IL EST ATTEINT D’UNE GRAVE MALADIE
(2) Mémoires ant. de M. (Hier, t. i, p. 89.
» dit-il, qui m'assura, après avoir prié pour moi,
» que Notre -Seigneur voulait faire de grandes » choses, par mon ministère, dans son Eglise (1). — n> L'Esprit de »Je bénis Dieu, dit-il ailleurs, qui. dans tous les *• n-
, , ... . 1 . , . p. -KM . - Ana-
» états périlleux de ma vie, a suscite pour moi des utse du iüe ca- » âmes saintes, et peut-être des plus saintes, et qui tner des Mémot-
, . ,, 1 1 . res de M. Oher.
» non-seulement a permis qu elles eussent avec moi
» des liaisons spirituelles, mais leur a ordonné de
» m'offrir continuellement à lui dans les temps de
» leur union plus intime avec sa divine bonté.
» O grand Dieu! je vous suis infiniment redevable
» pour tous ces biens, comme aussi à ces âmes bien-
» aimées, qui se sont si puissamment intéressées
» pour mon salut. Je vous rends grâce aussi de les
» avoir portées, par des mouvements forts et puis-
» sants, à me découvrir les grâces dont vous les
» combliez, et de m'avoir ainsi fait connaître vos
» libéralités et vos trésors en leurs personnes (2). »
Dans la vie angélique de Marie de Valence, M.
Olier croyait voir une image fidèle de celle de la
Mère de Dieu, et sa dévotion pour cette auguste
Reine du ciel, non moins que sa charité pour toutes
les personnes qui étaient dévouées à son culte, lui
inspirèrent la résolution d’envoyer à cette sainte
veuve, jusqu’à sa mort, la somme nécessaire pour
sa dépense de chaque année. lien écrivit cependant
au Père de Condren , qui approuva ce dessein.
» Mon directeur, dit-il, avait jugé utile que je don-
» nasse à Marie de Valence cent livres par an, ce
» qu’elle-même avait estimé devoir suffire à tous
» ses besoins; j’étais trop heureux de cette grâce(5). »
Dieu lui en accorda bientôt une nouvelle, non
moins utile à sa sanctification, quoique d’un autre
genre ; ce fut une maladie qui le conduisit au bord
du tombeau (4), et dont il fait lui-même le récit en ^ic
ces termes : «Après avoir travaillé dix-huit mois (4) ) Année Do-
» dans les emplois des missions, je disais à l’un de rninicame,cic.--
“ ’ . . . Remarques hts-
» mes amis: Il ne me manque que quinze jours cie (or^Ufî) ulj
» maladie pour avoir un témoignage bien assuré :>ag. 404 , tua .
Tom. i,
(31 Mémoires aul. de M. Olier, I. n.p. 420 et 71.
M. Olier est atteint d'une grave mala-
— Vie de m. 0- » que Notre-Seigneur agrée nos travaux. Or, il Girf, partie1**™ >} arriva que précisément le dernier jour de notre ch. vin. — Ibid. » dernière mission f, celle de la Motte-Canillac (1), *’ ' 5l4‘ » petite ville d’Auvergne, m’en retournant à mon
Hn.AuèJaüom » abbaye, je me sentis dans un certain état de paix autographes, p. » que je n'avais jamais éprouvé en pareille circons- ()lier~ f(ir W*dc >y tance’ car )e n’avais aucune peine, et jusque là Bretonviiliers, t. » cependant j’en avais été environné. Il me semr> h- » blait même que les croix étaient un appui et une
» force non pareille pour mon âme ; sans elles, » j’étais tout débile; en sorte que, me voyant pen- » dant quelques instants sans peines et sans tribu- » lation, je me trouvai si chancelant que je n’en » pouvais plus, et qu’il me semblait que tout allait » se perdre. Mais mon désir eut aussitôt son ac~ » complissement ; car arrivant à Langeac, petite » ville à une lieue de mon abbaye, et entrant dans » l’église du monastère où avait vécu et où était » enterrée la bienheureuse Sœur Agnès, qui m’avait » prédit tant de croix, je fus saisi d’un mal de tête » excessif, qui fut le commencement d’une grande dcM^oiier T’t y> nialadie (2). Dès que je fus frappé de ce mal, je p. ii3, n4. ’ » me sentis porté à faire un vœu à Monseigneur de » Genève, pour le recouvrement de ma santé, et » aussitôt il me sembla que j’en étais assuré. Il me » souvient que, tout cl’un coup, quoique très-as- » soupi, ayant aperçu, comme au-dedans de moi, » quelqu’un qui m’avait béni et donné assurance » que je ne mourrais pas de cette maladie, j’appelai » promptement mon bon ami M. de Foix, que » quelques mois auparavant j’avais fait venir de
» Paris, et je lui dis : Je ne mourrai pas . ; allez
» chercher le saint Sacrement à l’église du monas- » tère. Nous étions dans la chambre de l’aumônier,
» et, comme il était deux heures du matin, il n’au-
f M. Valentin, qui était présent à la mission de Canillac, ( 3' Attestations a*-tribue la cause de cette maladie à l’ardeur avec laquelle au.', p. Iü5. M. Olier prêcha, ce jour même, le sermon de clôture (3).
S. FRANÇOIS DE SALES LE DELIVRE d’üNE MALADIE 195
» rait pu, sur l’heure, me procurer ce bienfait s’il » était allé ailleurs. Cependant le mal devint si vio- » lent, que les médecins me condamnèrent; et, ne » trouvant plus de remède dans leur art, l’un d’eux » en essaya un qui réussit si mal, qu’il me fit tom- » ber en apoplexie ; pendant ce temps, on tâcha de » me confesser, mais je ne répondais qu’à demi,
» et enfin je perdis tout-à-fait la parole. On enfon- » çait des lançettes très-avant dans mes épaules, » sans que je parusse en ressentir la moindre im- » pression; et, comme on croyait que je touchais à » ma dernière heure, on m’administra les saintes » huiles. Je me souviens que dans cet état, ayant » perdu la parole et l’ouïe, je répondais cependant » quand on prononçait le nom de Jésus, comme » aussi au nom de la très-sainte Vierge que j’appe- » lais ma maman, comme un enfant ; car je n’avais » pas l’usage de la raison. C’était mon bon ami M. » de Foix qui usait de ce stratagème, sachant bien » que rien ne pouvait me réveiller de cette léthar- » gie que ces noms ; et même, en ce temps-là le » nom de la très-sainte Vierge plus particulière- » ment que tout autre. On était fort étonné de ne » m’entendre rien répondre à tout le reste, mais » seulement à ces belles paroles, qui me pénétraient » le cœur, et faisaient ce que mille glaives perçants » n’eussent pu faire (1). Cette parole touchait la » partie de l’âme qui n’était point engagée dans le » mal, et qui ne se sentait point de l’assoupisse- » ment du corps. Je pense que notre Maître veut » que la sainte Vierge ait part à tous les biens du » corps et de l’esprit, qu’il fait dans le monde, » comme le dit saint Chrysologue (2). »
« J’éprouvai bien, dans cette maladie, la vérité de » cette parole, où Notre-Seigneur promet de rendre » au centuple ce qu’on aura quitté et sacrifié pour » lui. Etant réduit à l’extrémité, dans les lieux les » plus déserts et les plus éloignés de ma famille, » Dieu voulut m’assister du secours de sa provi-
Olier,par iePire Giry, partie I r.
ch. vin. — lient arqu es historiques, t. m, p.
(U) Mémoires autog de M. 0lier, t i, p. lia, ne, l 17.
Soins admirables de la Providence à l’égard de M.
Olier .
(1 i Mém . autog.
de M. Olier. t. n, p. 415.
(2) Ibid. t. h, j). 4 1 G.
(31 Ibid. t. i, p. 115, 116.
(4) Ibid. t. n.
(5) Ibid. t.ii.
» dence, en récompense de mes travaux pour lui, » et me procurer des soulagements si admirables, » qu’il n’y a rien de pareil dans le secours hu- » main (1). Le jour même ou la veille de mon arri- » vée à Langeac, il vint, dans cette ville, deux ex— » cellents médecins comme tout exprès pour moi ; » l’un, de deux cents lieues, sans y avoir été appelé; » l’autre avait été mandé pour assister la petite » fille du seigneur de la ville (2). Ce fut une nou- » velle marque de la providence de mon Maître à » mon égard, que l’impossibilité où elle me mit de » passer outre pour aller à mon abbaye. Sans doute » je ne pouvais y être humainement secouru, à » cause de la violence extrême de mon mal, qui, » en deux ou trois jours, pensa m’ôter la vie : or, » ces habiles médecins, en servant la fille du sei- » gneur, m’assistaient aussi moi-même très-soi- » gneusement; le monastère étant fort proche de » la maison seigneuriale (3). Pour une mère, une » sœur et deux frères que j’avais quittés y, je trou- » vai des personnes sans nombre qui avaient pour » moi une charité plus que de sœur, de frère et de » mère ; les services que je recevais étaient accom- » pagnés d’une charité si désintéressée et si pure,
» qu’il n’y avait que Dieu tout seul autour de » moi (4). Je n’avais que faire de ma famille; j’avais » celle de Dieu, mon père, qui pourvoyait à mes » besoins avec abondance et profusion, tellement » que non-seulement le Fils de Dieu accomplit en » ma faveur cette prophétie, qu’on recevra cent » pour un en quittant pour lui la chair et ce qui » lui appartient; mais il me rendit, pour les per- » sonnes que j’avais quittées, d'autres personnes
t M. Olier parle ici de deux frères, François Olier et Nicolas-Edouard, les seuls qui lui restaient lorsqu’il composait ses Mémoires. Il en avait peut-être encore un troisième quand il partit pour l’Auvergne, René Olier, qu'il perdit, comme il le dit lui-même, durant le cours de ses missions (5).