‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme]Chapitre 40 sur 269 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Son empressement à entrer

prolongées, le moindre mouvement d’impatience : tant il avait acquis d’empire sur lui-même. Dans plusieurs circonstances DIEU se plut à bénir visiblement la conduite

” si douce et si indulgente de ce bon pasteur : car des hom-

mes engagés dans le péché, venant lui rendre visite par pure bienséance, se trouvaient convertis et gagnés à Dig, après la conversation, quoiqu’elle eût roulé sur des matières souvent indifférentes. Il était quelquefois accablé du grand nombre de personnes qui venaient le visiter ou le consulter; et lorsqu’à la fin du jour, ses confrères, le voyant tout épuisé de fatigue, lui proposaient d’en renvoyer quelques-unes au lendemain : « Le temps n’est pas » à nous, répondit-il, il appartient à Jésus-Curist. I] » faut en employer tous les moments selon ses ordres, et » puisque sa divine Providence permet que ces.personnes » viennent maintenant à nous, bien loin de les refuser, » nous devons, par hommage et par soumission à cette » Providence adorable, les recevoir avec joie et avec » amour. »

Cet empressement à servir le prochain était, dans M. Olier, la marque d’une charité si éminente, que M. de

dans les inté- Maupas a cru devoir en faire mention dans l’oraison funè-

rêts de tout le

monde,

bre de saint Vincent de Paul, et rendre à l’un et à l’autre ce beau témoignage : «Je n’ai jamais rien vu de pareil à » feu M. l'abbé Olier et feu M. Vincent... Etant surchar- » gés d’affaires, et toutes affaires importantes à la gloire » de Dieu, sitôt que l’on demandait leur secours, vous » eussiez dit que toutes les affaires cessaient, et qu'ils » n’avaient plus rien à faire, sinon de consoler votre cœur » afiligé. Avez-vous quelque peine extraordinaire ou d’es- » prit ou de corps? Adressez-vous à M. Vincent, ou à » M. l’abhé Olier, et je dirai de l’un et de l’autre, ce que » saint Anselme et Théophylacte disaient de saint Paul : » Patitur suas, et simul aliorum infirmita:rs toierat et so- » latur : tolerat infirmitates singulorum, et simul de com-

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M. OLIER PERFECTIONNE LES AMES. 11 » muni salute et de toto orbe sollicitus est. Il soufre ses » peines, eten même temps il a soin de soulager celles » de tout le monde. Combien de fois a-t-on dit, en sor- » tant de leur conversation : MVonne cor nostrum ardens » erat in nobis, dum loqueretur in via? Combien de fois » a-t-on dit, en adorant l’infinie bonté de notre Dieu: » O que le cœur de Drev est bon ! Ô que le cœur de Dieë » est aimable, puisqu'il a formé de si bons courages, puis- » qu’il a logé de si bons cœurs dans la poitrine des hom-, » mes (1)! »

Ce fut cette charité vraiment pastorale qui attira sur le IX. ministère de M. Olier les plus abondantes bénédictions. ep On vit des magistrats, des seigneurs, des dames de la embrassent la plus haute qualité, s’appliquer tous les jours à l’oraison Poe LS mentale, à la lecture spirituelle, et adopter l’usage des piété. exercices les plus édifiants sans toutefois que les devoirs propres de chaque condition en souffrissent le moindre préjudice, et qu’une dévotion mal entendue donnât lieu de décrier la piété. Il exhorta, avec le même succès, un grand nombre de ses paroissiens à suivre un réglement de vie, qu’il traça pour eux, et leur assigna certaines heures, soit pour de pieuses lectures, soit pour visiter le très-saint Sacrement, soit pour aller assister les pauvres, les malades et les prisonniers. Il recommandait à tous les maitres de veiller fidèlement sur la conduite et sur les mœurs de leurs domestiques, de respecter et de faire respecter, par leur exemple, les lois de l’Eglise. en particulier, celles du jeûne, de l’abstinence, de la sanctification des dimanches et des fêtes; menaçant des plus grands malheurs ceux qui, non contents de les transgresser, les faisaient ou les laissaient transgresser par les autres. Il exhortait les pères de famille, surtout les riches et les Grands, à régler leur maison, leur table, leur ameublement, toute leur dépense en un mot, selon les lois de la modestie chrétienne et de la

(4) Oraison funèbre, par M. de Maupas, p. 35.

(D Wie Ms. de Sobriété évangélique; à pacifier les différends ; à racheter DM à leurs péchés par des aumônes proportionnées à leurs fanm pie … cultés; à remplir fidèlement et les devoirs communs à tous

liers.—Par le P. es chrétiens, et ceux qui étaient propres de leur état; à Giry, part, dre, . F , »

ch. xvi, — 4un, SanCtifier enfin toutes leurs journées par le bon usage d’un

de Rem nier, temps dont ils devaient rendre un jour à Dreu un compte

t.1, p. 40. sévère (1).

LS NES Mais pour accréditer hautement la piété, il conçut le ser la piété “Projet d’une association composée de gentilshommes, qui, EE res en travaillant à leur propre sanctification, se proposassent blit la compa- de contribuer à celle de toute la noblesse, selon les She de la Pas- moyens que Dieu leur en donnerait, comme aussi d’empêcher le mal et de procurer tout le bien qu’ils pourraient, toutes les fois qu’ils en auraient l’occasion. M. Olier avait reçu de Dieu le don d’inspirer le goût de la vertu, et de faire embrasser les pratiques de la vie chrêtienne aux personnes du monde les plus engagées dans le siècle, ou les plus exposées à en prendre l'esprit. Aussi parvint-il à réaliser ce projet, si difficile en apparence; et, ce qu’il y a de plus étonnant, c’est qu’il composa cette société d’environ cent gentilshommes de la première distinction , la plupart connus par des exploits militaires, et encore engagés dans l’armée ou à la cour. Ils se proposaient « de » faire revivre en eux, par l’union la plus sincère et la » plus cordiale, l'esprit des premiers chrétiens. » A la persuasion de M. Olier, ils pratiquèrent tous de concert les exercices de la retraite, et ils s’engagèrent à faire « une » profession publique, mais discrète, de renoncer aux » maximes du monde, contraires à celles de l’Evangile; » menant toutefois à l’extérieur une vie commune, chacun » selon ses obligations particulières, eu égard à son » état, à sa condition et à ses emplois.» Ils convinrent aussi d’honorer, par une dévotion particulière, le mystère de la passion de Notre-Seigneur; ce qui leur fit prendre le

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"M. du Clusel (1).

M. OLIER ÉTABLIT LA COMPAGNIE DE LA PASSION, 13 nom de Compagnie de la Passion. Cette dénomination devait les faire ressouvenir d’être toujours prèts à « con- » damner, à l'exemple de Jésus-Cunisr, les maximes du » monde, aux dépens mème de leur sang, afin de s’opposes » avec force à tous ceux qui, pour les soutenir, sont si » prompts à répandre le leur.» Ce sont les termes du réglementqui fut dressé à ce dessein, et dont tous les articles au nombre de trente-six, ne respirent que piété et sauce

Un serviteur de Marie, aussi zélé que M. Olier, ne pouvait oublier les intérèts de cette Reine du ciel dans le plane de vie qu’il leur donna. Les membres de la compagnie ne devaient point « faire de voyage, soit à l’armée, soit dans » les provinces, sans aller, en partant de Paris, implorer » son assistance à Notre-Dame. » Ils devaient y aller encore à leur retour, pour la remercier des grâces et des faveurs qu'ils en avaient reçues. L'emploi principal et le plus ordinaire de ces gentilshommes devait être de ne rien négliger « pour abolir les duels, les blasphèmes et les » jurements, si communs dans leur profession. » On leur recommandait encore de « fortifier les faibles contre la » honte qui Jes empêcherait de se déclarer pour le service » de DrEu, » surtout dans le commerce de la cour, et contre la tyrannie du siècle, qui semblait faire du libertinage une nécessité pour vivre et paraître dans le monde. Les principaux membres de cette compagnie furent le baron de Renty, le duc de Liancourt, le maréchal de Fabert, le marquis de Fénelon, le vicomte de Monthas, maréchal-de-camp, M. Desgraves, M. d’Alzan, M. de Bour-

(4) Pie Ms, de

donnet, mestre-de-camp, M. du Four, M. de Souville, x. otier, par M,

Celui qui seconda le plus M. Olier, fut le baron de Renty, dont la vie édifiante a été donnée au publie, et que le

de Bretonril-

liers,

M. Olier di-

rige le baron de

docteur Burnet met parmi -les plus grands modèles que la Renty.

France ait fournis en ce siècle (2), Quelques années après

(2} Vie de saint

Vincentde Paul,

14 PARTIE I. LIVRE V. PAROISSE. — 1046, par Collet, 1. 1, ]a mort du Père de Condren, son directeur, il se mit sous p. 945, note, ,

la conduite de M. Olier, et eut avec lui, dès ce moment,

les rapports les plus intimes. Comme il avait obtenu cette

râce en faisant intervenir la sœur Marguerite du Saint-

Sacrement, religieuse Carmélite de Beaune, dont nous

parlerons dans la suite, il écrivit à M. Olier, après la

ort de cette grande servante de Dieu : « Je ne lui ai pas

une petite obligation de vous avoir prié dé me souffrir.

» Vous le ferez encore pour l’amour de Notre-Seigneur, et

» celui que vous portez à ceite sainte âme; et je serai

» à votre égard pénétré de tout le respect que je vous

» dois, ou qu’au moins ma faiblesse me permettra de ren-

» dre au règne de Dreu en vous. Je vous supplie de souf-

FU Plone » frir l’alliance de ce pécheur (1). » Quoique M. de Renty

Olier,p.258. ne fût point paroissien de Saint-Sulpice, il s’était offert à

M. Olier pour travailler, sous sa conduite, à gagner des

* NOTE 3, p. âmes à Jésus-Cnnisr, et à répandre dans le monde ies LLE maximes de la piété chrétienne *.

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