VUE
Seconde guerre de Paris oc-
» des lumières des serviteurs de Dieu; prenez de leurs » mains de bons mémoires sur les plus dignes ecclésias- » tiques de votre royaume; destinez à ceux-ci les bénéfi- » ces; et ainsi prévenant la mort des évêques, vous pré- » viendrez les importunités des courtisans. Vous ne devez » jamais y céder, puisqu'il ne vous est pas permis d’ex- » poser votre salut, celui de tant d’âmes, et surtout la » gloire de Dieu. Soyez inflexible en cela, et ne vous en » relâchez pour quelque considération humaine que ce puisse être, et qui est toujours nulle devant Dieu. Au reste, il saura bien réparer , en vue de votre fidélité à son service, les suites que pourrait avoir votre juste refus. Si vous êtes fidèle à maintenir son royaume, qui est l'Eglise, et à ne point le laisser déchoir de sa splendeur, il sera vigilant à vous maintenir dans le vôtre. » Comme ma profession ne me permet pas de m’appliques à la considération des choses du monde, je ne vous parle que des omissions considérables, relatives au clergé. L’iffliction et la douleur que nous en éprouvons, » nous font languir tous les jours jusqu’à mourir; et c’est » ce qui me fait prendre la liberté de vous parler en toute » sincérité, comme je crois que votre cœur le désire. J'ai » la confiance que vous permettrez à votre serviteur et su- » jet, de vous faire ses plaintes et de gémir à vos pieds, » pour demander que Dieu soit glorifié dans tout le » royaume, et surtout dans le cœur de la Reïne, puisqu'il » veut régner en elle et par elle sur tous ses sujets (1). » Ces remontrances produisirent leur effet sur l'esprit d’Anne d'Autriche. Elle ouvrit les yeux sur une obligation si importante, reconnut qu’elle avait suivi trop aveuglément les avis de son ministre, et, dans la suite, ne disposa guère des évêchés, sans avoir tenu un conseil particulier avec saint Vincent de Paul (2).
Quoique le prince de Condé fût revenu à la cour depuis que le cardinal s'en était retiré, il était toujours en dé-
RETO fiance contre | ture ouverte d à Bordeaux q troupes pour :
conjoncture, | quatorze ans, affaires, prit rin; et cette r guerre civile.
bre 1651, plu autres contre serait pris sur bles, et sur Le quante mille € conque le liv justice. La plu joignirent à c générale. Malg princes du sat vers le comme de six mille h vinces comme cour : donnan Roi pour sa dé nations faites léans envoya ( signa un traité vit replongée Ce dernier pro ter les armes s fit la même de de-Ville(3). M cour, les hostil la misère se f qui la porta bi
RETOUR DU CARD. 2° GUERRE DE PARIS. 143 fiance contre la Reine-mère, et l’on s’attendait à une rup- casionnée par ture ouverte de sa part. Il quitta en effet la cour, se rendit ere id à Bordeaux qui lui ouvrit ses portes, et leva même des rin. troupes pour faire la guerre à son souverain. Dans cette conjoncture, la Reine-mère, considérant que le Roi, âgé de quatorze ans, était incapable de tenir le gouvernail des affaires, prit des mesures pour rabpeler le cardinal Mazarin; et cette résolution fut comme le signal d’une nouvelle guerre civile. Le Parlement rendit, au mois de décembre 1651, plusieurs arrèts plus sanglants les uns oue les autres contre la personne du cardinal, ordonnant qu'il serait pris sur la vente de sa bibliothèque et de ses meubles, et sur le revenu de ses bénéfices, la somme de cinquante mille écus qu’on donnerait pour récompense à quiconque le livrerait vif ou mort entre les mains de la justice. La plupart des autres Parléments du royaume se joignirent à celui de Paris, et la coalition devint bientôt générale. Malgré l’opposition de la nation, et les efforts des princes du sang, le cardinal rentra néanmoins en France, vers le commencement du mois de janvier 1652, à la tête de six mille hommes de troupes, qui traversèrent les provinces comme en triomphe jusqu’à Poitiers où était la cour : donnant à entendre qu’il conduisait ces troupes au Roi pour sa défense, et qu’il venait répondre aüx incriminations faites contre lui(1). A cette nouvelle, le duc d’Or- une léans envoya des troupes pour lui disputer le passage, il Le nie Vie signa un traité avec le prince de Condé(2); et la capitale se ro vit replongée dans tous les malheurs de la guerre civile. 4 ie He Ce dernier promit cependant, en plein Parlement, de quit- de France, par
ter 1 RTE in , NT, Petitot, 2 serie, er les armes si l’on renvoyait Mazarin, et le duc d'Orléans 1 su, p. 156, 159.
, A ré e 9, 4 4 li lt 1 it la mème déclaration, et la renouvela encore à l'Hôtel- toute di Pole
de-Ville (3). Mais cette proposition ayant été rejetée par la #44: 0r-4. cour, les hostilités recommencèrent aux portes de Paris, et Misère dans DS à ‘ re . daris. Les calvie la misère se fit sentir dans l’intérieur de cette capitale, Ce Paris Les calvi ; À \ À ; nistes remuent qui la porta bientôt à son comble, ce fut la cherté des den- et se fortitient,
(4) Lettres autographes de NM.
Olier, p. 384.
(2) Recueil des lettres de saint Vincent de Paul, tit, p. 436, lett.
à M. Gicquet, au Mans.
144 PARTIE Il. LIVRE VIII. PAROISSE, — 1652.
rées, occasionnée cette année par la disette universelle+, M. Olier, obligé comme pasteur de fournir du pain à tant de familles qui en manquaienu, et se voyant au bout de ses ressources ordinaires, eut encore recours à la Reine, qui signala sa générosité dans cette occasion. Il écrivait à cette princesse, en la remerciant : « Ayant recu, par le maître- » d'hôtel de Sa Majesté, les marques de vos bontés sur nous, » et de vos charités envers nos pauvres, je ne puis que je » n’en témoigne à Votre Majesté les ressentiments de mon » cœur. Ils sont d’autant plus grands, que les misères des » peuples, qui sontles miennes, sont à une plus affligeante » extrémité; et si Dæu, par sa clémence, ne ‘es adoucit et » ne s’apaise sur nous, on ne peut espérer aucun soulage- » ment; vu que les personnes les plus aisées, qui se las- » sent à la fin, retranchent leurs charités, et laissent périr » les misérables (1). »
Un autre sujet de douleur pour M. Olier, c'était que le: calvinistes du royaume, abattus autrefois par le cardinal de Richelieu, profitaient de ces divisions intestines pour remuer. La situation des affaires ne pouvait être, en effet, plus alarmante, et les hommes sages s’attendaient aux derniers malheurs. Dans cette extrémité, M. Olier, considérant que la présence du cardinal mettait la religion et l'Etat dans un péril si imminent, osa bien demander à la Reine l’éloignement de ce ministre. Usant donc d’une sainte et courageuse liberté,sans sortir pourtant du respect que les sujets doivent aux souverains, il adressa à cette princesse de graves considérations sur les malheurs de l’État; et lui donna aussi, sur l’exercice du pouvoir, de sages et d’utiles conseils, qui sont comme une expression de cet
+ Elle fut si grande que saint Vincent de Paul eut dessein d'envoyer son séminaire au Mans, pour ne pas l’exposer à mourir de faim dans la capitale (2).
M. OL heureux mé Providence :
nement des ments àlaR Ines :
« Madame, » ture d’écrir » délité parti » serviteurs s » voyant l’éts » le Ciel men » Sa dernière » le cœur des » régence +, q » que vous a » orage. Peut » l’est mainti » apporter, le » SUP nous, €!
» qu'il ne soi » VOUS ; et qu » intéressés, » portants de » {ous vos pe » qui ne po » royaume, » personne s » Il est vra » à une Rein » et de tend » pour le régi
“ Le mot de brouvent plusie Louis XIV avait JE,
d'enfaim
M. OLIER DEMANDE L'ÉLOIGNEMENT DU CARD, : 145 heureux mélange de force et de douceur dont la divine Providence use tour-à-tour elle-même dans le gouvernement des hommes. Après avoir témoigné ses remertiments à la Reine, comme on a vu, il lui parle en ces termes :
« Madame, la providence de Dieu me donnant l’ouver- » ture d'écrire à Votre Majesté, je dois lui dire, par la fi-
Lettre
de M.
Olier à la Reine-
» délité particulière que je lui ai vouée, que ses fidèles mère, sur la né-
» serviteurs sont dans l’abattement et la derniére affliction,
cessité de céder aux circon-
» voyant l’état de son royaume et celui de la religion, que stances en ren- » le Ciel menace depuis longtemps, et qui est à la veille de va Lis ia
» sa dernière désolation. Madame, la douleur qui presse » le cœur des vôtres, c’est de voir que ce soit sous votre » régence +, que ces malheurs doivent nous accabler, quoi- » que vous ayez dans les mains de quoi détourner cet » orage. Peut-être que Dieu étant irrité au point où il » l’est maintenant, quelque remède que vous y puissiez » apporter, le fléau de sa colère ne laissera pas de tomber » sur nous, et d’accabler toute la France, Mais, Madame, » qu’il ne soit pas dit que ce malheur nous soit arrivé par » vous ; et que, pour suivre le conseil de quelques flatteurs » intéressés, vous ayez méprisé le reste des conseils im- » portants de l’Etat, et provoqué la révolte universelle de » tous vos peuples irrités et mutinés contre uu ministre, » qui ne pourra jamais procurer tant de bien à votre » royaume, qu’il lui fait de maux, et en attire sur votre » personne sacrée.
» Il est vrai, Madame, que c’est une extrémité fâcheuse » à une Reine comme vous, qui a eu tant de bontés » et de tendresse pour son Etat, et qui à tant souffert » pour lerégir, de se voir obligée, par la mutinerie et l’in-
Le mot de régence est pris ici dans le sens d'autorité, comme le vrouvent plusieurs exemples des lettres de M, Olier 4 la Reine; car Louis XIV avait déjà été déclaré majeur,