‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme]Chapitre 80 sur 269 · SACRILÉGE RÉPARÉ · texte numérisé non relu

SACRILÉGE RÉPARÉ

Cette réparation si magnifique produisit un autre avan- Y. tage : ce fut d’inspirer, dans les provinces, le même zèle dre art pour venger les outrages faits à Jesus-CanisT, au très- Mort de l'un saint Sacrement de l’autel. Elle fit, en effet, une trop vive Sr 3 sensation à Paris, pour pouvoir être ignorée de personne dans le royaume ; on eut soin d’ailleurs d’en envoyer partout des relations imprimées, qui entraient dans les moindres détails ; et il arriva que sept ans plus tard, en 1655, un pareil sacrilége ayant été commis à Grenoble, dans l’église paroissiale de Saint-Laurent, on suivit autant qu’on put, pour le réparer, l’ordre observé à Saint- (1) Mémoires È . de M. du Ferrier Sulpice (1). p.486,487.

Trois mois après la cérémonie dont nous avons parlé, un des auteurs du crime (2), soldat du régiment des (2) Paul Milay. gardes, fut saisi et mis en jugement. Depuis le vol il s’était retiré dans sa compagnie à Saint-Germain-en-Laye ; étant ensuite revenu à Paris, et demeurant dans la rue des Vieilles-Tuileries, il fut soupçonné par son hôte. On appela le capitaine du quartier, qui trouva, dans les coffres du prévenu, le ciboire de Saint-Sulpice, et beaucoup d’autres objets, que le coupable, accoutumé à ces sortes de vols, avait dérobés en diverses églises. Le Parlement de Paris condamna ce voleur sacrilége à fonder une lampe qui brülerait à perpétuité devant le saint-Sacrement, dans la chapelle de la sainte Vierge, où le crime avait été commis +, à faire amende honorable devant le grand portail de Saint-Sulpice, enfin, à la peine de mort À 18) Remarques avec les circonstances usitées alors, et qu’il subit en effet jus, D 46 €! au carrefour de la rue de Tournon, le 16 juin 1649 (3). 4; ma à à M. Olier voulut l’assister lui-même, et l’accompagna sur Re pe l'échafaud (#). luze, 943, fo 47.

Immédiatement après cette profanation, arrivèrent les VL

VF ss : Paris prend troubles politiques qui agitèrent le royaume, et amenè- es re con-

+ C’est en conséquence de cet arrêt, dit M. Simon de Doncourt, qu’il y a toujours une lampe allumée à la chapelle de la sainte Vierge, h D) Anar ques

k , éoqust istoriques, innon comprise celle qui est d'obligation (5). 42, p. 949, noto4,

Mazarin.

lier,

Paris, par Félibien, Vu, pa

Conduite de M, O-

tre lo cardinal rent la première guerre de Paris. Nous les rappellerons ici en peu de mots, comme étant liés avec la suite des événements que nous avons à rapporter dans cette Vie. La minorité du Roï avait été jusque là tranquille, sous la régence d'Anne d'Autriche, sa mère, et sous l’administration du cardinal Mazarin. Tout semblait promettre une longue prospérité à la capitale et à la France. Mais, au milieu de cette tranquillité apparente, qui durait depuis cinq ans, les passions agissaient en secret. L’ambition des irands, leurs jalousies mutuelles, leur haïne et celle du Parlement contre l’autorité d’un ministre étranger de naïssance, la mobilité d’un peuple inconstant, tout ce concours de passions différentes donna lieu à une division, la plus fatale au royaume que jamais la France ait éprouvée sous la minorité d’aucun de ses rois. Les mécontents, pour échauffer les esprits, commencèrent à s’assembler au Parlement ; enfin, la cour ayant fait enlever, le 26 août, () Histoire de Quelques magisirats des plus animés à la sédition, ce fut comme le signal d’un soulèvement général dans la capi-

* tale (1) +.

Au milieu de cette fermentation universelle, M. Olier s’offrit à Notre-Seigneur comme une victime ; et s’il ne parvint pas à réunir les esprits divisés, il obtint que la paix et la concorde ne fussent point troublées dans sa paroisse. Au moins la tranquillité qui ne cessa pas d’y régner, pendant que tout était en désordre dans les autres quartiers de la capitale, fut regardée comme le fruit de ses oraisons; on n’y vit point de barricades comme ailleurs ;

+ Le chancelier, Pierre Séguier, étant venu de grand matin avec deux compagnies de Gardes-Suisses, pour interdire le Parlement au nom de la Régente, la sédition s’échauffa tout-à-coup : on chargea les Suisses en flanc, et le chancelier n’éghappa à la fureur du peuple, qu’en se jetant dans le carrosse du beau-frère de M. Olier, M. Dreux d’Aubray, lieutenant civil de Paris; et encore fit-on feu sur ce currosse, qui fut percé en six endroits et dans lequel deux personnes périvent. Histoire de Paris, t. 11, p. 1399,

et les habit Roi, combi leur pasteu de recomm.

Reine cepe liberté, et les armes s rèt fut auss lement exé midi (2).

Mais une ne pouvait comme lep haines récif produisirent conseils sec Roi, la nuit avec tous les seil prit la r qui avait re lieu d’obéir, déclara le ca ennemi du F huit jours, a sa personne du royaume pour mainte la guerre po Onkvaene en défense. I Germain ; m services au troupes du R son frère, à 1 cette ville po

ons des . La s la traune micinq des > du laisconsion, )TOUents, er au août, € fut

PREMIERS TROUBLES DX LA FRONDE. ‘© 1401 et les habitants montrèrent, par leur fidélité au service du Roi, combien ils avaient su profiter des instructions de PT leur pasteur, qui, en public et en particulier, ne cessait M. Olier, par M. de recommander l’obéissance à l’autorité légitime (1). La Pull; © 100

ine ce à isonni hist, 1. 1, p. 40.

Reine cependant consentit à mettre les prisonniers en * Vie, ‘par le

liberté, et à cette condition le Parlement ordonna que Père Giry, pari.

‘ ù , ‘ 4m, chap. xvut,p.

les armes seraient posées et les barricades défaites, L’ar- 86, 85. — 4nnce rèt fut aussitôt publié par toute la ville, et si ponctuel- sempren 40m.

lement exécuté, que les carrosses roulèrent l'après- (2 Ain de midi (2). 40.

Mais une paix que la cour venait d'acheter de la sorte i " ne pouvait être de longue durée, et chacun la regarda tire à 8.-Gercomme le prélude de nouveaux désastres. En effet, les main. Première

k é ie : ; guerre de Paris.

haines réciproques du cardinal Mazarin et du Parlement produisirent bientôt une rupture entière. Après plusieurs conseils secrets, la Reine régente sortit de Paris avec le Roi, la nuit qui précéda le 6 janvier 1649, et se retira avec tous les princes à Saint -Germain-en-Laye, où le conseil prit la résolution d’assiéger la capitale. Le Parlement, qui avait reçu l’ordre de se transporter à Montargis, au lieu d’obéir, résolut de lever des troupes ; il fit plus, il déclara le cardinal Mazarin perturbateur du repos public, ennemi du Roi, lui enjoignit de sortir du royaume dans les huit jours, avec ordre à tous les citoyens de se saisir de sa personne après ce délai ; et invita tous les Parlements du royaume et tous les officiers des provinces, à s’unir pour maintenir l'autorité du Roi; car on prétendait faire la guerre pour le monarque, contre le cardinal Mazarin.

On le va en effet des troupes, et on s’empressa de se mettre en défense. Le prince de Conti était allé d’abord à Saint- Germain ; mais il se détacha de la cour, et vint offrir ses services au Parlement, qui le nomma généralissime des (8) Histoire de troupes du Roi dans Paris, pendant que le prince de Condé, dr son frère, à la tête de troupes étrangères, s’approchait de l'assemblée du

: clergé de 1655, cette ville pour en former le blocus (3), os MO

à ue Dès que M. Olier connut les préparatifs de cette guerre horte een civile, se prosternant les genoux en terre, il s’offrit de

ple et ses ec- nouveau à la justice de Dreu, et livra son âme à une si clésiastiques à . NT 3 lapénitence. Vive douleur, que M. de Bretonvilliers, l'ayant vu dans

cet état, en fut, dit-il, plus vivement touché, que des plus fortes prédications qu’il eût jamais entendues de sa vie. En sa qualité de pasteur, M. Olier se regarda comme chargé des péchés de tous, et se condamna à faire chaque (4) Pie Ms. id jour des austérités extraordinaires (1). Il exhorta puis-

M. Olier, pa 1

M. de Bretonvil. samment son peuple à la pénitence (2), s’efforça de lui

liers,t. 11, p.284, , . à.

306. faire comprendre que Du ne châtiait le pécheur dans ce (2) Remarques ti D : ;

Mes LA monde, que pour le convertir; et qu’au lieu de s accuser

p.178 —Vie.par les uns les autres des maux extrêmes où l’on se voyait

le Père Giry ; ; , Ur partie 4, ch. réduit, chacun devait confesser qu’il méritait, pour ses

xvu 0. 8% péchés, des châtiments encore plus sévères. Il les conjura tous de se réconcilier sans délai avec Dev, dans le tri-

bunal de la pénitence , afin d’en être ensuite écoutés

plus favorablement, ou du moins afin que leurs souf-

frances pussent leur mériter une récompense éternelle ; et

il eut la consolation d’en voir un grand nombre mettre à

(3) Pie de M. brofit un conseil si salutaire (3). Il fit à cette intention des

Olier, par M. de . : re a

a Le t. prières publiques dans son église (k), et invita encore u, p. 285, 286. Vire À er 0. à

4) Ibid. pag Ceux de ses ecclésiastiques qui travaillaient dans les pro-

Dao. "Ps. us à gistre de la juré, Vinces, à joindre leurs prières aux siennes. « Que les arrêts

rise » de la justice divine soient accomplis dans toute leur rie Cu e . û Qt . , .

Germain-des- » gueur, écrivait-il à l’un d’eux ; faites pénitence pour nos Prés, 1640, etc. PR ; Archives du » MAUX, gémissez pour nos offenses, et pour celles de Paris,

Royaume, sec- : je k tion historig. L. ? QUI est menacé, aussi bien que tout le royaume, de res pm LS » sentir leseffets de la colère de Drev, qu’il a mérités depuis — histoire dra: , : . à

ris, Lu, p 1401, » tant d'années. Il faut que les arrèts de justice contre la

de n'oie. » France soient accomplis dans toute leur rigueur. Dreu ne

— Lettres spiri- 5 Jui avait montré les verges que de loin ; il les avait tenues tuelles du méme,

p. 437. » au dehors, maintenant il les fait sentir au dedans (5). »

IX. “| + à { S M Olicr vid: Cependant les troupes du prince de Condé commen

te les pauvres Gant à faire le dégât dans la campagne, et les provisions

de bouche

sentir dans ter la char il assembla d’un arrêt

pour pour il fit la visit quatorze ou nière néces:

charité iné} ce dessein,

prètre de 1 Confesseur

sumèrent 1 allaient por où M. Olie Jean leur d geant à sou permettait procher ave n'avait plus consolation:

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La tend

près des m en 1652 (7) » dans les v

+ La douce vivement le un exercice 8 aussi passait-i tout des pauv juger de la ha funèbre dont tude de pau donnèrent des le plus éloque

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ns ce cuser oyait r ses njura > trioutés soufle; et ttre à n des ncore S proarrêts ur ri- [P n0S Paris, e reslepuis tre la EU ne enues (5). »

nmenisions

PREMIÈRE GUERRE DE PARIS, 103 de bouche n’arrivant plus à Paris, la disette se fit bientôt de sa paroisse, sentir dans cette capitale (1). Ce fut alors qu’on vit écla- * leur procure

. | des secours, ter la charité de M. Olier pour les malheureux : d'abord (1) Histoire de

il assembla les notables du faubourg (2), en exécution M dt

d’un arrêt rendu par le Parlement, et prit des mesures ‘7 152:

pour pourvoir au soulagement des pauvres (3). Ensuite, (3) Registre des élibérations de

il fit la visite générale de tous ces indigents, dont il trouva Pate S Sulpi-

: : ce, Ms. de la Biquatorze ou quinze cents ménages tous réduits à la der- 4, au doi,

nière nécessité. Quelque grand que fût leur nombre, sa fol. 17, verso, charité inépuisable entreprit de les assister tous; et, dans cæ dessein, il associa au frère Jean de la Croix, M, Gibily, prètre de la communauté, plus connu sous le nom de

Confesseur des pauvres (k). Ces deux hommes, qui con- (1 Année Do-

x ‘ e minic. 42 .

sumèrent leur vie dans les œuvres de la charité (5), #mbre, p. 193.

allaient porter les sécours spirituels et temporels partout ns “s où M. Olier ne pouvait se transporter lui-môme, Frère he ms Jean leur distribuait les aumônes ; et M. Gibily, les enga- nistoriques, Le 1

geant à souffrir patiemment la misère où la Providence ? "* permettait qu’ils fussent réduits, les disposait à s’ap-

procher avec fruit des sacrements + (6), Mais personne , (6) Remarques ‘ : A historiques, 1.1, n'avait plus que M. Olier, le don de leur faire goûter les p. eu.

consolations que la religion offre à tous ceux qui sont éprouvés par la souffrance.

La tendresse de sa charité paraissait principalement auprès des malades, dont le nombre était fort grand, surtout M Vie Me.

en 1652 (7). « J’ai eu l'honneur de l'accompagner souvent per M. de Bretonvilliers, À vu,

» dans les visites qu'il leur faisait, dit M. de Bretonvilliers ; p. 298.

+ La douceur, la charité et l'esprit de foi de M, Gibily tonchaient

. F { ’ D vivement le frère Jean, qui ne pouvait se lasncr de l'admfrer. Dans 18) Vie Ms. de un exercice si dissipant, il était, en effet, continuellement uni à Div ; M. lier, par M. aussi passait-il pour un Saint dans l'opinion de tout le monde, rt :ur- NA Bretonviltout des pauvres, parmi lesquels on le trouvait toujours (8), L'on peut . : À ‘ ne juger de la haute estime qu'ils en avaient conçue, par l'espéce d'éloge 499? Fe CU funèbre dont ils décorèrent sa sépulture, On y vit une grande multi- (9) Remarques tude de pauvres, qui, par leurs gémissements et leurs sanglots, lui historiques, 1. 1,

, , R é p.211.—Mémoir.

donnèrent des louanges bien plus touchantes que n'anrait pu fire

aut. de M. Olier, le plus éloquent orateur (9). t. vi, p. 95.

EE de A TE AR 6 a 2e 5

104 PARTIE 11, LIVRE VII, PAROISSE, — 1049, »et j'ai remarqué qu’elles leur étaient extrêmement » utiles. Ses paroles pleines d’onction ne contribuaient pas » seulement à les consoler ; elles les portaient encore à » souffrir leurs misères par amour pour Du, et à se » soumettre de tout leur cœur aux ordres de sa divine » Providence. Il compatissait avec tant de tendresse à » leurs maux, qu’il en était touché comme s’il les et » endurés lui-même, et j'ai entendu dire, à cette occasion, RD » qu’on n’avait jamais vu un cœur plus tendre que le sien. liers, &. 1, pa. » [1 ne donnait aussi l’aumône à personne, sans ressentir

303, 304. — Re-

pauses histori- » vivement les maux de ceux qui la recevaient, surtout ques, t. ui, p. : PP , ëu. Du” lorsqu'il les voyait tristes ou languissants (1). »

> Outre ces visites particulières, M. Olier faisait recher- . Ouier fait cher toutes les familles indigentes, dont le nombre augtes les familles mentait de jour en jour; et, à chaqué tournée, la somme a LAS qui se trouvait distribuée par ses ordres montait ordinailité. rement à deux mille livres. Il ouvrait son cœur et ses mains avec tant de générosité, que, plus d’une fois, on

l’accusa de ne savoir pas mettre à ses aumônes les bornes

(2) Pie de M. qu’exigeait la prudence (2). Lorsqu'on lui demandait

Olier, le Père . Or ve Giry® partie, Quelque secours, s’il arrivait qu'il se trouvât sans argent,

ch. xvii, P. 85, ÿ] donnait sur-le-champ ce qu’il avait sur lui, comme un

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