LE CARD, MAZARIN SORT DU ROYAUME
ute ces qu’il venait leur rendre la liberté. Il espérait par là | de se réconcilier avec eux : mais le prince de Condé dédaio1- gna ses services ; et le cardinal se retira à Cologne, d’où il de ne laissait pas cependant de correspondre avec la Régente, qui taujours persuadée qu'elle ne pouvait se passer de ses que conseils. Les princes arrivèrent à Paris, le jeudi 16 féière vrier 1651, et furent reçus par une affluence prodigieuse du du peuple qui criait avec enthousiasme : Vive le Roi, point nde de Mazarin. La cour alla les recevoir à Saint-Denis, et Len les accompagna jusqu’au Palais-Royal, où ils se rendiurÿ rent à leur arrivée, pour remercier le Roiet la Reine. Le ap- peuple ne mettait point de bornes aux transports de son bres allégresse ; et quoique, treize mois auparavant, il eût fait sur des feux de joie à la première nouvelle de leur arresta- , et tion, il en fit pareillement pour leur délivrance ; ce qui per- fit dire plaisamment au duc de Longueville : Ce sont les 1 de restes des fagots que les bourgeois avaient allumés à notre : Rs ra sprit détention (1). bien, 11, qu'il Cependant la Reine, privée de la présence de son minis- : a a )nne tre, et obligée de donner la conduite des affaires à des per- sole la Reine eur sonnes qui ne possédaient pas au mème degré son estime régente. jive, et sa confiance, voyant d’ailleurs l’opposition déclarée et Paris presque générale.des Parlements, l’exaspération univerdes selle du peuple contre lui, les mouvements de la noblesse, les démarches réitérées du clergé en faveur des princes, e, et se vit, sur la fin de sa régence, accablée d’inquiétudes et de con- chagrins. La grande confiance qu’elle avait en M. Olier la ainte porta alors à l’appeler auprès d’elle, pour recevoir de lui nait, des paroles de consolation, et apprendre à porter avec 1isé, soumission ses disgrâces. Nous né connaissons pas les l ne avis qu’il lui donna; on peut cependant en avoir quels, il que idée par une lettre qu’il lui écrivit alors, et qui est ir de un des plus beaux monuments de son zèle apostolique. les Elle montre que si personne ne rend plus de respect aux
prin- rois de la terre que les saints prêtres, personne aussi
n'use d’une plus généreuse liberté pour leur découvrir les obligations de leur état, qu’un si petit nombre de leurs (1) Mémoires sujets osent leur faire connaitre (1). Sous le ministère du aut. de M. Olier, : ; à ; tu,p.29s, Cardinal Mazarin, M. Olier n'avait pu s’empècnere gémir en secret sur les malheurs de l’Église, en voyant les bénéfices, surtout les évèchés, accordés à la faveur, ou donnés comme une sorte de récompense pour les services rendus à l’État. Ce ministre, quoique clerc tonsuré, était beaucoup plus versé dans les maximes du siècle que dans la science des canons ; et se voyant gèné dans ses vues politiques, par l'assistance de saint Vincent de Paul au conseil de conscience, il avait imaginé un expédient pour l’en écarter, et pouvoir par là disposer à son gré des bénéfi- (@ Vie de S. ces (2). Ce moyen fut de n'avoir point de jour fixe pour Vincent de Paul, . $ : ; par Gillet, t. 1, le conseil, sous prétexte de la multitude de ses autres af- V8 870% faires: en sorte qu’il disposait lui seul, comme sous le (8) Pie du mé: hon plaisir de la Reine, des abbayes et des évèchés (3).
me par Abelly . ; x :
liv. 1, ch. der. Le renvoi du cardinal offrant donc à M. Olier une occaie t, RE ‘ ER os :
us mac sion si favorable pour éclairer la religion de cette prin-
cesse, il lui écrivit la lettre suivante :
«Madame,
re Gé La confiance avec laquelle Votre Majesté me témoigna, Olier à la Reine ” CS jours derniers, qu’elle ne faisait pas tout l'usage Ms Hs » qu’elle devait des adversités que Dieu lui envoie, m'a chés à des su- » donné la pensée de lui écrire. En prenant cette liberté, jets indignes. } je compte sur la bonté qui l’a portée, jusqu’à ce jour, à » recevoir avec plaisir les choses que je lui ai dites dans la
» sincérité de mon cœur, pour le bien de sa personne, et
» surtout de son âme, dont j’ai toujours désiré le salut,
» avec des sentiments extraordinaires. Voici les dispo-
» sitions où doit s'établir Votre Majesté dans ces temps si
» précieux et si importants pour sa sanctification, quoi-
» que pénibles au vieil homme, et quel saint usage elle
» doit faire de ces fâcheuses rencontres.
LETTR] ” » C’est de » vérence, e » soumettan » votre réger » ne sauraie » état, dont » menses ; C » seront pui:
» reconnais » future à F » celle-ci éta » par de lége » de la cléme » rapides de » gnation, é » l’autre. M:
» quoique lé » alors nous » et de bien] » Soumette » en VOUS Vo » Vous avait » fiance. La » eu en cela « » mes. Il fau » bles et des » port assuré » de ce mond » fond assu » Adorez do » duite de Dr » donné, que » de votre À » Madame, » dans cet ar
r les eurs > du gét les , Ou vices était dans S Poconl'en inéfipour es afus le S (3).
oCcaprin-
LETTRE A LA REINE. COLLATION DES ÉVÈCHÉS. 139 ” » C’est de lever les yeux vers Dieu avec humilité et ré- » vérence, et d’adorer sa conduite sur Votre Majesté, vous » soumettant à sa justice, qui veut punir, sur la fin de » votre régence, les fautes que vous y avez commises. Elles » ne sauraient être petites, à cause des devoirs de votre » état, dont les moindres omissions ont des suites im- » menses ; car, au témoignage de l’Écriture, les puissants » seront puissamment tourmentés. Dans vos tribulations, » reconnaissez la bonté de Dreu, qui ne remet pas à la vie » future à punir sévèrement vos fautes : le privilége de » celle-ci étant de pouvoir expier les plus grands maux » par de légères satisfactions. C’est maintenant le règne » de la clémence et de la miséricorde ; et les moments si » rapides de cette vie, s ictifiés par la patience et la rési- » gnation, égalent les satisfactions des siècles entiers de » l’autre. Maïs si nous n’acceptons pas ces châtiments, » quoique légers, Dreu remet à l’autre vie à nous punir, et » alors nous serons forcés d’en porter de bien plus cruels » et de bien plus sévères.
» Soumettez-vous donc, Madame, à la justice de Dreu, »en vous voyant ôter d’entre les mains la personne qu'il » vous avait donnée, et en qui vous mettiez votre con- » fiance. La Providence, qui a permis son éloignement, a » eu en cela des motifs et des raisons inconnus aux hom- » mes. Il faut les adorer dans la foi, au milieu des trou- » bles et des obscurités de la vie. C’est là le repos et le » port assuré des chrétiens dans les tempêtes et les orages » de ce monde : que ce soit aussi le vôtre, Madame, et le » fond assuré sur lequel votre esprit puisse s'arrêter. » Adorez donc les raisons éternelles et infinies de la con- » duite de Dreu; et attendez de cet événement qu'il a or- » donné, quelque issue favorable pour sa gloire et le bien » de votre âme.
» Madame, la miséricorde de Dreu sur vous éclate » dans cet arrêt même de sa justice. Il veut purifier de
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er
» plus en plus votre âme ; afin qu’en la renouvelant dans » la ferveur première de son amour, elle puisse porter » plus de fruits. Considérez les paroles que, dans l'É- » criture, Notre-Seigneur adresse à un évêque, comme » à un roi spirituel dans le royaume de son Église. Vou- » lant lui reprocher la tiédeur de son cœur, et le refroi- » dissement de sa première charité : Je m’en vais, lui dit- » il, renverser ton royaume, si tu ne t’humilies ; songe à » te repentir, et à reprendre les œuvres que tu faisais en » entrant dans ta régence. Ce reproche si sévère, et toute- » fois plein de miséricorde, le raffermit dans son devoir, et » le maïntint dans sa royauté. Madame, donnez-vous de » nouveau à l’esprit de royauté de Notre-Seigneur, qui » doit vivre en vous, pour faire régner Dreu sur votre » royaume en tout ce qui dépendra de vous. Reprenez donc la ferveur première avec laquelle vous aviez commencé votre sainte régence. Car vous y étiez entrée avec un zèle et un désir ardent de faire régner Dieu dans son Église, et de défendre tous ses intérêts avec un merveilleux courage ; vous aviez pris des mesures excellentes pour la collation des bénéfices et surtout pour la nomination aux évêchés, afin de les donner aux plus dignes de votre royaume, comme vous y êtes obligée en conscience. Dieu a vu, Madame, que cela ne se faisait plus, parce que vous en laissiez disposer à cette personne, qui n’avait ni le zèle, ni la force nécessaires pour résister aux demandes et aux importunités : abus qui a causé au royaume de Dreu un dommage, dont vous ne connaîtrez la grandeur qu’au jour du jugement, et qui fait périr quantité d’âmes, dont la moindre vaut mieux que tout un royaume et tout un monde matériel ; dommage auquel il vous est peut-être impossible de por- » ter remède. Madame, c’est une simonie que de donner » des bénéfices, pour récompenser, dans les enfants, les services que leurs pères ont rendus au royaume. La fin
LETTRE » que DrEu « » gnités, c'es » des minist » âmes ; et » point en a » séricorde d » dans votre » pénibles de » tantes; m » souffrait, e » collation i » a Ôté l’ap] » sonne qui » ouvriez de » capitale. 1] » et vous dor » le servir, ( » votre Toyat » volonté.
» Souffrez
» loignement » Voir pas v » comme elle » omissions , » quoique pa » premièrem » suite, pour » minations
» tuaire, Ce » DrEu dans
» particulier, » de la vôtre.
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» pas du soin » Que vous-n
ans rter l'Éhme Voufroi- | ditge à is en Juteir, et us de , qui votre renez comavec dans C un xcelpur la plus bligée e faicette saires abus vous mt, et vaut ériel ; e poronner s, les La fin
LETTRE A LA REINE. COLLATION DES ÉVÊCHÉS, 141 » que Dreu se propose en appelant des hommes à ces di- » gnités, c’est d’être honoré et servi dans son Eglise, par » des ministres fidèles, zélés pour sa gloire et le salut des » âmes; et en les conférant de sa part, vous ne devez » point en avoir d'autre. Reconnaissez, Madame, la mi- » séricorde de DIEU sur vous : vous aviez pris confiance » dans votre mimstre, pour vous décharger des soins » pénibles de l’Etat, et de la conduite des affaires impor- » tantes ; mais, comme la cause de Div et de l'Eglise en » souffrait, et que votre âme demeurait chargée de cette » collation indigne des abbayes et des évèchés, Dieu vous » a Ôté l’appui sur lequel vous vous reposiez, la per- » sonne qui les dispensait en votre nom, afin que vous » ouvriez de nouveau les yeux sur une obligation aussi » Capitale. 11 a voulu ôter cet empêchement à votre salut, » et vous donner de nouveau le moyen de commencer à » le servir, en procurant le bien et la sanctification de » votre royaume, par des nominations ui soient selon sa » volonté.
» Souffrez donc, Madame, avec amour et avec joie l’é- » loignement de votre ministre. Remerciez Dieu de n’a- » voir pas voulu que votre âme s’engageât davantage, » comme elle le faisait tous les jours, dans de nouvelles » omissions, dont elle demeurait étrangement chargée, » quoique par la faute d’autrui. Souftrez cette adversité, » premièrement pour satisfaire à votre oblisation, et, en- | » suite, pour réparer autant que vous pourrez tant de no- » minations qui n’ont pas été pesées au poids du sanc- » tuaire, Cest de là que dépend toutefois l'honneur de » Dieu dans son Eglise, le salut de tant d’âmes, et, en » particulier, Madame, le bonheur ou le malheur éternel » de la vôtre. Ne vous fiez donc plus à une personne qui » puisse mettre votre salut en danger. Ne vous déchargez » pas du soin capital de conférer Les bénéfices, sur d’autres » que vous-mème ; examinez les sujets, en vous entourant
(4) Lettres aut.
de M. Olier, p.
385 et suiv , 394 et suiv.
12) fie de Se Vancent de Paul, par Collet, tb p. 370.