‹ Vie de M. Olier, fondateur du Séminaire de S.-Sulpice [microforme]Chapitre 99 sur 269 · JI · texte numérisé non relu

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486 PARTIE II. LIVRE VII, PAROISSE. — 1652, » solence de ses peuples, à chasser son ministre, Mais, » Madame, cela n’est pas sans exemple dans l'Etat : les » plus grands rois, vos prédécesseurs, en ont usé de la » sorte; et, par leur prudence, ils ont cru que ce leur était » assez s'ils régnaient sur leurs peuples, et s’ils avaient » leurs cœurs, faisant peu de cas si c'était d’une man. re » ou d’une autre qu’ils avaient les esprits assujettis à leur » autorité. Il faut abandonner les circonstances pour pos- » séder le fond, et laisser l’accessoire pour avoir le prin- » cipal. Les peres en font de même dans leurs familles : » souvent ils cèdent au dépit de leurs enfants, de peur ‘ » leur donner occasion de perdre le dernier respect et de » se soustraire à leur obéissance. I1 faut, dans ces ren- » contres, user de condescendance envers les inférieurs, et » de soumission parfaite aux ordres de Ja divine Provi- » dence, qui vous témoigne son opposition à vos désirs, » par celle qui érlate dans tout votre royaume,

» Que ponvez-vous, Madame, espérer de consolation » et de joie d’une soumission forcée, qui vous coûte tant à » obtenir, et que vous ne posséderez jamais qu'avec l’aver- » sion de vos peuples ? Si Dieu ne fait les choses, on n'en » peut espérer de succès : or, ce n’est point l’ordre de » Dieu de vouloir y arriver malgré les oppositions et la » contradiction universelle, surtout dans une chose qui » doit se faire par l’amour et le concours v" "taire d’une » communauté. Car un ministre ne gouverne pas comme » un roi : les peuples obéissent à celui-ci par nécessité, à » raison de sa naissance ; et ils se soumettent à l’autre par » amour, et reçoivent ses ordres par un agrément volon- » taire, et une persuasion d’estime et de respect pour sa » capacité, Les personnes publiques sont mises des mains » de Dieu (à la tète des peuples). Dieu lui-même leur donne » des talents admirables pour exécuter ses desseins ; et » comme il règle et conduit tout avec suavité et puissance, » ilimprime pour leurs talents et leurs qualités l’estime et

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M. OLIER DEMANDE L'ÉLOIGNEMENT DU CARD. 147 » le respect dans les inférieurs. Quoique vous soyez per- » suadée, Madame, de la fidélité de votre ministre envers » votre personne, ce n’est pas tout ce qui est nécessaire. » 11 faut à vos peuples une vue de beaucoup d’autres quali- » tés, et une persuasion qu'il n’est pas en la puissance des » rois d'imprimer dans les esprits et dans les cœurs. C’est » être demi-roi que de régir l'Etat par son conseil et sa sa- » gesse. Il faut donc qu’un tel homme soit établi par la » nain de Dieu pour la direction et la conduite de l'Etat; » il faut au Roi-enfant le supplément de la sagesse divine. » Par conséquent, Madame, si la providence de Dieu n’a- » grée pas celui dont vous faites le choix, et que vous » croyez vous être utile, soumettez votre jugement; re- » noncez à votre sens particulier, demandez à Dieu qu’il » use de la personne qu'il a choisie pour vous aider à la » conduite du royaume. Celui qu’il vous donnera aura » l'approbation et l’estime des peuples ; au moins n’aura- »til pas la contradiction ouverte et manifeste, et ne » donnera-t-il pas lieu au péril évident du renversement » de l’Etat et de la religion.

« Quel malheur ne serait-ce pas, si, à la faveur de ces » troubles, les ennemis de la foi entraient dans le royaume, » eux qui, autrefois, y ont fait tant de ravages, et qui, au- » jourd’hui, entlent le cœur et le courage aux hérétiques » de l'Etat? Il ne faut pas, Madame, que vous preniez » aucune confiance aux paroles de ceux-ci: car, n'ayant » point de tidélité pour Drev, ils en auront bien moins » pour vous. Jusqu'à présent, comme ils ont eu par ruse et » par finesse tout ce qu’ils ont voulu, ils n’ont pas osé re- » commencer leur révolte et leur rébellion, n’ayant pas » encore les forces qu'ils désiraient. Mais présentement » qu'ils fortitient leurs places, comme à Montauban et » ailleurs, sous prétexte de se défendre de M. le Prince, » aussitôt, Madame, qu’ils se verront en état de se sou- » lever, ils le feront; n’en doutez aucunement.

148 PARTIE 11, LIVRE VIII, PAROISSE, — 16592, » Madame, dans cette agitation générale, vous pouvez » donner la paix et apaiser tous les troubles, en éloignant » le sujet qui donne lieu à vos peuples de se soulever, En » vous privant pour Dieu des services de cette personne, » vous ferez un sacrifice qui lui sera trèés-agréable, et qui » attirera sur Votre Majesté l’amour et les respects de tous » vos peuples, que vous devez gagner par-dessus toutes cho- » ses, Ce sont les sentiments de celui dont vous avez ton- No PL jours souffert la liberté de vous parler % de vous écrire, tographes de M. » connaissant le fond de son cœur, et ses intentions pour

A VUE, votre service (1). »

XI, M. Olier écrivit cette lettre vers la mi-janvier 1652, ; Pret Qi. la Reine eût mis aussitôt à exécution des avis si sages, elle Désolation dans eût épargné bien des maux à l'Etat. Mais elle temporisa, la cumpagne et ef ne se détermina enfin à renvoyer son ministre, que lorsdb qu’elle s’y vit contrainte par la force des événements, comme nous allons le raconter. Le prince de Condé, soutenu des Espagnols d’une part, et de l’autre le vicomte de Turenne, chef de l’armée royale, en présence l’un de l’autre , presque aux portes de la capitale, qui semblait devoir être le prix du vainqueur, en vinrent enfin aux prises à la fameuse journée de Saint-Antoine. Après six heures d'un combat des plus opiniâtres, l’action allait être décisive contre le prince, si, dans cette dernière extrémité, nademoiselle de Montpensier, fille du duc d'Orléans, n'eüt, par un ordre signé de son père, fait tirer le canon de @) Histoire de la Bastille sur l’armée du Roi (2),et fait ouvrir la porte Hein Saint-Antoine, Le prince entra alors dans la ville, l'épée A de 1189 à la main, couvert de sang, et ne parut jamais si ter 1430. — abrégé ble dans les combats, qu’en cette occasion (3). Son armée D PR passa au travers de Paris, dans le Pré-aux-Clercs, d'où Nr dire elle alla se camper dans la plaine d’Ivri, et, en deux juurs, nault, an. 4652. Ljlla tous les villages à plus de trois lieues au-delà. L'inler'Église, par Fab rieur de Paris n’était pas dans une moindre désolation. ii

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de GUBAAG DE PARIS, 149 d'Orléans fit éclater, parmi les bourgeois et le peuple, remplit l'Hôtel-de-Ville de sang et de carnage. Au milieu de ce tumulte, le duc d'Orléans donna de nouveaux offidiers à la ville, et, sur la demande de la partie rebelle du Parlement, il accepta le titre de Lieutenant-général du royaume : attentat d'autant plus énorme, que le Roi avait été reconnu majeur dès le mois de septembre précédent. Ce fut dans cette extrémité que la Reine prit enfin le parti d'éloigner de nouveau son ministre,

Il n'est pas de notre objet d'exposer, dans un plus grand détail, les troubles de cette seconde guerre. Nous ne dirons rien non plus des moyens que M. Olier sut employer pour nourrir alors ses paroissiens, afin de ne pas répéter ii ce qu'on a déjà dit ailleurs. Mais nous ne saurions mettre deux actions qui signalérent sa charité dans ces nouveaux désastres. Faisant un jour la visite de ses malades indigents, il rencontra, près de la Croix-Rouge, une fille qui lui demanda l’aumône. Elle était venue d’un vilhge voisin, se réfugier dans Paris, pour éviter la fureur du soldat, et chercher le moyen de conserver sa vie. Eu la voyant, ce charitable pasteur se sentit touché de compassion, tant à cause de l’extrème indigence à laquelle elle était réduite, que du péril imminent que courait sa vertu ; et l'émotion qu’il éprouva, lui inspira un dessein bien extraordinaire dans ce temps de calamité publique : ce fut d'ouvrir un asile à toutes les filles de la campagne qui seraient exposées aux mêmes dangers. Une telle entreprise étonna plusieurs personnes : on s’empressa de lui représenter la difficulté de l’exécution, et surtout la grandeur de la dépense. Mais, toujours ferme dans son dessein, il répondait: « La bourse de Jésus-CHnsr est inépuisable » pour ceux qui mettent en lui leur confiance : il n’y a » qu'à commencer, il nous assistera. » ILouvrit donc, à ce dessein, une maison, en chargeant le frère Jean de la Croix de la fournir sans délai de tous les meubles nécessaires ;

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