VOYAGE LE BRETAGNE
sur les terres qu’ils âvaient arrosées de leurs sueurs, que pour conserver leurs premières conquêtes, ou pour en faire de nouvelles, tout le temps qu’il ne donnait point à l’oraison, il le consacrait, soit à ramener à Dieu des âmes égarées, soit à perfectionner et affermir les conversions qu’il avait laissées imparfaites.
Au sortir de Clisson, il alla, comme il l’avait résolu en quittant Paris, visiter à Vannes ': tombeau de saint Vin- i)mémaut. à ç cent Ferrier, l’apôtre de la Bretagne au xv* siècle (1)°. + Done ve ne sa piété envers la mère de la sainte Vierge ne lui permit M. de Bretonvilpas de quitter cette province, sans faire aussi un autre pè- gr til lerinage très-renommé, celui de Sainte-Anne d’Auray, qui 91: n’est qu'à une petite journée de Vannes (2). Quoique la pélerinage à dévotion des Fideles, pour ce lieu de piété, ne fit encore que red d. commencer”, les miracles qui s’y opéraient en grand nom- lier visite la Rébre, y aitiraient un concours de pelerins extraordinaire. Hi 36. Louis ÀAIL avait signalé sa piété, en y envoyant une reli- * note 7, p. que de sainte Anne, et la Reine, son épouse, en y insti- °+ tuant, en l’honneur de la Sainte, sa patronne, une confrérie dont elle voulut être membre, ainsi que le Dauphin, depuis Louis XIV, et le duc d'Anjou, ses enfants. On voit par le G Lei Gras catalogue imprimé des principaux associés, que M. Olier deurs de sainte à . re Anne, par Hufut de ce nombre, et qu’il y écrivit mème son nom de sa ques de S.-Franpropre main (3) +. Las “ad 1687,
Lorsqu'il eut satisfait sa dévotion, il revint à Nantes. II y était trop pres du monastère, où, quelques années auparavant, il avait opéré un si heureux changement, pour ne le pas visiter de nouveau. Il se transporta donc à la Régrippière, et il eut la consolation de revoir cette maison
dans l’état de régularité et de ferveur où il l’avait laissée
+ En vénérant l'image miraculeuse de sainte Anne, il demanda à Div le don du silence dans les contradictions qu’il éprouvait de la part des hommes, et dans les faveurs qu’il recevait de Dieu ; ainsi que la
grâce d'agir toujours dans les intentions de Notre-Seigneur, et par le mouvement de son divin Esprit,
84 PARTIE Il. LIVRE VI. PAROISSE, — 1648,
en 16%1.La prieure et les religieuses n’avaient point assez
d’expressions pour lui témoigner la joie que leur causait
sa présence, et la vénération qu’elles conservaient toujours
pour sa personne. Elles surent profiter de ses entretiens
pour se fortifier dans l’esprit de leur vocation, qu'il avait
comme ressuscité autrefois, et ne négligèrent rien pour
se perfectionner dans les vertus de la vie religieuse. Re-
traites, communications de leur intérieur, confessions
extraordinaires, tels furent les moyens qu’elles employè-
(1) l'ie de M. rent avec un très-grand succès, pour assurer leur salut de
Olier, par M. de plus en plus sous sa conduite, et par où il s’appliqua lui- Bretonvilliers,t, x . 1
n, p. 264. même àles confirmer dans leurs anciennes résolutions (1).
Durant le même voyage, M. Olier fit le pèlerinage de
Pèlerinage à Saint-Martin de Tours, l’un des plus anciens et des plus
Candes, Mar- re RE moutiers, S.- Connus du monde chrétien. Il visita le monastère de Mar- Ho tin de moutiers, où l’on voyait une grotte creusée dans un rocher qui avait servi d’oratoire au Saint ; et se rendit pa- (2) Vie, par M. reillement à l’église de Candes (2), petite ville de Touraine, né ras située aux confins de l’Anjou, sur le bord de la Loire, où il était mort. Ce fut pour lui une très-grande consolation de répandre son âme, devant Diev, au même endroit où saint Martin avait rendu la sienne, dans un accès et un transport d'amour qui n’a presque point d'exemple; mais la vivacité de sa religion éclata surtout au tombeau du Saint. En entrant dans le temple auguste où reposaient ses cendres +, et où l’on conservait quelques restes de son corps, échappés à la fureur des Calvinistes, qui, en 1562, mirent tout à feu et à sang dans cette province, il éprouva une terreur secrète, mêlée d’une douce consolation : sentiment tout semblable à celui qui saisissait saint Martin, lorsqu'il mettait le pied dans les basiliques
+ L'église de Saint-Martin de Tours, où se rendit M. Olier, n'existe plus aujourd’hui, Le culte de ce saint pontife a été transféré à l’église métropolitaine, où l’on conserve quelques portions de se reliques. °
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VOYAGE DE BRÉTAGNE, | 85 où reposaient les sacrés ossements des martyrs. Cette impression fut encore plus vive, lorsqu'on lui fit voir le lieu où avait été brûlé le corps du Saint. Pendant des heures entières, il demeura humblement prosterné devant l’autel qui couvrait le tombeau, et y donna toutes les marques de la foi la plus vive, comme de la piété la plus tendre.
[l y resta, une fois, l’espace de sept heures sans s’en apercevoir +. Le temps du souper étant venu, on l’attendit; et comme il ne paraissait pas, on le chercha en divers endroits de la ville. À force d'informations, on sut enfin, qu’à une certaine heure après midi, il était entré dans l’église de Saint-Martin : on y courut aussitôt, mais les portes en étaient fermées depuis longtemps. Après qu'on les eut fait ouvrir, on fut surpris de voir le serviteur de Dieu près du tombeau, dans la posture d’un homme qui semblait avoir perdu tout usage de ses sens extérieurs (1). On le trouva en effet sans parole : il fut conduit dans la maison où il logeait, encore tout absorbé en Dieu; et comme si la nourriture invisible, qu’il venait de goûter dans le lieu saint, l’eût affranchi de tous les besoins du corps, on lui proposa en vain de prendre ce jour-là son repas ordinaire (2).
L’humilité de saint Martin et sa patience au milieu des contradictions domestiques, ravissaient surtout le cœur de M. Olier. On sait que ce grand Évêque eut à souffrir les affronts les plus révoltants de la part de son propre diacre, dont néanmoins, par son admirable longanimité, il obtint la parfaite sanctification. Exemple consolant pour les supérieurs, puisqu'il montre que la vertu des plus grands Saints ne reçoit aucun dommage de l’indocilité de leurs disciples; qu’au contraire elle n’en brille qu’avec plus d'éclat, surtout lorsqu'elle parvient à les changer et à les convertir. C'était ce que M. Olier demandait à Dieu
+ Ce fut ce que témoigna le Père Constantin, alors correcteur ou supérieur des Minimes d’Angers, qui le tenait de madame de Razillé, chez qui M. Olier était logé à Tours,
(t) L'Esprit de M. Olier, & 1, p. 6.
(2) Vies Ms. de Grandet ,1. 1, p.
436, notc.
Rétablissement de la ferveur parmi les prêtres dela paroisse de Saint- Sulpice.
(4) Lettres aut.
de M. Olier, p.
pour plusieurs prêtres de la communauté de sa paroisse, n'étant pas exempt lui-même de cette sorte de croix. Il écrivait durant ce voyage à M. de Queylus : «Les contra-
» dictions qui se rencontrent dans les sujets que Drev nous
» associe, servent à perfectionner en nous, par la patience, » les vertus chrétiennes. Elles ôtent la joie du succès, » pour anéantir la créature dans l’humilité, la douceur, » la charité et la miséricorde. Ce sont les vertus que vous » devez exercer envers eux, en y joignant toujours l’exhor- » tation fraternelle,qui les excite et les porte suavement » à leur devoir (1). »
Les plaintes que fait ici M. Olier avaient pour ohjet l’infidélité des ecclésiastiques de la paroisse au réglement de la communauté. Depuis plusieurs mois, presque tous manquaient à l’oraison le matin, et se dispensaient avec une égale facilité de la plupart des autres exercices. L’absence de M. du Ferrier, leur supérieur, envoyé à Rodez, avait apparemment donné lieu à ces relâchements. Mais il plut à la Bonté divine d’y apporter un prompt remède, avant même l’arrivée de M. Olier à Paris. Après six mois d’absence, M. du Ferrier étant retourné à la communauté, et se voyant contraint, malgré l'épuisement de ses forces, de reprendre son ancienne charge, il crnt devoir se faire suppléer par M. de Queylus, ne pouvant être présent luimême à tous les exercices : néanmoins, le mal continuait toujours. Comprenant alors que, pour le retrancher infailliblement, il était nécessaire que le supérieur donnât le premier l’exemple, il commença à se lever à quatre heures et demie, au son de la cloche; et, tout malade qu’il était, se rendit à la salle d’oraison, où il n’y eut ce jour-là que cinq ou six personnes. L’après-diner , chacun voulut lui persuader que cette exactitude abrégerait bientôt ses jours; il témoigna le craindre peu, et déclara qu’il ne manquerait plus désormais à l’oraison. Le lendemain il y retourna, et leur répondit encore la même chose. « Enfin Dreu vou-
» lut, con » sième j » guérit e » oraison » ce jour- » nauté (1 Ce voya de 1647, :
du cheval tention à | rie avec | étant long que temp bride lui-1 voyageurs dire à pers de ne plu:
vers l’end porte du 1 M. Olier, » CrOYais » parti qu avec Dieu et à toutes ardent à frères, les celui dont venait à E grand ser eut-il con plutôt qu’ eut la con tous les of ligion et 1
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