M. OLIER FAIT RESPECTER LE LIEU SAINT
souvent il parcourait en personne toute l’eglise, pour s'assurer de la modestie des fidèles. 11 chargea même quelques-uns de ses prêtres d'examiner, pendant les saints Offices, si les assistants avaient un maintien religieux, et de contenir dans le devoir ceux qui ne garderaient pas le silence (1). Les dames de qualité avaient alors la sotte va- un nité de faire porter les longues queues de leurs robes, p. 35, 36. — Remême dans l’église : il parvint à réformer cet abus, en Et es leur faisant comprendre que, dans la maison de Dieu, Grands et petits, tous doivent s’humilier profondément, et ne paraître que comme de vils serviteurs, indignes d’être admis en sa présence (2). Il voulait que ses prêtres re- 9 4ie par 2: fusassent la sainte communion à toutes les dames qui n’é- diers.—Rem. histaient point vêtues selon toutes les règles de la décence (3). ea abs Un jour de fête solennelle, une jeune dame de qualité se 4 présenta à l’offrande pour rendre le pain bénit, dans une parure peu modeste ; M. Olier l’ayant aperçue, en descendant les marches du sanctuaire, jeta sur elle un regard grave et sévère, et lui fit, en présence de tout le peuple, la correction que la publicité de ce scandale demandait. Interdite et déconcertée, elle retournait vers sa place, tenant toujours à la main le cierge qu’elle était venue offrir; et comme l’écuyer qui l’accompagnait, selon la coutume de ce temps +, lui faisait signe d’aller le porter au sanc- ; Versa tuaire : « N'y venez pas derechef, dit alors M. Olier ; VO- chant M. Olier, » tre offrande ñe serait pas reçue (4). » Pur
Par respect pour la présence et les avis de ce digne pasteur, il n’y avait presque personne qui ne vint là l’église dans une mise tout-à-fait conforme aux règles de la plus sévère modestie ; et l’on voyait même des dames de la première condition se dépouiller auparavant de certains ornements que les personnes chrétiennes, de leur rang,
+ D’après l'étiquette d’alors, toutes les dames de qualité devaient être accompagnées d’un vieux serviteur, qui avait le titre d’écuyer.
ne faisaient pas difficulté de porter. Il est vrai que, comme un pasteur vigilant, il ne négligeait jamais de donner des avis particuliers toutes les fois qu’il en avait l’occasion favorable, de peur qu’au tribunal de Dieu, on ne lui reprochât de n'avoir pas fait, pour une seule de ses ouailles, ce à quoi sa charge l’obligeait. Mais, à moins d’un scandale public, ses avertissements étaient accompagnés de tant de charité et de douceur, qu’ils n’offensaient jamais personne. Faisant un jour une conférence aux membres de la confrérie du très-saint Sacrement, il aperçut une dame d’honneur de la Reine, que la princesse de Condé avait amenée à l’église, et qui n’était pas vêtue avec assez de décence. Pour l’en reprendre, il s’avisa d’un expédient, qui, dans un autre, aurait pu paraître bizarre, et qui, néanmoins, eut tout l’effet qu’il s’en était promis. Ce fut de lui envoyer une épingle, en lui faisant dire agréablement que c'était pour attacher le mouchoir qu'elle avait au cou. L’aménité qui accompagna la correction, le ton de douceur que le serviteur de Dieu sut y mêler, en tempérèrent toute l’amertume, et les assistants ne furent pas moins édifiés de la soumission et de la re-
(WAttestations connaissance que témoigna cette dame, que de la charité et
autographes, p.
Réglement
du zèle de ce vigilant pasteur (1).
M. du Ferrier rapporte quelques traits dignes de re-
concernant. les Marque, qui montrent la liberté toute apostolique avec
mariages et les questions à faire aux pénitents.
laquelle M. Olier traitait les Grands aussi bien que le peuple, dans les choses qui concernent le salut. « Nous éta- » blimes, dit-il, un réglement inviolable : ce fut de ne » marier personne, que les contractants ne fussent venus » trouver M. Olier, afin d'apprendre leurs obligations, » et de répéter leur catéchisme. La mère conduisait sa » fille, et le fiancé y venait seul. Ils récitaient les com- » mandements de Du, et les points nécessaires de la » doctrine chrétienne. Les grands seigneurs le faisaient » avec beaucoup de civilité et de respect. On recomman-
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MADAME LA MARÈCHALE LE RANTZAU. nm
» dait aux ecclésiastiques de la communauté d'interroger , (! Mémoir. de M, du Ferrier,
» leurs pénitents sur les articles de la foi, que plusieurs p. 1, 320, — » ignorent. Je puis dire que je trouvai un des premiers Mr og » seigneurs de la cour, que j’inter ai sur son caté- ni Le » chisme, et qui confessa ne l'avoir jamais appris. Je lui Pie À da » en donnai un, que j’allai lui faire répéter , eomme à un t. u,p. 210.
» petit enfant : ce qu’il faisait avec humilité (1).
Madame de Rantzau, femme du célèbre maréchal de ie 7. ce nom, offrait aux paroissiens de Saint-Sulpice des difants de la exemples d’humilité non moins remarquables. Après Marichale de avoir abjuré l’hérésie de Luther, elle vint s'adresser à de Treuille et M. Olier, qui, ne pouvant se charger de sa conduite, à Pari SAME cause de ses nombreuses occupations, l’adressa à l’un de ses ecclésiastiques ; et celui-ci s’attacha surtout à lui faire comprendre que, plus elle était élevée dans le monde, plus elle devait s’abaisser devant Dreu. Au commencement, il allait la confesser dans une chapelle, où elle avait coutume d’assister au saint Sacrifice; mais, voulant um jour l’éprouver, il vint se placer près de l’escalier de la chaire, entre un pilier et un passage très-fréquenté ; et, madame de Rantzau lui ayant envoyé son page pour le prier de vouloir bien se rendre dans la chapelle , il lui fit dire qu’elle prit elle-même la peine de venir le trouver. La maréchale obéit sur-le-champ, en suivant son écuyer, qui la fit passer au milieu d’une foule de pénitents, qui attendaient le moment de se confesser, et la plaça tout près du confessionnal. Cette circonstance fournit au eonfesseur l’occasion qu'il cherchait d’humilier sa pénitente.
Dès qu’elle eut achevé sa confession, il lui reprocha son orgueil, lui témoignant qu'il ne Pavait vue qu'avec douleur passer la première, et fouler aux pieds tous ceux qui attendaient déjà avant qu'elle vint, au lieu de s'approcher avec humilité, et d’attendre elle-même comme les autres. Cette correction fit répandre des larmes à madame
28 PARTIE 11. LIVRE Ve PAROISSE. — 1646.
de Rantzau, et produisit son effet. Car depuis, elle ne s'ap-
procha jamais du confessionnal qu’en se trainant peu à
peu sur les genoux, à mesure que les premiers en étaient
sortis. Elle avait un carreau devant elle ; mais au lieu de 4 it enore, . s’y agenouiller, elle avait l’adresse de le couvrir, en sorte p. 203, 204, qu'elle était immédiatement sur le pavé (1).
Pour la faire avancer dans la vie parfaite, son confesseur lui prescrivit une heure d’oraison mentale le matin, à quoi elle ne manquait jamais ; de plus il lui défendit le bal, la comédie, et tout ce qui peut contribuer à la vanité, excepté ce que son mari exigeait d’elle absolument, comme saint
(2) Sainé Aug, Augustin le marque à Ecpicie (2). Elle s’appliquait avec peur A ‘me soin à la conduite de sa famille, et à l’instruction de ses dosp 1, col. mestiques, qui étaient pour la plupart Luthériens. Elle les
conduisait elle-même, chaque dimanche, au catéchisme à la paroisse, se plaçant au milieu d’eux : ce qui leur devint si salutaire, qu’en moins de deux ans il y en eut soixante qui firent leur abjuration +; et qu’enfin toutes ses demoiselles, ses pages et ses laquais, à l'exception d’un trèspetit nombre, embrassèrent la religion catholique. La Reine-mère, qui estimait beaucoup madame de Rantzau, ne doutait pas que Dreu ne lui accordât la conversion de son : ” NOTE 4, P: mari, comme la chose arriva en effet *. De l’avis de son confesseur, elle s’appliqua même à la conversion des hérétiques , en quoi elle réussit avec un fruit admirable. Elle était secondée par deux dames très-instruites, madame de Treuille, femme d’un capitaine des mousquetaires, et madame de la Rochejacquelein, à qui Dreu avait donné une
+ On sait que les grands seigneurs ‘de ce temps se faisaient gloire d’avoir un nombre considérable de serviteurs. L'auteur de la Vie de la mère Gautron, parlant de madame de la Plesse, veuve du marquis » de Laval, rapporte qu’elle avait, «dans sa maison, jusqu'à cent do- » mestiques, et que nul n’était oisif, presque tous travaillant pour le » service des pauvres. » Liv. 111, p. 499
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