his. ŒUi assistèrent religieusement à la solennité ; et, depuis toriques, 1. in, p. A A ss na A Ç s \ :
sas. — Joid, 1,4, Cette heureuse époque, elle s* renouvela sans trouble tous P. 47. — Gallia ]es ans, et sans aucune insulte de la part de ceux qui dechristiana,{. vu, à PA Ab rt : :
col. 4018. meurèrent attachés à l’hérésie des Sacramentaires (2). XII. On concoitaisément que les prêtres envoyés par M. Olier Douceur que : x CAPIS TRE F FR les missionnai. 2€ Parvinrentà remporter une victoire si glorieuse à la foi, res et les nou- qu'après avoir soutenu de grands combats, et essuyé beauveaux catholi-
ques opposent COUP d’affronts. Mais plus les ennemis de l’Eglise et de sa aux emportc- doctrine vomissaient contre eux de malédictions, plus la ments des hé- rence . 1 2 FRE réliques. main invisible de celui au nom duquel ils évangélisaient, répandait de bénédictions sur tous leurs pas. Ils eurent la joie de voir l’église de Privas fréquentée, l'ignorance de la doctrine catholique bannie de cette ville, les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie devenus aussi chers aux paroissiens nouvellement ramenés des ténèbres à la lumière,
qu'ils leu enfin, le ] une églisi tre-Seign vertis des Les Pr quelques ( les catholi convertir, sieurs s'ar le feu à le dans les fl:
une telle € ès de leu davantage qu'ils pers père pour l'avait élevi soumission tiquer enve que cet hon violence, lo lui demande M. Coude louse, et frè ut l’instru “nsacra pl cicore dans pour y faire de cet emplo de son zèle.
un Catéchis du prèche, il ks religionn
des tours Si
hom- Fûte- 1s les rmetnèlait frappa S; Car, lle ni e saint et contriomprètres t dans , avant l'ésence jusqu'à le trèstémoins de joie.
sonnes, , depuis ble tous qui de- (2).
M. Olier à la foi, vé beauet de sa plus la hisaient, urent la ice de la rements
aux pàumière;
MISSION DE PRIVAS#, 463 qu'ils leur avaient été en aversion depuis leur enfance (1)5 (9) Fu de “, enfin, le lieu qui auparavant servait de prèche, changé en sg Par une église, où le regret d’avoir si longtemps outragé Notre-Seigneur, faisait souvent répandre aux nouveaux &i- y de,par M. vertis des larmes en abondance (2). de Bretonvilliers ue | Lu, y, 892, Les Protestants opiniâtres et endurcis ue purent, eu quelques occasions particulières, retenir leur fureur contre les catholiques, et surtout contre ceux qui venaient de se convertir. Ils les traitaient d’apostats et de traitres, Plusieurs s’ameutèrent contre eux, jusqu’à menacer de mettre le feu à leurs maisons, et de les faire périr çux-mémes dans les flammes. Dieu ne permit pas qu’ils en viussent à une telle extrémité. La noirceur de leurs procédés et l’exs de leur emportement ne servirent qu’à faire éclater davantage la douceur, la patience et la fermeté de ceux qu'ils persécutaient. L'on vit une fille, maitruitée par son père pour avoir abandonné la secte dans laquelle 11 l'avait élevée, donner un bel exemple du respect et de lu soumission que la religion commande aux enfants de prutiquer envers ceux qui leur ont donné le jour, Peuduut que cet homme intraitable la chassait de sa maison avec violence, loin de se plaindre, elle se mit à genoux pour lui demander sa bénédiction (3). (3) Aid, psg. M. Couderc, tils d’un conseiller au parlement de ‘l'ou- sd xIII luse, et frère du supérieur de la communauté de Magnut, Suecés * dont fut l'instrument principal de ce renouvellement, auquel il Re ds wusacra plus de trente années de travaux. Il n’était point M, Gouderc, encore dans les saints Ordres, lorsqu'il fut envoyé à Privas pour y faire les petites écoles aux garçons; et il s’acquitta de cet emploi avec tout le succès que M. Olier avait espéré de son zèle. IL devint encore habile controversiste, et lussa un Catéchisme de controverse, qui a été imprimé, Au sortir du prèche, il montait sur un banc, et là, en présence de tous Les religionnaires, il réfutait le discours du ministre ave des tours Si piquants et si heureux, et tant d’éloquence
(0) Losai sur l'influence, ete, KW 1, p, 246,
(1 Vie Ms, de M. Olier, par M.
deBretonvilliers, du, p. 666,
* NOTE 2, p.
otù,
(8) Essai sur d'influence,t. 1, p. 243, 244, note,
Missions diverses,
4) J'ie,ibid. p.
dite
484 PARTIE II, LIVRE V, == SÉMINAIRES, naturelle, que chacun ne pouvait s’empècher del'admirer(), Il convertit ainsi plusieurs ministres et grand nombre de Huguenots, et fut, sans doute, du nombre de ces ecclésiastiques dont M. de Bretonvilliers rapporte, qu'ils défiaient chaque année les ministres dans leurs synodes, sans que jamais aucun de ceux-ci voulüt entrer en lice aveceux (2), Après la révocation de l'édit de Nantes, et lorsque, sur l'invitation du Roi, un grand nombre d'ouvriers évangéliques parcoururent le Languedoc*, M. Tronson associa à M, Couderc huit ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice, qui prirent pour leur partage le diocèse de Vivicrs (3). Ces diverses troupes de missicnnaires, envoyeés par M. Olier ou par ses successeurs, rrxouvelèrent tellement la ville de Privas, d'abord presque toute composée de Huguenots, qu'aujourd'hui ses habitants, si l’on en excepte environ la trentième partie, professeut tous la religion catholique. | Le serviteur de Dieu entreprit aussi la conversion des autres lieux du diocèse, où les Calvinistes avaient le plus de partisans, et procura à ses dépens un grand nombre de missions, qui, dans l’espace de cinq ans, renouvelèrent entièrement la face du diocèse. Viviers, Montpezat, Meyras, Burzet, Thueyts, le Péage, Jaujac, Valgorge, Larentière, Pradelles, Fay, Saint-Agrève, Villeneuve de Berg, Bourg-Saint-Andéol, Chalançon, furent successivement le théâtre du zèle des missionnaires. Partout où i's allèrent prêcher la foi catholique, on vit la grâce opérer des prodiges, qui firent admirer les immenses miséricordes du Seigneur, et le pouvoir de sa parole, lorsqu'elle est annoncée par des hommes remplis de son Esprit; car ils n'avaient, pour ainsi dire, qu’à se montrer dans une paroisse peuplée d’enfants des apostats de la foi, pour en faire des troupeaux de fidèles brebis, et de véritables enfants de la sainte Eglise Romaine (4).
Un des missionnaires marqua à M. de Rretonvilliers que,
peudant
tes les 1m journée tions, 80 La missic cace ets tous côté de conver grâce opé « J'avoue » que je1 » moi-mê » je me s » dans le » environ » Coré, do » tout atte » sion dar » ON ne v » mais auj » qu’il ét:
» sont aus » alors et :
piété s’y ét tes solenné faire tous c qu’on vit à paroisses q Dans le blir une m confiaient à tres qui, ve chassés de Il réunit p4 saint Sacre
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car ils
MISSIONS DIVERSES DANS LE VIVANAIS, 585 peudant tout le temps que dura la n'ission de Jaujac, toutes les maisons étaient fermées, les habitants passant la journée dans l’église, soit pour y entendre les instructions, soit pour prier et faire leur confession générale. La mission de Viviers, qui se fit dans l'hiver, fut si efficace et si édiflante, qu'il n'y eut point de carnaval. De tous côtés on parlait avec étonnement du grand nombre de conversions, de réconciliations, de restitutions que la grâce opérait tous les jours dans différentes paroisses. « J'avoue, disait M. de Bretonvilliers peu d'années après, » que je n'aurais jamais eru tout ce que j'ai su et vu par » moi-même, lorsque, par l’ordre de la divine Providence, » je me suis trouvé dans la nécessité de faire un voyage » dans le Vivarais. Passant par Thueyts, où l’on compte »environ dix-huit cents communiants, je vis M. de la » Coré, docteur de Sorbonne, lequel, tout ému encore et » tout attendri des grands biens qu'avait produits la mis- » sion dans cette petite ville, me disait : Avant la mission, » on ne voyait nulle marque de piété dans les habitants; » mais aujourd’hui, c’est un peuple tout différent de ce » qu’il était : l’église, les saints Offices et les Sacrements » sont aussi fréquentés maintenant qu'ils étaient négligés » alors et abandonnés,» Trois ans après cette mission, la piété s’y était sibien conservée, qu'aux dimanches et aux fètes solennelles, il n’y avait pas assez de prêtres pour satisfaire tous ceux qui désiraient se confesseretcommunier. Ce Head qu'on vit à Thueyts, on le remarqua dans toutes les autres deBratonvilliers : paroisses qui recurent le mème secours ({). 55. Dans le séjour que M. Olier fit au Puy, il désira y éta- se blir une maison pour élever les enfants que les Huguenots d’une maison confiaient à ses ecclésiastiques, et recevoir aussi tous les au- PS re ” tres qui, venant à embrasser la religion catholique, seraient des Huguenots. chassés de leurs maisons, comme il arrivait souvent (2). ” “4 MR
Il réunit pour cela les membres ile l’assemblée du très- (a Pie, par M.
: : A .. deBretonvilliers, saint Sacrement, établie sur le modèle de celle de Paris, tu, p. 346, 447.
et trouva un fonds pour le soutien d’une institution si utile. Nous ne connaissons point les fruits qu'elle produisit, mais
elle fut au moins le prélude des maisons établies depuis, dans plusieurs villes de France, sous le nom de Propago-
A Had tion de la Foi ou du Saint-Sacrement, et où l’on élevait des istoire de .
PEdit de Nantes, enfants hugnenots pour les rendre catholiques (1). Per-
par Beni tie nine ne désira plus vivement ces nouveaux étahlisse. ments que M. Olier. « Ne différez pas d’un moment la ré-
» ception de ces petits, écrivait-il à M. de Saint-Antoine...
» Vous me demandez si vous emploierez à cela la somme
» que je vous ai laissée au Puy:je vous réponds, non-
seulement cela, maïs tout ce que j’ai au monde ; et si mon
» sang valait quelque chose, je le tirerais jusqu’à la der-
» nière goutte nour leur soulagement. O mon fils, quel
» bonheur d'aider à ces âmes pour les sauver! Je veux que
PP tas » de ma part vous conduisiez vous-même aux pieds de la
145 et suiv. — » frès-sainte Vierge ces prémices des Cévennes, et qu'il Lettres spirituel-
les de M, Olier, » aïllent reconnaitre dans elle la Maîtresse par qui ils . 438. . Û 5 » tiennent leur bonheur et leur conversion (2) +. »
+ L'homme de Dieu ne borna pas ses travaux au diocèse de Viviers :
il procura une mission dans la ville d'Alais, au diocèse de Nimes, où
il fit acheter une maison, et laissa des ecclésiastiques. Cette ville,
qui n'avait point encore été érigée en siége épiscopal, se trouvant
voisine de quatre diocèses, il pensa que si l’on y établissait un sémi-
naire,on pourrait en espérer de très-grands seconrs pour ramener
les Hugüenots de ces quartiers. L'Évêque de Nîmes accueillit avec
empressement un dessein si avantageux à son diocèse, et donna tous
les pouvoirs nécessaires à ceux que M. Olier nommerait pour tra-
ne ie ds vailler selon ses vues (3). On ignore quelles furent les suites de cet deBretonvilliers, établissement : peut-être fut-il l'origine du séminaire de Nîmes, dont Lu, p. 355. on offrit dans la suite la direction à M. de Bretonvilliers et à M. Tron- Nu Es te son, mais qu'ils refusèrent l’un et l'autre, par défaut de sujets (4). Dans son, t. 1, p. 203. les Cévennes, un spectacle qui affligeait vivement M. Olier, c'était l'é- 20 février 168. tat d'abandon de plusieurs églises ruinées par les hérétiques. Fiers de leur nombre, ceux-ri formaient tes attroupements pour empêcher
de les reconstruire, ou détonrnaient les ouvriers de les rebâtir, LA