ÉTAT PRÉSENT DU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE DE VILLE- MARIE
NOTE 6, p. 513. — D'après les constitutions de la compagnie de Saint-Sulpice, tout le spirituel de cette société, c’est-à-dire,
+ On lit pareillement dans les Annales des Hospitalières, et avec aussi peu de fondement, que M. de Lauzon avait cédé l'ile de Montréal pour 50,000 écus, et
elc. VD.
Montréal en Ca-
(4) Premier établissement de À k ; la Foien la Nou- » vocable, en date du 9 mars, tout le domaine, les seigneuries, welle-France, 1.
» métairies, terres et autres droits sur l’île de Montréal (2). » Le 11, P- 52, 54, 55.
Tom, 11, p.
(3) Vies Ms. t.
D De 448.
(4)In-18, p. 47,
(5) {nnalesdes Hospitalières,
que celte somme fut payée des deniers de M. de Bretonvilliers, lorsque Saint- nada, Ms. in-ko
Su'pice fut mis en possession de la seigneurie (5).
Pe LE
(0) Recueil des conalilut, part, fre,
(2) Lettres de M. Tronson, 1.
ut,
(3) Ibid, t, x.
(4) Lettres de M. Leschassier à M. de Belmont, tom, x1v,
la nomination des sujets aux divers emplois, dépend entièrement du supérieur général et de ses douze assistants. Îlen est de même du temporel. Ce temporel, quoiqu'il appartienne à tout le corps en général, ne peut être administré légitimement que par le Supérieur et ses assistants, qui représentent tout le corps de la s0ciété(4). C'est pourquoi, sous la domination française, le Supérieur du séminaire de Ville-Marie, nommé alors par le Supérieur g6néral, n’agissait, ainsi que les autres Supérieurs des maisons par. ticulières, que comme simple procureur (2).
Toutefois, à cause de la distance des lieux et de la difficulté des communications, le Supérieur général donnait à celui de Ville-Marie une autorité plus étendue que celle qu’il attribuait anx Supérieurs des autres maisons, et lui abandonnait, par provision, l'administration du spirituel et celle du temporel, en lui adjoignant pour cela, et principalement pour le temporel, quatre membres de la maison qui formaient son conseil ordinaire. Ce fut ce que régla M. de Bretonvilliers dès l’établissement des ecclésiastiques de Saint-Sulpice à Montréal, ét re que maintinrent M. Tronson et ses autres successeurs (3). M. Leschassier écrivait à M. de Belmont le 18 mars 4705 : « il serait fort utile qu’en pre- » nant avis de ces Messieurs de là petite assemblée pour Le tem- » porel, vous preniez aussi avis pour le spirituel, c’est-à-dire, » pour la distribution des emplois, afin que lon examinät, soi- » gneusement et à loisir, s’il est à propos d'envoyer une per- » sonne desservir une telle cure, une telle mission, ou de l'en » retirer (4). »
Cet ordre de choses persévéra de même, tant que dura la domination française en Canada.
Par le traité de paix de 1763, qui fit passer ce pays sous la domination de l’Angleterre, il fut stipulé que tous les propriétaires de biens situés en Canada, qui ne voudraient pas devenir sujets Britanniques, auraient la liberté de vendre, ou de füire vendre par procureurs leurs biens, dans l’espace de dix-huit mois. D'après cette autorisation donnée par les rois de France et d’Angleterre, et d’après la donation de 1663, qui obligeait le séminaire
2mployer au bien du pays le revenu seulement des terres défrichées à l’époque du contrat (et qui ne s'élevait qu'à cent écus par an), le séminaire de Paris pouvait en conscience vendre toutes ses propriétés du Canada pour en transporter le prix en France. Bien plus, le roi d'Angleterre, par égard pour la compagnie de Saint-Sulpice dont tous les inembres he pouvaient devenir sujets Britanniques, déclara qu’elle aurait un terme plus long que dix-huit mois, pour procéder à la vente de ses hiens. Il fut même
res, extincti et voulant, :
les sacrifices d'Angleterre de Paris con:
lui de Mont:
Cette deman donc que le de jouir, mai sance; qu’en priété en fav Sur la rép Sulpice et so l'auraient pu tenir la relig que dans les ( cette cession réaliser les in mière clause unis au sémir par quelque « tière de Sair posséder, elle de cétte mèn sujet Britanni de ces biens qui voulurent et qui se trou temps, pour e roi d’Angleter ment de leur compagnie de Supérieur de \ du spirituel et assistants lave semblée géné l'abandon pur
drement question de les vendre au roi d'Angleterre, du moins il yeut pour (4) fssemblées e même cela un commencement de négociation entre les ministres du roi pps e , pice, le corps de France et l'ambassadeur du roi d'Angleterre à Paris (1). année 4764. r le Su- Mais le Supérieur général de Saint-Sulpice et son conseil, qui le la s0- seuls pouvaient légitimement les vendre, touchés du tort que la périeur religion catholique pourrait souffrir en Canada de l'extinction du leur gé- À séminaire de Ville-Marie, chargé alors d’un grand nombre de cuons pär- res, extinction qu’aurait opérée infailliblement la vente des biens, et voulant, au contraire, maintenir la religion au prix de tous lifficulté À les sacrifices qu'ils pourraient faire, demandèrent d’abord au roi celui de d'Angleterre, s’il permettrait que le séminaire de Saint-Sulpice ttribuait de Paris conservât toujours la propriété de ces biens, et que cepar pro- lui de Montréal continuât d'en avoir seulement la jouissance. lenlui Cette demande était contraire au traité de paix ; le roi répondit }, quatre A donc que le séminaire de Saint-Sulpice de Montréal continuerait e, Ce fut de jouir, mais sans dépendance de celui de Paris dans cette jouis- — s ecclé- M sance; qu’en conséquence, ce dernier se dessaisirait de la pro- (f? Jbid. Ré: : : ponse de milord intinrent priété en faveur de la maison de Montréal (2). Halifax. écrivait Sur la réponse du roi d'Angleterre, le Supérieur de Saintu’en p'e- Sulpice et son conseil, au lieu de vendre ces biens, comme ils Le tom- l'auraient pu, consentirent à les céder gratuitement pour maint-à-dire, MR tenir la religion catholique dans le Canada. Ils jugèrent d’ailleurs nât, soi- que dans les circonstances impérieuses où ils se voyaient réduits, uneper- M cette cession pure et simple était le meilleur moyen possible de de l'en A réaliser les intentions des donateurs, qui avaient mis pour première clause : que ces biens demeureraient inséparablement ra la do- unis au séminaire de Saint-Sulpice, sans pouvoir en être séparés par quelque cause ou occasion que ce fût; que la compagnie en- 8 la do- tire de Saint-Sulpice ne pouvant plus, par force majeure, les briétaires posséder, elle serait censée les posséder toujours par la partie dir sujets de cétte même compagnie qui, résidant en Canada, deviendrait e vendre sujet Britannique. En conséquence, ils firent un acte d’abandon 1ois. D'a- de ces biens à ceux des membres du séminaire de Ville-Marie, d’Angle- qui voulurent prêter serment de fidélité au roi d'Angleterre (3), (3) Æctes de Maéminaire et qui se trouvèrent au nombre de vingt-neuf (4). Et, en même pra ny rres dé- lemps, pour entrer pleinement et sincèrement dans les vues du 4764. ent écus roi d'Angleterre, ils les autorisèrent à dresser pour le gouverne- C'Araenn dre tou- ment de leur maison une constitution, semblable à celle de la yoncréut. en Fran- compagnie de Saint-Sulpice en général, et en vertu de laquelle le agnie de Supérieur de Ville-Marie et douze assistants auraient la disposition enir su- du spirituel et du temporel, comme le Supérieur général et ses long que assistants l’avaient eue de droit jusqu’à la conquête. Enfin l’asut même semblée générale de Saint Sulpice qui eut lieu en 1766 ratifia l'abandon pur et simple des biens du Canada, comme un sacri-
520 NOTES ice que le séminaire avait fait, qui pouvait contribuer au bien caces en la de la religion catholique dans le Canada, et maintenir dans M la méme ét (1) Ansemblée le séminaire de Saint-Sulpice l'esprit de désintéressement Sulpice d générule de 1766. qu'on y a toujours recommandé (1). naire de Le roi d'Angleterre ratifia tacitement la promesse qu’il avait les deux se donnée, et, en vertu de cette cession, les membres du séminaire pu jouir, | | de Montréal furent reçus à prêter foi et hommage au roi, et dite époqu Lo Mar song . reconnus pour vrais et légitimes possesseurs (2). Il est vrai que, À De sa pa Montréal, dans la suite, quelques officiers de la couronne leur contestèrent venir les sans motif la légitimité de leur possession. Ils prétendirent que # tenues jus cette cession était nulle, n’ayant pas été autorisée par lettres conscience patentes. Mais l'autorisation donnée diplomatiquement par le mission Inc roi d'Angleterre de céder les biens aux membres du séminaire ou collfge de Montréal, jointe *. celle du roi de France, dispensait de cette paroisse, el formalité, qui d'ailleurs n’était pas nécessaire, puisque la cession 4 Seuleme. n'avait pas opéré un changement de propriétaires, mais seule- séminaire ( ment un partage entre des possesseurs communs. On voulut pré- sommaire « tendre aussi que ces biens ayant été donnés au séminaire de À Dans ce de Saint-Sulpice, celui de Montréal, qu'on supposait être -étranger Saint-Sulpi à celui-là, ne pouvait les posséder iigitimement. Mais on mon- constitutio tra, par une déclaration expresse du Supérieur général de Saint- de Paris et d a ue Sulpice et de son conseil, du 15 février 1818 (3), certifiée authen- est en latin s éponse aux ojfi- lique par les autorités ecclésiastiques et civiles de Paris, et par pour Bervi Re de lu cou- [e consul général de Sa Majesté britannique en France, que les pice de Mo UE membres du séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, étaient dans la rég aussi bien membres de la compagnie de Saint-Sulpice que les que celles « autres établis en France, ou dans les Etats-Unis, quoique séparés 1 sonnes. Dai d'eux pour le temporel ; qu’ils étaient tous inscrits sur les re- celles qui r æistres de la compagnie, et inscrits tous comme membres de cette Sulpice, q compagnie ; que, s'ils venaient en France, ils seraient reçus au nosseigneu séminaire de Saint-Sulpice, comme les autres membres de la leurs foncti compagnie; qu'enfin ces manières de s'exprimer : membres de & nominatior la compagnie des prétres du séminaire de Saint-Sulpice de temporel, ( Paris, prétres du séminaire de Saint-Sulpice, prétres de assistants. ] a Saint-Sulpice, avaient toutes l: même signification, ne difté- Saint-Sulpis (4) Archives du, eu 20 ‘onstituti séminaire de aient qu’en ce qu’elles étaient l’abréviation l’une de Pantre. et constitution Montréal. ne désignaient toutes qu’une seule et même société (4). de Saint-Su Mais les mêmes contestations ayant encore été renouvelées de- quoique sép puis, le gouvernement Anglais crut devoir y mettre fin pour tou- la premièr( jours par une loi qui confirmât l’existence et les droits du £é- les biens si minaire de Saint-Sulpice de Montréal. Il est expressément porté Sulpice, a t dans cette loi, que le droit et titre des ecclésiastiques de ce et Les révolt séminaire aux divers fiefs dont il est en possession, sont conlirmés d’une manière absolue, déclarés bons et valables et effi-
au bien r dans sement
il avait minaire roi, et rai que, estèrent ‘ent que r lettres par le minaire de cette cession s seuleilut préaire de étranger 1 Monle Saintauthens, et par
, que les , étaient que les séparés les res de cette
reçus au es de la br'es de «pice de itres (le ne difféautre. et
elées depour touts du £éent porté es de ce sont Con es el effi-
DU LIVRE CINQUIÈME. h21
caces en loi, aussi pleinement, en la méme manière, et avec (1) An ordila méme étendue que les ecclésiastiques du séminaire de Saint- "ance to incor-
, , bporate the eccle- Sulpice du faubourg Saint-Germain-lès-Paris, ou du sémi- siustics of the naire de Saint-Sulpice de Montréal, avant la conquéte, où , pin of les deux séminaires, ou chacun d'eux, pouvaient où auraient S%"t-Suipice, ol
Montréal, anno pu jouir, faire et disposer desdits droit et titre avant la-w Victoris re-
dite époque (1). ginæ, cap. XXX.
De sa part, le séminaire a pris l'obligation de continuer à l’avenir les œuvres d'utilité publique qu’il avait entreprises et soutenues jusqu'alors, plus par zèle que par aucune obligation de conscience, c’est-à-dire, la desserte de la paroisse de Montréal, la mission Indienne du Lac-des-deux-Montagnes, le petit séminaire ou collfge de Montréal, les écoles pour les enfants de la même paroisse, enfin l’entretien de pauvres invalides et d’orphelins.
Seulement, le gouvernement exigea que les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice de Montréal présentassent un exposé sommaire de leurs constitutions, pour ètre approuvé légalement. Dans ce dessein, M. Garnier, Supérieur général des prêtres de Saint-Sulpice, envoya aux MM. de Montréal l’abrégé même des constitutions de Saint-Sulpice, présenté autrefois au parlement de Paris et enregistré dans cette com ; et ce même abrégé, qui est en latin, fut approuvé par le gouverneur général du Canada, pour servir désormais de règle à la communauté de Saint-Sulpice de Montréal, tant dans son administration intérieure, que dans la régie de son temporel ; on n’y fit d’autres modifications que celles qu’exigeaient les circonstances des lieux et des personnes. Dans ces constitutions il est dit, aussi bien que dans celles qui régissent le reste du corps de la compagnie de Saint- Sulpice, que les ecclésiastiques du séminaire sont soumis à nosseigneurs les Évêques dans les diocèses desquels ils exercent leurs fonctions, et que le spirituel du séminaire, c’est-à-dire, la nominatio” aux emplois, aussi bien que l’administration de son temporel, dépendent entièrement du Supérieur et des douze assistants. Par conséquent les ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, tenant toujours aux règles et aux constitutions de leur fondation, sont une partie de la compagnie de Saint-Sulpice, reconnue pour telle par tout le reste du corps, quoique séparés des autres membres pour le temporel; et ainsi la première condition de la donation onéreuse de 1663 : que les biens seront inséparablement unis au séminaire de Saint- Sulpice, a toujours été exécutée jusqu'ici, malgré les changements et les révolutions politiques survenus dans le pays.
DERNIÈRES ANNÉES DE M. OLŒR. SES MALADIES ET s4 MORT.
1652, Après que M. Olier eut ainsi travail'é aux œuvres du
M. OS 8. Zèlé; Diet voulut que les derhières années de sd vie ne prouve les dou- fussétit qu’une suite continuelle de croix, et qu'il trouvât, si A ee dans de longues souffrances, de quoi mettre le comble à ses ses autres ma- Ihérites. À peine était-il sorti, en 1652, de la maladie qui ee l'avait obligé à se démettre de sa cure, qu'il ressentit les douleurs de la pierre. Elles devinrent bientôt si aiguës,
qu’à voir les efforts qu’il faisait pour soutenir sou courage
on avait peine à comprendre comment il pouvait jour tou-
jours de la mêine tranquillité d'esprit. e IL fdüt avoir
» Éproüvé tout ce qu'il éndurait, dit M. de Bretonvilliers,
» pour savoir combien ses maux étaient insupportables. »
Cependant, au lieu de s'inquiéter et de se plaindre, il se
contentait d’offrir ses souffrances à Notre-Seigneür, en lui
exposant simplément son mal, ou en lui parlant le langage
le plus tendre. Au milieu de ses violentes tranchées, on
l’entendait répéter uuelquefois : Amour , amour, amour !
et, semblables à des traits de flammo, ces paroles produi-
saient toujours de si vives impressions sur ceux qui étaient
présents, qu’ils ne se retiraient point sans avoir pris la
résolution de mener une vie nouvelle. Dès qu'il fut délivré
des douleürs de la pierre, Dieu voulut l’éprouver par d’au-
tres infirmités, les hémorrhoïdes, et ensuite de violentes
douleurs de dents, qu'il endura avec la même résignation
NA . 4. pe et la mème patience (1). Tant de souffrances avaient con- Bretonvilliers,1. sidérablement äffaibli son corps, sans avoir pi néanmoins ds énerver son âme. Car ce fut pendant sa convalescence
même, par l'avis la grande sements, semblaien Mais a Midi, co par lord campagne qui appart avait cout et lui prot tous les s inspirer p« time. « Ja » tant de s » les seco » âme, à ce » moi (2).
pèlerinagé l'octivé de viendraien quelque en la fête. « L » coup, Et » jout que »lairent » je ne pui » conridisst » entretien » je ne pot » ur eXtér Par défé davantage préñdre le
es du ie ne uvât, ‘à ses le qui it les guës, rage
touavoir liers, les, »
il se n lui ngage 8, on our !
duiaient is la livré d’äuentes ation
cohhoins *enc8
SÉJOUR À LA CAMPAGNE. 523 même, qu’étant allé dans le Midi pour y passer l'hiver, par l'avis des médecins, il entreprit, comme on l’a raconté, la grände mission des Cévénnes, forma plusieurs établisséments, et revint bientôt à Paris, où d’autres œuvres semblaient demander sa présence.
Mais au retour du printemps, au lieu de regagner le IL. Midi, comme il en avait formé le dessein, il fut obligé, ras 4e par l’ordre des médecins, d'aller prendre du repos à la puis à Argencampagne, et se retira au château du Péray, près Corbeil, teuil, qui appartenait à madame Tronson(1). Cette vertueuse dame (4) Histoire du avait coutume de l'y recevoir depuis qu'il était infirme, "Leur. 1 et lui prodiguait toujours, avec un nouvel empressement, “> P- ‘46. tous lés soiris que sa piété et sa religion pouvaient lui inspirér pour une personne qu'elle avait en si grande estime. « Jamais Elie et Elisée, disait M. Olier, n’eurent » tant de sujet de prier Dieu pour les bonnes veuves qui » les secouraient, que j’en ai pour lui recommander cette » âme, à cause d’une si grande bonté dont elle use envers
» moi (2).» Du Péraÿ il se rendit à Argenteuil près Paris, Pr + rt
pèlerinagé célèbre”, qüi attirait un grand concours durant ss.
# NOTE À, p.
loctâvé de l’Ascension ; mais, craignant que ceux qui y Se
viendraient en dévotion ne l’obligeassent de leur faire
quelque entretien dé piété, il désira revenir à Paris avant
la fôte. « La compagnie, écrivait-il, m’incommoderait beau-
» coup, et plus que je ne pourrais me soulager par le sé-
» jour que je ferais dans cé lieu, où l’on doit respirer
» l'air en repos, en silence et liberté d’esprit. C’est ce que
» je ne puis faire, sans blesser ceux dont je parle. Ils ne
» conriäissent pas ina faiblesse, et soupirent après des
» etitretiens de piété, que, par charité, et pour l'édification,
» je ne poütrais ni ne devrais leuf refuser, ayant surtout Pan
» un extérieur qui marqué une santé assez bonne (3). » 1653. Par déférence à l’avis des médecins, il s'éloigna encore 1. oi fait
davantage de Paris; et, se jugeant assez fort pour entre- le pélerinage de
pen Fee eu de Sanmur. ll s’arprétidre le voyagé de Saumur, il désira aller en pèlerinage rêteà laSource.
52% PARTIE WI, LIVRÉ VI, — SÉMINAIRES. à Notre-Dame des Ardilliers. Les faveurs dont il avait toujours été comblé dans ce lieu, par l'entremise de Marie, lui faisaient espérer d’y recevoir encore de nouvelles marques de sa bonté.Il partit donc dans cette confiance, et prit sa route par Orléans ; mais les insomnies continuelles qu’il éprouvait, jointes aux chaleurs qui, cette année, étaient accablantes, et au danger de quelque renouvellement de fièvre, faillirent l’arrêter dès les premiers jours, et le faire revenir sur ses pas. Toutefois, s'étant trouvé mieux, il continua sa route du Larry, près d'Orléans, où il avait sé- 4) Letirrs, p. journé (1), et arriva heureusement à Saumur. Là, il com- 7. mença à goûter un peu de repos, quoique sa santé ne fût (2) Abid. vag. pas rétablie (2); et, après avoir satisfait sa dévotion (3), il 9 Ibid, vag. reprit le chemin de Tours, et s'arrêta près d'Orléans, dans un site très-agréable, où on l’avait prié de se rendre au château de la Source, qui appartenait alors à M. de Meule, l’un de ses amis. Il espérait que le repos, la fraicheur de l’air, et surtout les eaux de {a Source, alors en (4) lecherches grande réputation (4), lui procureraient quelque soulage-
historiques sur la ville d'Orléuns, MCNt. « On m’a conseillé ce petit remède, écrivait-il, pour
ur . “5 5 tempérer la grande ardeur demes entrailles ; je suis dans » l’appréhension d’une fièvre tierce, vù que j’ai toujours » les nuits inégales pour le repos, et qu’il a paru cette » nuit de l’émotion et quelque sorte de frisson caché. Je ne » puis pas trouver cependant un lieu semblable à celui-ci, SE Ole :» pour espérer quelque soulagement ailleurs de la situa- 553, 554. » tion du lieu, ou de la qualité de l’air (5). »
M. A 7 De la Source il partit pour Châtillon-le-Roi, dans la aux eaux de Beauce, où il retrouva les mêmes soins et les mêmes em- Thoury. pressements qu'au Péray. Laterre de Châtillon appartenait
| à Marguerite de Rochechouart, qui avait épousé Alexanrot dre de Sève, frère de madame Tronson (6); et toute cette
requetes. Atlic. honorable famille était également pénétrée d’estime et de
Sève.
G) Lettresau. vénération pour le serviteur de Dieu. Comme sa santé tographes de M.
Olier; p. 537.
ne se rétablissait pas non plus à Châtillon (7), il reçut
une let eaux de che, « » Bonté » nous » dence M. Olie tourner de la m:
tion (3), Dieu, viteur, visite. Q allait à | des âme dit: « Bid » rer dal Il répon » l’état Q » chose ( bien pré M. Olier qu’elle à devons :
allait êt pour se de faible lon ses A l’occa
+ Thou Chambor taine ent la fontai autrefois très-loin pestilent:
Lourie, Narprit qu'il ent at de faire x, il it sécomne fût (3), il léans, ‘endre M.de a fraiors en ulage- , pour s dans ujours u cette b, Je ne lui-ci, situa-
ans la es emtenait lexane cette à et de santé recut
SÉJOUR A LA CAMPAGNE, 625 une lettre de son médecin, qui lui conseillait d'aller aux eaux de Thoury en Sologne +, Il se mit aussitôt en marche. « Nous tenterons ainsi toutes les ouvertures que la » Bonté de DrEu nous donnera, écrivait-il, et puis nous » nous tiendrons en repos dans les bras de sa Provi-
» dence (1). » Mais le temps s'étant tout-à-coup refroidi, 059" " M. Olier, d’après J’avis de son médecin, prit le parti de re- x 9 Ibid, psy. tourner à Châtillon (2), et de là au Péray, où il fut frappé (9 4nnée Dode la maladie qui devait achever l'œuvre de sa sanctifica- "un Hurt tion (3), et terminer sa vie. ques t Mi, pe Dieu, par un effet de sa conduite ordinaire sur sou ser- Y.
viteur, l'avait préparé depuis longtemps à cette nouvelle Dmæv prépare visite. Quatre ou cinq mois auparavant, lorsque M, Olier peer reg allait à la campagne, pour une affaire importante au bien
des âmes, une personne, qui était avec lui en voiture, lui
dit: «Bientôt vous serez dans un état qui vous fera demeu-
» rer dans le monde, comme si vous n’y étiez point(#),n» (4 Wie,par M. IL répondit sans hésiter : « Je serai content d'être dans ré a, » l’état où DIEu me voudra : je ne désire et ne veux autre
» chose (5). » A cet avertissement, Dieu ajouta une faveur (5) fie de M. bien précieuse, un amour extrême de la croix, qui portait Give Parties M. Olier à parler sans cesse de ses avantages, des biens ch xt. qu’elle avait apportés au monde, et de l’amour que nous
devons avoir pour elle. Craignant que la maladie dont il
allait être frappé ne se déclarât en chemin, il avait usé,
pour se rendre au Péray, de toute la diligence que son état
de faiblesse pouvait lui permettre (6), et y était arrivé, s€- (9 J'ie, par M. lon ses désirs, avant le 8 septembre, fête de la Nativité, dl ei
, liers, 4.1, p.398, A l’occasion de cette fête et de celle de l’Exaltation de la #7:
+ Thoury est un bourg du Blaisois, à peu de distance du château de Chambord, On y voit, sur le chemin qui conduit à Varenne, une fontaine entourée et recouverte de maçonnerie, et appelée, dans le pays, la fontaine de Saint-Roch. Cette source, qui est ferrugineuse, était autrefois en grande vénération dans la Sologne, et l'on y venait de très-loin pour boire de son eau, afin de £e préserver des maladies pestilentielles, Flle est encore fréquentée aujourd'hui,
526 PARTIE I, LIVRE VI. = à} WINAiAS, sainte Croix, il fit exécuter de petit: :* reéuux, où Marie enfant était représentée, portant dans ses mains des croix qu’elle distribuait à des ecclésiastiques, selon la grandeur de l’amour qu'elle ayait pour eux, et selon l'excellence des œuvres que son divin Fils voulait opérer par leur minis- (!\ Wie, p. %8. tère (1). Le jour même de la Nativité et durant l’octave de cette fête, il ne cessa de demander ardemment à Dieu la grâce d’estimer et d'aimer les croix, et prit la résolution de s’efforcer d’en imprimer le respect et l'amour dans tous les cœurs, s’accusant de n’en avoir pas assez parlé dans les entretiens qu’il faisait au séminaire, et, selon son EX (9) “png pression, de n'avoir pas assez battu et pressé ce sujet (2). We de M, out ce qu’il disait touchant cette matière était plein d’é- Ernst par M 8e nergie, et elle devint presque l’unique objet de ses con- 11, p. 898, sw Versations (3).
Vi. Enfin, lorsqu'il fut ainsi préparé à l’état d'épreuves dans rap Nr lequel il devait finir ses jours, le 26 de septembre, per.plexle, dant qu'il était seul dans sa chambre en oraison, vers huit
heures du matin, il fut frappé d’une apoplexie, qui leren-
(Ai Jbid. pag. dit paralytique de tout le côté gauche(#). Sa première pen- 1 pat, F8 sée fut alors de s'offrir à Dieu en qualité d’hostie, selon Jiry, te parle, lo vœu qu’il en avait fait depuis longtemps, et de s’aban-
ch. six, — emarques lusturi- donner sans réserve, en union à JéÉsus-CHRIST mourant
Pts ue sur le calvaire, pour recevoir le coup de la mort, de la manière et dans le temps qu’il plairait à la divine Majesté. Cet accident lui avait laissé la liberté de l’esprit, et l’usage de tout le côté droit : il fit quelque bruit sur le plancher, pour appeler du secours ; mais, personne ne se présentant, il demeura couché de Ja sorte, adorant la justice de Dieu, qui l’ordonnait ainsi pour sa plus grande gloire, et se trouvant content d’être délaissé même jusqu’à la mort, pour honorer celle de Jésus-CuRtsT, ghandonné de presque tous les siens. À la fin, quelqu'un étant entré par hasard dans sa chambre, et l'ayant trouvé étendu par
terre, incapable de se relever, M. Olier se mit à sourire
sensible ; ( très-adoral sa Provide ment par ( qui avait « gourdir se ces traitem la santé 1:
membres çait même chirurgien coups de re sentiment accompagn » est moir ecclésiastio rurgien pa:
pendant to un seul sa elle eût été guait une 1 soupir hors de nouveau
PARALYSIR DE M. OLIER. 697
bé doucement : tant il conservait le calme et la paix de son (0 in par N.
roix âme (1). hors 1.11, p.408, deur Sa parfaite conformité à la volonté de Du ne parut" vi. ; des pas seulement dans cette première épreuve. Les suites de Courage ad-
mirable du serare l'accident qu’il venait d’essuyer montrèrent jusqu’à quel viteur de Lieu
se point l'amour du sacrifice, que respirent ses écrits, était
profondément imprimé dans son cœur. Dès qu’on l’eut relevé et mis au lit, et qu’on commença à lui faire les traitements ordinaires, il les supporta tous, non pas seulement dns ayec patience, ce ne serait pas dire assez ; mais avec joie Mn et eœultation, comme le rapportaient ceux qui s'étaient
\ trouvés auprès de lui. Cette joie n’avait pourtant rien de et (2). A
| sensible ; elle était un effet de son grand amour pour la
n d'é- très-adorable volonté de Dieu, et de son abandon parfait à sa Providence; car du reste il n'avait pas perdu le senti- Fe ment par cette apoplexie, qui n’était qu’à demi formée, et ere qui avait dégénéré en paralysie trop imparfaite pour en- 4 rar gourdir ses sens ; en sorte qu’il ne souffrait pas moins de FA ces traitements si douloureux, que s’il les eût endurés dans la santé la plus entière. Pour rendre le mouyement aux membres paralysés, on usait de ventouses ; on lui enfonçait même des lancettes bien avant dans les épaules (2). Le & Ibid, p.406, chirurgien, sans l’avoir averti, lui donnant d’abord des coups de rasoir jusqu’au sang, M. Olier fit paraître quelque sentiment de douleur par un mouvement involontaire, accompagné de ces paroles : «Il aurait fallu m'avertir, on »est moins surpris lorsqu'on s’y attend. » L’un de ses ecclésiastiques lui promit de le prévenir, quand le chirurgien passerait à l’autre épaule. IL l’avertit en effet; et, pendant toute cette seconde opération, M. Olier ne jeta pas un seul soupir, et ne fit pas plus de mouvement que si elle eût été faite sur uu corps étranger(3). Comme oncrai- (3 Attegtations gnait une nouvelle apoplexie, pour peu qu’on le vit s’as- autegraph Olier, soupir hors le temps du sommeil, on le tourmentait tout 4%. de nouveau, et on lui faisait prendre presque continuelle-
EU la ution 3 tous
$ CONn-
ment des médecines, qui donnèrent un grand exercice à sa
patience. Car Dieu permit qu’il éprouvât alors, pour ces
breuvages, l’opposition la plus forte, et mème que l’usage
en devint très-incommode, par la nécessité où le mettait
sa paralysie, de les garder cuillerée par cuillerée dans la
bouche, avant de pouvoir les avaler. Le gosiern’ayant pas le
(1) Pie de m. eu et leressort ordinaire, ilne les prenait que goutte à goutte
7. me . e et fort lentement ; cequi ajoutait beaucoup à l’amertume et u, D. 407,408. au dégoût que causait déjà la nature des remèdes (1).
PLUS ” Non-seulement il montrait une patience toujours égale
M. Olier dans dan une si accablante position, mais il souriait agréable-
cette maladie, ment à tous ceux qui lui apportaient quelque chose à
prendre, les encourageant à ne le point épargner, et à lui
offrir sans crainte tout ce qui répugnait le plus au goût,
dès qu’il était prescrit par le médecin. Cette douceur et
cette affabilité faisaient l’étonnement de tous ceux qui
l’approchaient. Ils ne pouvaient comprendre comment le
malade seul était si content et si joyeux, tandis que tous
les autres avaient peine à se consoler de ses souffrances.
En effet, la paralysie, qui avait frappé toute une moitié de
son corps, le rendait tellement immobile, qu’il ne pouvait
plus setourner d’un côté sur l’autre, ni prendreses aliments.
{fallait le servir comme un enfant à qui l’on met les mor-
ceaux dans la bouche; extrémité qui, loin de l’affliger, quel-
que humiliantequ'elle fût, était pour lui une source abon-
dante de joieset de mérites, parles pieux sentiments qu’elle
Jai donnait lieu de former dans son cœur. Il adorait alors
Notre-Seigneur Jésus-Cnrist enfant, et se conformait aux
@ fbid. 1. n, saintesdispositions dans lesquelles ce modèle parfait d’obéis-
ab sance, tant qu’il voulut être assujetti aux faiblesses de l'en-
crade MU: fance, recevait ce que lui présentait sa très-sainte Mère (2).