‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme]Chapitre 96 sur 269 · DISGRACES DE LA MAISON LE CONDÉ · texte numérisé non relu

DISGRACES DE LA MAISON LE CONDÉ

gueville son gendre (1). M. Olier, son directeur, sachant l'af- (1) Supplement fiction où elle était plongée, s’empressa de lui offrirles Sen D 4 consolations de son ministère; mais il la trouva bien «te: Ms. in-fol. changéé à son égard. Quelques personnes, jalouses de la

confiance qu’elle lui témoignait, s’étaient efforcées d’in-

spirer à cette princesse des préventions contre lui, et,

dans son accablement, ayant pris facilement ces impres-

sions, elle le reçut avec beaucoup de froideur, et sans

Jui donner aucun des témoignages d’estime dont, jusqu’à-

lors, elle l’avait honoré en toute rencantre. ”” Olier ne

laissa pas, malgré cet accueil si peu gre ‘1x, « “‘meurér

à Chantilly autant de temps qu’il crut en devoir émployer

au bien spirituel de la princesse ; et loin de s’affliger d’un

changement si inattendu, il s’en réjouit comme d’une fa-

veur. De retour à Paris, il fit part à l’un de ses plus intimes

amis de cette réception, non pour s’en plaindre, mais pour

en bénir avec lui la Bonté divine, « Que Dev est admirable

» dans sa conduite à notre égard ! lui dit-il ; qu’il a d’amour

» pour ses pauvres serviteurs, en leur montrant de plus

» en plus combien peu ils doivent s'appuyer sur les créa- ,

» tures ! Il nous oblige par là à ne mettre notre confiance one ve à dé » qu’en lui seul (2). » DNronvIrE te

La présence des princesses de Condé à Chantilly donna IL.

bientôt des inquiétudes à la cour, et l’on fit marcher des RU er troupes de ce côté pour les empêcher de se jéter dans voie à M. Olier Paris, où l’on commençait à craindre quelque mouvement EE Les pour la délivrance des princes, dont le parti grossissait de

jour en jour. Malgré ces précautions, la veille de Pâques,

durant la nuit du 16 au 17 avril, la douairière échappa à

la vigilance de ses gardes, entra dans la ville, et se présenta le 17 au Parlement, avec une requête que Matthieu Molé lui avait dressée. Elle s’efforça d’émouvoir, par ses supplications et ses larmes, tous Les conseillers de la grand”chambre. Mais le duc d'Orléans, étant venu au Parlement, rompit toutes ses mesures, et la princesse se vit contrainte

(1) Supplément à l’assemblée du clergé de 41655,

(2 Délibérat.

de l’église de S - Sulpice. Ms, de la Bibl. Royale.

Baluze, fol. 48, verso.

(3) Remarques historiques, 1.1, p. 271, 272.

132 PARTIE HI, LIVRE VIN, PAROISSF, — 1650, de sortir de Paris (1). Ce fut un vif sujet de regret pour les paroissiens de Saint-Sulpice, qu’elle édifiait par sa piété, et surtout pour les pauvres qu’elle avait nourris avec tant de générosité pendant la guerre, L'e sa retraite, elle ne laissa pas de leur faire ressentir ses bienfaits. Elle envoya mème à M. Olier, le 20 du mois de mai, de riches ornements de velours cramoisi, relevés de broderie d’or et d'argent, et d’autres objets de prix (2), qui servirent le jour de l’Ascension. M. Olier en remercia la princesse par la lettre suivante (3) : « Madame, quoiqu'il m’ait paru, la » dernière fvis que j’eus l'honneur de vous rendre mes » devoirs, que vous ne les aviez pas agréables, non plus » que la permission que je vous demandai d’aller vous » voir dans votre solitude ; néanmoins, votre bonté enver:; » notre église est si grande, qu’il semble que vous me » rappeliez à vous, en m’obligeant de vous remercier pour » elle du beau présent que vous lui avez fait. J'espère que » vous ne refuserez pas cet hommage de ma reconnais- » sance, qui se trouve accompagné de mille bénédictions ».que nos peuples vous donnent, Ils vous plaignent, et » prient avec amour pour l’heureux et prompt retour de » votre Altesse qu’ils n’oublieront jamais. Vous avez donné, » Madame, à Jésus-Curisr montant au ciel en son triom- » phe, des ornements qui pussent répondre à sa gloire, en » la manière qu'il est permis sur la terre. Notre-Seigneur » attend au jour qu’il a déterminé pour votre entrée au » ciel, à vous rendre cette offrande au centuple, par des » vètements de gloire qui ne passeront jamais, et vous » environneront pour une éternité entière, O Madame, » que de telles richesses sont précieuses ! et que bienheu- » reux est celui qui peut se préparer de si magnifiques » ornements !

» Croyez, Madame, que je suis autant à vous que je le » puis, et qu’une créature le saurait être sur la terre. Je ne » m'étonne pas si, par des ressorts imprévus de la divine

» Providen » rience qu » éloigné de » doute pot » de mt col » mission » sentiinen » où je me.

» pect et de » nés pour » malheurs » et très-ob Cependan jon de Vin leurs amis :

férer d’abor ris (2), et de plus cruel p raissait in:

stances de 1 néanmoins seils et les déjà repris la fin de sa Gâtinais, el le chemin d de là à Chât Montargis, | chesse de Q était proche M. Olier, la sacrements Dieu partit comme un dernier pass

heet jur la , la nes lus ous 19 6) me JON

MORT DE LA PRINCESSE DE CONDÉ, 133 » Providence, je me vois séparé de vous : c'est une expé- » rience que j'ai toujours faite, de me voir tout d’un coup » éloigné des choses auxquelles Dieu lui-mème me lie; sans » doute pour le mauvais usage que j’en fais. Cela nv’oblige » de me confondre, et de porter mon châtiment avec sou- » mission aux ordres de la justice de Dieu. Ce sont les » sentiments de mon cœur dans ces rencontres fâcheuses, » où je me suis vu réduit, et qui ne m'ont rien ôté du res- » pect et de la charité que la bonté de Dieu m'avait don- |} portresunt.

» nés pour votre Altesse. Je gémis au contraire sur ses Ra cars Ve 4 . et Suiv. — » malheurs, et je demeurerai son très-humble, très-acquis Lettresspirituet-

A des du méme, |.

» et très-obéissant, etc. (1). » 569, '

Cependant les princes étaient toujours enfermés au don- [LE

4 : : : : a princesse jon de Vincennes. Le cardinal Mazarin, craignant que do nes

leurs amis ne s’y portassent pour les délivrer, les fit trans- combe à ses dis-

’ ; ‘ 1: âces et appelférer d’abord au château de Marcoussis, à six lieues de Pa- D M, Olier, qui

ris (2), et de là au fort du Havre(3). Ce coup fut d'autant lassiste à sa

ne : | x mort plus cruel pour la princesse, leur mère, que la cour pa- @ Lebeuf, À

raissait insensible aux prières du clergé(#), et aux in- er ;

+ (3) Supplémen

stances de la noblesse en faveur des princes; elle le reçut à l'assemblée du

, Q nn! clergi de 4655, néanmoins avec courage, fortifiée sans doute par les con- };,:

«pi : . : : “+ (4) Assemblée seils et les exhortations de M. Olier, envers qui elle avait Me 1650.

déjà repris ses premiers sentiments. Mais elle touchait à — 11 uoût, — 27

: re s ptembre.

la fin de sa vie. Pendant qu’elle se retirait à Vallery, en (3) 4rchivesdu

Age , inistère de À Gâtinais, elle tomba malade au château d’Angerville, sur here. — Minis-

le chemin de Paris à Orléans, et eut la permission d'aller 9,4% ue

de là à Châtillon-sur-Loing, petite ville à quatre lieues de minutes, 44° vo ‘ , ; ÿ lume. Dépôt gé-

Montargis, pour y rélablir sa santé (8), auprès de la du- nérat. p. 289, 49

chesse de Châtillon sa parente (6). Là, sentant que sa fin “6 rod

était proche, et voulant recevoir, par le ministère de Re

M. Olier, les consolations de la religion et les derniers Ms.

sacrements de l'Eglise, elle le fit appeler. Le serviteur de

Dieu partit incontinent, et fut accueilli par la princesse

comme un ange envoyé du ciel, pour la fortifier dans ce

dernier passage, alors que la terre se montrait plus insen-

(0) Histoire de la Fronde.

(2 Vie Ms. de M. Olier, pur M.

de Bretonvildiers,t.u, p.429,

sible à ses malheurs. Car la douairière de Condé, dont toute la vie avait été semée de croix, se vit encore privée à la mort de tout appui, et même de la consolation si douce à une mère de recevoir les derniers embrassements de ses enfants. La générosité de sa foi n'en parut que plus admirable : elle comprit la vanité des choses du monde, et les quitta sans regret. Elle oublia toutes les persécutions qu'elle avait souffertes, pria pour les ennemis de sa famille, leur pardonna sincèrement, et demanda à Drev de leur pardonner lui-même, s’efforçant ainsi d’unir son sacrifice à celui de JÉésus-CnrisT sur le Calvaire, et d’expirer dans les mêmes dispositions (1). M. Olier, qui reçut son dernier soupir le 2 décembre, écrivait quelques jours après : « Cette bonne dame me fit d’abord savoir la » nouvelle de sa maladie, pour me donner lieu de rendre à » Sa personne ce que je lui devais devant Dreu, Je le fis sou- » dain, et je me tiens heureux de lui avoir aidé à essuyer » ses larmes. Il y avait plus d’un mois ou six semaines » que j'avais le bien de la voir assez particulièrement, et » qu’elle me témoignait ses inclinations premières, lorsque » cet accident lui est arrivé. Quand je n’aurais pas dù en » être bien accueilli, l’état où la Providence l'avait réduite » m’eût assez engagé à la secourir dans son affliction, qui » est la nôtre, et à l’aider à faire un saint usage d’un tré- » sor si précieux qu'est celui de la croix. Pour votre con- » solation, et celle de madame de Montmorency, qui prend » grand intérêt à son salut, je vous dirai que notre » digne princesse a montré, dans cette rencontre, au- » tant de fond de grâce que l’on en pouvait souhaiter, et » qu’elle a fait connaître à chacun de quelle valeur étaient » ses bonnes œuvres (2), qui, sans doute, lui ont acquis » tant de secours du Ciel et tant de force intérieure : » jusque là qu’elle-même en était surprise, sentant » dans son cœur une vertu puissante qu'elle avouait » n'être pas la sienne, et qui lui était donnée assurément

» par celui » vaire ét | » tour (1).»

La prince:

fants étaient mille confin le ressentime que venait d M. Olier fit © tre paroissie:

vres, de son lennel, le 12 due à une pe présence de :

communauté bénédictions désapprouva occasion ; du dit à l’église jou, son frèr reçu par le sé à l'entrée de milieu delan prêtre de la c fit paraître u spectateurs, t que la premi précédente ce communion, Saint-Sulpice action si imp

+ Outre un le elle laissa, par sd nouvelle église d

LE ROI VIENT A SAINT-SULPICE. 15 » par celui qui avait déjà porté cette croix sur le Cal- » vaire ét lui avait mérité la force de la porter à son » tour (1). »

La princesse était morte disgreciée de la cour, ses enfants étaient dans les fers, et les .utres membres de sa famille confinés dans leurs terres, Néanmoins, sans craindre le ressentiment de la cour, et suivant en cela l'exemple que venait de donner tout récemment le clergé de France, M. Olier fit célébrer, pour le repos de l’âme de cette illustre paroissienne, sa pénitente, et la bienfaitrice de ses pauvres, de son église et de son séminaire +, un service s0lennel, le 12 du mois de décembre (2), avec toute la pompe due à une personne de son rang. Il y officia lui-même, en présence de tous les ecclésiastiques du séminaire et de la communauté, et d’une foule de peuple, qui donna mille bénédictions à la mémoire de la princesse. La cour ne désapprouva point la conduite de M. Olier dans cette occasion ; du moins, le jour de Noël suivant, le Roi se rendit à l’église de Saint-Sulpice, accompagné du duc d’Anjou, son frère, et de son oncle, le duc d'Orléans. Il y fut reçu par le serviteur de Dieu, qui, après l’avoir harangué à l’entrée de l’église, le conduisit sous un da’3 dressé au milieu de la nef (3). Il assista au sermon prèché par M. Jolly, prêtre de la communauté, et ensuite aux Vèpres (4), où il fit paraître une piété et une modestie qui furent, pour les spectateurs, une seconde prédication non moins éloquente que la première. C’était l'anniversaire du jour où l’année précédente ce jeune monarque avait fait sa première communion, et peut-être voulut-il assister aux offices de

Saint-Sulpice, pour se renouveler dans la ferveur d’une

action si importante.

(1) Lettresunt, de M, Olier, ag.

397 el suiv,

Services fu:

nébres pour la princesse, Le Roi vient à S..

Sulpice.

12) Et nou le deux décembre, comme le sup.

pose M. Symon de Doncourt, V6:

libération de S.- Sulpice, Ms. Raluzr, fol, 20. — Remarg. histori ques, L. 1, p. 272.

(3) Déliberat.

thid, £, 9, verso.

(4) Remurques

historiques, 4, s,

(à) Archives du

+ Putre un legs que cette princesse fit en faveur du séminaire, Royaume, sect elle laissa, par son testament, dix mille livres pour le bâtiment de la historig. L.4142,

nouvelle église de Saint-Sulpice (5).

P. 88. Nécruloge de S.-Sulpive.

La Le ie La cour, craignant d’aigrir les esprits, si elle refusait toute Cundé regagne espèce d'honneur à la mémoire de la douairière, permit de l'affection des célébrer pour elle un service funèbre dans l'église des Cor- Parisiens, Le ‘ , s. -) !

cardinal Maza- deliers, le 23 décembre, et y invita elle-même le clergé de EL e du France, les compagnies souveraines et les autres corps, qui

(4) Assemblées ÿ assistèrent avec les cérémonies accoutumées (1). L'évèque 0, 7% € de Vabres, Isaac Habert, qui avait déjà fait une première

oraison funèbre aux Grands-Augustins, en présence du clergé, fut invité par la cour à en prononcer une seronde pour cette circonstance; et, quelques jours après, on en fit une troisième dans l’église des Carmélites du faubourg Saint-Jacques, où le corps de la princesse avait été apporté de Châtillon. Ces services et ces oraisons funèbres excitèrent de plus en plus la sensibilité du peuple sur les disgrâces et les malheurs de la maison de Condé, et lui gagnèrent l’aflection des Parisiens, qu’elle avait perdue presque entièrement depuis le siége. Un autre effet de ces pompes lugubres, ce fut d'augmenter dans l’esprit du peuple le mépris, la haine et l’espèce de fureur qu'il avait concus, depuis plus de trois ans, contre la personne du cardinal Mazarin. Le Parlement se déclara en faveur des princes, en demandant, de la manière la plus vive, l'éloignement du cardinal; la noblesse qui était à Paris Pre s’assembla, et se réunit au clergé pour faire aussi des 1655. instances (2).

Enfin le duc d'Orléans ayant rompu avec ce ministre, et déclaré à la Reine qu'il ne pouvait plus se trouver au conseil, tant que le cardinal y serait, la Reine se vit contrainte de céder, et de donner à entendre qu’elle l’abandonnuit, en le faisant sortir du royaume. Il partit de Paris déguisé, le 6 février, à onze heures du soir; et comme il ne pouvait retenir plus longtemps ses illustres captifs, il chercha à leur persuader qu’il était lui-même l’auteur de leur délivrance. Prévenant donc ceux qui portaient les

ordres du Roi, il se rendit au Havre, et annonça aux prin-

ces qu'il v se réconcil gna ses sel ne laissait taujours pe conseils, L vrier 1651, du peuple q de Mazarin.

les accompa rent à leur peuple ne allégresse ; des feux de tion, il en fit dire plai restes des fi détention (1 Cependan tre, et oblig sonnes qui 1 et sa confia presque gét selle du peu les démarch se vit, sur L chagrins. La porta alors” des paroles soumission avis qu'il hi que idée pa un des plus Elle montre rois de la!

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